thumb|Détail d'un cratère attique du géométrique récent, v. 750-735. Mise en scène du deuil d'une personnalité de haut rang. Registre supérieur: scène de prothesis (exposition du corps); inférieur: procession, chars à 3 chevaux, soldats. Atelier du Peintre de Hirschfeld.The Met, New York thumb|Localisation des principaux sites archéologiques de la Grèce des siècles obscurs.

L’époque géométrique est une période de l'histoire de la Grèce antique, allant approximativement de 900 à 700 . Elle constitue la phase finale des « siècles obscurs » (qui n'apparaissent plus si « sombres » que cela pouvait le paraître au milieu du ). Elle fait suite à l'époque protogéométrique et précède ou est partiellement la première phase de l'époque archaïque, selon les auteurs, l'époque orientalisante. Elle se distingue par des innovations dans la céramique grecque antique par une prolifération de décors géométriques mais aussi par des formes figuratives stylisées avec une invention étonnante.

C'est une période de paix relative et de prospérité agricole qui se manifeste par l'expansion dans les premières colonies italiennes. L'usage du fer se généralise, et on rencontre actuellement les plus anciens témoins de l'usage de l'alphabet, mais dont les prémices seraient antérieures d'un siècle. La richesse des dépôts funéraires devant certaines tombes très anciennes, voire mycéniennes, semblerait correspondre - surtout après 750 - avec la constitution et la diffusion de l'épopée homérique. Il pourrait s'agir de référents glorieux, pour de nouveaux "aristocrates" qui auraient succédé aux anciens rois en quête d'ancêtres fabriqués sur mesure, afin de justifier de leurs possessions sur de riches terres agricoles. C'est une possibilité, mais l'interprétation de ce phénomène reste en débat. En effet le terme "aristocrate" est inexact pour évoquer des situations sociales diverses lesquelles viennent de faire l'objet d'études novatrices.

La période correspond donc à la fin des « siècles obscurs » (du ), qui commencent par l'effondrement de la culture mycénienne et s'achève ainsi avec un renouvellement culturel net mais progressif, surtout au . Le phénomène le plus déterminant de cette fin de l'Âge du fer est la mise en place de la polis, que l'on traduit approximativement par cité-État : une nouvelle entité politique dans laquelle une part importante de la collectivité prend part aux décisions et à la conduite des affaires publiques.

C'est aussi l'époque du style géométrique dans la céramique. Sa chronologie se fonde sur l'étude complexe de la céramique grecque antique, qui se caractérise, en Attique, en Eubée et en Argolide, par un décor à motifs géométriques divers, denses et rigoureusement tracés, mais aussi avec des scènes figuratives soigneusement composées et pleines d'inventions. L'archéologie cycladique n'est pas en reste: elle révèle, en particulier, à la fin du des tendances de fond qui se manifestent aussi à Corinthe : le style orientalisant.

En effet, à partir de la fin du la céramique et le bronze géométrique manifestent une certaine proximité avec les cultures orientales et tendent à prendre modèle sur elles - en s'appropriant des motifs ou des effets de style du Moyen-Orient - et avec la naissance d’images mythologiques. Le style orientalisant naît à Corinthe vers 720, mais se retrouve dès 700 dans la colonie italienne de Pithécusse fondée par des Grecs de l'île d'Eubée vers 770. Le grand changement politique du siècle, l’essor de la cité en tant que communauté de citoyens, la polis, se manifeste ainsi par la création de styles nouveaux propres à des cités rivales à la fin de la période, distincts des styles régionaux précédents.. Partout ce vaste mouvement d'emprunt et d'assimilation de matériaux culturels venus d'Orient se manifeste à la fin du siècle, mouvement qui caractérise l'époque orientalisante d'environ 725 à 600

Caractéristiques du style céramique vignette|Pithos, amphore attique à la scène de prothesis. Atelier du maître du Dipylon. Vers 760. Géométrique moyen. H. .Musée national archéologique d'Athènes

Découpage chronologique On distingue trois phases suivant les ruptures constatables dans la céramique, en AttiqueLa classification des céramiques non-attiques est sensiblement différente, par leur datation et leur style, mais la céramique attique sert de référence commode pour la chronologie générale. : Géométrique Ancien, GA (900-850). Géométrique Moyen, GM (850-760), subdivisé en GM I et GM II. Géométrique Récent, GR (760-700), subdivisé en GR I (760-735) et GR II, subdivisé lui aussi en GR IIa (735-720) et GR IIb (720-700).

Généralités Comme le rappelle Susan Langdon (2008) un livre sur l'art est un livre sur le pouvoir. L'étude de l'art donne l'occasion d'interroger les signes de pouvoir et d'autorité qui apparaissent à cette époque : chevaux, chars, armement prestigieux, autant de signes qui couvrent les céramiques qui nous sont parvenues dédiées à l'élite de cette époque. Ces sociétés nous apparaissent aujourd'hui comme le résultat de l'évolution depuis des groupes instables de villages à « Big Men » et des chefferies plus stables - à l'époque protogéométrique - qui ont abouti à l'émergence de groupes aristocratiques plus larges, lesquels souhaitent alors signaler leur pouvoir et leur autorité à l'époque géométrique.

En Attique - mais chaque région est différente - de très grands vases, de plus d'un mètre de haut pour certains, pithoi et cratères, servent de marqueurs pour les tombes des aristocrates. Ils font l'objet d'un soin particulier et le décor les recouvre, souvent avec des scènes de cérémonies funéraires. Des artisans spécialisés et manifestement renommés ont laissé une production remarquable : l'atelier du maître du Dipylon et l'atelier du peintre de Hirschfeld. Les vases de cette période déploient un soin rigoureux et une parfaite maîtrise de motifs complexes, ils offrent des solutions plastiques nouvelles et étonnantes, qu'il s'agisse de représenter la profondeur de l'espace ou pour styliser la figure humaine et celle des animaux.

Les grecques ou méandres sont employés dès les premiers temps du Géométrique ancien. Ces nouveaux motifs enrichissent le vocabulaire de la période protogéométrique caractérisé par l'usage de bandes et filets horizontaux, tracés au tour de potier, ainsi que du compas à multiples brosses, ou peigne, toutes les brosses étant d'égale épaisseur et à égale distance les unes des autres. À ce vocabulaire s'ajoutaient dès le protogéométrique les croix, triangles et rectangles, damiers, croisillons et les traits simples, zigzags et chevrons. Ces motifs sont organisés, au géométrique, en frises compactes et superposées, avec des rythmes d'alternances mathématiquement calculées. Le décor tend à recouvrir la totalité de l'espace disponible. vignette|Lutteurs, . Musée Archéologique d'Argos À ces motifs strictement géométriques viennent s'adjoindre de nombreux motifs figuratifs (végétaux, animaux, humains et objets) très fortement stylisés, qui permettent la composition de scènes complexes. Elles sont d'abord isolées ou répétitives. Dans ce cas, le principe de la répétition en frises et l'alternance qui fonde le style protogéométrique est étendu aux figures, isolées dans un cadre ou en symétrieLes effets de symétrie par des animaux dans un cadre : sur la pyxis du géométrique moyen attique, du Louvre . Puis sur de grands vases funéraires dédiés aux aristocrates, ces figures "géométrisées" composent des scènes complexes à processions et cortèges : scènes de deuil collectif et compétitions qui accompagnaient les funérailles, comme les courses de chars et l'épreuve du pugilat, laquelle est d'une brutalité bien proche de celle qui sévissait dans les combats guerriers signale, en s'appuyant sur les descriptions détaillées par Homère, que les concurrents s'engagent totalement dans les épreuves auxquelles ils participent, avec quasiment la même brutalité que celle des combats. Chaque épreuve étant un agôn, un concours, une compétition ; motif qui imprègne profondément ce monde aristocratique. C'est ainsi le privilège des aristoi de se distinguer dans leur usage de la force, sans limite, tous les coups étant permis.. Certains vases présentent aussi des scènes de combats terrestres ou de batailles navales qui donnent l'occasion de beaux effets de quasi-symétrie. Ces scènes sont toujours situées dans des espaces nettement limités par des aplats ou des filets.

Les solutions trouvées par les peintres pour styliser avec élégance des scènes parfois très complexes témoignent parfois d'une virtuosité exceptionnelle. Ainsi, le Peintre de Hirschfeld, sur les cratères du Musée du Céramique et du Metropolitan Museum, avait à évoquer des attelages de deux et trois chevaux. Or, la solution pour les animaux consistait à les présenter de profil, il se posait alors un problème. L'artiste a su construire une solution unique et parfaite avec un unique corps supportant deux ou trois têtes par un subterfuge graphique étonnant, et avec le nombre de pattes correct.

Céramiques : les périodes

Géométrique ancien, 900-850

Géométrique moyen, 850-760

Géométrique récent, 760-700

Vases monumentaux sur les tombes de l'élite : la place des femmes Dans plusieurs villes de Grèce, à cette époque, les familles puissantes se mettent à installer des vases monumentaux, sur des tombeaux importants et le long des routes, hors des zones habitées, cela dès le Géométrique moyen: hydrie : H. , cratère . Les étrangers qui approchaient de la ville voyaient ainsi des symboles des grandes familles du lieu. C'est le vase sêma, vase-signe, dont la fonction est de signaler la tombe. Pour les tombes d'hommes : cratères et amphores munies d'anses verticales au niveau du col (imitations géantes de vases pour verser le vin). Pour les femmes : amphores aux anses placées sur la panse et probablement, imitations géantes de vases pour conserver la nourriture. Ces vases étaient ouverts par le fond, en lien avec le mort, peut-être pour recevoir des offrandes qui lui seraient destinées.

Le plus ancien à avoir été découvert en place lors d'une fouille, au , était posé sur un remplissage épais qui recouvrait l'espace dédié à l'urne cinéraire, en bronze, de type lébès.

Dans les scènes de funérailles (rites de prothesis, exposition du corps avec pleureuses, ou dekphora, convoi funèbre) les Grecs usent, curieusement, de la figure de pleureuses et de personnages "indifférenciés" apparemment nus pour représenter des situations où, dans la réalité, la nudité était impensable. Voir aussi : et . Un code simple permettait de distinguer les hommes des femmes, les hommes se présentent dans ces scènes de prothèsis en soldats par l'attribut d'une épée ou d'un bouclier, parfois avec une plume sur le casque (non identifiable), souvent sur un char. Les femmes apparaissent au plus près du corps du défunt avec un enfant, voire un petit enfant (amphore du Louvre à la scène de prothèsis). Sur certains vases - du peintre de Hirschfeld (MNAH, Athènes, v. 740) et sur le cratère du Met - les seins sont indiqués. Au Géométrique Moyen, par contre, la multitude des figures, dans l'attitude de la lamentation, sont indifférenciées et n'ont aucun attribut féminin qui permettrait de les identifier. Au Géométrique Récent ces mêmes files de figures sont devenues identifiables en tant que telles. Anne Coulié en déduit que les femmes, à cette époque sont placées au cœur du rituel funéraire et qu'elles y sont très largement majoritaires. Les textes homériques indiquent, d'ailleurs, le rôle central des femmes lors des rites funéraires de l'élite, mais leur rôle public est strictement limité à la seule prêtrise alors que la gestion de l'ensemble des rites religieux reste sous l'autorité des hommes.