Arthur Stanley Wohlmann, connu aussi sous le nom d'Arthur Stanley Herbert, est un médecin britannique, né le à Hertford et mort le à Richmond. Formé à Londres et ayant pratiqué plusieurs années la balnéothérapie dans la station thermale réputée de Bath, il est choisi en 1902 par le gouvernement de Nouvelle-Zélande, peu après que ce pays a été le premier à se doter d'une agence gouvernementale du tourisme, pour être le balnéologue officiel de la colonie. Ce titre, qui suscite d'abord l'étonnement, traduit l'importance économique attribuée au développement du tourisme thermal néo-zélandais et l'espoir de susciter un afflux de curistes internationaux, attirés par la beauté et les vertus de la zone thermale de l'île du Nord.

Wohlmann prend en charge avec enthousiasme la recension des sources et leur promotion, notamment par la production de brochures et d'expositions. Sa priorité est toutefois le développement du site de Rotorua où il ambitionne d'édifier un spa d'envergure internationale. Ce dernier, inauguré en 1908, jouit d'un luxe et d'un niveau d'équipements sans commune mesure dans l'hémisphère Sud. Bien que le site est encore mondialement connu de nos jours, cet important investissement ne porte toutefois pas à l'époque les fruits espérés. Cela est notamment dû à l'éloignement du pays et malgré les innovations introduites par Wohlmann, y compris une dangereuse cure radioactive. Il finit par tomber en décrépitude, rongé par les vapeurs sulfureuses.

En dépit d'errements caractéristiques des conceptions médicales de l'époque, Wohlmann aura apporté à la pratique du thermalisme une approche scientifique mais aussi holistique, cette dernière étant, de par l'importance attachée au dépaysement, particulièrement en phase avec la propagande touristique du gouvernement.

Contexte

Le développement du tourisme est intimement lié au à celui du thermalisme. La plupart des pays d'Europe et les États-Unis. connaissent durant cette période une . qui se traduit par l'agrandissement ou le lancement de stations thermales et leur dotation en équipements touristiques de prestige (grands hôtels, casinos)., pour satisfaire une demande croissante en cures hydrothérapiques et consommation d'eaux minérales.

Dès 1874, William Fox recommande au gouvernement néo-zélandais de suivre l'exemple américain du parc national de Yellowstone créé en 1872 et d'intervenir pour protéger les zones thermales de l'île du Nord.. Il suggère la création dans cette région Appendices to the Journals of the House of Representatives, 1874, H-26, ..

Ce projet connaît un commencement d'exécution en 1881 avec l'adoption du , qui réserve à la Couronne le droit d'acheter les terrains mis en vente dans cette zone.. En 1886, un petit sanatorium privé est ouvert à Rotorua. Détruit par un incendie en 1888, il est reconstruit par le gouvernement en 1889 en tant . et sa direction est confiée au docteur Alfred Ginders...

En 1894, l'ouverture d'une ligne de chemin de fer entre Auckland et Rotorua (voir Rotorua Express) vient accélérer la fréquentation de la zone thermale et en particulier celle du sanatorium de Rotorua... Dès 1895, la presse néo-zélandaise rapporte que le gouvernement est mécontent de la gestion du docteur Ginders, qu'un spécialiste sera bientôt envoyé à Rotorua pour analyser les eaux minérales, voire qu'un , c'est-à-dire, explique-t-on, un devrait être recherché en Europe... En 1896, dans un rapport parlementaire sur l'état des hôpitaux, Duncan MacGregor recommande une réorganisation radicale de l'organisation des soins thermaux pour faire face à l'évolution prévisible de la demande de soins thermaux et en particulier le recrutement d'un . La même année, le gouvernement demande à l'agent général de la colonie à Londres, William Pember Reeves, de rechercher en Europe un tel balnéologue pour diriger les bains thermaux de Nouvelle-Zélande.. Selon Reeves, ce poste demande les compétences cumulées d'un médecin, d'un chimiste, d'un ingénieur et d'un hôtelier..

La balnéologie fait en 1897 son apparition dans le paysage politique néo-zélandais. En octobre de cette année, lors des débats parlementaires sur le budget, la dotation d'une ligne de pour le salaire et le défraiement annuels d'un balnéologue, une somme élevée manifestant l'importance nationale de la fonction, est dénoncée par l'opposition comme une .. Elle suscite les quolibets d'une partie de la presse : si lOtago Witness que le terme se réfère aux sources chaudes de l'île du Nord., lOhinemuri Gazette avance que le rôle d'un balnéologue serait de montrer aux patients comment localiser des baleines dans les eaux tièdes du lac de Rotorua. ; le Daily Telegraph voit dans le choix de ce terme une forme d'offuscation visant à cacher la nature des tâches concernées. ; et lObserver estime que, nécessaire semblant facile à acquérir, le poste devrait pouvoir aisément être attribué à un habitant de la colonie..

En 1898, Reeves pense avoir trouvé l'homme de la situation. Il s'agit du docteur Karl Grube, médecin-chef à la clinique thermale de Bad Neuenahr, réputé , qui offre en outre les avantages de parler couramment l'anglais et de soigner des célébrités, tels le prince de Fürstenberg ou la duchesse de Teck, dont on peut espérer qu'il réussira à les tenter de venir expérimenter les bénéfices thermaux de Nouvelle-Zélande... Son recrutement échoue toutefois, Grube ayant demandé, en sus du salaire annuel de qui lui avait été proposé, le droit de facturer des consultations privées, ce que le gouvernement avait refusé..

Années de formation alt=Entrefilet de joumral.|vignette|Annonce de la nomination de Wohlmann. En , plusieurs journaux néo-zélandais annoncent la nomination d'Arthur Stanley Wohlmann au poste de balnéologue du gouvernement, se limitant souvent à ne rapporter qu'un seul fait, jugé déterminant : en dépit de son nom à consonance teutonne. l'impétrant provient d'une famille ..

Né le à Hertford où il fait ses études secondaires, Wohlmann entame en 1885 des études médicales au Guy's Hospital de Londres, où il obtient son diplôme de médecin en 1892.. Après une pratique en ville, il exerce quatre mois en tant que chirurgien à l'hôpital britannique de Port Saïd, puis devient, durant deux ans, médecin résident au Royal Mineral Water Hospital de Bath, où il soigne en particulier des cas d'arthrite rhumatoïde., avant de s'installer à son compte dans cette ville réputée pour ses cures thermales. Il y développe durant plus de six ans une pratique de balnéothérapie, dont on lui reconnaît une grande expérience, en particulier en matière d'utilisation de l'électricité... Wohlmann cosigne en 1896 un article remarqué sur l'arthrite rhumatoïde. qui défend l'hypothèse abandonnée depuis d'une origine bactérienne de cette maladie., puis publie en 1899 un article sur les maladies rhumatismales.. Il épouse en 1899 Eugenia Madden, veuve d'un colonel de l'armée des Indes., avec laquelle il a une fille âgée de trois ans lors de son arrivée en Nouvelle-Zélande. En le choisissant pour ce poste parmi , le gouvernement néo-zélandais compte pouvoir exploiter son expérience de la clientèle thermale aisée de Bath et sa réputation auprès de cette dernière.. Ses références sont publiées dans le premier rapport de l'agence pour le développement du tourisme créée en 1901.. Il lui est toutefois demandé, avant d'embarquer pour la Nouvelle-Zélande, de faire, durant deux semaines, une tournée des principaux spas européens afin d'en apprécier les forces et les faiblesses.. Dans son rapport à ce sujet, il analyse les facteurs contribuant à leur succès, en particulier leurs plans, les matériaux mis en œuvre et leur résistance à la dégradation, ainsi que les différents types d'appareils et de traitements..

Balnéologie gouvernementale Peu après son arrivée en Nouvelle-Zélande en et sa prise de résidence à Rotorua, Wohlmann entreprend des visites d'inspection des sources thermales de la colonie, en particulier celles de Waiotapu, Wairakei, , Taupo, Tokaanu, , Te Aroha, Helensville, et , prélevant partout des échantillons d'eau qu'il fait analyser par le laboratoire du musée colonial de Wellington., afin notamment de sélectionner les sites dont il recommandera le développement..

Dans le rapport qu'il établit au terme de cette première tournée, il se montre en même temps enthousiaste et prudent, estimant que .. Il recommande, à titre prioritaire, le développement du site de Rotorua, qui jouit d'une eau thermale , d'un climat , d'une réputation établie et d'un accès par train ; mais aussi, à titre secondaire, le développement de Te Aroha, pour ses eaux minérales potables et de Hanmer, pour .

Dès 1903, Wohlmann s'attelle à la rédaction d'un guide des eaux minérales de Nouvelle-Zélande destiné tant aux patients qu'au corps médical. Il en publie en 1904 une première partie consacrée aux eaux de Rotorua, où des tables météorologiques et des analyses chimiques fournies le laboratoire colonial sont complétées par des considérations sur les vertus curatives attribuées à ces eaux et les distractions offertes par la région aux curistes... L'ouvrage est graduellement complété par l'ajout d'informations sur les autres sites, la pagination étant portée de en 1904 à en 1907. et en 1914.. Ces publications participent à une stratégie développée par Donne, le directeur du département de promotion du tourisme, visant à présenter la Nouvelle-Zélande comme un (thermal wonderland) et un (cureland), le spa par excellence de l'hémisphère Sud.. Comme l'observe Peter Hodder, le statut ambigu des publications de Wohlmann; qui visent en même temps à donner des données scientifiques sur la composition des eaux et d'autres de nature plus conjecturale sur leurs vertus alléguées, en s'adressant en même temps à un lectorat de touristes potentiels et de professionnels des soins, se traduit par un mélange entre des compilation d'analyses chimiques et des appréciations subjectives sur les qualités gustatives ou curatives des eaux*.. Wohlmann établit des comparaisons favorables entre les eaux minérales néo-zélandaises et celles des plus célèbres spas européens, celles de Te Aroha, par exemple, ayant une proportion de bicarbonate de soude supérieure à celles de Vichy et propres à en faire , des analyses qui seront au demeurant ultérieurement remises en question quand il apparaîtra que les mêmes eaux sont également riches en arsenic et en bore..

En 1906, Wohlmann est chargé de l'organisation d'une partie de la section dévolue au Département du tourisme à l' de Christchurch. Répondant à l'attente d'attractions spectaculaires des visiteurs de l'époque., Wohlmann conçoit et fait construire une .. Cette ingénieuse et fidèle reconstitution en miniature du (geyserland) est inaugurée par le premier ministre, Joseph Ward, et vaut à Wohlmann les félicitations de ce dernier..

Développement de Rotorua