Ægyptiaca (ou Histoire de l'Égypte) (en grec : Αἰγυπτιακά) est l'histoire de l'Égypte antique, en trois volumes, écrite en grec par le prêtre égyptien Manéthon, à la demande de , au début du avant notre èreFragment dans Felix Jacoby, Die Fragmente der griechischen Historiker, Berlin-Leyde, 1923-1958, .. Cet ouvrage est malheureusement perdu, comme la majorité des livres de l'Antiquité.
L’histoire du livre Ægyptiaca
Dans ce document, Manéthon divise l'histoire en trente dynasties de souverains d'Égypte, division toujours utilisée depuis par les égyptologues qui ont cependant défini une dynastie 0 ainsi qu'une .
Ce document, disparu, n'est connu que par des citations fragmentaires et souvent déformées par des historiens successifs : Jules l'Africain (ou Sextus Julius Africanus), historien romain chrétien, écrivit au début du un ouvrage en cinq volumes Chronographiai. Il rassemble la chronologie égyptienne, la mythologie grecque et l'histoire juive, mais ne cherche qu'à cautionner la chronologie chrétienne, en ne conservant que l'ossature de l'œuvre de Manéthon. Flavius Josèphe, historiographe romain juif, écrivit les Antiquités judaïques et Contre Apion, au . S'il évoque brièvement Manéthon dans le premier ouvrageFlavius Josèphe, Antiquités judaïques, Livre I, chapitre 3 (lire en ligne), il le cite surtout dans le second. Mais du travail de son prédécesseur, il ne s'intéresse qu'à ce qui a trait aux Hébreux et au peuple juifGuerre des Juifs, Livre , Chapitre : Les sicaires en Égypte ; destruction du temple d' (lire en ligne, en anglais), Antiquités judaïques : voir ci-après Manéthon et le récit biblique.. Eusèbe de Césarée, évêque et historien, a lui aussi constitué une autre liste inspirée de Manéthon, dont deux versions nous sont parvenues. L'une nous a été transmise par le moine et chroniqueur byzantin Georges le Syncelle, dit Syncellus, à qui on doit également la liste d'Africanus. L'autre, dite version arménienne, vient directement directement du livre d'Eusebius.
L’histoire selon Manéthon à l’aune de l’histoire comme discipline scientifique actuelle
Pour la rédaction de son œuvre, Manéthon, en tant que prêtre, avait accès aux listes royales des bibliothèques des temples et aux fonds documentaire de bibliothèques, dont celui de la grande bibliothèque d'Alexandrie. C’est à lui que l'on doit notamment la division en trente dynasties des souverains d'Égypte. Cependant, son histoire de l'Égypte antique, Ægyptiaca, est sujette à caution : on sait depuis l'analyse de François de BovetFrançois de Bovet, livre accessible en ligne : Des dynasties égyptiennes (1835), dès 1835, qu'elle est truffée d’erreursFrançois de Bovet, dans « Les dynasties égyptiennes » (1835), : et d’affabulationsFrançois de Bovet, op. cité, : .
La pensée historiographique (c'est-à-dire la manière d'écrire l'histoire) d’un historien tel que Manéthon est, en effet, radicalement différente de la méthodologie historique qui, au , a acquis une dimension scientifique incontestée. L’évaluation des sources n’est pas une préoccupation chez Manéthon : il utilise des dynasties recomposées pour cautionner une vision cyclique du mondeFrançois de Bovet, op. cit, : Il ajoute, : ou à des fins de propagandeFrançois de Bovet, op. cit, : et, de plus, il utilise des traditions populaires sans les soumettre à un examen critiqueFrançois de Bovet, op. cit, : .
Les historiens de l’école méthodique distinguent ainsi quatre types de critique : La critique externe porte sur les caractères matériels du document tels son papier, son encre, son écriture, les sceaux qui l'accompagnent. Les historiens actuels peuvent s'appuyer sur des technologies très sophistiquées. La critique interne repose sur la cohérence du texte. Or, dans Ægyptiaca, plusieurs décomptes ne s'accordent pas entre eux. La critique de provenance touche l'origine de la source. Or, dans Ægyptiaca, des traditions populaires sont reprises comme des faits réels. La critique de portée s'intéresse aux destinataires du texte. Or, dans Ægyptiaca, la rédaction est en plusieurs endroits biaisée à des fins de propagande (vision du pouvoir royal) ou pour satisfaire la vision cyclique du temps (celle qu'ont les Égyptiens). Aux sources narratives, qui rendent compte directement de ce qui s'est passé, il convient d’ajouter l’ensemble des sources documentaires, dont le but premier n'était pas de renseigner sur l'histoire. Un historien actuel s'appuie, en particulier, sur les sources documentaires constituées par le contenu des fouilles : pour ce faire, il utilise toutes les données de l'archéologie (voir l'article détaillé données archéologiques sur l'Exode et Moïse).
Manéthon et le récit biblique Les écrits de Manéthon en rapport avec le récit biblique nous sont principalement connus par Flavius Josèphe, qui ne s'intéresse qu'à ce qui a trait aux Hébreux et au peuple juifGuerre des Juifs, Livre , Chapitre : Les sicaires en Égypte ; destruction du temple d'Onias (lire en ligne).Antiquités judaïques :
Livre , Chapitre : 9. Longévité des patriarches. (lire en ligne) Livre , Chapitre : 1. Oppression des Israélites par les Égyptiens. (lire en ligne) 7. Moïse enfant et le Pharaon ; (lire en ligne) Livre , Chapitre : (lire en ligne) 1. Retour de Moïse en Égypte 2. Moïse devant le nouveau Pharaon 3. Miracle des bâtons-dragons 4. Obstination du Pharaon ; et surtout le Livre (lire en ligne).. Dans Antiquités judaïques, il raconte l'histoire de Noé et dit qu'il mourut après avoir vécu neuf cent cinquante ans. Il explique alors que les "anciens" pouvaient vivre plus longtemps. Il prend pour preuve les témoignages de différents auteurs : . Eusèbe de Césarée reprendra ensuite ce passage dans sa Préparation évangéliqueEusèbe de Césarée, Préparation évangélique, Livre , Chapitre (lire en ligne)..
Manéthon raconte l'invasion puis le départ de l'Égypte d'une population d'Asiatiques, les HyksôsDavid Nirenberg: Antijudaïsme : Un pilier de la pensée occidentale, chap. 1, 2023, Éd. Labor et Fides, ce qui est attesté par l'archéologie. Lorsque la Bible fut traduite en grec, la Septante, les historiens grecs comparèrent cette version de l'histoire avec leur propre version. Pour eux, l'analyse fut sans appel : ce peuple hébreu est inconnu dans leurs documents, il a donc toujours été au plus très petit, il est donc impossible que ce peuple ait lutté victorieusement contre une Égypte alors à son apogée. Seul Flavius Josèphe, Juif convaincu, essaie de défendre l'histoire biblique dans son livre Contre ApionFlavius Josèphe, Contre Apion, Livre I (lire en ligne)., en invoquant des sources extra-bibliques. Ce texte, repris par d'autres auteurs comme Eusèbe de CésaréeEusèbe de Césarée, Préparation évangélique, Livre , Chapitre (lire en ligne) ; il affirme erronément se baser sur le premier livre de Flavius Josèphe sur les Antiquités des Juifs, il s'agit de celui de Contre Apion., a parfois été interprété comme une association des Hyksôs aux Hébreux, assimilation depuis largement démonétiséecf. par ex. Jacques Mouriquand, Ancien Testament : quelles vérités historiques ? Les bouleversements de la recherche actuelle, éd. Labor et Fides, 2008, ..
L'égyptologue Frédéric Servajean critique, néanmoins, l'association de l'Exode et des Hyksôs que font les commentateurs de Manéthon : « Voilà pourquoi, dans les fragments manéthoniens rapportés par Flavius Josèphe, les et s sont traitées ensemble : l'épisode des Pasteurs/Hyksôs () et l'épisode d'Orsaseph/Moïse () sont mis en relation parce que les premiers sont les ancêtres des seconds [...] Si l'on examine maintenant les autres fragments manéthonniens où il est question de Moïse, on se rend compte que celui-ci n'est pas nécessairement mis en relation avec la Frédéric Servajean, Merenptah et la fin de la , .. »
Notes et références
Bibliographie Fragments in Felix Jacoby, Die Fragmente der griechischen Historiker, Berlin-Leyde, 1923-1958. , 610. Richard Laqueur, « Manethon », 1928, dans : Paulys Real-Encyclopädie der classischen Altertumswissenschaft, édité par August Friedrich von Pauly, Georg Wissowa, et Wilhelm Kroll. Vol. 14 sur 24 vols. Stuttgart : Alfred Druckenmüller Verlag. 1060–1106, . Gerald P. Verbrugghe et John M. Wickersham, Berossos and Manetho, Introduced and Translated, University of Michigan Press, 1996. John Dillery, The First Egyptian Narrative History : Manetho and Greek Historiography, ZPE, 127, 1999, . Pseudo-Manéthon, Apotelesmaticorum libri , éd. A. Koechly, Leipzig, 1858.
Articles connexes Manéthon Chronologie de l'Égypte Égypte antique Données archéologiques sur l'Exode et Moïse (contributions de l'archéologie) Flavius Josèphe Sextus Julius Africanus Eusèbe de Césarée
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