La bataille de Marathon (en grec ancien : ) est un épisode de la première guerre médique en 490 , ayant opposé un débarquement perse aux hoplites athéniens et platéens qui remportèrent la victoire. Elle se déroule sur la plage de Marathon, sur la côte est de l'Attique, à proximité d'Athènes.

À la suite de la révolte de l'Ionie, Darius décide de châtier les cités grecques qui avaient apporté leur aide à ses sujets rebelles. Après avoir pris Naxos et Érétrie, l'expédition perse, sur les conseils d'Hippias qui espère reprendre le pouvoir à Athènes, débarque sur la plage de Marathon. Après cinq jours de face-à-face, la phalange athénienne et platéenne écrase l'infanterie perse qui prend la fuite et rembarque au prix de lourdes pertes. L'armée grecque se replie alors rapidement sur Athènes pour empêcher le débarquement de l'autre partie du corps expéditionnaire perse à Phalère.

Cette victoire met fin à la première guerre médique. Une nouvelle attaque a lieu dix ans plus tard sous la direction de Xerxès. La bataille de Marathon joue un rôle politique important avec l'affirmation de la puissance athénienne (le modèle démocratique athénien s'affirme dix ans plus tard après Salamine) et le début de grandes carrières pour les chefs militaires athéniens tels Miltiade ou Aristide.

Marathon reste une des batailles les plus connues de l'Antiquité, notamment grâce aux commémorations qu'elle a suscitées, telles que la course du marathon inventée à l'occasion des Jeux olympiques de 1896 à Athènes.

Sources La principale source sur la bataille de Marathon est l'historien grec antique Hérodote qui dans ses Histoires (ou Enquête) datées de 445 entreprend de raconter les guerres médiques, des origines aux événements eux-mêmes afin de les Hérodote, I, 1.. Les historiens suivants, comme Thucydide, le critiquent en lui reprochant son manque de rigueurGuy Bourdé, Hervé Martin, Les écoles historiques., .. Cette vision se perpétue jusqu'au . Puis, les découvertes archéologiques de ce siècle viennent confirmer la version des faits d'Hérodote, et aujourd'hui rares sont les historiens contemporains qui continuent à estimer qu'il a inventé la majorité de son récit.

La Bibliothèque historique de Diodore de Sicile ( de notre ère) est l'autre grande source antique sur la bataille. Il tire ses informations en partie d'un ouvrage antérieur, d'Éphore de Cumes. On trouve aussi des allusions dans les travaux de Plutarque, Ctésias, EschylePerseus., ou encore Cornélius NéposCornélius Népos, Miltiade, 4.

Contexte

thumb|upright=1.7|Carte du monde grec au moment des guerres médiques.

Les auteurs antiques faisaient remonter les origines de la première guerre médique à la révolte de l'Ionie mais elle s'inscrit en fait dans le vaste mouvement expansionniste de l'Empire perse. Darius a ainsi déjà mis le pied en Europe avec la conquête de la Thrace et la soumission du royaume de Macédoine qui est forcé de rallier l'alliance perse. Cependant, la révolte ionienne porte une menace directe sur l'intégrité de l'Empire et Darius est décidé à châtier tous ceux qui s'y sont trouvés impliqués, donc les cités de l'Égée et de la Grèce continentale. Athènes et Érétrie ont envoyé 25 trières aider les cités d'Asie Mineure tandis qu'un corps expéditionnaire ravage Sardes avant de se replier et d'être vaincu à Éphèse par le satrape Artapherne, frère de Darius. En 494 , après six ans de conflit, Darius finit d'écraser les cités rebelles. Puis, les Perses soumettent par la force ou la diplomatie les îles de la mer Égée. De nombreuses cités du continent ont reçu des ambassades de Darius demandant leur soumission et s'y sont pliées. Athènes et Sparte ont refusé et même, selon Hérodote, mis à mort les émissairesHérodote, VI, 49 et VII, 133..

Fin 491 ou début 490 , une expédition navale de 600 trières, menée par Artapherne II, fils du satrape de Lydie, et Datis est envoyée pour écraser les insoumis. Naxos est pillée et ses temples brûlés. Puis la flotte fait voile vers Érétrie qui est prise après sept jours de siège. Elle est incendiée et sa population réduite en esclavage. Les clérouques athéniens envoyés à son secours ont dû prendre la fuite. L'expédition se tourne ensuite vers Athènes et suit les conseils d'Hippias, l'ancien tyran athénien déposé vingt ans auparavant et qui espère reprendre le pouvoir grâce à ses partisans au sein de la cité. Il conseille aux Perses d'aborder par la plage qui borde la plaine de Marathon à 38 kilomètres d'Athènes, longue de quatre kilomètres environ et adaptée aux manœuvres de cavalerieHérodote, I, 95.Hérodote, VI, 94-102..

Date de la bataille vignette|Frise des archers du palais de Darius 1er à Suse (vers 510 av.J.-C). Hérodote donne une date dans le calendrier luni-solaire dont chaque cité grecque utilisait une variante. Des calculs astronomiques permettent d’obtenir une date dans le calendrier julien proleptique. En 1855, August Böckh a déterminé la date du 12 septembre en -490, et c’est la date communément admise. Le 12 étant le jour du débarquement des troupes, l'affrontement en lui-même aurait donc eu lieu le 17 septembre. Selon un autre calcul, il est possible que le calendrier spartiate ait eu un mois d’avance sur le calendrier athénien, auquel cas il faudrait retenir la date du 12 aoûtD.W. Olson et al., "The Moon and the Marathon", Sky & Telescope septembre 2004, .. Cependant, les Grecs ont choisi de faire commencer les célébrations du anniversaire de la bataille dès le août pour culminer en septembreAthens +, supplément d'e-Kathimerini lire en ligne pdf..

Bataille Prélude L'armée athénienne, sous le commandement de Miltiade le Jeune, le général athénien le plus expérimenté contre les Perses, est envoyée bloquer les sorties de la plaine de Marathon pour empêcher l'armée perse de s'avancer dans les terres. En parallèle, Phidippidès, un coureur messager, est envoyé demander des renforts à Sparte. Mais, la cité laconienne célèbre alors les Karneia qui impliquent une trêve militaire jusqu'à la pleine lune suivante. Les forces spartiates ne peuvent partir qu'après un délai de dix jours. Les Athéniens qui viennent de recevoir le renfort d'un petit contingent de Platées sont donc quasiment seulsHérodote, VI, 105..

Les deux armées se font face pendant cinq jours. L'attente joue en faveur d'Athènes car chaque jour qui passe rapproche l'arrivée des renforts spartiates.

Forces en présence et tactiques Forces

Hérodote ne quantifie pas les forces grecques. Cornélius NéposMiltiade, V., PausaniasX, 20. et PlutarqueŒuvres morales, 305 B. donnent tous et . JustinII, 9. compte et . Ces nombres, équivalents à ceux donnés pour la bataille de PlatéesHérodote, IX, 28., semblent donc probables. Ils sont généralement acceptés par les historiens contemporains. L'armement des Grecs est celui d'une infanterie lourde : les hoplites athéniens et leurs alliés platéens sont protégés par un casque, un bouclier, une cuirasse, des jambières et des brassards en airain. S'y ajoutent une épée, une longue lance et un bouclier de peau et de lames de métal. Enfin les hoplites combattent en rangs serrés (selon la formation de la phalange), leurs boucliers formant devant eux une muraille. Des esclaves athéniens furent libérés peu avant la bataillePausanias, X, 32, 2. pour servir d'infanterie légère, de frondeurs et de lanceurs de javelots. Leur nombre et leur rôle durant la bataille n'est pas connu car les faits et gestes d'esclaves n'étaient pas jugés dignes d'être rapportés par les auteurs anciens.

Les troupes athéniennes sont dirigées par dix stratèges (un pour chaque tribu) sous l'autorité militaire et religieuse d'un polémarque, Callimaque. Chaque stratège commande l'armée pendant une journée, à tour de rôle. Cependant, il semblerait qu'à chaque fois, les stratèges aient confié le commandement à un seul d'entre eux, MiltiadeHérodote, VI, 103 et 109-110.. Il connaît la faiblesse de l'armée perse pour avoir combattu avec elle lors de la campagne de Darius contre les ScythesHérodote, IV, 137..

L'armée perse est commandée par les généraux Artapherne, un neveu de Darius, à la tête de l'armée de terre, et Datis, amiral de la flotteHérodote, VI, 94.. Selon HérodoteVI, 94-95., la flotte perse est composée de , mais il se contente de dire que l'infanterie est nombreuse. Simonide de Céos évalue le corps expéditionnaire perse à . Pour Cornélius NéposMiltiades, IV., les Perses ont dont ont été envoyés avec la flotte attaquer Athènes en contournant le cap Sounion et . Plutarque, PausaniasIV, 22. et la SoudaHippias. estiment tous la force perse à . PlatonMénexène, 240 A. et LysiasOraison funèbre, 21. vont jusqu'à tandis que Justin monte à perses. Les historiens modernes proposent une fourchette entre et avec plus ou moins un consensus pour et . Pour l'historien de la Perse Pierre Briant, leurs effectifs sont impossibles à quantifier mais l'armée de Datis était de toute façon Pierre Briant, Darius : Les Perses et l'Empire, Gallimard, coll. « Découvertes Gallimard / Histoire » (), 2001, .. Cette armée est composée de soldats d'origines différentes, ne parlant pas les mêmes langues et n'ayant pas l'habitude de combattre ensemble. De plus l'armement perse, avec des boucliers en osier et des piques courtes, rend les fantassins perses vulnérables dans les combats au corps à corps.

Stratégie vignette|. Ce casque, gravé au nom de ΜΙLTIAΔES, a été offert au temple de Zeus à Olympie par Miltiade pour consacrer la victoire de Marathon.

Les stratégies des armées grecque et perse ne sont pas connues avec certitude, les écrits des auteurs anciens étant parfois contradictoires, et plusieurs hypothèses sont possibles. Les mécanismes du déclenchement de la bataille découlant de ces différentes possibilités, ceux-ci ne sont également que des conjectures.

Les Athéniens n'ont pas attendu derrière les remparts de la cité, mais se sont rendus à la rencontre de l'ennemi. Ils sont rejoints sur place par leurs alliés platéens. Ils sont en position défavorable à Marathon : ils ont dû mobiliser tous les hoplites disponibles, et sont, malgré tout, en infériorité numérique (au moins à un contre deux).

De plus, ils ont dû dégarnir la défense de la cité. S'ils sont pris à revers, ils en sont coupés, tandis que toute attaque contre celle-ci ne rencontrerait aucune résistance. Toute défaite à Marathon signifierait aussi l'anéantissement total de l'armée athénienne. Les Athéniens doivent donc bloquer les Perses sur la plage de Marathon, en les empêchant d'en sortir et éviter d'être débordés sur les flancs. Ils ont réalisé le premier objectif. Ils n'ont donc pas besoin de déclencher la bataille trop tôt. Par ailleurs, les hoplites étant vulnérables face à la cavalerie, dont disposent les Perses, toute attaque est risquée. Le camp grec est protégé sur les flancs par un petit bois ou par un abattis de pieux (selon les traductions), réalisant ainsi le second objectifCornelius Nepos, Miltiade, VI.. Cette hypothèse semble donc contredire la version d'Hérodote, selon laquelle Miltiade aurait souhaité attaquer le plus tôt possible.

La stratégie des Perses reste elle aussi hypothétique. Selon E. Lévy, ils souhaitent vider la cité de ses défenseurs, les fixer à Marathon, en débarquant la moitié de leurs troupes et contourner les hoplites pour prendre Athènes par la mer, ses portes ouvertes par les hommes d'Hippias. C'est une des raisons pour lesquelles, bien qu'en supériorité numérique, les Perses n'auraient pas immédiatement attaqué. Une autre est qu'ils se méfient des hoplites, beaucoup plus puissants que leur infanterie légère. Une partie des troupes perses, y compris la cavalerie, pourrait donc avoir rembarqué, avec pour objectif Phalère, afin d'atteindre rapidement l'acropole d'Athènes. Les troupes restantes auraient alors franchi le Charadra, le petit ruisseau qui traverse la plaine de Marathon avant de se perdre dans des marais littoraux, afin d'empêcher le retour des forces grecques vers la cité.

Tactique