vignette|Quatre enfants lisant le livre du intitulé Le Grincheux qui voulait gâcher Noël.
La littérature d'enfance et de jeunesse est un genre littéraire et un secteur des métiers du livre qui se spécialise, par sa forme et son contenu, dans les publications destinées à la jeunesse (enfants et adolescents)..
Typologie Le genre émerge à partir du début du et prend de l'importance au cours du .
Le monde anglo-saxon distingue assez tôt children book/literature (enfance et pré-adolescence) de young adult literature (adolescents, teenagers). Historiquement, le children book est né au Royaume-Uni.
L’appellation « littérature enfantine » apparaît en français en 1950 dans des ouvrages de critique. Cette appellation a progressivement évolué avec le temps, faisant place à « la littérature pour la jeunesse », puis « la littérature d'enfance et de jeunesse » et enfin, « la littérature de jeunesse ». Ce secteur, régi par des lois différentes des autres éditions, est issu d'une histoire spécifique. En France, la loi qui régit les publications pour la jeunesse est la loi du 16 juillet 1949 sur les publications destinées à la jeunesse modifiée par l' de l'ordonnance du et par la loi du . L'édition jeunesse occupe la deuxième place sur le marché de l'édition, juste après la littérature générale. C'est un marché qui est de plus en plus attractif, avec des ventes en progression de +1 % en 2020, et ce malgré la Covid-19 qui a largement affecté les ventes de livres. Un livre sur quatre acheté appartient à la catégorie jeunesse (chiffres de 2018 et 2019).. Dans le domaine des arts, c'est un art qui ouvre la porte à d'autres. Le livre est souvent le premier objet culturel qui est mis dans les mains de l'enfant. On peut voir qu'il y a neuf disciplines dans l'histoire de l'art (de la sculpture à la BD), la littérature jeunesse peut être considérée comme un dixième art..
Histoire d'un genre vignette|250px|Exemple de livre pour enfants.
Les œuvres destinées à la jeunesse n'apparaissent réellement qu'à partir de la fin du en France. Jusqu'à cette époque, il n'existe que très peu de livres écrits pour les enfants, car même si ces derniers sont peu alphabétisés, il résulte qu'on ne leur prête quasiment aucune attention, ni morale ni sociale. Dès le Moyen Âge, les romans de chevalerie comme Lancelot du Lac, les récits bibliques et les récits traditionnels (Gargantua, Le Roman de Renart) sont ceux qui se transmettent le plus dans toute la France, à travers une tradition orale et notamment les farces données durant les foires.
Utilisé comme un outil essentiellement pédagogique, le livre pour la jeunesse aborde la religion, la morale, l'éducation et les bonnes manières. Du , on observe petit à petit une plus grande diversité dans les productions éditoriales ; cependant l’enfant ne possède pas encore de statut propre. La littérature ne peut lui être destinée que si l'enfant est reconnu socialement, que . Un phénomène à ne pas négliger est l'émergence au cours du siècle, d'une littérature de colportage, comme ceux diffusés par la Bibliothèque bleue, petits ouvrages bon marchés, édités sous la forme de fascicules, parfois grossièrement illustrés de gravures sur bois ; l'un des titres les plus célèbres en ce temps reste Les Quatre Fils Aymon.
Les premiers écrits pour la jeunesse, comme ceux de Charles Perrault, ne leur étaient pas explicitement réservés ; ils s'adressaient aux adultes autant qu'aux enfants. Dans le domaine français, le premier livre destiné à un enfant et qui marque la naissance de la littérature de jeunesse est Les Aventures de Télémaque (1699) de Fénelon (alors précepteur de Louis de France). C'est avec Jeanne-Marie Leprince de Beaumont et son Magasin des enfants que sont mis à l'écrit les premiers contes spécifiquement destinés à la jeunesse : initialement intitulée Le Nouveau magasin françois ou Bibliothèque instructive et amusante, cette publication voit le jour à Londres en 1750, éditée par François Changuion et David Henry, avant de connaître le succès en Europe Le Nouveau magasin françois ou Bibliothèque instructive et amusante. Notice ouvrage, catalogue général numérisé de la BnF.. À la même époque, le jeune public s'approprie les Gulliver, Don Quichotte et, bien sûr, Robinson Crusoé, recommandé par Jean-Jacques Rousseau. Le charme de la littérature de jeunesse tient à ce qu'elle soit d'abord un support de rêveries enchanteresses ou inquiétantes..
Au , la production éditoriale s'industrialisant, se développent véritablement les éditeurs pour la jeunesse en Europe. John Harris (1756-1846) en Grande-Bretagne va notamment éditer des jeux « J. Harris, publisher. The new game of emulation for the instruction and amusement of youth ... : board game; London, 1804-1805 », notice objet du catalogue numérisé de la Harvard Library. et des ouvrages en couleurs, passant par la lithographie, et avec une réelle dimension artistique.
L’essor de la presse participe au développement de la littérature jeunesse, avec de très nombreux journaux pour enfants apparaissant dès les années 1830. Ces journaux et la littérature jeunesse en général sont l'occasion pour de nombreuses femmes de se faire une place dans le domaine de la littérature, en s'appropriant ce marché pas encore occupé par les hommes. On peut entre autres citer Eugénie Foa, écrivaine très connue à son époque, qui publie dans de nombreux périodiques pour enfants : le Journal de l'Enfance, Le Dimanche des enfants, la Gazette de la Jeunesse, la Gazette des enfants et des jeunes personnes, le Journal des demoiselles, le Journal des familles, le Magasin des demoiselles, le Magasin des enfants, La Mère institutrice et l'institutrice mère, Le Messager des demoiselles font partie des journaux à destination des enfants auxquels elle a contribué.
Le succès de l'image d'Épinal en France remonte aux années 1830-1840, et dès cette époque, le public des enfants est ciblé. On assiste via la lithographie et le bois gravé mis en couleurs manuellement, à la naissance de recueils de contes en images (parfois à découper et plier) aussi bien que des recueils de textes patriotiques jusqu'après la Première Guerre mondiale, publications qui relancent l'intérêt pour la lecture et par la même, pour ce qui deviendra la bande dessinée.
En France, en 1843, Pierre-Jules Hetzel fonde le Nouveau magasin des enfants, collection d'ouvrages faisant appel à des illustrateurs et auteurs de renom comme Dumas, Sand, Nodier ou Gavarni.. Puis, en 1864, de retour d'exil à la suite de l'avènement de l'Empire libéral, il publie le Magasin d'éducation et de récréation destiné à la lecture en famille. Le projet est de faire collaborer savants, écrivains et illustrateurs dans le but de réconcilier la science et la fiction, et de mettre l'imagination au service de la pédagogie. C'est une position difficile à tenir dans un climat positiviste, mais grâce à la rencontre avec Jules Verne, Hetzel réussit à imposer un nouveau genre.
Louis Hachette, d'abord spécialisé dans les manuels scolaires — il n'est pas le seul —, investit l'édition de loisir à partir de 1850. S'inspirant du modèle britannique, il implante des kiosques dans les gares ferroviaires (la Bibliothèque des Chemins de fer). Après quoi il invitera la Comtesse de Ségur puis, plus tard, Zénaïde Fleuriot à publier leurs ouvrages dans une nouvelle collection à destination des enfants, la Bibliothèque rose illustrée fondée en 1856, actuelle Bibliothèque rose.
En 1865, en Angleterre, paraît Alice au pays des merveilles de Lewis Carroll. Il sera traduit en français en 1869..
Après 1870, on assiste à une multiplication des titres et des éditeurs qui vont envahir le marché du livre scolaire destiné au prix et aux étrennes comme par exemple Mame (Tours), Delagrave et Gedalge (Paris), proposant des albums illustrés, avec reliures cartonnées et typographiés avec de gros caractères. C'est l'époque des romans à succès d'Hector Malot : Sans famille ; Erckmann-Chatrian : L'Ami Fritz ; Frances Hodgson Burnett : Le Petit Lord Fauntleroy (1886). Dès 1907, après le premier aéroplane de Hubert Latham qui vole à , les rêves de voyages envahissent la littérature avec Le Tour de la France par deux enfants de Madame Augustine Fouillée (sous le pseudonyme de G. Bruno) et Le Merveilleux Voyage de Nils Holgersson à travers la Suède de Selma Lagerlöf, deux romans à vif succès qui vont marquer un tournant dans la littérature pour la jeunesse. Ces rêves de voyages rapprochent l'enfant et l'adulte qui lit plus volontiers la littérature enfantine, avec toutefois deux pauses historiques dans la production : le passage de deux cataclysmes sous forme de guerres mondialesDictionnaire historique, thématique et technique des littératures françaises et étrangère, anciennes et modernes éditions Larousse, 1985 en , , .
Durant l'entre-deux-guerres, signalons en France l'apparition de collections dédiées comme le Père Castor (Paul Faucher), Les Contes du chat perché de Marcel Aymé, et quelques livres de Jacques Prévert. En Belgique, Albert Hublet a du succès avec la collection des Alain Belle-Humeur.
En Espagne, sous la dictature de Franco, Elena Fortún, spécialiste de littérature de jeunesse de la Seconde République., connaît la censure : certains de ses ouvrages de la célèbre saga Celia, comme Celia en la revolución (1943), sont interdits de publication dans le pays par le régime.
À partir des années 1950, alors que la littérature jeunesse se développe et se renouvelle fortement, l'activité de critique littéraire émerge, sous la plume de pionniers tels que Natha Caputo, Marc Soriano, Mathilde Leriche ou Janine Despinette.; plusieurs associations professionnelles sont ainsi créées.
Durant les , François Ruy-Vidal, avec l'aide de Harlin Quist, aborde des thèmes jusqu'alors plutôt réservés aux adultes et considère qu' « il n'y a pas de littérature pour enfants, il y a la littérature » ; Françoise Dolto a fortement critiqué sa vision des choses.. Une vision d'autant plus critiquable que la littérature de jeunesse se veut au service de la jeunesse, car elle a pour ambition de contribuer tant au développement qu'au bien-être de ses lecteurs. Ainsi, son rôle est d'accompagner et de favoriser la lente mutation de son jeune public au travers de trois grands objectifs : l'élaboration de la personnalité en s'intéressant essentiellement à la morale et à l'idéologie, la transmission des savoirs et le divertissement..
À la fin du , avec une liberté plus grande pour les auteurs et les illustrateurs, dès le début des années 1980, la littérature humoristique cesse d'être marginale comme avec Marcel Aymé, et voit les jeux de mots de Pierre Elie Ferrier : le Prince de Motordu, ou encore Le Monstre poilu dont l'insolence maîtrisée sera appréciée jusque dans des écoles primaires et chez des orthophonistes. À la même époque, pour amener les pré-adolescents amateurs de jeux vidéo à se rapprocher du livre, on a vu fleurir une nouvelle variété de romans pour lecteurs-zappeurs : les livres dont vous êtes le héros, dont la lecture s'apparentait à un jeu de piste. En majorité traduits de l'anglais, ces livres connurent un immense succès feu-de-paille pendant dix ans.
Depuis le début du , on assiste à un regain d'intérêt pour la littérature de jeunesse, causé principalement par l'influence des livres de la série Harry Potter. Cette série ayant redonné le goût de la lecture à certains enfants, d'autres auteurs ont vu les ventes de leurs livres augmenter. L'autre cause de ce regain est l'essor du choix et de la créativité chez les nouveaux auteurs de jeunesse. La Corée s'impose comme un des principaux acteurs du marché grâce à la richesse et la diversité de ses illustrateurs. Les rapports annuels sur le taux d'illettrisme (10 %) en France restent malgré tout identiques depuis plus de trente ans.
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