Délivrance () est un film américain réalisé par John Boorman, sorti en 1972. Il s'agit d'une adaptation du roman de même nom de James Dickey, publié en 1970, qui signe lui-même le scénario.

En 2008, le film entre au National Film Registry pour conservation à la bibliothèque du Congrès aux États-Unis.

Synopsis Ed Gentry, Lewis Medlock, Bobby Trippe et Drew Ballinger, quatre hommes d'affaires d'Atlanta, se réunissent lors d'un week-end afin de descendre en canoë une rivière très mouvementée, baptisée Cahulawasseea. Cette rivière prend sa source dans les Appalaches en Caroline du Nord et rejoint la Géorgie : comme elle doit être recouverte par l'inondation de la région à la suite de la construction d'un barrage, les quatre citadins montent cette expédition comme un dernier hommage à cette partie de la nature qui va être défigurée par l'homme. Néanmoins, les épreuves qu'ils vont affronter ne sont pas uniquement dues à la dangerosité du milieu naturel.

Le défi lancé par ces hommes s'adresse à la nature sauvage mais aussi à leurs propres faiblesses : Lewis est un modèle d'homme fort, champion de tir à l'arc, dominateur, sûr de lui mais aussi rassurant pour les trois autres. Il voudrait que ce défi soit un jeu dont il serait le seul à maîtriser les règles. Il connaît les dangers de la nature sauvage et la respecte. Drew est un père de famille exemplaire, mélomane et sentimental. Il a emporté sa guitare et en joue dès que l'occasion se présente, notamment en improvisant un duo avec un jeune joueur de banjo simple d'esprit rencontré au début de l'aventure. Bobby est un bon vivant, un peu balourd et naïf, craintif, qui doit supporter les remontrances et les remarques blessantes de Lewis avec qui il fait équipe dans un des deux canoës. Ed affiche un air détaché de gentleman mais derrière cette façade décontractée, il s'avérera être résistant, courageux et intrépide. Il pratique comme Lewis le tir à l'arc mais sa main tremble lorsqu'il se retrouve seul face à un daim et qu'il doit décocher sa flèche.

Au matin du deuxième jour, alors que, isolés des deux autres, Ed et Bobby accostent, ils sont pris à partie par deux hommes armés, des montagnards effrayants frustes et violents. Bobby est humilié et sodomisé par un des deux hommes (une scène brutale censurée en Norvège et au Brésil) pendant qu'Ed est ficelé à un arbre. Arrivé sur les lieux, Lewis transperce le violeur d'une flèche en pleine poitrine et le tue tandis que son comparse prend la fuite. Après une discussion véhémente les quatre amis décident de ne pas prévenir la police afin d'éviter un procès à Lewis qui l'obligerait à faire face à un jury sans doute composé de membres de la famille du mort. Ils enterrent donc le cadavre plus loin et reprennent leur périple sur l'eau.

En pleine passe difficile, ils sont la cible d'un tireur qui les suit depuis la crête des falaises encadrant les rapides. Drew tombe à l'eau et sans son gilet, est emporté par le courant. Dans la panique, Lewis se blesse à la jambe et se réfugie sous un rocher, bientôt rejoint par Ed et Bobby. Ed décide alors de gravir la paroi rocheuse verticale et d'éliminer le tireur. Après une escalade vertigineuse, au matin, il se retrouve face à face avec l'homme au fusil qui les cherche plus bas. La main d'Ed tremble à nouveau mais cette fois, il ne rate pas sa cible. Dans l'action, Ed se blesse au flanc avec une de ses flèches. Ensuite, le corps de l'homme est descendu jusqu'à la rive et noyé pour le faire disparaître définitivement.

Embarquant Lewis blessé et incapable de bouger, Ed et Bobby reprennent courageusement leur descente et retrouvent plus en aval le corps de Drew, affreusement tordu contre un arbre mort. Ils fixent une lourde pierre à son corps et le laissent sur place, craignant une autopsie qui révèlerait des traces de balle et justifierait une enquête plus approfondie.

Enfin, des épaves d'automobiles signalent la proximité du but de leur voyage, où les attendent leurs voitures convoyées depuis l'amont par deux autochtones. Les trois amis s'entendent pour déclarer à la police que la noyade de Drew s'est passée en cet endroit et nulle part ailleurs. Arrivés à destination et tandis que Lewis est pris en charge pour être soigné, la police drague la rivière sans résultat. L'adjoint du shérif, un cousin des deux chasseurs abattus, doute de leur version des faits et devine qu'ils dissimulent la vérité. Le shérif, sans preuve formelle mais dubitatif, les laisse toutefois partir non sans essayer de les piéger une dernière fois.

Bobby et Ed conviennent de ne pas se revoir avant quelque temps. Lewis sera probablement amputé. Ce sera Ed qui devra annoncer la mort de Drew à sa veuve. Revenu auprès de son épouse et de leur fils, Ed s'efforce d'oublier l'horreur de ces deux derniers jours. L'image d'une main remontant à la surface de l'eau fait craindre le pire au spectateur. Mais c'est seulement un cauchemar qui réveille Ed et le fait hurler de terreur. Réconforté par sa femme mais hanté par les fantômes de la rivière, il a irrémédiablement perdu son insouciance et son innocence d'avant cette terrible épreuve.

Fiche technique

Titre original : Titre français : Délivrance Réalisation : John Boorman Scénario : James Dickey, d'après son roman Délivrance, avec la participation non créditée de John Boorman aux dialogues Décors : Fred Harpman Costumes : Bucky Rous Photographie : Vilmos Zsigmond Musique : Eric Weissberg Producteur : John Boorman Montage : Tom Priestley Distribution des rôles : Lynn Stalmaster Maquillage : Michael Hancock Effets spéciaux : Marcel Vercoutere Production : John Boorman Sociétés de production : Warner Bros. et Elmer Enterprises Société de distribution : Warner Bros. (États-Unis), Warner-Columbia Film (France) Budget : 2 millions de USD Pays de production : Langue originale : anglais Format : Couleur - 2,35:1 - CinemaScope Genre : thriller, drame, aventures, rape and revenge Durée : Dates de sortie : États-Unis : France : • (ressortie en salles) Classification : : R - Restricted : interdit aux moins de Affiche : Bill Gold (États-Unis)

Distribution Jon Voight (VF : Michel Le Royer) : Ed Gentry Burt Reynolds (VF : Serge Sauvion) : Lewis Medlock (Louis en ) Ned Beatty (VF : Albert Augier) : Bobby Trippe Ronny Cox (VF : Francis Lax) : Drew Ballinger (André en ) Ed Ramey (VF : Henri Virlogeux) : le vieux pompiste au début du film Billy Redden : Lonny, l'adolescent au banjo (VF : Claude Joseph) : l'un des frères Griner Randall Deal : l'autre frère Griner Bill McKinney (VF : Gérard Hernandez) : le premier chasseur dans la montagne : le second chasseur dans la montagne (sans dents) James Dickey (VF : Claude Bertrand) : le shérif Bullard Macon McCalman (VF : Jacques Deschamps) : Queen, l'adjoint du shérif, cousin des chasseurs Pete Ware (VF : Georges Aubert) : le chauffeur de taxi Lewis Crone : le shérif à l'hôpital Charley Boorman (crédité « Charlie ») : le fils d'Ed Belinda Beatty (créditée « Belinha ») : l'épouse d'Ed

Production Genèse et développement

Le scénario est inspiré du roman de même nom de James Dickey, publié en 1970. L'auteur est engagé pour écrire lui-même le scénario. Sam Peckinpah avait été un temps intéressé pour le réaliser, mais les droits sont acquis par John Boorman avant lui.

Attribution des rôles Pour tenir les deux rôles principaux, John Boorman souhaitait engager Marlon Brando et Lee Marvin. Ce dernier, avec qui le réalisateur a déjà tourné deux films, le persuade cependant que lui et Marlon Brando sont trop âgés pour jouer les scènes prévues. Il lui suggère de prendre deux acteurs plus jeunes. Jack Nicholson avait donné son accord pour incarner Ed mais son salaire était trop élevé. Le rôle est proposé à Gene Hackman et refusé par Donald Sutherland, qui trouve le script trop violent. Le rôle de Lewis est proposé à Henry Fonda, Charlton Heston ou encore James Stewart.

Ned Beatty, dont c'était le premier film, était le seul des quatre acteurs à avoir déjà pagayé avant le début du tournage.

À la fin du film, le romancier et scénariste James Dickey interprète le shérif Bullard chargé de l'enquête sur les disparitions de Drew Ballinger et de deux hommes des montagnes (de la famille de Queen, l'adjoint du shérif).

Dans les dernières scènes, Charley Boorman, fils du metteur en scène, incarne le fils d'Ed Gentry, le personnage interprété par Jon Voight. Le rôle de l'épouse d'Ed Gentry est tenu par Belinda Beatty, alors mariée à l'acteur Ned Beatty (l'interprète de Bobby Trippe).

En raison du manque de budget et pour plus de réalisme, des habitants sont engagés.

Tournage Le tournage a lieu en Géorgie (rivière Chattooga dans les Appalaches, lac Tallulah Falls, Tallulah Gorge, Rabun Gap, Clayton), en Caroline du Nord (Sylva) et en Caroline du Sud (lac Jocassee, Beaufort).

Dueling Banjos a été la première scène tournée. Les autres scènes ont pratiquement toutes été tournées dans l'ordre chronologique du scénario.

En raison du budget limité, les acteurs n'ont pas de doublures pour les cascades. Les scènes dans les rapides n'ont pas été doublées. Jon Voight a ainsi escaladé lui-même la falaise dans la scène où il tente de neutraliser le tireur. Burt Reynolds s'est cassé le coccyx au chavirage du canoë.

Accueil Critique Délivrance est globalement très bien accueilli par les critiques et classé parmi les meilleurs films de 1972...IMDb: Year: 1972.. Sur l'agrégateur américain Rotten Tomatoes, le film obtient 90 % d'avis favorables pour et une note moyenne de ..

Gene Siskel du Chicago Tribune lui donne sa note maximale de Gene Siskel, Deliverance; Chicago Tribune (section 2), , .. Charles Champlin du Los Angeles Times souligne la beauté visuelle du film et les performances des acteurs principaux Charles Champlin, « Men Against River—of Life?—in 'Deliverance », Los Angeles Times (Calendar), , ..

Roger Ebert du Chicago Sun-Times écrit quant à lui une critique négative du film « Deliverance », Chicago Sun-Times., tout comme Arthur D. Murphy de Variety Arthur D. Murphy, « Film Reviews: Deliverance », Variety, , .. Vincent Canby de The New York Times est déçu du film Vincent Canby, « The Screen: James Dickey's 'Deliverance' Arrives », The New York Times, , ..

En 2001, le film figure à la du AFI's 100 Years...100 Thrills, un classement de l'American Film Institute des thrillers du cinéma américain.

Box-office

Le film est un succès au box-office et l'un des plus lucratifs des films sortis en 1972. Aux États-Unis, il enregistre de dollars de recettes.. Il réalise également des recettes sur l'année suivante « Big Rental Films of 1973 », Variety, , ., pour un budget de deux millions de dollars. En France, il attire dans les salles.. Le film ressort dans quelques salles françaises en et rapporte ..

Distinctions Récompenses National Board of Review: Top Ten Films 1972

Grammy Awards 1974 : meilleure performance instrumentale de country pour Dueling Banjos National Film Registry 2008

Nominations Oscars 1973 : meilleur film, meilleur réalisateur et meilleur montage Golden Globes 1973 : meilleur film dramatique, meilleur acteur dans un film dramatique pour Jon Voight, meilleure chanson originale pour Dueling Banjos, meilleur réalisateur et meilleur scénario BAFA Awards 1973 : meilleur montage, meilleur son et meilleure photographie Directors Guild of America Awards 1973 : meilleure réalisation pour un film Writers Guild of America

Autour du film Références dans d'autres œuvres Dans le film Le Projet Blair Witch, alors que les protagonistes sont perdus dans la forêt, Josh cite le film Délivrance en s'inquiétant de la possibilité d'une rencontre avec des personnages similaires aux agresseurs dans ce dernier. Le réalisateur Tim Burton fait allusion au film dans deux de ses œuvres :