Michel Le Tellier, né le au Vast, dans le Cotentin, mort le à La Flèche, est un jésuite français, enseignant et ardent polémiste. Il devient recteur du collège de Clermont, à Paris, puis provincial des jésuites de France, et enfin, de 1709 à 1715, confesseur de et titulaire de la feuille des bénéfices.

Dur, impétueux, opposé aux jansénistes, il est cruellement dénigré par ses ennemis, qui tracent le portrait d'un homme de pouvoir violent, faux, méprisant et sans scrupules. Les pères jésuites s'attachent à dénoncer les exagérations, les mensonges et les erreurs d'appréciation qui seraient contenues dans ce jugement.

Biographie

Jeunesse et formation vignette|alt=Photo noir et blanc d'une façade du XVe siècle.|gauche|redresse=1|Le collège Royal Bourbon de Caen, où Michel Le Tellier étudie.

Les registres paroissiaux ayant disparu mystérieusementD'après le témoignage de Guillaume Adam, curé du Vast de 1733 à 1771. Rapporté dans la Revue catholique de Coutances, . Pour une raison obscure (, dit Adam), les registres paroissiaux ont disparu. ., des incertitudes planent sur le lieu et la date de sa naissance. Selon Louis Moréri et Voltaire, il serait né à Vire, fils d’un procureur de cette villeMoréri fait naître Le Tellier à Vire, dans son supplément imprimé de 1735 (où il donne comme date de naissance 1646) et dans son supplément imprimé de 1749 (où il corrige la date de naissance en 1643). . — Voltaire, « Bulle Unigenitus », Dictionnaire philosophique, dans Œuvres complètes, Paris, Garnier, 1878, XVIII, 48.. Selon le père Bliard et le père Hamy, il serait né le non loin de Cherbourg, au Vast, dans le hameau de l'Énauderie. Il serait le fils de Tellier et de Marie Michel, originaire de CanteloupD'après la table généalogique d'une famille de Cherbourg et d'après le témoignage de descendants de la mère de Michel Le Tellier (veuve et remariée). .. Selon d'autres sources, le lieu de naissance de Michel Le Tellier serait Viessoix ou Coulonces., et la date serait le ou le . . .. Lorsque lui demande s'il est parent du chancelier Le Tellier, de Louvois et de l'archevêque de Reims, il , sous l'œil scrutateur du médecin Fagon, qui n'y voit qu'humilité affectée (, selon Saint-Simon) :

Il fait ses études au collège des jésuites de Caen. À , le , il entre au noviciat de la Compagnie de Jésus. Il est élevé au sacerdoce en 1674. Il acquiert de bonnes connaissances en théologie. Mais ses supérieurs le destinent aux lettres. Au long de sa carrière, il va enseigner la grammaire, les humanités et la rhétorique, quatre ans la philosophie et l'Écriture sainte.

Il régenteLe régent est le responsable d'une classe. « Les jésuites au collège de Rennes », sur amelycor.fr, 2 mai 2018 (consulté le ). les classes de philosophie et d'humanités. Il est admis à la profession solennelle des quatre vœux le , à Rennes. Il est chargé de donner, pour l'usage du dauphin, une édition de l'Histoire d’Alexandre le Grand de Quinte-Curce. Il y travaille durant son séjour à RennesIl en parle dans une lettre écrite à Rennes le . .. En 1678, il est professeur au collège de Clermont, à Paris, lorsque paraît cet ouvrage, qui est bien accueilli. Il vaut à son auteur d'être choisi, avec quelques autres jésuites, pour former au collège de Clermont une société de savants, dans le sillage des Jacques et Jean Sirmond, et des Paul, Alexandre et Denis Pétau. L’entreprise se révèle ardue. Puis elle est compromise par le goût que Le Tellier manifeste pour les écrits polémiques. Mais ce goût va le conduire aux premiers emplois de la Compagnie. Il devient réviseur, puis recteur du collège de Clermont.

Controverses vignette|alt=Grand dessin de l'adoration des mages, avec vaste paysage et ville en arrière-plan. En dessous, texte en chinois.|droite|redresse=1|Histoire illustrée de la vie du Christ (1637), due au missionnaire jésuite Giulio Aleni.

En 1667 paraît une traduction en français du Nouveau Testament, dite « Nouveau Testament de Mons ». Elle est due à des jansénistes, principalement à Lemaistre de Sacy Martine Pécharman, « The 'Rules of Critic'. Richard Simon and Antoine Arnauld », dans Rens Bod, Jaap Maat et Thijs Weststeijn, The Making of the Humanities, sur books.google.fr, Amsterdam University Press, 2010, I, 329 et 330 (consulté le 29 juillet 2018). — Philippe Sellier, « Bernard Chédozeau, Port-Royal et la Bible. I. Un siècle d’or de la Bible en France (1650-1708) », sur amisdeportroyal.org, Publications électroniques de Port-Royal, 2010 (consulté le ).. Le Tellier attaque cette traduction dans trois livres, qui paraissent en 1672, 1675 et 1684.

Il s'investit ensuite dans la controverse sur les rites chinois. En Chine, les missionnaires jésuites pratiquent l'inculturation, ce que vont dénoncer leurs rivaux, les franciscains et les dominicains, puis plus tard les Missions étrangères. Le Tellier soutient les missionnaires jésuites en publiant en 1687 une Défense des nouveaux chrétiens et des missionnaires de la Chine, du Japon et des IndesParis, Michallet, 1687. Notice FRBNF36123950, sur catalogue.bnf.fr (consulté le 13 décembre 2019).. Il parvient habilement à semer le doute sur les témoignages qui fondent les attaques des franciscains et des dominicains contre les rites chinois. Il fait remarquer que le problème se pose en Chine parce que les jésuites y sont quasiment les seuls Européens : il leur est donc très difficile de produire . Le livre est combattu par le janséniste Antoine Arnauld et son ami Du Vaucel. Il connaît une deuxième édition en 1690. En 1700, au plus fort de la dispute, le janséniste Noël Alexandre publie Apologie des dominicains missionnaires de la Chine ou Réponse au livre du père Le Tellier,

Les querelles opposent les missionnaires sur le terrain. Leurs supérieurs cherchent plutôt l'apaisement. Le , le supérieur des Missions étrangères, Jacques-Charles de Brisacier, a donné son approbation au Défense des nouveaux chrétiens du jésuite Le Tellier« Jacques de Brisacier (1642-1736) », sur irfa.paris (consulté le 12 décembre 2019).. Mais, l'année suivante, les hostilités atteignent le point de non-retour : le jésuite Guy Tachard demande à et au pape l'expulsion des Missions étrangères du Siam. Le , Brisacier révoque son approbation. Il dit s'être trompé par manque d'information : en 1687, ses missionnaires n'étaient en Chine que depuis trois ansJacques-Charles de Brisacier, « Révocation de l'approbation donnée en 1687 par M. l'abbé de Brisacier, supérieur du séminaire des Missions étrangères, au livre De la défense des nouveaux chrétiens et des missionnaires de la Chine, par le R.P. Le Tellier, jésuite », sur gallica.bnf.fr, dans Lettre des messieurs des Missions étrangères au pape sur les idolâtries et sur les superstitions chinoises, sans lieu ni date, (consulté le 13 décembre 2019). — On trouve dans ce livre, 171, une liste des écrits dont la lecture est recommandée pour bien comprendre la lettre au pape des Missions étrangères. Et l'on trouve une liste chronologique d'écrits concernant les rites chinois, écrits présentés à Rome par les jésuites de 1696 à 1699.. Le Tellier réplique par une Lettre à Monsieur***, docteur de Sorbonne, au sujet de la révocation faite par M. l'abbé de Brisacier de son approbation donnée en 1687 au livre intitulé « Défense des nouveaux chrétiens et des missionnaires de la Chine »Sans lieu, 1700. Notice FRBNF33452934, sur catalogue.bnf.fr (consulté le 13 décembre 2019).. En fin d'année, Le Tellier se trouve à Rome, où Défense des nouveaux chrétiens déplaît. Mais le livre est défendu par Tirso González, général des jésuites, devant la Sacrée Congrégation de l'Inquisition.. Il n'est pas condamné. Il est seulement mis à l'Index le , et Le Tellier doit quitter Rome.

Au moment de la querelle du péché philosophique, il défend la position des jésuites dans L’Erreur du péché philosophique combattue par les jésuites, publié en 1691. Il affronte encore les jansénistes dans Recueil de bulles sur les erreurs des deux derniers siècles (1697), Histoire des cinq propositions de Jansénius (sous le pseudonyme de Dumas, 1699), Le , séditieux et hérétique (1705)

Autres travaux

Il contribue, avec le père Besnier, à la traduction du Nouveau Testament entreprise par le père Bouhours. selon la Vulgate paraît de 1697 à 1703. En 1701, Le Tellier est à l'initiative avec le père Lallemant du lancement du Journal de Trévoux, recueil d'extraits d'articles scientifiques parus en Europe. Il est choisi pour continuer les Dogmes théologiques laissés inachevés par Denis Pétau à sa mort : Le Tellier en termine le Traité de la pénitence, qui n’est pas imprimé. En , il devient provincial des jésuites de France.

Confesseur du roi vignette|alt=Seul le roi est assis, au centre. Monseigneur, derrière lui, est accoudé au dossier de son fauteuil. À gauche, la duchesse tient en bride un enfant en robe. À droite, le duc de Bourgogne avec une canne.|droite|redresse=1| vers 1710, entouré d'un de ses arrière-petits-filsÀ la mort de Monseigneur en 1711, le duc d'Anjou (le futur ) n'avait que . On peut donc penser que l'enfant est son frère aîné, le duc de Bretagne (1707-1712). Mais il s'agit ici d'un tableau rétrospectif, exécuté sous le règne de . C'est donc probablement ce dernier qui est représenté. Guillaume Attlane, Louis XIV avec son fils le Grand Dauphin…, sur altesses.eu (consulté le )., de la duchesse de Ventadour, de Monseigneur et du duc de Bourgogne.

Le meurt le père de La Chaise, confesseur du roi. Le , Le Tellier est choisi pour le remplacer.

vignette|alt=Vue en plongée de l'ensemble du monastère, en couleurs.|gauche|redresse=1|Port-Royal des Champs.

Saint-Simon rend Le Tellier responsable de la destruction, en 1709, de l'abbaye de Port-Royal des Champs. Le père Bliard certifie que le confesseur et les jésuites sont totalement étrangers à cette décision du roi. La même année, Le Tellier devient membre honoraire de l’Académie royale des inscriptions et médaillesLe Mercure galant, sur gallica.bnf.fr, août 1709, 278 et 279 (consulté le )..

Les persécutions contre les protestants connaissaient des périodes de répit. Selon Hœfer, depuis que le père Le Tellier est confesseur, elles ne cessent plus.

Saint-Simon reproche au confesseur, titulaire de la feuille des bénéfices, de distribuer les abbayes à , jadis bien éloignés d'oser prétendre à ce que leur donne le confesseur, et désormais dévoués à ses volontés. Toujours selon le mémorialiste, Le Tellier remplit l'épiscopat de France . Là encore, le père Bliard rejette l'accusation.

vignette|alt=Peinture. En buste. Calotte rouge, camail rouge laissant apparaître le haut de la soutane noire à liseré rouge.|droite|redresse=1|Le cardinal Louis-Antoine de Noailles, archevêque de Paris.

Lorsqu'il distribue les bénéfices, Le Tellier déplore de devoir composer avec le cardinal de Noailles, archevêque de Paris, membre comme lui du conseil de Conscience. Le Tellier et les jésuites nourrissent plusieurs griefs à l'encontre du cardinal. Ils ne pardonnent pas le camouflet que madame de Maintenon leur a infligé en 1695 en faisant nommer Noailles à l'archevêché de Paris, à leur insu. Noailles s'est fragilisé peu après en approuvant les Réflexions morales de l'oratorien Pasquier Quesnel, ouvrage que les jésuites ont fait condamner à Rome en 1708Yves Coirault, dans .. De plus, en 1711, Noailles a interdit quelques jésuites de chaire et de confessionnal. Le Tellier entreprend de se venger du cardinal par des que décrit Saint-Simon.

vignette|alt=Peinture. Portrait. Vêtue de noir, une mantille noire autour de la tête.|gauche|redresse=1|Madame de Maintenon, vers 1688.