(turc ottoman : ; ) est probablement né le à Trébizonde () dans l'actuelle Turquie et mort le à Szigetvár dans l'actuelle Hongrie
Fils de , il fut le dixième sultan de la dynastie ottomane et le soixante-quatorzième calife de l’islam de 1520 à sa mort en 1566. On le nomme Soliman le Magnifique en Occident et le Législateur en Orient ( ; , al‐Qānūnī) en raison de sa reconstruction complète du système juridique ottoman.
Il devient l'un des monarques les plus éminents du et présida à l'apogée de la puissance économique, militaire, politique et culturelle de l'Empire ottoman. Il mène ses armées à la conquête des bastions chrétiens de Belgrade, de Rhodes et de la Hongrie avant de devoir s'arrêter devant Vienne en 1529. Il annexe la plus grande partie du Moyen-Orient lors de ses guerres contre les Séfévides d'Iran ainsi que de larges portions de l'Afrique du Nord jusqu'en régence d'Alger. Sous son règne, la marine ottomane, menée notamment par le grand amiral Barberousse, domine la mer Méditerranée, la mer Rouge et le golfe Persique.
À la tête de son empire en pleine expansion, Soliman instaure des changements législatifs concernant la société, l'éducation, l'économie et le système judiciaire. Son code civil (appelé ) fixe la forme de l'empire pour plusieurs siècles. Soliman est non seulement un poète et un orfèvre, mais également un mécène qui supervise l'âge d'or de l'art, de la littérature et de l'architecture ottomanes. Il parle quatre langues : le turc ottoman, l'arabe, le tchaghataï (un dialecte turc apparenté à l'ouïghour) et le persan.
En rupture avec les traditions ottomanes, Soliman épouse l'une des filles de son harem, Roxelane, qui devient Hürrem Sultan ; ses intrigues en tant que reine à la cour et son influence sur le sultan assurent sa renommée. Leur fils, , succède à Soliman à sa mort en 1566. Le règne de près de de Soliman demeure le plus long de l'histoire de l'Empire ottoman.
Jeunesse Soliman naît à Trabzon au bord de la mer Noire, probablement le La date du ou 1495 est également évoquée.. Fils de Sélim et de Hafsa Sultan. À l'âge de sept ans il est envoyé à l'école du palais de Topkapı, à Constantinople (Istanbul), pour y étudier les sciences, l'histoire, la littérature, la théologie et les tactiques militaires. Il se lie d'amitié avec Pargalı Ibrahim, un esclave qui devient par la suite l'un de ses plus proches conseillers. Le jeune Soliman, âgé de , est nommé gouverneur de Kefe (Théodosie) puis de Manisa avec un bref séjour à Andrinople. À la mort de son père, (1470/71-1520), Soliman accède au trône en tant que dixième sultan ottoman. Seul fils survivant de Selim, il n'a pas à affronter ses frères pour accéder au pouvoir contrairement à ses prédécesseurs.
Une première description de Soliman, quelques semaines après son sacre, est fournie par l'émissaire de Venise, Bartolomeo Contarini : . Certains historiens avancent que dans sa jeunesse Soliman manifeste une admiration pour Alexandre le Grand, influencé par la vision que portait Alexandre pour un empire mondial, qui s'étendrait de l'Est à l'Ouest, vision qui pourrait avoir encouragé Soliman à entreprendre ses futures campagnes militaires en Asie, en Afrique et en Europe, afin d'étendre l'Empire ottoman.
Campagnes militaires
En Europe
vignette|upright=1.7|alt=Carte de l'Empire ottoman en 1863.|Carte montrant l'expansion territoriale de l'Empire ottoman, exposant les conquêtes de Soliman par rapport à celles de ses prédécesseurs et de ses successeurs. thumb|gauche|Affrontement entre les Ottomans et les Allemands, .|alt=Reîtres allemands affrontant des Ottomans. left|thumb|upright|Soliman alors jeune homme|alt=Soliman alors jeune homme, par Nakkas Osman, vers 1579. Dès la mort de son père, Soliman entame une série de conquêtes militaires et réprime une révolte menée par le gouverneur ottoman de Damas, Janbirdi al-Ghazali, en 1521. Il prépare la conquête de Belgrade alors défendue par le royaume de Hongrie et que son arrière grand-père a échoué à prendre (1456). La prise de la ville est indispensable pour éliminer les Hongrois qui, après les défaites des Serbes, des Bulgares, des Byzantins et des Albanais restent l'unique réelle puissance pouvant s'opposer à l'avancée ottomane en Europe. Soliman encercle Belgrade et entame une série de bombardements depuis l'île au confluent du Danube et de la Save. Avec une garnison de et sans aucun soutien de la Hongrie, la ville tombe en août 1521.
La nouvelle de la chute de l'un des bastions de la Chrétienté sème la peur dans toute l'Europe. Comme l'ambassadeur du Saint-Empire romain germanique à Constantinople l'écrit : .
La route de la Hongrie et de l'Autriche désormais ouverte, Soliman détourne son attention vers l'île méditerranéenne de Rhodes, le couvent des Hospitaliers de l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem dont les activités de course en Asie Mineure et au Levant sont une menace permanente pour les intérêts ottomans. À l', Soliman détache une flotte de tout en menant personnellement une armée de en Asie Mineure face à l'île. Après un siège de cinq mois, Rhodes capitule et Soliman, à la suite d'une négociation avec Philippe de Villiers de L'Isle-Adam, grand maître de l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem, autorise les Hospitaliers à quitter l'île, ces derniers finissent par s'installer à Malte.
thumb|upright|Jean Sigismond rend hommage à Soliman|alt=Jean Sigismond rend hommage à Soliman, anonyme, vers 1566. thumb|left|le siège d'Esztergom constitue un épisode de la campagne ottomane de Hongrie en 1543
Les relations entre la Hongrie et l'Empire ottoman continuent de se détériorer et Soliman reprend sa campagne en Europe orientale. Le , l'armée hongroise menée par (1516-1526) est battue lors de la bataille de Mohács. Après cela, la résistance hongroise s'effondre et l'Empire ottoman devient la puissance dominante dans la région. Croisant le corps sans vie du roi , Soliman se serait lamenté : . Alors que Soliman mène campagne en Hongrie, des tribus turkmènes, menées par Kalender Çelebi, amorcent une révolte en Anatolie, bientôt réprimée par Pargalı Ibrahim Pacha.
Certains nobles hongrois proposent que Ferdinand (1503-1564), archiduc de l'Autriche voisine et lié à par mariage (Ferdinand avait pour épouse Anne, sœur de Louis II, et ce dernier avait pour épouse Marie, sœur de Ferdinand et de Charles Quint) devienne roi de Hongrie évoquant des accords antérieurs précisant que les Habsbourg prendraient le contrôle de la Hongrie si mourait sans héritier. Cependant, d'autres nobles étaient partisans de Jean Zápolya, un noble soutenu par Soliman et donc rejeté par les puissances chrétiennes d'Europe. Finalement, après un long litige - Ferdinand s'était proclamé roi en 1526 - Jean Zápolya est couronné roi de Hongrie par les Ottomans, en 1526. Sous Charles Quint et son frère Ferdinand, archiduc d'Autriche, les Habsbourg réoccupent Buda et la Hongrie. En conséquence, en 1529, Soliman remonte le Danube et reprend Buda avant d'assiéger Vienne. Avec une garnison renforcée de , les Autrichiens infligent à Soliman sa première défaite, semant les germes d'une rivalité entre les Ottomans et les Habsbourg qui dure jusqu'au . Une nouvelle tentative pour prendre Buda en 1532 échoue également, et Soliman doit se retirer avant d'atteindre la ville, repoussé par les défenseurs magyars et croates lors du . Dans les deux cas, l'armée ottomane a été handicapée par le mauvais temps (la forçant à abandonner l'essentiel de son équipement de siège) et l'étirement excessif des lignes de ravitaillement. L'échec de Soliman devant Vienne marque ainsi l'apogée de la puissance ottomane et de son extension territoriale en Europe centrale.
Soliman ne tarde pas à prendre sa revanche : en 1538, la rapide campagne de Moldavie lui permet d'imposer sa domination à cette principauté roumaine et appuyer son candidat sur le trône de Moldavie le prince Ștefan Lăcusta contre le roi Petru Rareș qui s'est allié avec les Habsbourg et annexe à son empire le sud de la BessarabieJ..
Peu après, des tensions en Hongrie lui fournissent l'opportunité de venger sa défaite devant Vienne. En 1541, les Habsbourg entrent une nouvelle fois en guerre avec les Ottomans et tentent d'assiéger Buda. Ils en sont repoussés et plusieurs de leurs forteresses sont prises. Ferdinand et son frère Charles Quint sont forcés de signer une humiliante trêve de cinq ans avec Soliman, en (traité d'Istanbul). Ferdinand renonce à ses prétentions sur le trône de Hongrie et doit payer un tribut annuel pour les terres hongroises qu'il contrôle. D'un point de vue plus symbolique, le traité fait référence à Charles Quint, non en tant qu'« empereur » du Saint-Empire mais uniquement comme « roi d'Espagne ». Avec l'affaiblissement de ses rivaux européens, Soliman s'est assuré un rôle de premier plan dans les affaires européennes.
Au Moyen-Orient
thumb|gauche|Miniature représentant Soliman marchant sur Nakhitchevan, été 1554|alt=Soliman et l'armée ottomane marchant sur Nakhitchevan, Fethullah Celebi Arifi/Matrakci Nasuh, 1561. vignette|Soliman le Magnifique sur son cheval, par Hans Eworth|alt=Soliman sur sa monture, par Hans Eworth, huile sur toile, 1549. Après avoir sécurisé ses frontières européennes, Soliman se tourne vers la menace posée par la dynastie chiite des Séfévides de Perse. Deux événements en particulier précipitent le conflit. Premièrement, le chah a fait assassiner le gouverneur de Bagdad loyal à Soliman pour le remplacer par un de ses partisans ; et deuxièmement, le gouverneur de Bitlis a fait défection pour rejoindre les Séfévides. En conséquence, Soliman ordonne en 1533 au grand vizir Pargalı Ibrahim Pacha de mener une armée en Asie. Il reprend Bitlis et occupe Tabriz sans rencontrer de véritable opposition. Après avoir rejoint Ibrahim en 1534, Soliman fait une poussée vers la Perse, mais il réalise que le shah sacrifie son territoire pour éviter une bataille rangée et harcèle l'armée ottomane alors qu'elle avance en terrain difficile. Néanmoins, Bagdad tombe l'année suivante et cela confirme Soliman en tant que chef de file du monde islamique et successeur légitime des califes abbassides.
Tentant de vaincre le chah Tahmasp une bonne fois pour toutes, Soliman se lance dans une seconde campagne en 1548-1549. Comme dans le conflit précédent, évite toute confrontation avec l'armée ottomane et préfère se replier non sans avoir dévasté l'Arménie perse afin de priver les Ottomans d'abri durant le rude hiver caucasien. Soliman abandonne la campagne mais conserve ses gains à Tabriz, en Arménie, dans la province de Van et en Géorgie. En 1553, Soliman lance sa troisième et dernière campagne contre le shah. Après avoir perdu des territoires à Erzurum face au fils de son ennemi,en Soliman riposte en reprenant la ville, en franchissant l'Euphrate et en dévastant des territoires de Perse. L'armée du shah continue sa stratégie de retraite, ce qui conduit à une impasse, aucun camp ne semblant pouvoir prendre l'avantage. En , un traité (paix d'Amasya) met fin aux campagnes de Soliman dans la région. Les Perses conservent Tabriz et leurs territoires du nord-ouest mais Soliman s'empare de Bagdad, de la Mésopotamie, des embouchures du Tigre et de l'Euphrate et donc d'un débouché dans le golfe Persique. Le Shah s'engage également à cesser toutes ses incursions en territoire ottoman.
Dans l'océan Indien et en Inde
thumb|upright|Flotte ottomane dans l'océan Indien au |alt=Flotte ottomane dans l'océan Indien, anonyme, . La marine ottomane parcourt l'océan Indien de manière régulière depuis l'an 1518. De grands amiraux turcs, tels Hadim Suleiman Pacha, Seydi Ali Reis ou , sont connus pour leurs voyages dans l'Empire moghol, dans les ports de Thatta, de Surate et de Janjira. De plus, l'empereur moghol Akbar échange six documents avec Soliman, attestant des relations qu'entretiennent les deux principaux empires musulmans de l'époque.