Les Mille et Une Nuits (, hazâr-o yek chab ; , kitāb alf layla wa layla, trad. litt. : ) sont un recueil anonyme de contes populaires en langue arabe d'origine persane, indienne.

Ce recueil est constitué de nombreux contes enchâssés et de personnages mis en miroir les uns par rapport aux autres.

Origines du recueil

Deux témoignages du , le premier dû à Al-Mas'ûdî dans Les prairies d'orAl-Mas'ûdî, Les prairies d'or, traduit par Charles Barbier de Meynard et Pavet de Courteille, Tome IV, pp 89-90 (lire en ligne) : , le second à Ibn al-Nadim dans le Kitab-al-Fihrist, indiquent que Les Mille et Une nuits seraient au départ le résultat de l'adaptation en arabe d'un ouvrage persan intitulé Hézâr afsâna (Mille contes). Joseph von Hammer-Purgstall, orientaliste autrichien, se sert de ce passage pour déclarer que, comme il l'écrit dans l'article de janvier 1827 « Sur l'origine des Mille et Une Nuits », publié dans le numéro 10 du Journal asiatique, ces contes ne sont pas arabes, mais indiens ou plus probablement persans. Il avait auparavant déjà émis cette hypothèse, ce qui lui a valu des critiques. En outre, il en profite pour souligner que ce passage est la preuve que les contes Sinbad le marin et Shimas, pourtant associés au recueil, n'en faisaient pas partie originellement. Il complète avec l'article de juillet 1839 « Sur l'origine persane des Mille et Une Nuits », publié dans le numéro 8 de la troisième série du même journal, se base sur le huitième livre du Kitab-al-Fihrist. Il les estime très obscurs et à peine intelligible pour qui ne connaît pas suffisamment le cadre des Nuits. Il y a découvert les noms de Chehrazad, Kahremanes (nom persan qui paraît répondre à ce que les Italiens noment Caramama) et Homei (qu'il identifie à la Parisatis mentionnée par Hérodote). Le livre parle de contes persans remontant à la première dynastie des Perses, complétés et amplifiés au fil du temps, notamment sous la quatrième des Sassanides.

Il s'agirait donc d'une transmission livresque. Ces contes proviendraient essentiellement de trois grands fonds principaux. L'un est une source indo-persane à coloration hellénistique se situant entre les . Un autre est un fonds arabe datant de la période du pouvoir des califes de Bagdad entre les . Le dernier est un fonds populaire égyptien datant des qui ont continué à se transformer, par suppressions ou adjonctions continues, jusqu'au , mais n’ont jamais fait partie de l’horizon officiel des lettres arabes.. Cependant, aucune preuve matérielle du Hézâr afsâna permettant d'affirmer une potentielle origine persane n'a été trouvée. De plus les scènes du recueil ont majoritairement lieu aux cours de Bagdad ou du Caire, villes fondées par les Arabes, sur les bords du Tigre, de l'Euphrate ou du Nil et les personnages sont presque exclusivement musulmans. Le domaine fantastique dont il est question est celui de la mythologie arabe et le contexte historique est très souvent celui du califat abbasside. Bien sûr, plusieurs contes ont des origines persanes, bien que l'on ignore comment ils sont entrés dans la collection : ces histoires incluent le cycle du « Roi Jali'ad et ses Wazir Shimas » et « Les Dix Wazirs ou l'histoire du roi Azadbakht et de son fils » (dérivé du persan du ).

thumb|left|Les Mille et Une Nuits : deux pages d'un manuscrit syrien du , Bibliothèque nationale de France. Le plus ancien manuscrit connu est un fragment du publié en 1949 par l'universitaire américaine Nabia Abbott Nabia Abbott (1949), « A Ninth-Century Fragment of the 'Thousand Nights': New Lights on the Early History of the Arabian Nights », in: Journal of Near Eastern Studies, 8: 129–164 ; voir aussi The Arabian Nights Reader, édition d'Ulrich Marzolph, Detroit, Wayne State University Press, 2006, .. Il existe encore un manuscrit du conservé à Tübingen, d'une histoire divisée en nuits, al-Sûl et al-ShumûlVictor Chauvin, Bibliographie des ouvrages arabes ou relatifs aux Arabes publiés dans l'Europe chrétienne de 1810 à 1885, tome VII, p. 112 (lire en ligne).. Le manuscrit utilisé par Antoine Galland dans sa traduction (1704-1717) date environ du . Composé actuellement de trois volumes, il lui fut envoyé d'Alep alors qu'il en contenait quatre. Il est actuellement conservé à la Bibliothèque nationale de France — ms ar. 3609 à 3611. Les travaux d'Emmanuel Cosquin montrent que le récit-cadre des Nuits, c'est-à-dire l'histoire du roi avec Shéhérazade, qui est ici un dispositif littéraire, possède une origine indienne, comme d'ailleurs de nombreux autres contes du recueil. Il existe plusieurs manuscrits de référence pour toutes les éditions actuelles, dont celui de Būlāq (Le Caire), 1835, révisé en 1863 et 1935, ou les manuscrits de la branche syrienne, qui avaient servi de base à Galland. Les traductions actuelles sont parfois issues de recompositions de plusieurs manuscrits. Il est donc difficile d'identifier un recueil « pur » et on peut même se demander si cela a un sens.

Plusieurs éditeurs excluent des Nuits des contes considérés comme des ajouts postérieurs au noyau originel, ainsi Khawam qui écarte Sinbad le marin, ou Miquel et Bencheik (La Pléiade) qui n'ajoutent qu'en appendice Aladin et la lampe merveilleuse et Ali Baba et les Quarante Voleurs. S'agissant de ce dernier conte (d'origine turque ?), il est en effet vraisemblable qu'il fut raconté oralement à Galland par un de ses informateurs et que celui-ci le mit par écrit.

La circulation d'un certain nombre d'histoires du recueil semble s'effectuer en Europe occidentale dès le avec, par exemple, l'histoire de Floire et Blancheflor qui s'inspirerait de celle de Neema et Noam qui fait partie du recueil..

Victor Chauvin, orientaliste belge, a publié plusieurs ouvrages consacrés aux Mille et Une Nuits, dont quatre des douze tomes de sa Bibliographie des ouvrages arabes ou relatifs aux Arabes publiés dans l'Europe chrétienne de 1810 à 1885 (les IV à VIIVictor Chauvin, Bibliographie des ouvrages arabes ou relatifs aux Arabes publiés dans l'Europe chrétienne de 1810 à 1885, lire en ligne les tomes IV, V, VI et VII., publiés entre 1900 et 1903). Dans le quatrième volume, il constate que, dans certaines versions du recueil, plusieurs contes sont issus du recueil de contes égyptien-ottoman I'lam al-Nas, même lorsqu'ils sont dits tirés du Halbat al koumaït. Dans les trois derniers tomes concernés, il publie le commencement des résumés des contes contenus dans les différentes collections des Mille et Une Nuits, les Mille et Un Jours, les Cent et une nuits, ainsi que les œuvres d'Anne Claude de Caylus (Nouveaux contes arabes et orientaux, traduits avec l'abbé Blanchet) et de DigeonVictor Chauvin présente Digeon comme un Secrétaire-Interprète du Roi, et Correspondant de l'Académie des Inscriptions et Belles Lettres. Il est l'auteur des Nouveaux contes turcs et arabes, Précédés d'un Abrégé chronologique de l'Histoire de la Maison Ottomane et du Gouvernement de l’Égypte, et suivis de plusieurs morceaux de Poésie et de Prose, traduits de l'Arabe et du Turc. (lire en ligne).

Muhsin Mahdi, islamologue américain d'origine irakienne, a publié en 1984 une édition savante basée sur le manuscrit arabe du découvert par Galland. Ce document, qui n’était pas toujours facile à déchiffrer à cause de nombreuses notes marginales, est devenu ainsi vraiment lisible et traduisibleThe Arabian Nights Book I by Muhsin Mahdi & Husain Haddawy.

Un recueil peu étudié Contrairement aux fables animalières Kalila et Dimna ou aux Maqâmât d'Al-Hariri, le recueil de contes est considéré comme marginal dans la littérature arabeL'Art du livre arabe, [cat. exp. Paris, Bibliothèque nationale de France, 2001-2002], Paris : BNF, 2001. : « Le texte, transmis oralement, est à la fois discrédité par son origine étrangère et par l'absence d'un travail sur la langue et le style » , et relève non pas des belles-lettres (adâb) mais d'un registre populaireL'étrange et le merveilleux en terres d'Islam [cat. exp. Paris, musée du Louvre, 2001]. Paris : éditions de la réunion des musées nationaux, 2001. .

Il est possible que l'ouvrage original en persan, le Hazār-afsāna, ait relevé du genre du « miroir des princes », et contenu des récits exemplaires destinés à l'éducation des gouvernants. Mais à côté d'un récit-cadre qui est resté stable (l'histoire de Shéhérazade, qui encadre toutes les autres), le reste des contes aurait alors considérablement changé — comme le titre persan d'ailleurs — et une nouvelle matière y a été introduite. L'absence du recueil persan — les seuls manuscrits en persan connus sont des traductions du réalisées d'après la traduction d'Antoine Galland — empêche d'en savoir plus.

Ces contes furent ensuite diffusés en Europe, profitant de la mode de l'orientalisme et du travail de Galland.

Traductions

Traduction d'Antoine Galland La première traduction occidentale est l'œuvre d'Antoine Galland publiée de 1704 à 1717notice BNF., mais une partie a été rédigée par lui-même, en s'inspirant des récits que lui avait contés son assesseur syrien, Hanna DyâbL. Daaïf & M. Sironval, « Marges et espaces blancs dans le manuscrit arabe de Mille et Une Nuits d'Antoine Galland » in Les non-dits du nom. Onomastique et documents arabes en terres d'Islam, Ch. Müller & M. Roiland-Rouabah (dir.), IFPO, Damas, 2013, . www.academia.edu.. Pour faire prendre corps et esprit au personnage de Shéhérazade, cet antiquaire du roi (puis professeur de langue arabe au Collège de France) s'est inspiré de Madame d'Aulnoy et de la marquise d'O, dame du palais de la duchesse de Bourgogne.

Selon Abdelfattah Kilito, cette compilation de récits anonymes ne remplit aucun des critères classiques de la littérature arabe : un style noble, un auteur précis et une forme fixe ; de plus, elle met en avant de nombreux particularismes et dialectes locaux, bien éloignés de l'horizon des lettres, ce qui laisse à penser que si Galland n'avait pas transmis cette mémoire, elle aurait disparu. Comme il est dit plus haut, Antoine Galland a notamment intégré aux Mille et Une Nuits des récits n'y figurant pas à l'origine. Les Aventures de Sinbad, Aladin et Ali Baba ne faisaient pas partie de l'œuvre primitive, si bien que Jacques Finné souligne que Galland est sans doute le seul traducteur de l'histoire Jacques Finné, Des mystifications littéraires, José Corti, 2010, ..

Traduction de Joseph-Charles Mardrus Insatisfait de la traduction Galland, le docteur Joseph-Charles Mardrus, né au Caire dans une famille d'origine arménienne, ami d'André Gide, publia une nouvelle traduction des Mille et Une Nuits en seize volumes de 1899 à 1904, qui parut d'abord dans La Revue blanche jusqu'en 1902 — tome I à XI — puis directement chez Charpentier et Fasquelle. Mardrus dédie les tomes successifs à ses amis : Paul Valéry, Anatole France, Félix Fénéon, et facétieusement à « Sidi Robert de Montesquiou, ben Artagnan al Fezenzaki ».