Angela Davis , née le à Birmingham (Alabama), est une militante, professeure de philosophie et écrivaine américaine. Militante antiraciste, communiste, pacifiste et féministe, elle défend les droits humains, notamment ceux des minorités.
Militante du Mouvement américain des droits civiques, membre du . Elle est poursuivie par la justice à la suite de la tentative d’évasion de trois prisonniers (George Jackson, Fleeta Drumgo et John Cluchette), qui se solda par la mort d’un juge californien après sa prise en otage en , dont le meurtre avait été perpétré avec un des fusils qu'elle avait achetés deux jours auparavant. Emprisonnée vingt-deux mois à New York, puis en Californie, elle est finalement acquittée et poursuit une carrière universitaire qui la mène au poste de directrice du département d’études féministes de l’université de Californie à Santa Cruz. Ses centres d’intérêt sont la philosophie féministe, notamment le , les études afro-américaines, la théorie critique, le marxisme et le système carcéral. En 1998, elle fait son coming out en tant que lesbienne.
Pendant la guerre froide, elle visite plusieurs fois l'Union soviétique et l'Allemagne de l'Est, exprimant en ces occasions son soutien et sa sympathie pour leur modèle communiste, la révolution d'Octobre et Lénine, acceptant notamment le prix Lénine pour la paix en 1979. Elle est à deux reprises, en 1980 et en 1984, candidate à la vice-présidence des États-Unis pour le Parti communiste américain, en tandem avec Gus Hall. Par la suite, elle est active dans le mouvement Occupy et la campagne de boycott anti-israélien Boycott, désinvestissement et sanctions.
Biographie Enfance Angela Yvonne Davis. Prononciation en anglais américain retranscrite selon la norme API. est née le .. dans une famille afro-américaine du quartier surnommé « Dynamite Hill ». de Birmingham. en Alabama., alors que les lois Jim Crow imposaient toujours la ségrégation raciale dans le Sud des États-Unis. Son père était diplômé de St Augustine’s College, une institution réservée aux Noirs Américains située à Raleigh en Caroline du Nord. Il fut brièvement professeur d’histoire dans l’enseignement secondaire. Estimant son salaire insuffisant, il quitta son emploi de professeur pour acquérir une station service dans le quartier noir de Birmingham. Sa mère, qui a grandi dans une famille d'accueil Chrissy Callahan, Angela Davis 'can't believe' ancestry revelations going back to the 1600s, today.com, 22 février 2023 et mena aussi ses études jusqu’au supérieur, était professeure en primaire. La famille Davis occupe, dans un premier temps, des logements sociaux de Birmingham. En 1948, sa famille quitte leur logement social pour une vaste maison dans un quartier qu’elle est la première famille noire à occuper. Rapidement après son arrivée, elle est suivie par de nombreuses autres familles noires. Cette mixité nouvelle exacerbe les tensions raciales. En 1949 a lieu le premier attentat contre une des maisons nouvellement construites par des Noirs. C'est le premier d’une longue série qui donne au quartier son surnom de « Dynamite Hill ».
Durant sa jeunesse, Davis est profondément marquée par son expérience du racisme, des humiliations de la ségrégation raciale et du climat de violence qui règne dans son environnement quotidien. Cette expérience s’accompagne des premiers éléments de socialisation politique. La famille d’Angela y joue un rôle important. Ses deux parents possèdent une expérience militante : à l'école secondaire, sa mère a participé à des mouvements antiracistes, militant notamment pour la libération des Scottsboro Boys. Ses deux parents sont par ailleurs membres de la National Association for the Advancement of Colored People (NAACP). Sa grand-mère maternelle, née quelques années après la Proclamation d'émancipation, lui parle de l’esclavage qu’avaient connu ses propres parents. Ses premières vacances à New York, où elle goûte aux joies d’une vie non ségréguée dans la famille de son amie , sa future avocate, avive encore sa conscience des humiliations quotidiennes qu’impose la ségrégation. Plusieurs nouveaux épisodes lors de ses visites ultérieures ― entre six et dix ans, elle passe la plus grande partie de ses étés à New York ―, viendront réviser son jugement sur la situation idéale des Noirs dans le Nord.
Elle fréquente l’école primaire de Birmingham, réservée aux Noirs. Abritée dans des bâtiments vétustes, elle est moins bien dotée financièrement que l’école réservée aux Blancs. Davis note toutefois que la ségrégation avait aussi pour effet de laisser aux enseignants noirs une marge de liberté qui leur permettait d’orienter le contenu de leur enseignement dans un sens qui favorisait l’émergence d’une identité spécifiquement noire. Outre The Star-Spangled Banner, l’hymne national américain, les enfants apprenaient et chantaient en classe l’Hymne national noir de James Weldon Johnson. Ils se voyaient enseigner la vie des personnages historiques noirs qui avaient marqué la vie du pays comme Frederick Douglass, Sojourner Truth ou Harriet Tubman. Le modèle de réussite qui était proposé aux enfants noirs par les enseignants s’appuyait néanmoins selon elle sur une morale de la réussite individuelle qui masquait la dimension collective de la lutte qu’elle pensait devoir être mise en œuvre pour renverser le système raciste et libérer les Noirs de leur oppression.
À quatorze ans, alors qu’elle se dit ennuyée par « le provincialisme de Birmingham », elle choisit de rejoindre l'école secondaire Elisabeth-Irwin, une école privée de Greenwich Village (New York) défendant les principes de l’éducation nouvelle..
Les années new-yorkaises Son arrivée à New York marque une nouvelle étape dans sa socialisation politique. Elle est logée chez le révérend William Howard Melish. Pasteur de la plus grande église épiscopale de Brooklyn dans les années 1950, il avait perdu ses fonctions au terme d'un long bras de fer avec sa hiérarchie à cause de ses prises de position contre le maccarthysme et son affiliation à la Soviet-American Friendship Organization (Organisation de l’amitié américano-soviétique). Voir aussi sur ce point les archives Melish.. Le corps enseignant de l'école secondaire Elisabeth Irwin que Davis a rejoint est dans sa grande majorité interdit d’enseignement dans le secteur public à cause de son positionnement politique marqué à gauche. C’est dans ce nouvel environnement qu’elle entend pour la première fois parler du socialisme, s’avouant notamment fascinée par les expériences utopiques, comme celle de Robert Owen. Elle lit le Manifeste communiste, qui la conduit « à replacer les problèmes du peuple noir dans le contexte plus large d’un mouvement de la classe ouvrière ».
Elle entre dans une organisation de jeunesse marxiste-léniniste nommée Advance. C’est sa première expérience du militantisme. Elle y côtoie des amies de longue date comme Margaret Burnham ou Mary Lou Patterson mais retrouve aussi à cette occasion Bettina Aptheker, la fille de l’historien communiste Herbert Aptheker, dont le domicile accueille la plupart des réunions du groupe. Elle participe aux manifestations de soutien au mouvement des droits civiques, qui connaît un nouvel élan avec la campagne de sit-in initiée le à Greensboro. Davis a cependant le sentiment d’avoir quitté le Sud au moment où le mouvement prenait véritablement de l’ampleur et en éprouve une vive frustration. Elle se range néanmoins à l’avis de ses parents, qui lui enjoignent de finir son année scolaire à New York.
Études supérieures En 1962, elle obtient une bourse pour étudier à l’université Brandeis., dans le Massachusetts. Elle est l’une des trois étudiantes noires de première année. Elle se plonge notamment dans les œuvres des existentialistes français (Jean-Paul Sartre, Albert Camus…). Son année universitaire est marquée par une série de conférences de l'écrivain afro-américain James Baldwin sur la littérature. Elle y entend pour la première fois le philosophe Herbert Marcuse, avec qui elle étudiera par la suite. Elle occupe divers emplois pour financer un voyage en Finlande où se déroule le Festival mondial de la jeunesse et des étudiants.
Lors de sa deuxième année à Brandeis, elle étudie la littérature et la philosophie française contemporaine ; Sartre en particulier continue de susciter son intérêt. Elle voit Malcolm X haranguer un amphithéâtre composé presque exclusivement d’étudiants blancs, en leur annonçant la prochaine punition divine de leurs péchés envers les Noirs.
À l'issue de son cursus, Davis obtient une prolongation de sa bourse pour suivre le programme français de troisième année du Hamilton College. En , elle passe ainsi un mois à Biarritz. C’est dans la station balnéaire française qu’elle apprend l’attentat qui a frappé l’église baptiste de sa ville natale de Birmingham, où quatre jeunes filles sont tuées. Trois étaient de proches connaissances. Refusant d’y voir le résultat d’un comportement extrémiste isolé, elle analyse « cet événement violent et spectaculaire » comme l’expression paroxystique de « la routine quotidienne, souvent monotone, de l’oppression raciste ». Elle passe novembre à Paris (suivant un cours de littérature contemporaine à la SorbonneAlice Kaplan, « Kennedy, Sontag, Davis : leurs années capitales », Vanity Fair n° 4, octobre 2013, pages 188-197.), puis l’été à Francfort, où elle assiste à des conférences de Theodor W. Adorno. Sa formation intellectuelle se poursuit : elle lit Marcuse et de retour à Brandeis se rapproche du philosophe après avoir assisté à sa série de conférences sur la pensée politique européenne depuis la Révolution française. Sur ses conseils, elle décide de partir étudier la philosophie à Francfort. Elle quitte ainsi les États-Unis en 1965, au milieu des émeutes de Watts.
vignette|Angela Davis et (logicien et activiste antimilitariste), en 1967. En Allemagne, elle étudie avec Marcuse, une des figures principales de l'école de Francfort, dont elle affirmera en 2007 qu'il « lui a appris qu'il était possible d'être une universitaire, une activiste, une chercheuse, et une révolutionnaire ».. Elle côtoie des étudiants allemands membres de l’Union socialiste allemande des étudiants (SDS), participe à des manifestations contre l'intervention militaire américaine au Viêt Nam ou contre la projection du film documentaire italien pro-colonisation Africa Addio et visite régulièrement Berlin-Est.
Pendant son séjour, le mouvement de libération des Noirs connaît de profondes évolutions et tend à se radicaliser dans le sillage du Black Arts Movement et du mouvement Black Power. Frustrée de ne pouvoir participer à l’effervescence militante qui semble régner dans son pays, elle décide de rentrer aux États-Unis à l’issue de sa deuxième année en Allemagne. Marcuse, désormais en poste à l’université de San Diego, accepte de reprendre la direction de sa thèse, initialement dirigée par Adorno.
Engagement politique À son arrivée à San Diego, elle est privée de tout contact au sein du mouvement noir californien (Black Panther Party) et adhère en désespoir de cause à l’organisation radicale des étudiants du campus, dont l’action se tourne principalement vers la lutte contre la guerre du Viêt Nam. Elle subit à cette occasion sa première arrestation à la suite d'une distribution de tracts. Souhaitant s’impliquer dans une action spécifique à destination des Noirs, elle travaille à fonder en 1967. la Black Student Union de l’université de San Diego, jusqu’alors inexistant.. Sa première action est de participer à un comité de soutien à Ed Lynn, un soldat qui avait lancé une pétition contre la discrimination raciale dans l’armée.