L’histoire du Cambodge est l'histoire des peuples qui ont occupé le pays que l'on appelle le Cambodge. Elle est surtout l'histoire de l’ethnie majoritaire, les Khmers dont les différents royaumes ont pu largement déborder les frontières actuelles du Cambodge.
Le Cambodge actuel se veut l’héritier de l’empire khmer qui dominait la majeure partie de la péninsule indochinoise au . De nombreux temples furent érigés sur l’ensemble du territoire, dont le plus notable est Angkor Vat. S’ensuivra un long déclin au profit du Siam à l’ouest puis de l’Annam à l’est ; paradoxalement, cet affaiblissement ne prendra fin qu’avec la mise sous tutelle du pays par la France, à la suite de la signature d’un traité de en 1863.
La seconde période ouvre à l’histoire de l'indépendance du pays et débute après la Seconde Guerre mondiale, dans un climat de guerre froide dont les avatars locaux en seront les successives. Après avoir en vain tenté d’adopter une position de neutralité (royaume du Cambodge), le pays basculera tour à tour dans les camps pro-américain (république khmère), dans celui d’un communisme radical d’inspiration vaguement maoïste (Kampuchéa démocratique) puis du côté pro soviétique (république populaire du Kampuchéa), ayant traversé dans l'intervalle une forme de génocide.
Le Cambodge actuel (2020) est un pays de et de , Cambodgiennes et Cambodgiens, ou Khmers, diasporas non comprises. La population du pays était (en millions) de , , , , , , , .
Préhistoire
La préhistoire du Cambodge reste à ce jour mal connue. Les fouilles archéologiques portant sur la période, même si elles sont moins nombreuses que dans les pays avoisinants, asiatiques, dégagent quant à elles des tendances analogues à celles observées par ailleurs. Les sites troglodytes tels, dans la province de Battambang, les grottes de Laang Spean () cohabitent avec des installations à ciel ouvert. Celles de Memot, dans la province de Tbong Khmum (IIIe et IIe millénaire avant J.C.) sont entourées d’un fossé et d’une levée artificielle tous deux circulaires qui préfigurent les villes qui se développeront par la suite dans la région. Les outils en pierre créés selon les méthodes hoabinhiennes démontrent l’influence de cette culture alors que la présence d’objet en bronze témoigne de relations avec les sociétés de la péninsule indienne et dôngsoniennes, qui implanteront pour leur part l’âge des métaux au nord de l’actuel Viêt Nam. Toutefois, dans ces deux cas, les rapports semblent se limiter à des échanges de matériel et n’ont pas l’air d’avoir influé sur le mode de vie des populations locales.
D'autres sources affirment qu'il y a (vers ), des populations des collines et des piémonts du sud de la Chine entament un mouvement de migration vers le sud. Ce seraient les ancêtres des peuples de langues austroasiatiques que sont les Môns, qui s'établissent entre le delta de l’Irrawaddy et celui du Mékong, et leurs cousins les Khmers, qui vont plus tard s'établir dans le pays .
Peuplement de l'Asie du Sud-Est Langues austroasiatiques, dont langues môn-khmer Khmer Loeu
Protohistoire de l'Asie du Sud-Est La protohistoire du Cambodge s'inscrit dans la protohistoire de l'Asie du Sud-Est : Nusantao (Nusantao Maritime Trading and Communication Network, réseau de commerce et de communications maritime des Nusantao) Histoire du commerce dans l'océan Indien Indianisation de l'Asie du Sud-Est (dès 500 AEC / 2500 BP)
Histoire du commerce des épices Arts du combat de l'Insulinde Relations entre la Chine et l'Empire romain, échanges commerciaux entre la Rome antique et l'Inde Histoire de l'influence indienne en Asie du Sud-Est (dès 500 AEC) Indianisation de la péninsule Indochinoise Indosphère
Route de la soie maritime (150c-1450c) Chersonèse d'Or (Insulinde), Chryse et Argyre
Royaumes pré-angkoriens (~50-800~) (250-650, en Malaisie péninsulaire), hindou, en relations avec la dynastie Song du Sud (420-479) (Chine) Groupe ethnique Mnong
Fou-Nan (50/100-550/627) Les chroniques chinoises font état dès le de notre ère d’un royaume appelé Fou-nan (68-627 environ) qui s’étend du sud de l’actuel Viêt Nam au Laos, à la vallée du Chao Phraya et le nord de la péninsule Malaise. La légende attribue sa création à l’union d’un brahmane nommé Kaundinya et de Soma, la fille du roi des Nāgas. Ce dernier, en guise de cadeau aux futurs époux, but l’eau qui recouvrait la région pour leur édifier un royaume. En fait, ce mythe semble symboliser l’arrivée de colons en provenance du golfe du Bengale qui procèdent au drainage des terres pour les mettre en valeur.
Ces migrants ont probablement également apporté aux populations locales une écriture dérivée du sanskrit et des éléments de la culture hindouiste qui donne son empreinte au royaume de Fou-nan, dominé par les Môns. Les historiens chinois évoquent pour leur part des habitants « laids et noirs », aux cheveux frisés.
Culture Óc Eo (100c-1100c), Louis Malleret (1901-1970), École française d'Extrême-Orient (EFEO) Sites archéologiques de Site archéologique de Cat Tiên Kaundinya (Cambodge), fondateur mythique du Cambodge, premier roi Soma (princesse), première reine du Cambodge) Des émissaires du royaume de Wu (229-280, Chine) auraient visité le Fou-nan vers 245-250.
Chenla (500/550-800~) Au début du les chroniques chinoises donnent le nom de Chenla (550-802 environ) à un royaume au nord du Tonlé Sap, essentiellement peuplé de Khmers qui se proclament descendants d’un sage du nom de . Ce royaume, d'abord vassal du Fou-nan, profite du déclin de ce dernier pour s’émanciper. Au milieu du , les rois du Chenla, par ailleurs descendants de princes founanais, étendent leurs possessions sur l’ensemble du territoire de leur ancien suzerain.
Au début du , le roi khmer Içanavarman établit sa capitale à Sambor Prei Kuk, au nord de Kompong Thom, mais cinquante ans plus tard, Jayavarman la transfère à . Vers 616-617, une ambassade est envoyée aux dirigeants de la dynastie Sui (581-618, Chine).
Le est une période de troubles pour les Khmers. Le royaume du Chenla éclate d'abord en deux royaumes rivaux, le Chen-la de terre (ou Wentan pour les Chinois) au nord et le Chen-la d'eau au sud, puis en cinq principautés. Finalement, les Khmers doivent accepter la suzeraineté de Java (dans l'actuelle Indonésie).
Angkor (802-1431)
Empire khmer
Essor : 802-1177 C'est à Jayavarman II (règne 802 — 850), un prince khmer élevé à Java, qu'il revient d'unifier les différentes principautés khmères et de se libérer des Javanais. Il se proclame roi en 802 et installe sa capitale au nord du lac Tonlé. La seule source d'information sur le règne du fondateur de l'empire khmer est la stèle de Sdok Kok Thom, datée de 1053, soit 250 ans plus tard. C'est le début de l'âge d'or de la civilisation khmère, qui s'appuie sur de gigantesques aménagements hydrauliques (les baray) et bâtit de nombreux édifices à l'architecture spécifique. Il durera jusqu'au .
Le culte du dieu-roi (Devaraja) basé sur l'hindouisme est restauré. Indravarman (règne 877 — 890), successeur de Jayavarman III (règne 864 — 877), entreprend de vastes travaux hydrauliques. Sous Yasovarman Ier, à la fin du , la capitale se déplace légèrement vers le site d'Angkor, où de nombreux temples sont construits. On voit alors apparaître le culte de Bouddha, à côté de ceux de Shiva et Vishnou. Sur le plan politique, l'histoire khmère est marquée par de permanentes conspirations.
Suryavarman qui règne entre 1002 et 1050 s'impose face à ses concurrents, fonde une nouvelle dynastie et étend le royaume vers l'ouest. La fin du est marquée par une incursion des voisins de l'Est, les Chams. Les conflits avec les Cham sont une autre composante de l'histoire khmère : on a même pu parler entre eux d'une « guerre de cent ans » de 1130 à 1227. Auparavant, le règne de Suryavarman II est une période de paix relative et de prospérité qui voit la construction du temple d’Angkor Vat, dédié à Vishnu . Les Khmers parviennent à résister aux assauts de leurs voisins, Môns, Viets et Chams, et concluent un traité de paix avec la Chine.
thumb|Tête présumée de Jayavarman VII, Musée Guimet Paris.
Apogée : 1181-1227 Après le premier pillage d'Angkor par les Chams en 1177, le roi Jayavarman VII s'impose en leur reprenant la zone d'Angkor. Son règne, entre 1181 et 1227, est considéré comme l'apogée de l'empire khmer qui atteint alors sa plus grande expansion territoriale, englobant une grande partie de la Thaïlande et du Laos actuels (où l'empire khmer est connu de l'extérieur comme le Sovannaphum ou Suvannarbhumi, qui veut dire « Terre d'or »). À la fin du règne de Jayavarman VII, le Champa est pratiquement un État vassal. Le célèbre temple du Bayon, dédié au Bouddha et ultérieurement aux cultes Hindous, est le centre de la nouvelle capitale, Angkor Thom, construite sur les ruines de l'ancienne capitale dévastée par les Chams. Travaux hydrauliques, routes et hôpitaux sont d'autres vestiges de cette époque.
Déclin : 1285-1430 environ Après la mort de Jayavarman VII, le Cambodge plonge dans une forme de déclin, dont la nature exacte est encore sujette à discussion dans la communauté scientifique. Jayavarman VIII restaure le culte de Shiva aux dépens du bouddhisme. En 1285, il accepte de payer un tribut à Kubilai Khan, l’empereur mongol de Chine, et ne peut s'opposer à la constitution du royaume thaï de Sukhothaï, qui rompt en 1295 les liens de vassalité qui l'unissent jusqu'alors à la monarchie khmère.
Les Môns de Lopburi du royaume de Lavo subissent les assauts des Thaïs, qui les qualifient encore de « khmers » avant 1388, et tentent de les vassaliser. Au nord, les Laos, dont les principales élites sont éduquées à Angkor, vont s'émanciper à leur tour, et former le Lan Xang à partir du milieu du .
L'unité de l'empire est donc mise à mal depuis l'extérieur, mais apparaît aussi fracturée de l'intérieur. À l'exception de Jayavarman VII, qui a favorisé le bouddhisme mahāyāna, la cour est restée hindouiste. La progression du bouddhisme parmi le peuple est peut-être liée à un mouvement d'émancipation vis-à-vis d'un état de semi-servitude, résultant de la nature des travaux nécessaires pour la mise en place et la maintenance du système hydraulique, et d'une manière générale, de la politique architecturale khmère. En 1336, un roi hindouiste (dont on ignore le nom) et qui fut semble-t-il persécuteur des adeptes du bouddhisme, est assassiné par un certain « Ta Chay », homme issu du peuple qui prend sa place sur le trône — la figure de Ta Chay donna naissance à une légende, connue sous le nom de Ta Trasak Paem (« grand-père aux concombres sucrés »). Cette « révolution » marque la fin définitive du culte du « dieu-roi » et la mise à l'écart de l'élite indianisée, au profit d'une nouvelle élite bouddhiste. Le bouddhisme hīnayāna devient le culte officiel et le pali remplace le sanskrit comme langue sacrée.
Les thaïs du Siam, dont la capitale est Ayutthaya, profitent de l'affaiblissement de leurs voisins khmers pour lancer une attaque qui aboutit à la prise d'Angkor en 1351 et à la déportation et la mise en esclavage d'une partie de la population. Les Khmers peuvent reprendre la capitale en 1357 et repousser les Siamois, mais ces derniers ne tardent pas à revenir à la charge.