Flavius Arbitio (parfois orthographié Arbetio ou Arbétion en français) est un général et un homme politique romain du .

D'origine germanique, Arbitio entre dans l'armée romaine comme simple soldat sous le règne de . Il s'élève jusqu'au grade de maître de la cavalerie sous le règne de l'empereur , qui apprécie sa loyauté et ses qualités militaires lors de la guerre civile contre l'usurpateur Magnence.

Nommé consul en 355, Arbitio commande l'armée romaine à plusieurs reprises : contre les Alamans en 355, contre les incursions des Sassanides en territoire romain en 360, et contre l'armée de Julien en 361, après la proclamation de ce dernier comme Auguste à Lutèce. Jouissant d'un immense crédit auprès de Constance, Arbitio est aussi à l'origine de nombreuses intrigues contre ses rivaux à la cour impériale, dans lesquelles il se montre d'une très grande habileté.

Après l'accession au pouvoir de Julien, Arbitio se rallie au nouvel empereur et prend la présidence effective d'un tribunal chargé de juger certains hauts dignitaires de Constance II à Chalcédoine en 362. Retiré de la vie publique, Arbitio intervient une dernière fois dans les affaires de l'Empire pour prendre le parti de Valens en 365-366 lors de l'usurpation de Procope. Son influence et son prestige se révèlent déterminants auprès de l'armée et assurent la victoire à l'empereur en titre.

Biographie

Origines et caractère Arbitio (parfois orthographié Arbétion) est un nom d'origine germanique. Il est probablement issu d'un milieu modeste puisqu'il est accusé au cours de sa carrière par l'un de ses détracteurs, le comte Verissimus, d'être « un parvenu, monté de simple soldat au premier grade de l'armée »Ammien Marcellin, XVI, 6, 1.

Ammien Marcellin, qui lui reproche d'avoir conspiré contre Ursicin, l'un de ses anciens commandants, décrit Arbitio comme un esprit « singulièrement habile à ourdir des trames contre les gens de bien », « ambitieux [et] hypocrite » et « dévoré d'une insatiable envie de nuire »Ammien Marcellin, XV, 2, 4Ammien Marcellin, XXII, 3, 9. L'historien critique également sa cupidité « au mépris de toute justice et de toute honnêteté »Ammien Marcellin, XVI, 8, 10.

Tout en oubliant de mentionner sa loyauté indéfectible durant l'usurpation de Magnence, Ammien lui reconnaît cependant de réelles qualités militairesAmmien Marcellin, XV, 4, 7. Ses jugements à l'égard d'Arbitio sont aussi plus nuancés que ceux qu'il porte à d'autres officiers d'origine barbare, comme par exemple le consul Nevitta.

Sous le règne de Constance II alt=Solidus de Constance II, frappé à Antioche|vignette|Solidus de Constance II, frappé à Antioche. selon AmmienAmmien Marcellin, XV, II, 2, l'empereur se montre particulièrement réceptif aux accusations d'Arbitio contre d'autres généraux comme Sylvain et Ursicin, accusés de convoiter la pourpre

Ascension (351-361) Arbitio commence sa carrière d'officier sous Ammien Marcellin, XXVI, 9, 4. Ammien Marcellin lui prête le titre de dux. Après sa mort, Arbitio se met au service de son fils et successeur . Il devient maître de la cavalerie en 351 durant la guerre contre Magnence, au cours de laquelle l'empereur Constance apprécie sa loyauté et ses qualités militairesAmmien Marcellin, XXI, 13, 16.

Arbitio devient par la suite l'un des hommes de confiance de l'empereur, jouissant auprès de lui d'un « crédit immense » selon Ammien. L'empereur, qui craint continuellement d'être renversé et assassiné, se montre très influencé par les accusations lancées par Arbitio contre plusieurs de ses rivaux, hauts dignitaires et généraux accusés par lui de vouloir se hisser à la dignité impériale. Comme d'autres proches conseiller de Constance (Rufin et Eusèbe), le maître de cavalerie profite de cette atmosphère de soupçon et d'intrigues pour asseoir son pouvoir et pour s'enrichir en s'appropriant les biens des conspirateurs condamnés.

Arbitio apparaît à plusieurs reprises proche du parti des eunuques, dominé par le praepositus sacri cubiculi Eusèbe, qui exerce une influence prépondérante à la cour impériale. Les cubiculaires prennent ainsi sa défense en 356 alors qu'Arbitio est accusé de vouloir se hisser à la dignité impériale. Arbitio partage aussi la même hostilité qu'Eusèbe à l'encontre du général Ursicin.

Complot contre Gallus et Ursicin (354) En 354, il conspire avec l'empereur Constance et le chambellan Eusèbe contre le César Gallus. Ce dernier est le fils d'un demi-frère de et le frère de Julien. Il a échappé dans son enfance à l'assassinat de la plupart des membres de sa famille, consécutive aux querelles de succession suivant la mort de Constantin, et a été éduqué avec son frère à l'écart de la cour impériale. Il est nommé César par Constance en 351 à l'âge de 26 ans avec pour mission de veiller sur les provinces orientales de l'Empire depuis Antioche.

Par crainte d'une usurpation, Constance décide trois ans plus tard de relever Gallus de ses fonctions et lui ordonne de se rendre à Mediolanum (actuelle Milan) où il s'est établi avec sa cour. Arbitio et Eusèbe convainquent l'empereur de convoquer dans le même temps Ursicin, maître de cavalerie per Orientem, dont ils affirment craindre l'ambition s'il était laissé seul à lui-mêmeAmmien Marcellin, XIV, 11, 2. L'officier reçoit une lettre l'invitant officiellement à se rendre à la cour pour s'entretenir avec lui de la menace perse.

Gallus est arrêté et, sans avoir pu présenter sa défense, est exécuté à Plomin en Istrie. Arbitio affiche dans le même temps sa sympathie pour Ursicin, tout en conspirant pour le faire arrêter. Celui-ci est suspecté de crime de lèse-majesté - une accusation qui débouchait en général sur l'arrestation, la torture et l'exécution du suspect. Lors d'un conseil secret présidé par l'empereur, réunissant ses plus intimes confidents, la décision est prise de l'enlever de nuit et de le mettre à mort loin des yeux de l'armée, sans autre forme de jugementAmmien Marcellin, XV, 2, 5-6.

L'empereur attend le moment favorable pour mettre sa décision à exécution, mais, sous l'effet d'un « retour aux idées de modération », finit par se raviser et remet l'affaire en délibéré avant de passer outre. Ursicin se voit ainsi confier une mission de confiance en Gaule à l'été 355 contre l'usurpateur Sylvain.

Complot contre Sylvain (355) Arbitio est nommé consul pour l'année 355 en même temps que Lollianus Mavortius, préfet du prétoire de l'Illyrie.

L'année de son consulat, il est impliqué dans un nouveau complot contre Sylvain, le maître de la milice en Gaule d'origine franque, dont il jalouse les succèsAmmien Marcellin, XV, 5, 2. L'un de ses protégés, Dynamius, sollicite des lettres de recommandation à Sylvain, avant de les falsifier pour faire croire à l'empereur que celui-ci convoite la pourpreAmmien Marcellin, XV, 5, 3-4. Constance II donne l'ordre d'arrêter Sylvain, mais accepte par la suite une révision de son procès à la demande des alliés de Sylvain à la cour, parmi lesquels se trouvent de hauts dignitaires d'origine franque comme MalaricAmmien Marcellin, XV, 5-12.

Les faussaires sont confondus, mais Sylvain, mal informé, décide de se faire proclamer Auguste par ses troupes à Colonia Claudia Ara Agrippinensium (l'actuelle Cologne) pour échapper à l'exécution qu'il croit devoir redouterAmmien Marcellin, XV, 5, 12-16. Il est assassiné le par des soldats soudoyés par une délégation romaine commandée par Ursicin (et comprenant dans ses rangs Ammien Marcellin) qui feignait de lui rendre hommageAmmien Marcellin, XV, 5, 31. Arbitio s'accapare une partie des biens de Sylvain après sa mort.

Campagne contre les Alamans (355) Arbitio intercède en 355 auprès de Constance pour obtenir le pardon d'un protecteur domestique, Teutomer, condamné à l'exil après le suicide d'un prisonnier, le tribun Marinus, dont il avait la gardeAmmien Marcellin, XV, 3, 11.

Peu de temps après, il participe à la campagne contre les Alamans Lentiens. Il commande le gros des forces impériales, chargé de se porter de l'autre côté de la frontière, en longeant le lac de ConstanceAmmien Marcellin, XV, 4, 1. Il s'aventure de manière imprudente en terrain ennemi et est victime d'une embuscade meurtrière tendue par les Lentiens, qui coûte la vie à dix tribuns et à des soldats en grand nombreAmmien Marcellin, XV, 4, 7-8.

Enhardis par leur succès, les Alamans affrontent l'armée romaine le lendemain en terrain découvert. Ils sont tenus en échec par une unité de scutaire, mais Arbitio refuse d'engager le reste de l'armée par crainte d'un nouveau désastre. Une charge spontanée menée par trois tribuns, dont Arinthaeus, disperse les barbares. Les Romains mettent un terme à leur campagne à l'issue de cette victoireAmmien Marcellin, XV, 4, 9-13.

Accusations le visant et intrigues contre Barbatio et Ursicin (356-360) En 356, Arbitio est accusé d'avoir commandé pour lui-même des ornements impériaux, comme s'il envisageait de se faire proclamer empereur. Parmi ses accusateurs se trouvent le comte Verissimus et un ancien soutien de Magnence, Dorus. Alors que l'instruction s'ouvre et que la condamnation paraît assurée, plusieurs hauts dignitaires (une « coalition de cubiculaires » selon Ammien, c'est-à-dire d'eunuques attachés à la chambre impériale) prennent fait et cause pour Arbitio. Ce dernier est acquitté et ses deux détracteurs confondusAmmien Marcellin, XV, 6.

En 359, Arbitio intrigue contre le maître de l'infanterie Barbatio, dont il obtient la chute et la condamnation à mort. Ammien rapporte que ce dernier, ayant aperçu un essaim d'abeilles dans sa maison, se laisse entendre dire par un oracle qu'il serait à la veille de devenir empereur. La femme de Barbatio écrit alors une lettre à son époux pour lui demander de ne pas la délaisser au profit de l'impératrice Eusébie, réputée pour sa beauté. L'esclave portant la lettre s'évade cependant au retour de son expédition et est recueillie par Arbitio. Ce dernier dénonce Barbatio à l'empereur qui ordonne sa décapitation et celle de son épouseAmmien Marcellin, XVIII, 3, 1-4 .

En 360, Arbitio est chargé par Constance d'enquêter avec le maître des offices Florence sur la prise d'Amida par , survenue en octobre précédent. Pour ne pas déplaire au grand chambellan Eusèbe, Arbitio et Florence refusent d'incriminer le général Sabinianus, chargé de la défense de la ville et qui s'est illustré par son inactivité durant le siègeAmmien Marcellin, XX, 2, 2-3. Ursicin, devenu magister peditum en remplacement de BarbatioAmmien Marcellin, XX, 2, 1, et ayant lui-même participé au siège aux côtés de Sabinianus avec lequel il est entré en conflit, s'élève contre cette manœuvre et critique l'influence des eunuques sur l'empereur. Cette remarque est rapportée à Constance et mise à profit par les rivaux d'Ursicin pour obtenir sa perte. L'empereur dépouille le général de sa charge et lui donne pour successeur Agilo, un simple tribun des scutairesAmmien Marcellin, XX, 2, 4-5.

Guerre contre Julien (361) Après la prise d'Amida, Constance se prépare à faire face aux Perses. Il demande au César Julien, stationné en Gaule, de lui envoyer deux de ses légions en prévision d'une future campagne - afin de renforcer ses propres troupes, mais peut-être aussi pour l'affaiblir. Julien, qui se défie des intentions de son collègue empereur, est proclamé Auguste par ses troupes à Lutèce - qui refusaient de l'abandonner pour se rendre en Orient. Tentant de faire accepter le fait accompli, Julien fait une offre de conciliation qui reste lettre morte, avant de faire avancer son armée vers l'Est afin de se faire reconnaître comme empereur.