Théodore de Neuhoff, né le à CologneVoir acte de baptême cité en référence dans la section Informations : , soit : et mort le à Londres, est un militaire, diplomate et homme politique originaire de Westphalie, élu roi constitutionnel des Corses le vendredi , sous le nom de .

Biographie Ascendance et famille Théodore de Neuhoff est né à Cologne le 27 août 1694. Son père, le baron Leopold Wilhelm von Neuhoff ley Pungelscheid, capitaine dans le régiment de Prusse de l’électeur de Brandebourg, était issu d'une famille de « bonne et ancienne noblesse » de Westphalie. Leopold est le frère du lieutenant-colonel impérial Friedrich Caspar von Neuhoff, commandant la place de RheinfeldenService Historique de la Défense, Correspondance du ministère de la guerre, série 1. A, GR 1 A 2238, 1710 : Guerre d’Allemagne, juin, juillet, août. M. et L.R., . . Copie d’une lettre écrite par M. le baron de Neuhoff, commandant de Rheinfelden le 17 août 1710 à M. du Fanton, de Basle (Bâle). . Copie d’une lettre écrite à M. le baron de Neuhoff commandant de Rheinfelden à messieurs du canton de Bâle le 23 aout 1710.. Sa mère, Maria-Catharina von NeyssenActe de baptême dans la religion catholique du registre paroissial de l’église Saint-Michel de Trèves en date du 12 juin 1698. L’acte indique que Theodore a été initialement baptisé « par nécessité » par un prêtre calviniste, le 24 août 1694. Cette date coïncide avec celle indiquée dans les pièces généalogiques du dossier consacré à Neuhoff par le cabinet d’Hozier., née au Luxembourg, était la fille d’un homme que l’évêque de Metz qualifie de « distingué en sa province »Bibliothèque nationale, département des manuscrits, Cabinet d’Hozier 254. Parmi les membres de la famille von Neyssen l'on relève notamment la sœur de Maria-Catharina, Marguerite Felicite de Neyssen, épouse de Monsieur de Mathias, capitaine de cavalerie et commissaire d'artillerie au service de sa majesté catholique., et son neveu, Alexandre Maximilien de Neyssen (v.1693 † 1763), lieutenant-colonel d’infanterie, chevalier de Saint-Louis, capitaine des grenadiers du régiment de La Mark, pensionnaire du roiCabinet d’Hozier, Pièces originales 2103, BnF, département des manuscrits. Alexandre Maximin de Neyssen (v.1693 † 1763) fut inhumé le 11 mars 1763, à l’âge de 70 ans, dans la paroisse Saint-Marcel de Metz avec les titres de lieutenant-colonel d’infanterie, chevalier de Saint-Louis, capitaine des grenadiers du régiment de La Mark, pensionnaire du roi. Son enterrement fut célébré en présence d’Henri Marie Dupré de Geneste, secrétaire perpétuel de l’académie des sciences de Metz, son neveu (Poirier, François-Jacques, 1899, )..

La sœur de Théodore, Marie Anne Élisabeth Charlotte de Neuhoff, née à Namur , est connue sous le titre de comtesse de Trévou acquis par son mariage avec André de Bellfeuillac comte de Trévou, premier cornette des chevau-légers de Bretagne, conseiller au parlement de Metz. Théodore est le parrain du premier fils issu de ce mariage, Théodore Hyacinthe de Trévou, mort semble t-il en bas âge. La marraine de l'enfant était, Marie Hyacinthe Danois, épouse de Jean Philippe de Saillant, lieutenant général des armées du roi et gouverneur des trois évêchés de Metz Toul et Verdun et gouverneur de la ville et citadelle de Metz »BnF, département des manuscrits, Cabinet d’Hozier, dossiers bleus 487. « Il accompagne le chevalier de Saint-Georges dit le roi en Écosse en 1716. Pris le titre de lord [Fauchler] chevalier de l’ordre teutonique, y fut lieutenant-colonel. En sortit avec désagrément ».

Jeunesse et engagement jacobite Le père du jeune Théodore, étant mort en 1695, sa mère épousa en secondes noces Jean-Baptiste-Benoist Marneau (ou de Marneau), trésorier provincial de l'extraordinaire des guerres au département de Metz directeur et receveur général des fermes et gabelles au département de Metz et du Clermontois, fils de monsieur de Marneau, trésorier provincial des Évêchés. Le couple vit à Metz, où Marneau exerce sa charge au moins jusqu’en 1710.

Théodore aurait été placé dans sa première jeunesse auprès de son oncle paternel, le baron von Drost qui lui fait suivre une scolarité chez les jésuites de Munster.

Le couple Marneau étant proche de la duchesse d'Orléans dite princesse palatine qui se déclare leur « bonne amie » dans la correspondance qu'elle entretient avec eux, Théodore et sa sœur sont respectivement reçus comme page et demoiselle de compagnie au service de la duchesse.

Satisfaite de son protégé, la duchesse le fait entrer en 1712 au régiment La Mark-cavalerieA.M.A.E. Lettre du comte de La Marck à Chauvelin du 8 juin 1736, Correspondance politique / Gênes Supplément, . Microfilm 14333.)., dit « régiment de Courcillon »En hommage à son précédent colonel, Philippe-Egon, marquis de Courcillon, fils de Philippe de Courcillon, marquis de Dangeau) qui, fait colonel en 1704, avait été grièvement blessé et amputé d’une jambe à la bataille de Malplaquet. Gouverneur de Touraine à la suite de son père à partir de février 1710 (Table générale alphabétique et raisonné du journal historique de Verdun depuis 1697... , Paris, Ganeau, 1759, ), puis le , à l'issue de la guerre de succession d'Espagne, au service de l'électeur de Bavière, avec le grade de premier capitaine au régiment de cuirassiers de TauffkirchenProtokollen des Hofkriegsrates, Signatur AV, Bund 113, fol. 435, Bayerisches Kriegsarchiv (Cité par J. Gasper, Theodore von Neuhoff, King of Corsica : The Man behind the Legend, Newark, University of Delaware Press, 2013).

Apprentissage politique et diplomatique Cette première phase de la vie de Théodore de Neuhoff le met en contact avec le prétendant, Jacques François Stuart dont il épouse la cause. En 1715, il quitte le service de la Bavière pour participer à la tentative de rétablissement des Stuart. Il s'embarque avec le corps expéditionnaire du prétendant, dit « chevalier de Saint-Georges », avec le rang de lieutenant-colonel, dans l'un des ports français - essentiellement Saint-Malo ou Dunkerque - d'où partent les troupes jacobites avec l'accord tacite du Régent. Débarqué avec les troupes jacobites au nord d'Aberdeen, il doit s'enfuir avec eux après la bataille de SheriffmuirBibliothèque nationale de France, département des manuscrits, Cabinet d’Hozier, dossiers bleus 487

Revenu avec « désagrément » de cette expédition il poursuivit son engagement politique en auprès du baron Georg Heinrich von Görtz, Premier ministre du roi de Suède, , alors en mission aux Provinces-Unies en défendant les intérêts jacobite représentés à Madrid par James Butler, 2e duc d'Ormonde, dans les tractations entre la Suède, la Russie et l'Espagne en faveur du rétablissement de la dynastie des Stuart.

Neuhoff se trouvant à Madrid lors de la mort de qui entraîna la disgrace et l'exécution de Görtz le , le cardinal Jules Alberoni, ministre de qui soutenait la cause jacobite le fit alors entrer au service de l'Espagne avec le rang de colonel. Ce fut là que le , le jeune baron de Neuhoff, épousa Anne Sarsfield de Kilmallock, née à Nantes le , l’une des filles de David Sarsfield, vicomte de Kilmallock, admise comme ses sœurs dans le corps des caméristes de la reine. Ce mariage est célébré solennellement dans la chapelle du Palais royal de Madrid par le chapelain d’honneur Agustin Piedra, prédicateur du roi, en présence d’Ángela Foch de Aragón, comtesse douairière Altamira, camérière majeure de la reine, Grande d’Espagne, de Restaino Cantelmo-Stuart y Brancia, prince de Pettorano, duc de Popoli, Grand d'Espagne, chevalier de l’Ordre de Santiago, de l’ordre de la Toison d'or, de l’ordre de Saint-Michel et de l’ordre du Saint-Esprit, d’Álvaro Antonio de Bazán Benavides y Pimentel, Grand d’Espagne, gentilhomme de la chambre du roi, marquis de Santa Cruz de Mudela, de Viso et de Bayonne, premier majordome de la reine Élisabeth Farnèse dans la chapelle du Palais royal de Madrid. Cette union conforta sa situation à la Cour de Madrid l'apparenta au vaste réseau d’entrepreneurs maritimes irlandais établis à Nantes, Saint-Malo et Cadix,

La défaite espagnole devant les puissances coalisées lors de la guerre de la Quadruple-Alliance ayant provoqué le renvoi d'Alberoni en , Neuhoff demeura cependant au service de l'Espagne dans le cadre de la politique de rapprochement entre l'Espagne et l'Empire, confiée au duc de Ripperdá, ce qui le mit en contact des milieux de la diplomatie impériale.

En 1720, Neuhoff obtint une permission pour se rendre à Paris pour y régler avec sa sœur, les détails de la succession de leur mère, décédée le Archives départementales de la Moselle. Metz, registres des décès de la paroisse de Saint-Gorgon, février 1716 (image 267) Cote : 9NUM/5E318/2.. À Paris, il retrouva John Law, qu'il avait connu dans les cercles jacobites, et avec lequel il spécula en compagnie de sa sœur et de son beau-père Marneau. La banqueroute de Law entraîna un conflit d'intérêts entre Neuhoff d'une part et sa sœur et son beau-père que le régent Philippe d'Orléans arbitra en faveur de la comtesse de Trévou et de Marneau. Pour échapper à la prise de corps ordonnée par le Régent, Neuhoff gagna les Provinces-Unies d'où il rejoignit Madrid. La justice espagnole refusa la demande d'extradition du Régent et relaxa le baron de Neuhoff après l'avoir assigné à domicile en attente de sa décision. Bien que son activité au cours de la période de 1721 à 1731 demeure jusqu'à ce jour mal connue, on sait néanmoins qu'il a séjourné en Angleterre qu'il était entré au service de l'empereur au Portugal et Italie lors de l'intervention autrichienne en Corse en 1731.

Rencontre avec les chefs insurgés C'est dans ce contexte que Neuhoff s'intéressa à la cause insulaire et entre en contact avec des Corses hostiles à Gênes. Fin - début , plusieurs rencontres réunissent Théodore et divers chefs insulaires, à Livourne. Ceux-ci jusqu'alors d'accord pour œuvrer à une souveraineté espagnole dans le respect des droits et prérogatives d'une représentation insulaire étaient alors confrontés au transfert des ambitions espagnoles de la Toscane promise à don Carlos, vers Naples et la Sicile dont les troupes espagnoles entreprennent pour lui la conquête dans le cadre de la Guerre de succession de Pologne.

Ces rencontres se conclurent par un accord entre Neuhoff, Luigi Giafferi, Sebastiano Costa, Erasmo Orticoni et le capitaine Antonio Francesco Giappiconi - alors au service de l'Espagne, mais apparenté aux Corses de Venise proches de Giafferi - en faveur d'une solution indépendante. Ces rencontres sont aussitôt dénoncées auprès des Espagnols par Gian Andrea Ceccaldi - indéfectiblement attaché à l'Espagne - et Don Giovanni Aïtelli, qui se révélera être un agent génois, ces deux derniers ignorant toutefois le teneur réelle des accords avec Neuhoff.

Le contenu politique de ce projet est exposé dans le Disinganno interno alla guerra di Corsica, paru en 1736.

Élection et règne direct (15 avril-10 novembre 1736) Neuhoff débarqua à Aléria le . Le choix du lieu implique que Saverio Matra avait été associé au projet, car le débarquement eut été sans cela bien trop risqué, tant ce puissant chef de clan était maître incontesté des lieux. C’est sous la protection et avec l’aide de Matra, que Neuhoff mit en scène son arrivée : magnificence, cadeaux aux spectateurs, courrier aux généraux.

L’arrivée de Théodore permit de rassembler pour la première fois les principaux clans insulaires sur un projet commun et un même chef.

Le dimanche , à Alesani, une assemblée largement représentative des deux versants des monts adopta la constitution rédigée par Costa qui institua le royaume indépendant de Corse et fit de Neuhoff le roi constitutionnel des Corses sous le nom de .