Le Nouvel Ordre mondial () est un essai de H. G. Wells, publié par l'éditeur londonien Secker & Warburg en , et traduit en français en , dans lequel l'auteur propose un cadre fonctionnaliste afin de guider le monde vers la paix. Pour atteindre ces objectifs, Wells prône la formation d'un gouvernement mondial socialiste et scientifiquement planifié en vue de la défense des droits de l'homme.

C'est le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale qui décide Wells à écrire cet essai. Wells est en effet préoccupé par l'absence de déclaration claire d'objectifs pour l'entrée en guerre des Alliés ce qui risquait de conduire au maintien de l'équilibre des pouvoirs préexistant. Sans une révolution dans les affaires internationales et sans l'établissement des droits de l'homme, écrit Wells, de nouvelles guerres destructrices seront inévitables.

Le Nouvel Ordre mondial reçoit à sa parution des éloges pour son imagination, mais est également critiqué en raison du manque de précisions techniques et de l'accent mis sur la collectivisation.

C'est aussi dans Le Nouvel Ordre mondial que Wells publie sa première version d'une déclaration des droits de l'homme qui servira de modèle à son travail sur la Déclaration Sankey des droits de l'homme de . En , les deux déclarations sont utilisées comme travaux consultatifs par la Commission des droits de l'homme des Nations unies pour la rédaction de la Déclaration universelle des droits de l'homme publiée en .

Contexte En , les œuvres de science-fiction de H. G. Wells ont déjà atteint un large public, couvrant les grandes idées émergentes au début du . Son exploration utopique de concepts tels que le changement technologique, l'évolution, l'identité et les nouvelles formes de gouvernance mondiale a amené les chercheurs à le décrire comme . L'auteur britannique George Orwell, un critique sévère de Wells, déclare notamment qu'aucun écrivain entre et n'avait autant influencé la jeunesse que Wells. Selon lui, .

Jusqu'alors, Wells dans ses œuvres non-fictionnelles analysait surtout les problèmes de son temps, insistant constamment sur la nécessité d'un gouvernement mondial socialiste et cosmopolite pour résoudre les problèmes sociaux modernes. Selon lui, les innovations technologiques en rendant le monde plus petit représentaient une opportunité de l'unifier. L'universitaire John Partington a soutenu que Wells . Partington soutient également que Wells est le premier à formuler une explication théorique du fonctionnalisme international. Alors que Wells est devenu plus insistant sur son soutien au fonctionnalisme international tout au long de sa carrière, la publication du Nouvel Ordre mondial a été la première fois qu'il a commencé à condamner d'autres modèles de gouvernement transnational.

Les contemporains de Wells ont pour la plupart ignoré ses appels à la formation d'un État mondial, sa proposition étant considérée comme trop irréaliste pour être mise en œuvre politiquement. Sa fiction utopique est également parodiée aussi bien par Aldous Huxley dans Le Meilleur des mondes que par George Orwell dans Un peu d'air frais.

Dans l'entre-deux-guerres, Wells est l'un des premiers membres de deux organisations de la société civile, le PEN et le (NCCL), qui défendent principalement le droit humain à la liberté d'expression. Cependant, avec la montée du parti nazi en Allemagne et du fascisme en Espagne, les deux organisations deviennent de plus en plus politiques en promouvant des causes humanistes et pacifistes. Dans Le Nouvel Ordre mondial, Wells exhorte ses lecteurs à rejoindre le NCCL, soulignant qu'il s'agit d'un .

En , un mois après la déclaration de guerre du Royaume-Uni à l'Allemagne nazie, Wells lance une campagne publique visant à faire des droits de l'homme un sujet de préoccupation internationale. Dans une lettre au il appelle à un afin d'établir la finalité des batailles, arguant que la formulation et l'acceptation des droits de l'homme devraient être au premier plan de ces objectifs. Le décline cette proposition, mais le accorde à Wells une page par jour pendant un mois pour héberger la discussion. Le travail de Wells dans le lui servira de base à sa déclaration des droits de l'homme dans son essai.

Publication Le Nouvel Ordre mondial est publié en par Secker & Warburg à Londres et par Alfred A. Knopf à New York. À partir de , avant sa publication officielle, le magazine avait commencé à publier le livre en quatre versements mensuels, se terminant en . Le Nouvel Ordre mondial sera réédité en en étant relié à un autre livre de Wells, Le Destin d' ( ) sous le nouveau titre : (Les Perspectives pour ).

Contenu et découpage vignette|upright=0.9|alt=Affiche sur laquelle est imprimée un texte sur trois colonnes surmontées d'un chapeau, comportant des titres composés à l'encre bleue.|La Déclaration universelle des droits de l'homme, de l'ONU, dans sa version de , tire en partie son inspiration du dixième chapitre du Nouvel Ordre mondial. L'ouvrage se compose des douze chapitres suivants : La fin d'une époque () Conférence ouverte () les forces perturbatrices () Guerre de classe () Jeunesse inexpérimentée () Inévitable socialisme () Fédération () Le nouveau type de révolution () Politiques pour l'homme sain () Déclaration des Droits de l'homme () Politiques internationales () Ordre mondial en devenir ()

Synopsis Le début de l'essai définit comme objectif de fournir un . Après quoi, Wells admet que ceux de sa génération . Selon lui, les se développaient dans la société civilisée, mais dans les années précédant la Première Guerre mondiale, ces forces opéraient en marge de la civilisation. Ces forces, qui comprenaient la course aux armements, des tensions économiques, des bouleversements sociaux et le maintien de l'équilibre des pouvoirs préexistant, ont provoqué la Première et la Seconde Guerre mondiale et sont les symptômes d'un patriotisme et d'un esprit d'entreprise étroitement liés au système mondial. Une révolution doit donc se produire pour remplacer le système mondial, faute de quoi l'humanité est menacée d'extinction.

Plus loin l'auteur insiste sur le fait que sont à l'avant-garde du travail en faveur de la paix mondiale. Le conditions de guerre conduisent à la suppression de la liberté d'expression, ce qui nuit à son souhait d'un . Pour Wells, une discussion libre et ouverte sur la reconstruction de l'ordre d'après-guerre est . Wells rappelle ensuite que les innovations technologiques ont provoqué et un changement dans l'échelle de production dans la société moderne. Ces faits nouveaux de la vie globale ont rencontré un mode de pensée dépassé, conduisant à une destruction inutile de la vie économique, sociale et biologique. Wells poursuit en affirmant que l'ère des nations est obsolète et que seule une garantira la survie de l'humanité. Avant d'aller plus loin dans son argumentation, Wells distingue sa vision de la collectivisation mondiale du marxisme et du communisme soviétique. Il définit d'abord la collectivisation en ces termes :

Dans le cas du système politique soviétique, Wells soutient que sous cette forme, le socialisme ne respecte pas la liberté individuelle : les Soviétiques ont oublié que . Le concept marxiste de conflit de classes, poursuit-il, est . Plus loin, Wells s'attaque au Vatican pour son opposition au socialisme et à la liberté d'expression. Il critique également la proposition de fédération mondiale de Clarence K. Streit, arguant qu'elle . Le déclenchement de la guerre, dit-il plus loin, est en train d'instaurer le socialisme à travers le monde. Selon lui, le processus historique produit des changements dans la société sans intervention révolutionnaire, citant l'exemple de la Grande-Bretagne, en affirmant qu'elle est . À partir de là, Wells commence à formaliser la manière de parvenir à la collectivisation des affaires du monde :

Pour protéger la liberté individuelle dans le cadre du socialisme mondial, un certain nombre de droits humains fondamentaux doit devenir loi universelle et constituer le principal motif des négociations de paix à la fin de la guerre . Sa version de Déclaration des droits de l'homme comprend les dix droits fondamentaux suivants :

le droit à l'alimentation ; le droit à l'éducation ; le droit à être rémunéré dans une profession de son propre choix ; le droit à l'échange ; le droit à la protection juridique ; le droit à la libre circulation ; le droit à ne pas être emprisonné injustement ; le droit d'être libéré de toute accusation infondée susceptible de causer de la détresse ou préjudice physique ; le droit à ne pas subir de torture ; le droit d'être soumis aux lois universelles des droits de l'homme.

Wells conclut que la refonte de l'ordre mondial sera semblable au processus à l'œuvre dans les sciences et les inventions :

Réception et critiques Pour le poète T. S. Eliot, Le Nouvel Ordre mondial est révélateur d'un sursaut de la carrière de H. G. Wells dans le discours public. Eliot réagit à la fin de la publication de l'essai en série dans par un article pour le , dans lequel il compare Wells à Winston Churchill, notant que les deux hommes avaient retrouvé le () qu'ils avaient connu autrefois dans leurs carrières respectives. Malgré cet hommage, Eliot, termine ses remarques en soulignant que Wells en voulant un changement rapide.

, un prêtre anglais et adversaire rapproché de Wells, rédige une critique du Nouvel Ordre mondial dans la revue scientifique . Pour Inge, la vision utopique de Wells dans Le Nouvel Ordre mondial est , mais il admire . Inge est d'accord avec Wells sur le fait que le représente un grand danger pour l'Europe et que la guerre qui engloutit l'Europe est une . Cependant, malgré ces accords sur la Seconde Guerre mondiale, Inge continuerait à critiquer Le Nouvel Ordre mondial pour avoir épousé un qui éteindrait . Pour Inge, Wells ferait montre de trop de sympathie envers les causes socialistes, faisant remarquer que Wells lorsqu'il s'agit de confronter sa pensée avec l'élite de la société. Enfin, bien qu'Inge soit un prêtre anglican, il défend l'Église catholique romaine contre les critiques de Wells selon lesquelles l'Église serait anti-révolutionnaire.

Le politologue américain Charles E. Merriam est l'auteur d'une revue du Nouvel Ordre mondial, qui . Il note les de Wells pour la rédaction d'un ensemble de droits de l'homme dans le livre, mais , insistant sur le fait que les experts politiques devraient cultiver un pour résoudre .

Le (TLS) fait remarquer que si Le Nouvel Ordre mondial vise à apporter des solutions aux problèmes contemporains, alors le livre . L'analyse faite par Wells des problèmes mondiaux est louée, mais ses recommandations pour résoudre ces problèmes sont . En outre, toujours selon le TLS, même si le livre visait à proposer des solutions aux problèmes mondiaux, ce que Wells a involontairement fourni est en fait . Pour le TLS, Le Nouvel Ordre mondial décrit qui de parvenir à la paix mondiale par .

L'un des critiques les plus sévères de l'idée d'État mondial de H. G. Wells fut l'auteur britannique George Orwell. Bien qu'il envisage lui aussi des alternatives socialistes au climat politique qu'ils ont en commun, Orwell déplore le manque d'intérêt de Wells pour les réalités politiques. Il tourne en dérision l'idéalisme de Wells dans son essai publié en dans la revue : Un autre point de discorde pour Orwell est le rôle de la science dans l'État mondial de Wells. Selon lui, Wells confond progrès scientifique et progrès des valeurs sociétales. Pour Orwell, il s'agit d'un défaut dans la pensée qui rend difficilement compatibles l'ordre, la planification et les encouragements scientifiques, également prônés par l'Allemagne nazie, et sa vision d'un État mondial dirigé par une élite scientifique.