L’École pratique des hautes études (EPHE) est un établissement français d'enseignement supérieur fondé en 1868. Son statut de grand établissement de type EPSCP lui permet d'admettre ses étudiants de façon sélective.

Elle est aujourd'hui composée de trois sections : sciences de la vie et de la terre (SVT), sciences historiques et philologiques (SHP) et sciences religieuses (SR) et de quatre instituts : Institut d’étude des religions et de la laïcité (IREL), Institut des récifs coralliens du Pacifique (IRCP), Institut transdisciplinaire d'étude du vieillissement (ITEV) et Institut des langues rares (ILARA). L'ancienne section (sciences économiques et sociales), dirigée par Fernand Braudel, est depuis 1975 un établissement indépendant, l'École des hautes études en sciences sociales (EHESS).

La mission statutaire de l'EPHE est, dans les champs scientifiques qu'elle couvre, sur Légifrance..

Implantée à la Sorbonne depuis sa fondation, l'EPHE, qui relève du ministère de l'Enseignement supérieur, est aussi présente dans différentes universités et centres de recherche, principalement à Paris, notamment au sein du Campus Condorcet – où elle construit son futur siège, mais aussi à Montpellier, Perpignan, Bordeaux, Lyon, Dijon, Dinard, Caen et en Polynésie française (Moorea). Son siège administratif est quant à lui situé au sein des Patios Saint-Jacques, rue Ferrus.

Établissement-composante de l'université Paris sciences et lettres (PSL)., elle est également membre fondateur de l'établissement public (EPCA) Campus Condorcet.

Histoire de l'EPHE vignette|gauche|redresse|Victor Duruy vers .

Motifs de la création En 1864, Ernest Renan publie un article dans la Revue des deux Mondes. où il oppose les universités allemandes qui suscitent « le mouvement intellectuel le plus riche, le plus flexible, le plus varié » à l'enseignement supérieur français qui, à l'image de l'enseignement du philosophe Victor Cousin, « est moins celui de la science moderne que celui des rhéteurs du » : Renan déplore ainsi que le niveau de l'enseignement philosophique et scientifique français soit rendu médiocre par l'accent porté sur la rhétorique au détriment de la recherche scientifique et de l'érudition..

Victor Duruy (1811-1894), ministre de l'Instruction publique de depuis , est sensible aux arguments de Renan ainsi qu'aux idées pédagogiques d'Hippolyte Taine. Soucieux en outre de la position des universités françaises par rapport à leurs homologues allemandes, il commande à son administration une enquête comparée sur les établissements supérieurs en France, en Angleterre, en Belgique, aux Pays-Bas et en Allemagne. Cette Statistique de l'enseignement supérieur, publiée en 1868, liste une importante série de carences et de dysfonctionnements divers, parmi lesquels l'insuffisance de tous les moyens de travail, le trop petit nombre de chaires, le délabrement des bâtiments, l'isolement du corps enseignant, la médiocrité des bibliothèques et l'impécuniosité des chercheurs. De plus, les professeurs les plus renommés de la Sorbonne, de l'École normale supérieure ou du Collège de France doivent se contenter de faire un cours magistral faisant une synthèse des connaissances acquises sur le thème de la chaire qu'ils occupent.

La création de l'EPHE doit beaucoup à des universitaires comme Renan, Boutmy, Lavisse, Berthelot et Pasteur qui combattaient alors pour une réforme de l'enseignement supérieur..

Statuts d'origine , car il sait qu'il va rencontrer une opposition invincible, , comme cela avait été fait depuis des siècles avec par exemple la création du Collège de France. Pour sa création, Victor Duruy, qui ne cachait pas son ambition, dit à Louis Liard : De fait, il s'agit de promouvoir des enseignements et des manières d'enseigner que l'Université ignore, en s'inspirant des séminaires à l'allemande. L'EPHE doit être une institution d'érudition et de recherche, chargée d'initier par l'exemple des étudiants à des pratiques (d'où son nom).

L'École pratique appuie sur le rapport « pratique » à la recherche. Dès son origine, elle se consacre à la production et à la transmission de connaissances, en proposant à ses étudiants les séminaires de personnalités issues du monde académique (docteurs et agrégés) et des scientifiques qui travaillent en laboratoire (dans les sciences techniques et expérimentales ou dans les sciences humaines et sociales). Les directeurs d'études sont en effet, soit des universitaires, soit des professionnels de la recherche dans des instituts privés et publics. Ce type de recrutement (universitaires / professionnels reconnus dans le champ étudié) qui fait aujourd'hui l'originalité des écoles de commerce et des écoles d'ingénieurs est très ancien pour l'EPHE..

L'École pratique des hautes études est créée par un décret daté du dont l'article : .

L'initiative est conçue comme une entité administrative chargée de dispenser les fonds favorisant la recherche pure et la formation. En 1888, l'EPHE dispose par exemple de provenant du ministère pour la formation et la recherche avancée, auxquels s'ajoute une subvention de de la Ville de Paris pour les bourses d'études..

Il s'agit d'une part de permettre à des savants qui n'ont pas un cursus académique classique avec une thèse d'ÉtatDuruy avait vainement essayé d'obtenir une chaire d'enseignement supérieur à l'entomologiste Jean-Henri Fabre. de donner des enseignements supérieurs de haut niveau, et d'autre part de développer la dimension pratique ou applicable des savoirs universitaires, ainsi que des nouvelles branches de ces savoirs.

Pour permettre de recruter des nouveaux professeurs formant un corps distinct de celui des professeurs d'université, le titre de docteur d'État n'est pas exigé si l'on recrute des professionnels du champ scientifique étudié (dans la pratique beaucoup sont les enseignants qui ont des doctorats et travaillent comme professionnels dans des instituts de recherche appliquée) ; les enseignants n'ont pas tous le titre de « professeur » mais de « directeur d'Étude ».

Comme au Collège de France, l'intitulé des chaires varie avec l'évolution de la recherche. Ceci permet à l'EPHE de rester à la pointe de la recherche pratique à chaque nouveau recrutement à partir du thème proposé par le candidat élu. Les cours qui changent régulièrement suivant l'avancée même des travaux des directeurs d'étude sont annoncés aux étudiants par une grande affiche.

Débuts vignette|Bibliothèque des hautes études : salle de travail (actuelle salle Jankélévitch de la bibliothèque de la Sorbonne). ND Phot. Source : Bibliothèque de la Sorbonne. vignette|Le Muséum national d'histoire naturelle accueille dès l'origine des laboratoires de l'EPHE. vignette|…ainsi que la Sorbonne. L'EPHE comptait initialement (1868) quatre sections : Mathématiques ( section), sous la direction de Joseph Bertrand, Michel Chasles (président de section), Charles-Eugène Delaunay, Joseph-Alfred Serret, et Victor Puiseux ; Physique et chimie ( section), sous la direction d’Antoine-Jérôme Balard, Charles Adolphe Wurtz et Jules Jamin ; Sciences naturelles et physiologie ( section), sous la direction de Henri Milne Edwards, Joseph Decaisne et Claude Bernard, Marcellin Berthelot (l'un des précurseurs de l'approche systémique en biochimie) ; Une quatrième section s'est ajoutée, elle rassemble les Sciences historiques et philologiques et les Sciences Religieuses ( section), héritière de la Faculté de théologie de Paris.

C'est depuis cette époque que la discipline histoire a en France pour particularité d'être considérée comme une science pratique, et actuellement rangée parmi les sciences sociales.

Une cinquième section, sans numéro, est bientôt ajoutée (1869)Décret du 30 janvier 1869., pour les : Sciences économiques et administratives, celle qui doit traiter de la réflexion sur les affaires publiques et sur les instruments de leurs gestions. Elle n'aura pas d'avenir à cause de la guerre, de la chute du Second Empire, et c'est l'École libre des sciences politiques, créée en 1873, qui en reprendra le programme.

Comme elle est dépourvue de locaux spécifiques, un programme d'agrandissement de la Sorbonne, du Muséum et de la Faculté de médecine de Paris est lancé afin de donner de l'espace aux nouveaux laboratoires.

À l'ouverture, postulent pour les cours libres et 264 sont admis (37 en section, 75 en , 94 en et 68 en ).

L'école propose à ses débuts puis, dès 1872, 60, dont 15 en province. En 1872, il est compté de recherche à Paris et 8 en province, 36 « laboratoires d'enseignement »Terme générique utilisé également pour les et sections non expérimentales. à Paris et 5 en province.

Évolution En 1886, l'EPHE est dotée d'une nouvelle section : Sciences religieuses ( section).

Lors de l’Occupation pendant la Seconde Guerre mondiale, des universitaires français en exil issus de l’EPHE fondent, au début de 1942 l’École libre des hautes études, à New York, comme instrument de résistance intellectuelle des érudits fuyant l'Europe.

En 1947, à la suite du démantèlement de l’ELHE, celle-ci se reforme à Paris, en tant que branche de l’EPHE, sous le nom d’École des hautes études en sciences sociales. La section « Sciences économiques et administratives » est recréée avec comme intitulé « Sciences économiques et sociales ( section) »Décret du 3 novembre 1947., sous la direction de l'historien Fernand Braudel. Cette section prend par la suite de l'autonomie et finit en 1975 par devenir un grand établissement indépendant, l'École des hautes études en sciences sociales.

En 1986, les et sections sont supprimées et rattachées soit aux universités, soit au CNRSDécret du 14 mars 1986..

Situation actuelle Sections et instituts L'EPHE comprend donc actuellement trois sections, quatre instituts et un écomusée :

Participation à un établissement Le , l'EPHE fonde, avec le Ministère de l'Enseignement supérieur et de la recherche, l'Université de Strasbourg, l'Université d'Aix-Marseille, l'Inalco et l'EHESS, le groupement d'intérêt public (GIP) Institut français de l’islamologie.

Locaux Locaux parisiens Depuis , le siège de l'EPHE, précédemment situé au 46, rue de Lille, est installé aux Patios Saint-Jacques (4-14, rue Ferrus dans le arrondissement de Paris)Déménagement du siège de l'École pratique des hautes études sur le site de l'EPHE..

La section Sciences de la vie et de la terre est répartie dans l'ensemble des universités accueillant les laboratoires et des CHU.

Jusqu'en 2010, les sciences humaines étaient uniquement enseignées à la Sorbonne. En 2011, pour compléter ces locaux devenus trop exigus à la suite d'une restructuration, des salles supplémentaires ont été ouvertes pour les sciences humaines dans le bâtiment Le France (190-198, avenue de France). Depuis , ces salles supplémentaires ont été déplacées à la Maison des Sciences de l'Homme, au 54 boulevard Raspail, dans le . Des enseignements ont lieu aussi à la Maison de l'Asie et à l'Institut national d'histoire de l'art.

Depuis 2019, l'EPHE occupe une partie des locaux de la Cité des humanités et des sciences sociales (Campus Condorcet). Elle y construit son futur siège qui devrait être opérationnel en 2028.

Locaux polynésiens En 2009, le laboratoire déjà installé à Moorea (Polynésie française) devient la base de l'Institut des récifs coralliens du Pacifique (IRCP) sur Légifrance..

Différents diplômes délivrés par l'EPHE