Les Ségusiaves, en latin Segusiavi ou Segusii, en grec Σεγοσιανοι (Strabon) ou Σεγουσιαυοι (Ptolémée), sont un peuple gaulois dont le territoire se situait dans l'actuelle région du Forez et s'étendait initialement sur les actuels départements de la Loire et du Rhône, ainsi qu'une petite partie de l'Ain, de la Saône-et-Loire et de l'Isère. Leur capitale était le Forum Segusiavorum, aujourd'hui Feurs, à partir de 20 ou 15 . Les indices d'une localité avant cette période sont minces, cependant il semble que la région de Feurs ait été l'emplacement d'un carrefour commercial longtemps avant la date retenue pour sa fondation, et Feurs fut peut-être elle-même l'emplacement d'un sanctuaire fortifié en bord de fleuve.
On ignore quelle était leur capitale antérieure à la fondation de Feurs, peut-être Lugdunum (Lyon). En 2014, ont été mis au jour plus de de fortifications pré-romaines sur la colline de Fourvière, correspondant au murus gallicus d'un oppidum celteB. Arnaud, « Lyon retrouve ses origines gauloises », Sciences et Avenir, n° 812, octobre 2014, p. 58, ce qui tend à confirmer l'hypothèse d'une fortification celte à Lugdunum (« forteresse du dieu Lug ») établie par les Ségusiaves avant la fondation de la cité romaine, ritualisée en 43 par le gouverneur Lucius Munatius Plancus. Cette découverte, s'ajoutant à celle de céramiques ségusiavo-éduennes identifiées dans les environs immédiats de Lyon et intra-muros, ainsi qu'à diverses sources mentionnant un sanctuaire majeur à Fourvière pour la période pré-romaine, éclaire sous un jour nouveau l'importance de ce peuple dans le monde celte.
La majorité des historiens admet aujourd'hui que la fondation de la colonie romaine à Lyon a été librement consentie grâce à des contreparties d'ordre financier et politique.
Leurs voisins sont, au nord les Éduens, au nord-est les Ambarres, au sud les Helviens, au sud-est les Allobroges, au sud-ouest les Vellaves, et les Arvernes à l'ouest. Au Haut-Empire, ils sont englobés dans la province de la Gaule lyonnaise. Jules César mentionne dans son ouvrage La Guerre des Gaules les Ségusiaves comme étant le premier peuple celte rencontré au nord du RhôneCésar, De Bello Gallico, 1, 10. « Inde in Allobrogum fines, ab Allobrogibus in Segusiavos exercitum ducit. Hi sunt extra provinciam trans Rhodanum primi. » « De là il (César) conduit ses troupes chez les Allobroges et des Allobroges chez les Ségusiaves. C'est le premier peuple qu'on rencontre hors de la province au-delà du Rhône »..D'après des auteurs anciens, la racine du mot « Ségusiave » pourrait désigner soit une race de chiens d'origine celtique. (Segusius), soit l'idée de victoire, de force, ou de lieu inaccessible.. L'interprétation communément admise est « Digne de Victoire » (sego-isio). La racine « seg- » se retrouve chez d'autres peuples celtes : Segovellaunes (région de Valence, Drôme), Sègnes (région des Ardennes), Ségontiaques (estuaire de la Tamise en Angleterre). Segu-sterone (Forteresse-de-la-Victoire) est le nom antique de Sisteron, dans les Alpes-de-Haute-Provence. Plusieurs lieux-dits dans la région du Forez portent la même racine, que l'on retrouve également dans le nord de l'Italie.
Territoire
alt=Territoire des Ségusiaves|gauche|vignette|Carte approximative du territoire ségusiave à la fin de l'indépendance. Les doutes principaux concernent les frontières Nord et Est.|396x396px La « Ségusiavie » couvre les gorges de la Loire partagées avec les Vellaves (clients des Arvernes), le Roannais, la région de Givors, la plaine et les monts du Forez, les monts du Lyonnais, la rive gauche de la SaôneA. Bernard, 1858 ; Ph. Thollard, 1985. "Aucun indice archéologique ou épigraphique ne vient étayer cette hypothèse" P. Valette, dans et Lyon, jusqu'à ce que celle-ci obtienne un statut autonome après la conquête romaine. Il est possible que leur territoire s'étendait plus à l'est au-delà de la Saône. Les preuves manquent quant à la population y résidant à l'époque de La Tène, mais à la fin de l'indépendance, l'aire ségusiave incluait au moins la Bourg-en-Bresse actuelle, son nom romain étant, selon Pierre Larousse, Burgus Segusiavorum « le fort des Ségusiaves »Pierre Larousse (1817-1875), Grand Dictionnaire universel du dix-neuvième siècle, volume 2 (lettre B), 1867, page 1120, colonne 2, entrée Bourg-en-Bresse (fac-similé de la page 1120 en ligne sur Gallica : http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k50724x/f1128.image.r=.langFR ).. Au sud de leur zone d'occupation se trouvent les Atheux (ou Étusiates), près de Loire-sur-Rhône, une petite tribu celte dont on ne sait quasiment rien.
Les frontières exactes du territoire sont mal connues, notamment en ce qui concerne le nord (absence de frontière naturelle, annexion possible d'une partie de cette zone par les Éduens à une date indéterminée), la zone dAriolica (La Pacaudière) dont on ne sait pas réellement sous quelle influence elle se trouvait, ni si cette agglomération se situe réellement à cet endroit, et le sud (Pilat). La zone du Pilat n'a curieusement jamais fait l'objet de réelles campagnes archéologiques ; c'est pourtant dans ce massif qu'est située la borne frontalière au croisement des trois provinces de la Gaule romaine, borne qui fit déjà office de frontière entre différents peuples celtes d'après la tradition, puis entre différents évêchés au Moyen-Âge. Ce site était aussi un lieu fréquenté bien avant la période celte, peut-être pour des cérémonies religieuses. Une équipe de chercheurs indépendants a effectué au début des années 2020 des relevés géométriques et topographiques dans les alentours de la borne frontalière (dite Pierre des Trois Évêques), en mettant en évidence la présence de nombreuses pierres possiblement mégalithiques, et suggérant que cette zone pourrait contenir des alignements mégalithiques chamboulés par des siècles de travaux forestiers.
La vallée du Gier et les limites est sont elles aussi sujettes à interrogation ; néanmoins de nombreuses études archéologiques ont été menées, révélant en particulier que la vallée en elle-même fut probablement en partie sous contrôle allobroge à partir d'Égarande (commune de Rive-de-Gier). Également, l'aqueduc du Gier est un exceptionnel ouvrage hydraulique comportant quatre des sept siphons antiques connus à ce jour ; il fait partie d'un vaste réseau desservant Lugdunum, qui traverse le territoire ségusiave (versants nord de la vallée du Gier) à l'époque gallo-romaine. La frontière Ouest est supposée avoir été conservée dans le découpage complexe des différents diocèses ecclésiastiques locaux à partir du Haut-Empire et du Haut Moyen Âge, ce qui tend à être confirmé par de nombreux toponymes évoquant la notion de frontières dans les Monts du Forez, mais aussi par des recherches récentes, démontrant notamment une déforestation que l'on pensait plus tardive dans ce massif, et donc une occupation importante des hauteurs.
De l'autre côté de la plaine du Forez, les monts du Lyonnais n'ont semble-t-il pas réellement marqué l'emplacement d'une zone frontalière, ce qui relativise par ailleurs l'importance du relief quant aux zones de contrôle durant ces âges. Plusieurs chercheurs soulignent leur étonnement face au « désert archéologique » caractérisant les monts pour les périodes concernées. À l'exception de Mediolanum dont la position reste floue, peu d'indices démontrent une occupation notable pour les périodes en question, ce qui interroge à juste titre pour une zone géographique aussi vaste et en raison de sa position, surtout qu'au moins deux axes commerciaux importants cheminent en plein cœur des monts. Il est probable que le désintérêt scientifique pour ce secteur est à lui seul responsable de cet état de fait, mais il est également très probable que cette région difficile d'accès fut de toute manière peu fréquentée et couverte de forêts, les défrichements du Moyen-Âge étant plutôt bien documentés. Toutefois des sites ou des indices de sites d'habitats, funéraires ou cultuels, sont présents dans les deux départements de la Loire et du Rhône (en vallons, sur des éperons rocheux, sur des sommets).
Concernant les fleuves Loire, Rhône et la Saône, les méandres ont évolué grandement durant les siècles, rendant les recherches de sites hasardeuses. Néanmoins de nombreux sites en bord des trois cours d'eau sont visiblement occupés durablement, et ce même dans des zones inondables, démontrant que pour l'homme de l'Antiquité tout n'est pas affaire de pragmatisme.
Histoire L'occupation protohistorique à l'âge du bronze et au Hallstatt du territoire que les Ségusiaves possédèrent reste largement inconnue. Cependant une douzaine de sites dispersés sur les terrasses alluviales de la Loire peuvent être rattachés aux périodes précédant celle de la Tène, notamment de petits oppidums à éperons barrés et des tombes à char, ayant produit des artefacts datés de La Tène ancienne. Les Ségusiaves s'installent dans la région vers le avant notre ère. On ne sait pas quel est leur région d'origine ; certaines théories avancent l'hypothèse d'une parenté avec les Séquanes. Les Ségusiaves imposent leur contrôle sur les rives de la Loire, de la Saône et du Rhône par une série doppida et d'agglomérations, s'assurant ainsi une position stratégique et commerciale de première importance.
On ne sait pratiquement rien sur les populations locales sur le territoire concerné avant l'émergence des Ségusiaves.
L'oppidum d'Essalois Avant la conquête romaine, leur oppidum principal ou l'un des principaux semble avoir occupé le site de l'actuel château d'Essalois, ce à partir de la Tène finale. Cet oppidum fut construit vers 170 et était visible à des kilomètres à la ronde du fait de sa position géographique.
Il abrita plusieurs activités artisanales : forge, atelier de travail du bois et du cuir, fonderie de bronze, et servit de lieu de commerce avec Massalia, notamment pour l'importation d'amphores vinaires. Les habitations sont alors peu nombreuses, ce qui indique par ailleurs que l'endroit avait plutôt une vocation de place-forte. Le caractère commercial de l'oppidum reste faible jusque vers 110 En 121 , les Arvernes sont vaincus à la bataille de Bollène (dans le département du Vaucluse) et perdent le contrôle de la vallée du Rhône, ce qui profite aux Ségusiaves et augmente sensiblement les échanges commerciaux à Essalois avec les peuples du sud-est, la Campanie et le sud-Latium. Loppidum se développe et devient un lieu de commerce et d'habitat dont l'extension maximale se situe un peu après la guerre des Gaules.