Gaston Defferre, né le à Marsillargues (Hérault) et mort le à Marseille, est un homme politique et résistant français.
Membre de la Section française de l'Internationale ouvrière (SFIO) puis du Parti socialiste, il est maire de Marseille d' à , puis de à sa mort.
Parlementaire et ministre à plusieurs reprises sous les et s, « numéro deux du gouvernement » par deux fois, puis candidat à l'élection présidentielle de 1969, il donne son nom à plusieurs lois importantes : la loi-cadre de 1956 ouvrant la décolonisation en Afrique et une série de trois lois entre 1982 et 1983 sur la décentralisation.
Biographie Origine et formation Gaston Paul Charles Defferre naît le à Marsillargues (Hérault) dans une famille protestante cévenole, au mas de Bony, demeure construite par son grand-père Pierre Causse. Il est le second enfant de Suzanne Causse (1882-1971) et de Paul Defferre (1882-1961), avoué à Nîmes, qui ont eu trois autres enfants : Marie-LouiseDite Maryse, elle épousera l'industriel marseillais André Cordesse, lui aussi protestant, qui fonde en 1945, avec Gaston Defferre, le quotidien Le Provençal et sera élu président de la chambre de commerce de Marseille en 1948., née en 1908, Monique, née en 1912, et Jacques en 1914.
Sa mère se charge de son éducation avant qu'il n'aille poursuivre ses études secondaires au lycée Alphonse-Daudet de Nîmes.
Gaston Defferre découvre l'Afrique lorsqu'il se rend avec sa famille à Dakar, où son père a ouvert un bureau. En 1922, avec sa mère, il rentre en métropole. Après des études de droit à l'université d'Aix-Marseille, il s'inscrit comme avocat au barreau de Marseille en 1931. En 1933, il devient militant socialiste et adhère à la de la SFIO de la ville. Cette période est politiquement très agitée. Simon Sabiani, premier adjoint du maire Georges Ribot, incarne le basculement d'une partie de la gauche vers la droite extrême et, en raison de ses relations avec François Spirito et Paul Carbone, la confusion entre la politique et les affaires de droit commun. Les affrontements politiques culminent aux élections cantonales de 1934 avec la montée du Parti communiste, emmené par Jean Cristofol et François Billoux, puis aux municipales de 1935, remportées par le candidat socialiste Henri Tasso, qui devient maire.
Pendant cette époque troublée, Gaston Defferre n'apparaît pas publiquement. Le , il épouse Andrée Aboulker, médecin, issue d'une famille juive d'Alger, cousine (et future épouse) de José Aboulker, chirurgien qui s'illustre dans la libération de l'Algérie en 1942. Ils auront deux filles et un fils. Ils divorcent le .
Avocat du Comité américain de secours de Varian Fry, il obtient en 1941 la libération sous caution de Daniel Bénédite.
Résistant
Dirigeant du réseau Brutus
Réformé pour raisons médicales (il est atteint de pleurésie), Gaston Defferre fait néanmoins le choix de s'engager pour prendre part à la Deuxième Guerre mondialeDEFFERRE Gaston, Paul, Charles, dans Le Maitron. Il est démobilisé le . Il reprend contact avec quelques socialistes marseillais dont il connaît l'esprit anti-vichyssois, dont Horace Manicacci et Fernand Trompette, piliers de la SFIO marseillaise. Il entre en relation avec l'avocat et parlementaire Félix Gouin qui organise tous les mardis à son cabinet, rue de la Darse à Marseille, une réunion des socialistes de la Ville. Gouin relaie les décisions prises par le Comité d'action socialiste créé par Daniel Mayer.
À la fin de 1940, Defferre est un des premiers résistants à rejoindre le réseau créé par Lucas (le capitaine Pierre Fourcaud), qui, adjoint du colonel Passy au Bureau central de renseignements et d'action, arrive de Londres pour superviser la création de réseaux en zone non occupée.
Le mouvement devient ensuite, sous la houlette de son confrère du barreau André Boyer, le réseau de renseignement Brutus. Defferre utilise de nombreux pseudonymes dont celui de Danvers, puis à partir de 1943, de MassereauFrancine Galliard-Risler, André Clavé : Théâtre et Résistance – Utopies et Réalités, A.A.A.C., Paris, 1998 – Ouvrage collectif écrit et dirigé par FGR, avec de très nombreux témoignages enregistrés et retranscrits – Préface de Jean-Noël Jeanneney - Épilogue de Pierre Schaeffer..
En , il participe au comité exécutif du parti socialiste clandestin, constitué par Félix Gouin. Il soutient la création d’un Conseil national de la Résistance. Il rejoint la clandestinité lorsque les Allemands envahissent la zone libre le .
Après l'arrestation de Boyer (qui recevra la mention Compagnon de la Libération à titre posthume), le avec André Clavé qui venait de prendre la succession de Pierre SudreauFrancine Galliard-Risler, André Clavé : Théâtre et Résistance – Utopies et Réalités, A.A.A.C., Paris, 1998 lui-même arrêté par la Gestapo en novembre (tous trois seront déportés à Buchenwald, cinq mois plus tard), Gaston Defferre prend la direction du réseau.
Libération de Marseille vignette|gauche|redresse|Gaston Defferre, secrétaire d'État chargé de l'Information du gouvernement Gouin, . À la libération de Marseille, le , Gaston Defferre s’empare du Petit Provençal, avec une milice de truands dirigée par Nick Venturi. Ce groupe et le contrôle de ce journal l'aideront longtemps à garder le pouvoir à Marseille. Le Petit Provençal est rebaptisé Le Provençal et deux journalistes proches de Defferre s'appuient sur lui pour fonder en 1950 un concurrent de l'AFP, l'Agence centrale de presse, qui fédère une vingtaine de journaux régionaux.
Gaston Defferre s’assure aussi la direction de la fédération SFIO des Bouches-du-Rhône.
Bien que ses liens maritaux avec sa femme Andrée Aboulker se soient distendus, il lui demande de le représenter à l'Assemblée consultative provisoire qui siège à Paris pour se concentrer sur la mairie de Marseille. Nommé président de la délégation municipale, il devient maire de Marseille en 1944, puis le reste jusqu'en . Le communiste Jean Cristofol lui succède puis perd la mairie en 1947 peu avant l'affaire Vincent Voulant.
Le , il épouse en secondes noces une infirmière d'origine hollandaise, Marie-Antoinette « Paly » Swaters (née à Bruxelles le et morte à Marseille le ).
Sous la Maire de Marseille Gaston Defferre redevient maire de Marseille à partir de 1953 et le reste jusqu'à sa mort en 1986. Pour combattre l'emprise de la Confédération générale du travail (CGT) communiste, il noue un lien privilégié avec la CGT-FO, qui obtient une influence déterminante .
En matière d'urbanisme, ses mandats sont marqués par la construction de la galerie marchande de la Bourse qui détruit une partie des vestiges grecs de la ville, le retard pris dans la réhabilitation du centre-ville et le départ de nombreuses entreprises vers des communes environnantes« Marseille, du rêve américain de Gaston Defferre au rêve euroméditerranéen de Robert Vigouroux », mediapart.fr, ..
Secrétaire d'État et ministre Gaston Defferre est rapidement intégré par le président du conseil, le marseillais Félix Gouin, comme secrétaire d’État à la présidence du Conseil, chargé de l’Information (janvier-), puis secrétaire d’État à la France d’outre-mer dans le gouvernement Léon Blum (- ). Il est ministre de la Marine marchande dans les gouvernements Pleven (- ) et Queuille (- ), puis Ministre de la France d'outre-mer en 1956-1957 dans le gouvernement de Guy Mollet, il prépare, avec son premier directeur de cabinet Pierre Messmer, la décolonisation de l'Afrique subsaharienne. À cette fin, il rédige la loi-cadre qui porte son nom.
Sous la Rejet des rapatriés
En , il déclare à propos des rapatriés d'Afrique du Nord : Entretien dans L'Intransigeant du 26 juillet 1962 cité par Valérie Esclangon-Morin, Les rapatriés d'Afrique du Nord de 1956 à nos jours, L'Harmattan, 2007 , ..Brigitte Benkemoun, « Guerre d'Algérie : quand Gaston Defferre suggérait que les pieds-noirs « aillent se faire pendre » ! », atlantico.fr, 9 avril 2012..
Dans l'opposition à De Gaulle Il appelle à voter « oui » au référendum constitutionnel de 1958. Battu aux élections législatives de 1958, il siège au Sénat de 1959 à 1962 puis retrouve son mandat de député socialiste en 1962. Il est constamment réélu jusqu'en 1986. Il a été président du groupe socialiste de l'Assemblée nationale.
Le , il dispute et remporte le dernier duel pour l'honneur de l'histoire de France contre René Ribière avec qui il avait eu un différend dans l'hémicycle de l'Assemblée nationale. Gaston Defferre interpelle son collègue, qui s'agite sur son banc, et lui crie : . Un peu plus tard, dans la salle des Quatre-Colonnes, Gaston Defferre refuse de retirer son injure et René Ribière lui envoie ses témoins et demande réparation par le fer (en l'occurrence l'épée). Le duel a lieu dans une résidence privée de Neuilly-sur-Seine, et est arbitré par le député gaulliste de gauche Jean de Lipkowski. Gaston Defferre rejette les épées « limées » qu'on lui propose et refuse que l'on s'arrête au premier sang. Manquant d'expérience et devant se marier le lendemain, René Ribière est blessé une première fois, mais demande la reprise du combat. Après une seconde estafilade, Defferre consent finalement à ce que l'arbitre du combat y mette fin....
Il apparaît sous le nom de M. de Ferre, comte de Provence, dans l'ouvrage pamphlétaire d'André Ribaud sur le pouvoir gaulliste, Le Roi (Julliard, 1961).
« Monsieur X » En 1965, son nom est évoqué pour être le candidat de l'opposition de gauche et du centre à l'élection présidentielle, face au général de Gaulle. Il publie Un nouvel horizon, chez Gallimard en 1965 pour présenter les lignes directrices d'une politique immédiatement applicable par un gouvernement de progrès. Il souhaite créer une grande fédération alliant la SFIO aux centristes.
Sa candidature est notamment inspirée par la campagne de l'hebdomadaire L'Express, Gaston Defferre étant le « Monsieur X », candidat idéal de l'opposition au gaullisme. L'intéressé joue de cette agitation médiatique et maintient le suspense, notamment lors d'une intervention remarquée aux « Mardis de l'ESSEC » le . Néanmoins, les négociations entre la SFIO et le MRP centriste échouent en Pierre Viansson-Ponté, Histoire de la République Gaullienne : Le temps des orphelins, été 1962-avril 1969, Tome II, Fayard, 1971, .. Guy Mollet, secrétaire général, n'est partisan ni d'un rapprochement avec les centristes, ni d'une union de la gauche avec les communistes. Il invoque la laïcité pour faire échouer la convergence avec les centristes et ainsi empêcher Defferre d'être candidat. L'idée d'un grand mouvement démocrate, inspiré du modèle américain et du président Kennedy, échoue donc. François Mitterrand et Jean Lecanuet portent finalement respectivement les couleurs de la gauche et du centrisme lors du scrutin de .
En , la démission du président de Gaulle ouvre à nouveau la bataille pour la présidence de la République. Gaston Defferre est désigné par défaut candidat du Parti socialiste. Il propose un tandem avec Pierre Mendès France qui doit devenir son Premier ministre en cas de victoire, stratégie qui s'inspire du modèle américain, et son « ticket » président – vice-président. Le positionnement centriste et opposé au fonctionnement de la de Gaston Defferre et Pierre Mendès France ne séduit guère l'électorat, puisque le candidat ne recueille que au premier tour, soit 5,01 % des suffrages exprimés. Il est victime de la concurrence du candidat centriste Alain Poher, président du Sénat et figure de proue de la campagne du « non » au référendum du , de celle du PSU Michel Rocard, ainsi que de celle de Jacques Duclos, qui fait le plein des voix communistes. Cet échec retentissant va amener la fondation du nouveau Parti socialiste en 1969, et le choix d'une alliance à gauche avec le Parti communiste français, autour du Programme commun, à partir de 1972.
Il épouse en troisièmes noces, en 1973, la femme de lettres Edmonde Charles-Roux.
Un portrait du candidat par Pierre Viansson-Ponté