Ida Ferrier, née Marguerite Joséphine Calais (légitimée Marguerite Joséphine Ferrand) le à Nancy et morte le à Gênes, est une comédienne française.

Elle a utilisé le nom de scène Mademoiselle Ida.

En dehors de sa carrière artistique, elle est connue pour avoir été la maîtresse et l'unique épouse du romancier Alexandre Dumas.

Biographie

Jeunesse et famille Marguerite Joséphine Calais naît en 1811 chez une sage-femme de Nancy, fille naturelle d'Anne Calais, âgée de 24 ans et originaire à LunévilleActe de naissance, , Nancy (avec mentions marginales de reconnaissance et de légitimation), Archives départementales de Meurthe-et-Moselle (vue 112/153). Elle est reconnue en 1812 par sa mère et par Mathias Ferrand, entrepreneur de messageries né à Lyon et déjà marié. L'année suivante, établis séparément à Metz, ses parents se marient après le divorce de Ferrand, légitimant leur filleActe de mariage, , Metz (), Archives municipales de Metz (vues 185-187/293). Cette dernière prend le nom de son père, alors âgé de 63 ans.

Selon un article de Léon Beauvallet paru en 1856 dans Le Figaro, Marguerite Joséphine Ferrand décide très tôt de faire du théâtre, malgré les réticences de son père. Encore mineure, elle obtient de lui une autorisation ainsi rédigée : Munie de ce billet, la jeune fille part à Paris avec sa mère, qui la soutient dans son ambition.

Débuts Le , Marguerite Joséphine Ferrand est engagée, avec l'autorisation de ses deux parents, comme élève chez les frères Edmond et Jules Seveste, propriétaires de théâtres. Son salaire étant insuffisant, sa mère s'engage à subvenir à ses besoins. L'apprentie comédienne prend pour nom de scène Mademoiselle Ida et tient son premier rôle important en sur la scène du théâtre Montparnasse, dans Shylock, un drame de Du Lac et Alboize inspiré de Shakespeare. Le , un nouveau contrat lui est proposé, pour des rôles d', avec un salaire de . Cette fois, sa mère refuse les termes de l'engagement et entre en conflit avec les Seveste : opposant que sa fille est de santé fragile et que la soutenir financièrement est désormais une charge trop lourde, elle exige que le contrat soit rompu. Prétextant être malade, la jeune actrice cesse de paraître en novembre sur la scène du théâtre Montmartre, où elle jouait, avec Jean-François-Alfred Bayard et Dumanoir, dans La Perle des maris, comédie vaudeville de Julien de Mallian. Le mois suivant, après que les Seveste ont porté plainte, elle est condamnée à payer des indemnités par le tribunal de commerce de la Seine. Sa mère fait opposition du jugement et le jeune fille refuse de reprendre son rôle. En 1887, Charles Glinel, spécialiste de Dumas, explique que la véritable raison de cette désaffection serait sa rencontre avec un , qui lui aurait promis de lui ouvrir une carrière théâtrale plus prestigieuse. Et, de fait, en 1830, la presse prête à Mademoiselle Ida une telle relation, sans toutefois citer de nom. Pour se rapprocher de cet homme, la jeune fille et sa mère quittent leur modeste appartement de la rue du Montparnasse, pour la rue Cadet.

Ida Ferrier En 1831, Mademoiselle Ida est choisie avec l'acteur Bocage pour jouer dans Teresa, drame d'Alexandre Dumas mis en scène par Émile Laurent. À cette occasion, elle fait la rencontre du romancier, qui tombe sous son charme. Leur liaison commence après la première, donnée le au théâtre de l'Opéra-Comique. L'engagement professionnel de la comédienne suscite une nouvelle plainte des frères Seveste contre elle. À l'issue de multiples transactions, les deux parties s'accordent sur la somme de , mais il n'est pas sûr que Mademoiselle Ida l'ait finalement payée.

Le nom de scène Ida Ferrier apparaît dans la presse en , tandis que l'actrice débute au théâtre du Palais-Royal, dans deux pièces différentes : La Créance d'Anna, comédie vaudeville écrite pour elle par Jacques-François Ancelot, et Les Deux Frères, drame d'August von Kotzebue. Dans Le Courrier français, on lit :

Ida Ferrier quitte le théâtre du Palais-Royal en pour entrer au théâtre de la Porte Saint-Martin, où elle se produit notamment dans Marie Tudor de Victor Hugo puis dans différentes pièces d'Alexandre Dumas et d'Auguste Anicet-Bourgeois. La presse se montre parfois très dure envers elle. Ainsi, on lit dans La France :

En 1837, Dumas intervient pour la fait engager à la Comédie-Française, où doit se jouer son Caligula. Elle obtient un contrat dje jeune première, d'une durée d'un an à partir d'octobre, avec des appointements de . Mais la pièce est un échec cuisant. La façon de parler d'Ida Ferrier et surtout son embonpoint et sa petite taille lui valent des moqueries acerbes dans le milieu du théâtre. Après la dernière, le , l'actrice ne se produit plus sur la scène du Français.

Elle joue ses deux derniers rôles en 1839, dans la troupe du théâtre de la Renaissance, fondé salle Ventadour à l'initiative de Victor Hugo et Alexandre Dumas, qui souhaitent disposer d'un endroit où faire jouer leurs piècesPhilippe Chauveau, Les Théâtres parisiens disparus (1402-1986), éd. de l'Amandier, Paris, 1999. Une partie de la critique continue d'ironiser sur son physique, mais elle a aussi ses admirateurs, qui défendent sa beauté. Ainsi, Théophile Gautier lui consacre un portrait élogieux dans Les Belles Femmes de Paris.

Relation avec Alexandre Dumas À l'époque où Ida Ferrier et Alexandre Dumas entament leur relation, en 1831, le romancier devient père pour la deuxième fois, d'une fille prénommée Marie Alexandrine qu'il a eue avec l'actrice Belle Kreilssamner. À cette occasion, il a légitimé son fils Alexandre, né en 1824 de sa relation avec Laure LabayPaul Guth, Histoire de la littérature française, éd. Flammarion, 1981.. Pendant deux ans, Dumas continue d'entretenir en parallèle une liaison avec Belle Kreilssamner. En 1833, cette dernière, comprenant qu'elle est désormais supplantée par Ida Ferrier, choisit de renoncer à sa position de maîtresse.

Ida Ferrier et Alexandre Dumas vivent ensemble et reçoivent beaucoup, dans un appartement du 30, rue Bleue que la comédienne a meublé et décoré. Mais leur relation est tumultueuse, jalonnée de disputes et d'infidélités. Dumas multiplie les aventures et, de son côté, Ida Ferrier devient un temps l'amante de Roger de Beauvoir. L'actrice accepte néanmoins de s'occuper de la petite Marie-Alexandrine, avec laquelle elle semble partager une affection sincère. Sa carrière ne reprend pas après son mariage.

Malgré leurs conflits, les amants se marient en Acte de mariage du , reconstitué après le , Paris (ancien), Archives de Paris (vue 18/48). Selon une anecdote reprise dans la presse, l'écrivain se serait peu avant rendu, en compagnie d'Ida Ferrier, à un bal donné par le duc d'Orléans. Ce dernier aurait alors dit , remarque qui aurait contraint Dumas à épouser sa maîtresse. Au moment de leur mariage, les amants vivent dans un appartement du 22, rue de Rivoli. Le est signé chez un notaire le contrat de mariage. Il stipule que les deux témoins du marié sont et , et ceux de la mariée et . Ida Ferrier apporte une dot considérable de . Le , le mariage civil est célébré à la mairie du et la cérémonie religieuse à l'église Saint-Roch, avec pour témoins le peintre Louis Boulanger et l'architecte Charles Robelin, mais sans la présence de Chateaubriand, représenté par Charles Nodier. Alexandre Dumas fils réagit très mal à cette union, à l'instar de certaines maîtresses de Dumas, comme Mélanie Waldor et Belle Kreilssamner.

À la fin de l'année 1840, le couple s'établit à Florence, mais Alexandre Dumas s'absente fréquemment pour retourner en France. Ida Ferrier continue d'élever en partie Marie-Alexandrine. Dumas est de plus en plus endetté. En , il rentre seul à Paris pour assister aux répétitions de ses pièces. Ida Ferrier fait la rencontre du douzième prince de Villafranca, duc de Salaparuta, prince de Montereale et duc de Saponara. Selon la comédienne Mademoiselle Mars, Dumas .

Les Dumas se séparent à l'amiable en 1844, sans toutefois divorcer. Le , les modalités de la séparation sont enregistrées chez un avoué : Dumas doit verser une pension mensuelle de , sa fille restant à la charge d'Ida Ferrier. Elles vont continuer de vivre ensemble jusqu'en 1847. Ida Ferrier s'installe avec le prince de Villafranca, et séjourne à Rome ou à Paris.

En , Ida Ferrier exige la séparation de biens et réclame à Dumas une pension supplémentaire. Le , le tribunal de la Seine ordonne la vente du château de Monte-Cristo pour payer la pension et rembourser les de la dot. Après confirmation du jugement en juillet, le romancier est contraint de vendre aux enchères son château mais, l'ayant fait racheter par un prête-nom, il continue un temps à l'habiter. Sa faillite personnelle est finalement prononcée en 1852, sans qu'il ait remboursé sa femme.

Dernières années Ida Ferrier et le prince de Villafranca vivent un temps à Nice, puis se partagent entre et Gênes et Paris, où le prince fait construire en 1857 un hôtel particulier au 38, avenue Gabriel.

Dans une lettre datée du , adressée au journaliste Albéric Second et reproduite dans la presse, Auguste Maquet, l'ancien collaborateur d'Alexandre Dumas, annonce avec tristesse la mort d'Ida Ferrier, survenue la veille à Gênes. Il écrit : André Maurois, dans Les Trois Dumas, et Alain Decaux, dans son Dictionnaire amoureux de Alexandre Dumas, affirment quant à eux qu'elle est morte d'un cancer de l'utérus.

Les obsèques d'Ida Ferrier ont lieu le dans la paroisse de Notre-Dame-de-la-Consolation de Gênes et elle est inhumée au cimetière Staglieno. Au prince de Villafranca, inconsolable, George Sand adresse ces mots depuis Nohant : Alexandre Dumas est averti de la mort de sa femme par une lettre du romancier Alphonse Karr. Dans sa réponse, il accuse réception de la nouvelle froidement et conclut :

Théâtre

Shylock, drame en 3 actes de Du Lac et Jules-Édouard Alboize de Pujol, théâtre Montparnasse () La Perle des maris, comédie vaudeville en 1 acte de Julien de Mallian, théâtre Montmartre (1831) Teresa, drame d’Alexandre Dumas, théâtre de l'Opéra-Comique () : Amélie Delaunay La Créance d'Anna, comédie vaudeville en 1 acte de Jacques-François Ancelot, théâtre du Palais-Royal () Les Deux Frères, ou La Réconciliation, drame d'August von Kotzebue, théâtre du Palais-Royal () La Chambre ardente de Jean-François Bayard, théâtre de la Porte Saint-Martin (1833) Marie Tudor de Victor Hugo, théâtre de la Porte Saint-Martin (1833) : Marie Tudor Angèle d’Alexandre Dumas, théâtre de la Porte Saint-Martin (1833) : Angèle La Vénitienne d’Auguste Anicet-Bourgeois, théâtre de la Porte Saint-Martin (1834) : Violetta Les Mal-contents de 1579 de Violet d'Épagny, théâtre de la Porte Saint-Martin (1834) Catherine Howard d’Alexandre Dumas, théâtre de la Porte Saint-Martin (1834) : Catherine Howard L'Impératrice et la Juive d’Auguste Anicet-Bourgeois, théâtre de la Porte Saint-Martin (1834) Don Juan de Marana ou La Chute d'un ange d’Alexandre Dumas, théâtre de la Porte Saint-Martin (1836) : un ange ; sœur Marthe Caligula, tragédie en 5 actes d'Alexandre Dumas, Comédie-Française () : Stella Bathilde, drame en 3 actes et en prose d'Auguste Maquet, théâtre de la Renaissance () L'Alchimiste, drame en 5 actes et en vers d’Alexandre Dumas, théâtre de la Renaissance () : Francesca

Dans la culture

La dédicace de la pièce d'Alexandre Dumas L'Alchimiste, créée en 1839, est un poème de quinze vers dédié à Ida Ferrier. Le personnage d'Ida Ferrier apparaît brièvement dans Le Secret de Monte-Cristo, film français réalisé par Albert Valentin et sorti en 1948. Dans L'Autre Dumas, film français réalisé par Safy Nebbou et sorti en 2010, le rôle d'Ida Ferrier est joué par Florence Pernel.

Sources

(traduction anglaise en ligne )

Archives personnelles