Les piles gallo-romaines de Betbèze sont deux anciennes tours gallo-romaines en pierre, aussi appelées piles, situées dans la commune de Mirande, dans le département français du Gers.

L'une, généralement appelée dans la bibliographie, est conservée sur une partie de son élévation ; elle est visible au milieu d'un champ. La , voisine, est arasée au niveau de ses fondations. Ces deux monuments, liés chacun à un enclos funéraire, sont très probablement élevés à la mémoire d'un notable local. Ils sont deux éléments d'une nécropole forte d'au moins une trentaine de sépultures et fréquentée entre le et le

Le site semble n'avoir été redécouvert qu'au milieu du et c'est en 1965 seulement qu'il fait l'objet de fouilles qui durent jusqu'en 1968. Bien que partielles et parfois imprécises, ces opérations contribuent de manière significative à faire progresser, au-delà même du cas spécifique de Mirande, les connaissances au sujet de ce type de monument : la fonction funéraire, après avoir longtemps été débattue, est désormais reconnue par le lien établi entre les piles et les enclos contenant des sépultures.

Localisation Le département du Gers compte à lui seul douze piles, presque toutes localisées à l'ouest d'Auch. Au , quatre de ces monuments funéraires gallo-romains ont disparu mais huit sont partiellement conservés, notamment la pile gallo-romaine de la Tourraque, à Lamazère, qui se situe à au nord-est du site de Betbèze. vignette|gauche|alt=Photographie en couleurs d'un massif de maçonnerie en arrière-plan d'un paysage de champs cultivés.|La pile 1 dans son environnement. Les piles de Betbèze sont élevées à au nord-est du chef-lieu communal de Mirande, dans un site de vallée sur la rive droite de la Baïse à moins de du cours d'eau qui s'écoule du sud vers le nord. Les deux monuments, distants d'une vingtaine de mètres, l'un plus au nord (), l'autre plus au sud () et légèrement décalé de quelques mètres vers l'est, sont établis à la même altitude de , au fond de la vallée, tournant le dos à la rivière.

La Baïse est l'un des cours d'eau qui descendent du plateau de Lannemezan vers la Garonne, créant ainsi autant de vallées parallèles ; celles-ci ont érodé le substrat, calcaire au niveau de Mirande, et leur fond est couvert d'alluvions récentes. Il est possible que la Baïse ait été navigable vers l'aval dans l'Antiquité, au moins à certaines périodes de l'année, et pour des barques à faible tirant d'eau.

Historique Chronologie du site Avant la construction de ces piles, le site avait déjà accueilli une nécropole : une couche de charbons et de cendres sous les fondations de l'enclos de la démontre la présence d'anciennes sépultures à incinération. Aucune information n'est disponible sur cette nécropole « primitive » (datation, importance, étendue).

Si les monuments en eux-mêmes ne peuvent être datés avec précision, les sépultures présentes dans les enclos à leur pied s'échelonnent de la seconde moitié du à la fin du . La chronologie du site, toujours discutée, pourrait comprendre une phase initiale de construction vers la fin du , une phase de reconstruction plus hypothétique vers le , puis une phase d'abandon, mieux datée, dans le dernier quart du .

Concernant la phase initiale, même si les deux monuments et leurs enclos associés présentent de fortes similitudes (forme, dimensions et techniques de construction), rien ne prouve qu'ils soient strictement contemporains.. La phase d'abandon, pour sa part, peut avoir été progressive et les dernières inhumations réalisées alors que les piles et les enclos eux-mêmes étaient déjà en cours de délabrement ; c'est d'ailleurs le cas pour une inhumation dont la fosse est creusée dans les décombres de l'un des enclos.

Mentions bibliographiques et études À l'issue d'une longue phase d'oubli, le premier signalement de ces monuments semble dater de 1856. À cette époque, les deux piles, ainsi qu'une partie de chacun des enclos, devaient être encore visibles en élévation ; c'est l'érudit et homme politique local Justin Cénac-Moncaut qui fait ces observations en évoquant les , un lieu-dit proche du site archéologique.. Il suggère alors que l'État, devant le mauvais état des monuments, rachète tous les terrains où se trouvent des piles dans le département.. Si l'opération se fait à Saint-Lary et à Biran, elle n'aboutit pas à Mirande face au refus du propriétaire.. Philippe Lauzun fait part de cette situation dans son « Inventaire général des piles gallo-romaines du sud-ouest de la France et plus particulièrement du département du Gers » (1898).

Des relevés sont effectués en 1965 puis des campagnes de fouilles conduites en 1966 et 1968 (neuf semaines réparties sur les trois années) par le bureau d'architecture antique du Sud-Ouest sous la direction de Jean Lauffray avec la collaboration de Georges Fouet (CNRS).. ; ce site est choisi parce que, selon les fouilleurs, il promet une . Ces investigations, bien que partielles, sont riches d'enseignements sur la fonction générale des piles car il est très rare que des monuments de ce type en soient l'objet.

Jacques Lapart et Catherine Petit (Carte archéologique de la Gaule - le Gers (32), 1993) et Pascale Clauss-Balty (Les piles funéraires gallo-romaines du Sud-Ouest de la France, 2016) font le point des connaissances sur ce sujet. Dans ce dernier ouvrage, un chapitre spécifique est consacré à la synthèse commentée des fouilles des années 1960, dont les résultats n'avaient pas été intégralement exploités ni publiés ; toutefois, cette synthèse est réalisée après le décès des deux responsables des fouilles, ce qui complique l'interprétation de données brutes parfois imprécises.

Description Piles et enclos vignette|redresse=1.2|alt=Plan en couleurs de deux enceintes trapézoïdales.|Plan des piles de Betbèze. Le complexe, autant qu'il soit possible d'en juger, se compose de deux piles et de deux enclos associés. La , ainsi dénommée par convention dans le bibliographie, est celle dont les vestiges sont encore apparents ; elle forme avec son enclos l'. La , au sud de la précédente, n'est plus visible en élévation ; l' est constitué de cette pile et de son enclos associé. Aucun vestige des enclos ne subsiste au-dessus du niveau du sol moderne.

Ensemble 1 Le massif de fondations du monument lui-même, haut de , mesure . Au-dessus, le soubassement mesure . Il est surmonté d'un podium de . L'étage supérieur, qui n'est conservé que sur , est établi sur plan rectangulaire de . La pile, au , ne mesure que de haut.

vignette|gauche|alt=Dessin en 3D d'une tour et d'un mur d'enceinte.|Évocation de l'.

Les restitutions qui sont faites de cette pile suggèrent un monument haut d'environ , pourvu d'une niche à fond plat surmontée d'un arc en plein cintre sur sa face orientale ; l'ensemble est coiffé d'une toiture en pyramide ou, plus probablement en raison du plan barlong de la pile, en bâtière. vignette|alt=Photographie en couleurs et en gros plan d'un assemblage de moellons de pierre.|Détail du parement de la pile 1. La pièce de 20 centimes donne l'échelle. La technique de construction, courante dans le sud-ouest de la France pour ce type de monument, fait appel à un noyau en recouvert d'un parement en de moellons calcaires dont l'origine est sans doute locale ; aucun pilastre ne semble décorer les angles du podium dont l'entablement est simplement composé d'assises de pierres de teinte plus claire disposées en encorbellement ; cette sobriété décorative est généralement observée sur les piles de dimension , comme celle-ci. Un fragment d'inscription illisible est découvert à la base du monument ; rien ne permet d'affirmer que c'est le cas ici mais les piles sont souvent pourvues d'une plaque fixée sur la paroi, sous la niche, indiquant l'identité du défunt auquel elles sont consacrées.

La pile est adossée au fond d'un enclos légèrement trapézoïdal dont l'entrée, large de deux mètres dans l'axe du monument, est tournée vers l'est ; elle est encadrée de pilastres. Cet enclos mesure sur et son mur, large d'un peu moins de , est haut de au niveau où il se raccorde à la pile. De part et d'autre du seuil de l'enclos, le sol est recouvert d'un empierrement dispersé.

Les fouilleurs identifient deux états de construction du site, à la chronologie toujours incertaine. Du premier état (fin du ) subsisteraient la pile elle-même ainsi que le mur oriental de l'enclos. Dans un second temps (), les autres murs de l'enclos seraient reconstruits et un dispositif, peut-être une galerie couverte, adossé intérieurement aux trois murs libres de l'enclos. L'existence de cette galerie est très discutée car elle ne repose que sur des indices à l'interprétation difficile : des clous retrouvés et attribués à sa charpente peuvent provenir d'autres objets (assemblage des bûchers funéraires, coffres, voire chaussures) en l'absence de description précise ; en outre, aucun trou de poteau destiné à supporter cette galerie n'a été mis en évidence à l'intérieur des enclos.

Ensemble 2 À l'exception du massif de fondations mesurant , soit un peu moins que celui de la , aucun vestige de la pile elle-même ne subsiste et aucune restitution de son élévation ne peut être proposée. Tout au plus est-il possible d'estimer que son soubassement pourrait mesurer .

Comme dans le cas de la , le monument principal est adossé au mur occidental d'un enclos qui s'ouvre à l'est dans l'axe de la pile. Cet enclos, en forme de trapèze plus accentué que l', mesure sur . Deux phases consécutives de construction non confirmées sont suggérées mais il semble que, au moins pour le début de leur édification, pile et enclos soient rigoureusement contemporains.

Autour des enclos Le voisinage extérieur des enclos reste mal connu car il n'a fait l'objet d'investigations que sur une faible surface : seule la moitié de l'espace séparant les deux enclos a été étudiée . Quant à la zone fouillée en périphérie des enclos, les plans montrent que sa largeur ne dépasse jamais .

Les résultats des fouilles des années 1960 suggèrent qu'une zone d'empierrement signalée à quelques mètres à l'est des seuils des enclos pourrait être le vestige d'une voie antique nord-sud longeant les enclos, et vers laquelle ces derniers et les piles seraient orientés. Ces conclusions ne sont cependant pas validées par les interprétations récentes, les données étant jugées trop parcellaires. Si l'existence d'une voie dans le secteur n'est pas exclue, elle ne peut néanmoins pas être considérée comme identifiée.

La présence d'une est attestée sous l'église de Mouchès, à au nord de Betbèze : il est envisageable d'associer cette aux piles qui seraient érigées par ses propriétaires, comme cela semble vérifié sur d'autre sites.. Aucun autre habitat antique n'est identifié aux proches environs mais, là encore, en raison de l'absence de prospection aérienne ou au sol, il n'est pas possible de trancher de manière définitive. La même réserve s'applique à un troisième monument, pile ou sanctuaire, dont la présence au nord des premiers est évoquée mais qui n'a jamais été localisé.

Sépultures Ce sont au total trente-et-une sépultures qui sont découvertes, dans les deux enclos (treize au total) ou à leur proximité immédiate (au nombre de dix-huit), sachant que les fouilles n'ont pas été exhaustives sur tout ce périmètre. Vingt-sept sont des sépultures à incinération et quatre sont des inhumations, dont celle d'un enfant. Lorsque la datation est possible, les sépultures à inhumation semblent postérieures aux incinérations, ce qu'indiquent la stratigraphie et la répartition du mobilier associé à ces sépultures, monnaies notamment.