Claude Sautet, né le à Montrouge (Seine) et mort le dans le , est un scénariste et réalisateur français.

Biographie Jeunesse et débuts timides Premiers temps Né le à Montrouge, Claude Sautet mène une enfance timide et distraite, qui laisse tôt entrevoir à sa famille des dispositions artistiques.. À dix ans, il chante dans une chorale, comme soprano soliste. Poussé par une grand-mère cinéphile, il est rapidement fasciné par le cinéma hollywoodien.. Quand la guerre éclate, il est à la fin de ses études secondaires. Élève médiocre, il rate son bac en 1940. Sur le conseil de sa mère, il s'inscrit à un cours de peinture proche du domicile familial. Mais son professeur, moins séduit par son travail que par ses , ne tarde pas à le réorienter vers la sculpture. Le jeune homme se laisse convaincre et postule dans cette discipline à l'École nationale supérieure des arts décoratifs, qui le reçoit, à sa grande joie, premier au concours d'entrée.. La sculpture est pour lui une révélation. Il envisage un temps d'en faire son métier, mais la perspective de posséder son propre atelier et de vivre de son travail l'inquiète, et il abandonne l'idée.

Il s'essaie alors à la peinture de décors de films, et, très marqué par Le jour se lève de Marcel Carné (1939), décide de devenir monteur vers 1943. Pour effectuer des stages, il lui faut une carte de travail. Il se présente donc devant la Kommandantur de Paris, mais on le prend pour un ouvrier ajusteur-monteur. Il échappe au STO en partant pour le Jura, où il rejoint un centre d'aide aux jeunes délinquants en qualité de responsable. C'est à cette époque qu'il rencontre Graziella Escojido, qui deviendra sa femme à l'hiver 1953, et le restera jusqu'à sa mort. Elle deviendra sa première complice dans l'écriture de ses films à venir. Lors d'une représentation de la pièce Le colonel Foster plaidera coupable de Roger Vailland, il prend part à une rixe avec le service d'ordre qui le laisse en sang. Par crainte de représailles, sa mère l'envoie à Auxerre, où il rejoint l'Entraide française. La vue d'une petite annonce la conduit à inscrire son fils au concours d'entrée de l'IDHEC (aujourd'hui la Femis). Reçu de nouveau premier, il rentre à Paris à l'occasion de la Libération en 1945. Il intègre l'institut, où il reçoit des cours de cinéma durant deux ans. Il en garde en fait surtout le souvenir des films projetés, à une époque où ceux-ci sont devenus difficilement accessibles. Toujours en 1947, il adhère au Parti communiste, à un âge où il s'interroge sur la vocation de son existence. D'abord selon ses termes, il ne tarde pas à se sentir étouffer sous les dogmes relayés avec force par ses camarades, et par l'habileté manipulatrice des plus théoriciens d'entre eux. Il quittera le parti en 1952, non sans peine à l'idée des amitiés qu'il perdrait ainsi. Il restera néanmoins toute sa vie solidaire des grandes causes, signant par exemple en 1960 le Manifeste des 121 pour l'indépendance de l'Algérie., ou consacrant son film de 1978 Une histoire simple au féminisme et au combat pour l'IVG..

Après l'IDHEC, il entre en fan de jazz au journal Combat pour y rédiger les critiques musicales.. En parallèle, il vit sa première expérience de réalisation, en travaillant comme second assistant sur Occupe-toi d'Amélie (1949) de Claude Autant-Lara. C'est ainsi qu'il parvient à tourner son premier court métrage personnel en 1951, dans des conditions quasi professionnelles. D'une durée de treize minutes, Nous n'irons plus au bois est une petite farce légère et burlesque, qui renvoie à l'humour des Charlot des années 1920 et à celui des Branquignols. Sautet n'hésite pourtant pas à la juger , et en tire notamment pour leçon l'importance de la direction d'acteurs.

Débuts de cinéaste Sautet prend dès lors l'habitude de jouer l'assistant pour de nombreux réalisateurs. Il entame ainsi une amitié profonde et durable avec Yves Robert sur Les hommes ne pensent qu'à ça (1954).. Il poursuit auprès de Jean Devaivre sur Le Fils de Caroline chérie, où il côtoie Brigitte Bardot, et qui sort en 1955. La même année, tandis que naît son fils Yves, il entame les préparatifs de la comédie Bonjour sourire pour Robert Dhéry. Quand celui-ci quitte le projet juste avant le tournage, il accepte d'en reprendre la réalisation, surtout pour tirer d'embarras les producteurs. En réalité, il ne se reconnaîtra jamais dans ce film, conçu par Dhéry pour réunir des célébrités populaires de ses amis tels qu'Henri Salvador, Annie Cordy, Louis de Funès ou Jean Carmet. S'en tenant strictement aux directions déjà fixées par son prédécesseur, Sautet mène le projet à bien, mais refusera toujours d'y voir son premier long métrage personnel...

vignette|droite|upright=0.9|Lino Ventura en 1961. Il reste en fait principalement assistant réalisateur au cours de cette décennie. Longtemps absent des filmographies, l'existence du court-métrage Voyage sans douleur, réalisé en 1959, est exhumée en 2024 par Sylvain Perret dans un article de la revue Schnock, appelé « Voyage sans douleur, le film invisible de Claude Sautet ». L'auteur écrit :

Cette période très formatrice lui laisse aussi un goût amer devant l'état de la production française, installée dans une forme de routine industrielle, qui laisse peu de place à la passion et à l'engagement personnel du cinéaste. En 1959, il travaille encore sur Les Yeux sans visage de Georges Franju., et surtout Le fauve est lâché de Maurice Labro. Ce dernier y est en effet en fréquent désaccord avec l'acteur principal Lino Ventura, au point de quitter le tournage avant son terme, et c'est encore Sautet qui assure le relais en dirigeant les dernières scènes. Il se rapproche ainsi de Ventura. Jacques Becker, qui a aimé le film, conseille à l'acteur de poursuivre cette collaboration en adaptant le roman de José Giovanni Classe tous risques. La rencontre est fructueuse. Ventura se passionne pour le livre de Giovanni, et Sautet en apprécie l'écriture, et le thème du gangster traqué qui tient à rester un bon père de famille.. Les trois hommes resteront d'ailleurs amis par la suite.. L'accord scellé, le jeune réalisateur se rend sur le tournage dÀ bout de souffle, où il convainc Jean-Paul Belmondo de tenir un second rôle.. Sautet s'investit beaucoup dans le projet. Lui qui n'était alors à l'aise que pour les dialogues, s'applique à développer ses compétences techniques, et ne laisse aucun aspect sans son intervention. L’avènement simultané de la Nouvelle Vague le conduit à admettre ses lacunes théoriques et littéraires, et le porte à plutôt miser sur l'action, en s'inspirant avant tout des films noirs américains. Classe tous risques paraît en 1960, mais la sortie la même année du À bout de souffle de Jean-Luc Godard l'éclipse quasi complètement. Seul Bertrand Tavernier, alors jeune critique qui vient de rejoindre le magazine Cinéma, lui consacre un article élogieux, mais limité par la rédaction à une trentaine de lignes en milieu de journal. En salles, le film subit un tel revers qu'il en vient à ruiner ses producteurs.. Il sera néanmoins réhabilité trois ans plus tard, à l'initiative du cinéma Mac Mahon et du magazine Présence du cinéma, qui organisent et promeuvent sa ressortie avec succès.

Dans l'intervalle, Sautet, meurtri par l'échec premier du film et en difficultés financières, reçoit le soutien du producteur René Fargéas, qui l'envoie tourner en tant qu'assistant à Cinecittà pendant deux ans. Il seconde ainsi plusieurs tournages, notamment Symphonie pour un massacre et Peau de banane (1963). Il est profondément marqué par le caractère très collectif des travaux auxquels il participe en Italie. Il y voit même la source, en creux, du traitement fréquent qu'il fera par la suite du thème de l'isolement. Durant cette période, il tente de monter plusieurs projets : des adaptations du Désert des Tartares de Dino Buzzati, de La Permission de Daniel Anselme et de La Mort dans l'âme de Jean-Paul Sartre. Mais aucun n'aboutit, pour diverses raisons. Il accepte donc finalement une proposition pour un film d'aventures, lequel sortira sous le titre L'Arme à gauche en 1965. Cette deuxième pleine réalisation est tirée du roman Aground de l'Américain Charles Williams, et met de nouveau en avant Lino Ventura. Le tournage est difficile (Sautet n'hésite pas à parler d'), en particulier pour les scènes maritimes et nocturnes. Le cinéaste est en outre peu convaincu par l'actrice Sylva Koscina, contactée après le refus de Lea Massari du fait de tensions avec les producteurs. Le film est encore fraichement accueilli, seul L'Observateur lui consacrant une critique positive et fouillée.

Affecté par ces débuts difficiles, ne recevant que des propositions pour des films de gangsters et peinant à imposer ses propres idées, Sautet décide de réduire un temps ses ambitions de réalisation. Il s'en tient ainsi à son rôle d'assistant sur de nombreux films, parmi lesquels La Vie de château (1966), Mise à sac (1967), La Chamade (1968), Le Diable par la queue (1969), Borsalino (1970) ou encore Les Mariés de l'an II (1971). Officiant principalement à l'écriture, sans toujours se voir crédité au générique, il sera à cette époque surnommé par François Truffaut .

Reconnaissance et consécration Construction d'un style Les divers concours qu'apporte le , comme on l'appelle alors, lui permettent de faire de nombreuses rencontres dans le milieu cinématographique. Il se rapproche en particulier de Jean-Loup Dabadie, un jeune journaliste passionné par l'écriture, alors connu pour écrire des sketches pour Guy Bedos.. Il lui demande d'abord de l'aider à boucler le scénario de Coupé cabèche, un projet de film noir porté par le producteur Francis Cosne et le réalisateur Michel Boisrond. L'entreprise est abandonnée, mais les deux hommes se recroisent ensuite à plusieurs reprises. Lorsqu'il entreprend l'adaptation pour l'écran du roman Les Choses de la vie, à la demande de son auteur Paul Guimard et du producteur Raymond Danon, Dabadie, qui peine à séduire un cinéaste, soumet le résultat à Sautet pour avis, sans même l'envisager comme metteur en scène tant il le croit éloigné du métier désormais. Mais à sa grande surprise, le réalisateur accepte, enthousiaste en particulier à l'idée d'entamer son récit par une scène d'accident de la route impliquant le héros. C'est aussi pour lui l'occasion de se renouveler, après deux films de genre.

Pour la musique est pressenti Georges Delerue, déjà en charge sur Classe tous risques, mais il n'est pas disponible. Sautet est mis en relation avec Philippe Sarde, un jeune compositeur encore hésitant sur sa carrière, par l'entremise d'un producteur séduit par leurs travaux précédents. Après avoir lu quelques lignes du roman, Sarde propose un début de mélodie à Sautet, qui l'engage pour signer la musique. Les deux hommes collaboreront par la suite durant toute la carrière du cinéaste..

vignette|upright=0.8|gauche|Romy Schneider en 1970.