L’élection présidentielle américaine est un scrutin indirect permettant l'élection du collège électoral qui a la charge d'élire le président des États-Unis et son vice-président pour un mandat de quatre ans. Par habitude, on appelle « élection présidentielle » l'élection au scrutin direct des grands électeurs par les citoyens dans chaque État de la fédération et du district de Columbia, bien que l'élection soit formellement réalisée par ces grands électeurs un mois plus tard.
Le caractère indirect de cette élection fait que la majorité des grands électeurs est nécessaire pour être élu et non la majorité des voix à l'échelon national. Ainsi, certains États appelés les swing states, qui ne sont pas acquis au même parti à chaque élection et qui comportent un grand nombre de grands électeurs, sont cruciaux pour remporter la présidentielle américaine et concentrent donc l’attention.
Un Election Day (« Jour d'élection ») est fixé par une loi fédérale de 1792 complétée par la loi fédérale sur le collège électoral de 1845. Ainsi l'élection a toujours lieu le mardi qui suit immédiatement le premier lundi de novembre, une fois tous les quatre ans, lorsque le quantième de l'année est divisible par 4.
En cas de décès du président des États-Unis, le vice-président, puis les membres de la liste de succession achèvent le mandat en cours.
Processus électoral
Le processus électoral décrit ci-dessous est celui en usage en 2009. Il est très différent de celui institué par la Constitution pour la première élection en 1789 et modifié à partir de 1804 par le amendement. Toutefois, depuis cette date, les modifications résultent de changements dans les lois électorales de chacun des États et non d'une modification de la Constitution.
Éligibilité
L'article II de la Constitution et les amendements qui s'y rattachent instituent les critères suivants d'éligibilité pour le président et le vice-président : être âgé d'au moins ; être citoyen des États-Unis à la naissance (ou être citoyen à la date de ratification de la Constitution, pour les premières élections) ; avoir résidé aux États-Unis pendant au moins ; ne pas être candidat à un troisième mandat. Depuis l’adoption du amendement à la Constitution en 1947, un Président ne peut effectuer que deux mandats. Si le Président a pris ses fonctions à la suite du décès ou de la démission de son prédécesseur et a exercé plus de deux ans, il ne peut se présenter qu'une fois. Cet amendement fait suite au décès de Franklin Delano Roosevelt lors de son quatrième mandat. Jusqu'alors tous les présidents américains avaient respecté la volonté de George Washington de n'exercer au plus que deux mandats.
Déclaration Le candidat doit se déclarer dans chaque État où il veut obtenir les voix des « grands électeurs » (voir ci-dessous). Dans la pratique, les dernières élections se jouent entre les deux candidats des partis démocrate et républicain, avec parfois l'inclusion d'un troisième candidat indépendant ou appartenant à un tiers parti. Généralement, il existe plus d'une douzaine d'autres candidats qui ne sont déclarés que dans quelques États, voire un seul, et qui n'ont aucune chance, même théorique, d'être élus.
Déclaration des candidats Chaque année électorale, plus d'une demi-douzaine de candidats souhaitent se présenter avec l'étiquette de l'un des deux principaux Partis, républicain ou démocrate. Ces candidats commencent par faire campagne au sein de leur parti afin de s'assurer des soutiens éventuels. Ils se déclarent généralement pendant l'année précédant l'élection et entament une campagne de plusieurs mois, ponctuée d'élections primaires (voir ci-dessous), dont l'issue est en général connue en mars. Cette phase se termine par la Convention nationale de leur parti en été, et l'investiture officielle du candidat représentant le parti.
Au sein du parti au pouvoir, le Président en exercice, s'il n'a accompli qu'un seul mandat, est pratiquement toujours candidat à sa propre succession. Son Vice-président est généralement favori pour représenter son parti, comme le républicain Richard Nixon en 1960 (battu par John F. Kennedy), le démocrate Hubert Humphrey en 1968 (battu par Richard Nixon), le républicain George H. W. Bush en 1988 (élu), le démocrate Al Gore en 2000 (battu par George W. Bush) ou la démocrate Kamala Harris en 2024 (battue par Donald Trump).
Au sein du parti d'opposition, la lutte est beaucoup plus ouverte, et la tactique peut évoluer en cours de campagne : si l'un des candidats devient favori, il peut choisir son colistier (pour former un ticket) parmi les autres candidats ou en dehors, ce qui s'est vu très souvent. Certains candidats peuvent alors marchander leur retrait contre une place de candidat à la vice-présidence.
La campagne pour l'investiture implique de nombreuses réunions publiques, des déplacements et de la publicité (affiches, télévision). Les candidats doivent recueillir auprès des citoyens des fonds pour financer leur campagne mais ils doivent aussi s'assurer des soutiens en prévision de la véritable campagne qui est encore plus onéreuse.
Les élections primaires se déroulent à partir de janvier et, en dehors de leur rôle principal, servent d'indicateur pour classer les candidats. Au fur et à mesure que les résultats apparaissent, les candidats les moins cotés abandonnent la course et le candidat du parti est souvent connu bien avant que la Convention n'officialise le fait.
Élections primaires
Au cours de l'année qui précède les élections primaires, les candidatures sont évaluées par des comités exploratoires. Puis les candidats recherchent des soutiens financiers.
Les élections primaires sont organisées par les deux partis principaux (et la plupart des autres) pour désigner dans chaque État les délégués du parti qui se rendront à la convention nationaleValérie Samson, « Le casse-tête du processus électoral américain », dans Le Figaro du 01-01-2008, (voir ci-dessous). L'existence et la forme de ces élections primaires dépendent du parti et de l'État. À l'origine, les délégués élus étaient libres de leur vote lors de la Convention ; depuis la seconde moitié du , les délégués s'engagent sur un candidat et, de facto, ce sont les élections primaires qui déterminent le choix du candidat.
Les élections primaires commencent en janvier de l'année électorale dans l'Iowa (avec des caucus) et le New Hampshire (avec des primaires). Ces deux États, qui sont loin de représenter l'ensemble des États-Unis, se sont arrangés pour être les premiers à lancer le processus, essentiellement pour bénéficier de la couverture médiatique qui en découle. Au fur et à mesure que les élections primaires se déroulent, on assiste à l'élimination progressive des candidats qui additionnent le moins de délégués. Cette élimination provient, en grande partie, de la diminution des soutiens financiers : le candidat ne peut plus se permettre de payer ses frais de publicité et de représentation. Pour contrer cet « effet boule de neige », de plus en plus d'États décident de tenir leurs élections primaires le même jour, et ont choisi un mardi du mois de février que les médias ont depuis baptisé « ». Les élections de 2004 ont montré que le processus était loin d'être stabilisé puisque certains États continuent d'avancer leurs élections primaires dans l'espoir d'acquérir une plus grande importance aux yeux des médias alors que d'autres se regroupent dans le même but.
Les élections primaires prennent la forme d'un vote (un seul par personne) qui peut être, selon les États, soit ouvert à l'ensemble des électeurs qui le souhaitent, soit fermé (réservé aux membres du parti), soit semi-ouvert (les électeurs déclarés comme « indépendants » sont autorisés à prendre part aux primaires de leurs choix). Le vote étant unique, le vote « ouvert » permet à un électeur républicain de voter pour la désignation du candidat démocrate (et vice versa), mais pas les deux.
Dans une minorité d'États (en 2008(D) : Démocrates seulement, (R) : Républicains seulement ; source : , 15 janvier 2008, . : Alaska, Colorado, Dakota du Nord, Idaho (D), Iowa, Kansas, Kentucky, Maine, Minnesota, Montana (R), Nevada, et Nouveau-Mexique (D)), les élections primaires prennent la forme d'un caucus : il s'agit d'une réunion théoriquement réservée aux membres du parti où les votes se font ouvertement, à main levée par exemple. Dans des salles, des bibliothèques et des gymnases municipaux, les participants échangent leurs points de vue et finissent par rallier un groupe soutenant un candidat. Il est possible à des candidats indépendants de se présenter sans passer par les primaires.
En raison du coût de ces mini-campagnes électorales multipliées, certains candidats ne se présentent pas dans tous les États, dans l'espoir d'économiser leurs fonds afin de faire campagne dans les États qui envoient le plus de délégués aux conventions.
Conventions nationales des Partis républicain et démocrate
thumb|300px|Les États selon leur appartenance politique lors de l’élection de 2004 (Rouge : Républicain ; Bleu : Démocrate). thumb|300px|Les comtés selon leur appartenance politique lors de l’élection de 2004 (Rouge : Républicain ; Bleu : Démocrate). 300px|right|thumb|La « » (« Amérique violette ») : résultats par comtés, selon un spectre de couleur allant du bleu (candidat démocrate) au rouge (candidat républicain) : ce terme apparu après les élections de 2004 tend à démentir les idées reçues à propos du déterminisme géographique des votes aux États-Unis. thumb|300px|Évolution des différents partis depuis 1824 en pourcentage des suffrages exprimés.
L'histoire politique des États-Unis a abouti à l'existence d'un bipartisme : Parti démocrate (en bleu) et Parti républicain (en rouge). Ces deux partis se réunissent à la convention nationale pendant l'été pour désigner leur « ticket » à l'élection présidentielle. Sur ce ticket figurent deux noms : le candidat à la présidence et celui à la vice-présidence des États-Unis. La convention est aussi l'occasion pour les candidats de présenter leur programme.
En principe, les délégués choisis pendant les élections primaires et représentant chaque État ou territoire américain, doivent voter pour désigner le candidat à la présidence et celui à la vice-présidence qui recevront le soutien du Parti, et c'est ainsi que les Conventions ont fonctionné jusqu'à la fin de la première moitié du . Après cette date, le processus de désignation du candidat a basculé au profit des élections primaires. Les médias totalisent le nombre de délégués acquis à la cause de chaque candidat et celui qui arrive en tête est généralement connu dès la fin du mois de mars. La désignation du candidat par la Convention n'est donc qu'une pure formalité.
En revanche, le choix du candidat à la vice-présidence est effectué plus tard, voire annoncé pendant la Convention. Initialement, la Convention désignait souvent le candidat arrivé second en tant que colistier. De nos jours, c'est le candidat à la présidence lui-même qui choisit son colistier. Le plus souvent, le candidat à la vice-présidence est choisi parmi les candidats originels, mais le Parti peut aussi sélectionner un (« cheval noir »), c'est-à-dire un relatif inconnu. Les motivations derrière ce choix sont, bien sûr, de nature électorale : il s'agit d'équilibrer le ticket afin de le rendre attrayant dans un maximum d'États. Par exemple, si le candidat principal est issu d'un État du Sud, son colistier sera probablement issu d'un État du Nord ; s'il est perçu comme étant un modéré au sein de son parti, on choisira un colistier plus engagé