Roland Barthes, né le à Cherbourg (département de la Manche) et mort le à Paris ( arrondissement), est un critique littéraire et sémiologue français.
Directeur d'études à l'École pratique des hautes études jusqu'en 1975, puis à l'École des hautes études en sciences sociales (EHESS) et professeur au Collège de France, il est l'un des principaux animateurs du post-structuralisme et de la sémiologie linguistique en France.
Biographie Roland Gérard Barthes, né à Cherbourg, est issu d'une famille bourgeoise catholique du sud-ouest du côté paternel et d'une famille protestante de la bourgeoisie alsacienne du côté de sa mère.
Son grand-père, Léon Joseph Barthes, est inspecteur des chemins de fer du Midi. Son père, Louis Barthes, né en 1883 à Marmande (département du Lot-et-Garonne), officier de la marine marchande, mobilisé durant la Grande Guerre comme enseigne de vaisseau, meurt le à bord du chalutier « Montaigne » en mer du Nord.
Son grand-père maternel, Louis-Gustave Binger, explorateur devenu gouverneur des colonies, et sa grand-mère, Noémie, recevaient place du Panthéon le Tout-Paris intellectuel.. Roland Barthes passe son enfance à Bayonne jusqu'en 1924, puis à Paris, où il étudie au lycée Montaigne, et enfin au lycée Louis-le-Grand. Il obtient le baccalauréat en 1934 et s'inscrit en lettres classiques à la faculté des lettres de l'université de Paris, où il contribue à fonder le Groupe de théâtre antique de la SorbonnePetit Robert, dictionnaire universel des noms propres, Dictionnaires Le Robert, 1990, . et obtient sa licence de lettres classiques en 1939 (certificat d'études grecques, certificat d'études latines, certificat de littérature française et d'histoire de la philosophie)Marie Gil, Roland Barthes : au lieu de la vie, Flammarion, 2012 ..
En 1934, après une hémoptysie, on lui diagnostique une lésion du poumon gauche. Jusqu'en 1949, ses études puis sa vie professionnelle sont perturbées par la maladie et les séjours en sanatorium en France et en Suisse. En 1937, il est exempté du service militaire. Professeur au lycée de Biarritz (1939-1940), puis aux lycées Voltaire et Buffon de Paris (1940-1941), il obtient également en 1941 son diplôme d'études supérieures après avoir soutenu un mémoire sur la tragédie grecque. Pendant ses séjours en sanatorium, il mène une vie intellectuelle riche, fait des rencontres déterminantes (dont celle, pour sa formation politique, de Georges Fournié, militant trotskyste qui l'initie au marxisme), lit des auteurs fondamentaux (Karl Marx, Jules Michelet, Jean-Paul Sartre). et publie ses premiers textes. Il obtient en 1943 le certificat de grammaire et philologie des langues classiques, ce qui lui permet de transformer sa licence en licence d'enseignement. En 1947, il publie dans Combat les premiers des textes qui constitueront Le Degré zéro de l'écriture. Entre le et le , il publie huit articles. Commencent aussi, en cette période, des séjours professionnels à l'étranger : Bucarest (nommé bibliothécaire à l'Institut français en 1947, il s'installe dans la capitale roumaine avec sa mère et a une liaison orale avec un professeur de français, ), Alexandrie (où, professeur de français à l'université entre 1949 et « Le monde selon Roland Barthes », Vanity Fair , juin 2015, ., il rencontre Algirdas Julien Greimas et où il s'initie à la linguistique) ; il séjourne au Maroc plusieurs fois dès 1963 (il enseigne à Rabat en 1969-1970). Il se rend pour la première fois aux États-Unis en 1958, comme « visiting professor » au Middlebury College (Vermont) puis à New York l'année suivante ; il y revient en 1967 (son amie Susan Sontag diffusera ses idées dans le monde intellectuel américain).
En 1952, de retour à Paris où il travaille au ministère des Affaires étrangères, il publie « Le monde où l'on catche » dans la revue Esprit et poursuit ses « Petites mythologies du mois » dans Combat puis dans la revue de Maurice Nadeau, Les Lettres nouvelles. Ses courts textes le font connaître et sont réunis en un seul volume en 1957. Mais son premier essai, Le Degré zéro de l'écriture, paru en 1953, est rapidement considéré comme le manifeste d'une nouvelle critique soucieuse de la logique immanente du texte. En 1954, il publie un article qui fera date sur Alain Robbe-Grillet« Littérature objective », Critique, , juillet-août 1954. De Robbe-Grillet Roger-Michel Allemand résumera plus tard : « sur le plan des références et des concepts, il devait tant à Barthes qu'il ne pouvait que s'efforcer a posteriori de minorer son apport » (« Le temps de l'effacement », Roman 20-50, hors-série , septembre 2010, ).. À cette époque, le théâtre l'intéresse particulièrement : au cours des années 1950, il écrit plus de quatre-vingts articles sur le théâtre, publiés dans diverses revues, et participe à la fondation de la revue Théâtre Populaire.. Il participe également à la création en 1961 de la revue Communications dont il sera le rédacteur en chef entre 1975 et 1980 , puis, dans les années 1960 et 1970, il collabore à Tel Quel.
En 1962, il entre avec Michel Foucault et Michel Deguy au premier conseil de rédaction de la revue Critique, auprès de Jean Piel qui reprend la direction de la revue après la mort de Georges Bataille.
École pratique des hautes études vignette Stagiaire de recherche du CNRS de 1953 à 1954, puis attaché de recherche de 1956 à 1960, il devient ensuite chef de travaux à la section de l'École pratique des hautes études puis directeur d'études en 1962 — ses premiers séminaires portent sur le thème « Inventaire des systèmes de signification contemporains » et débouchent sur ses Éléments de sémiologie (1965) et le Système de la mode (1967). En 1971, il est professeur invité à l'université de Genève. Il occupe la chaire de sémiologie du Collège de France de 1977 à 1980.
En publiant Sur Racine en 1965, il s'attaque à la vieille critique qui analyse l’œuvre à partir de la biographie de l'auteur.. Raymond Picard, représentant de la critique universitaire, répond à Roland Barthes avec son livre Nouvelle critique ou nouvelle imposture. Barthes répond par son livre Critique et vérité. C'est le point de départ de la querelle de la nouvelle critique.
Le début des années 1970 est une période de publication intense, qui le voit s'éloigner du formalisme structuraliste et opter pour une subjectivité plus assumée, avec L'Empire des signes (1970), S/Z (1970), Sade, Fourier, Loyola (1971), Nouveaux Essais critiques (1972), suivis par son Roland Barthes par Roland Barthes (1975) et ses Fragments d’un discours amoureux (1977). C'est également l'époque de la reconnaissance : Tel Quel (1971) et L'Arc (1973) lui consacrent des numéros spéciaux et une décade est organisée sur son œuvre à Cerisy-la-Salle (1977). Cette évolution vers le post-structuralisme fait qu'on le rattache aussi à la French theory..
En 1974, il participe à un voyage en Chine avec François Wahl, Philippe Sollers, Julia Kristeva et Marcelin Pleynet. Alors que cette visite coïncide avec une purge sanglante, « déclenchée à l'échelle du pays entier par le régime maoïste » ., l'article qu'il publie dans Le Monde à son retour ne contient aucune critique du système politique chinois tandis que François Wahl se faisait plus critique et la rédaction de Tel quel défendait le régime de Mao... Il s'en justifiera plus tard en revendiquant une position neutre, . Ses notes de voyages seront publiées en 2009 dans Carnets du voyage en Chine.
Avec la publication en 1977 de Fragments d'un discours amoureux, Barthes accède à une notoriété médiatique. C'est l'époque où il fait la connaissance d'Hervé Guibert avec qui il entretient une relation exclusivement épistolaire ; elle se rompt le jour où Barthes commande un texte à Guibert :
Le , la mort de sa mère, avec laquelle il vivait, l'affecte profondément... Tandis qu’il séjourne à Urt, cet épisode douloureux est l’occasion pour lui de s’essayer à l’écriture diariste..
À l'automne 1978, il commence au Collège de France le cours sur « La préparation du roman »..
Le , il est fauché par la camionnette d'une entreprise de blanchissage rue des Écoles à Paris, alors qu'il se rend au Collège de France. Barthes meurt le suivant des suites de cet accident, à l'hôpital de la Pitié-Salpêtrière à Paris, à l'âge de 64 ans. Il est enterré auprès de sa mère, dans le cimetière d'Urt au Pays basque..
Vie privée Barthes a travaillé le chant avec le baryton Charles Panzéra, à qui Gabriel Fauré avait dédié son Horizon chimérique, cycle de mélodies pour une voix et piano. Toute sa vie, il a joué du piano en amateur.
Il a laissé une trentaine de compositions musicales.
Philippe Sollers aborde le sujet de l'homosexualité de Roland Barthes. dans son livre Femmes (1983)., ce qui lui vaut d'être critiqué par Renaud Camus dans son livre Corbeaux (2000)..
Œuvres Barthes a écrit : « Son premier texte [à Roland Barthes] ou à peu près (1942) est fait de fragments […]. Depuis, en fait, il n'a cessé de pratiquer l'écriture courteRoland Barthes par Roland Barthes, coll. « Écrivains de toujours », le Seuil, 1975, .. » Barthes a donc privilégié le fragment dans plusieurs de ses œuvres, en lui associant l'ordre alphabétique comme régulateur : c'est le cas de Roland Barthes par Roland Barthes et des Fragments d'un discours amoureuxSur le rapport entre classement alphabétique et écriture fragmentaire chez Barthes, voir Ginette Michaud, « Fragment et dictionnaire : autour de l’écriture abécédaire de Barthes », Études françaises, volume 18, numéro 3, hiver 1982, (lire en ligne)..
La Mort de l'auteur
La Mort de l'auteur est un essai publié d'abord en anglais sous forme d'article avec le titre The Death of the Author, dans Aspen Magazine, 5/6, 1967, puis en français en 1968 dans le numéro 5 de la revue Mantéia, basée à Marseille et proche de Tel Quel. L'article fut ensuite recueilli dans Le Bruissement de la langue : Essais critiques IVLe Bruissement de la langue. Essais critiques IV, Paris, Seuil, 1984..
Conjugué à la conférence de Michel Foucault intitulée « Qu’est-ce qu’un auteur ? » publiée en Dans le numéro 3, du Bulletin de la Société française de philosophie. Repris dans Michel Foucault, Dits et écrits, , , Paris, Gallimard, Quarto, 2001., . « Introduction : mort et résurrection de l'auteur » sur le site Fabula.
surtout par leur opposition à deux auteurs du , Gustave Lanson et Sainte-Beuve, critiques dominants dans les études littéraires françaises, qui attachaient une grande importance à la connaissance de l’auteur dans le jugement d’une œuvre. Or, pour Barthes, « l’auteur est mort » : il affirme que « la naissance du lecteur doit se payer de la mort de l’auteur ». En effet, son idée est que l'auteur doit céder sa place au lecteur, qui réécrit le texte pour lui-même (depuis, on dit volontiers qu'il en possède sa propre lecture, ) : l'auteur n'est donc plus le seul garant du sens de son œuvre.
Barthes souligne que l'approche traditionnelle de la critique littéraire soulève un problème complexe : comment peut-on connaître précisément l'intention de l'auteur ? Sa réponse est qu'on ne le peut pas. Il donne comme exemple Sarrasine d'Honoré de Balzac, texte dans lequel un homme prend un castrat pour une femme et en tombe amoureux. Lorsque le personnage (Sarrasine) délire sur celle qu'il croit être l'image même de la féminité, Barthes défie les lecteurs de trouver qui parle et de quoi : Balzac ou son personnageS/Z, la casuistique du discours, Point-Seuil, 1976, . ?