La Tchoukotka (), officiellement le district autonome de TchoukotkaEn tchouktche : Чукоткакэн автономныкэн округ, Chukotkakėn avtonomnykėn okrug, ; en , ., est un sujet fédéral de Russie. Elle a le statut de district autonome et son centre administratif est la ville d'Anadyr. Rosstat lui attribue le code 77, et son code d'immatriculation est 83. Les langues officielles sont le russe et le tchouktche. Les Tchouktches, les Yupiks sibériens, les Youkaguirs, les Koriaks, les Tchouvanes et Évènes sont natifs du territoire.
Sujet fédéral le plus oriental de Russie et région la plus orientale d'Eurasie, il est situé dans l'Extrême-Orient russe et partage une frontière avec la Iakoutie à l'ouest, l'oblast de Magadan au sud-ouest et le kraï du Kamtchatka au sud, ainsi qu'une frontière maritime sur le détroit de Béring avec l'État américain de l'Alaska à l'est. Son peuplement commence pendant l'âge de la pierre lorsque le pont terrestre de la Béringie existait, celui qui permit le premier peuplement de l'Amérique. La mer recouvre ensuite la région et les habitants changent leurs habitudes de chasses alors que les derniers mammouths disparaissent sur l'île Wrangel. Jusqu'au début du , plusieurs tribus vivent sur le territoire, avec les Tchouktches, les Yupiks sibériens, les Youkaguirs, les Koriaks, les Tchouvanes et Évènes. Au milieu du arrivent les premiers Russes, et Anadyrsk est fondée en 1652. La colonisation russe se révèle difficile, avec des conflits armés entre les autochtones et les Cosaques. En 1778, un traité de paix est signé et la région est annexée à l'Empire russe. La collectivisation forcée a lieu au début de la période soviétique, et pendant la Seconde Guerre mondiale, elle était une étape sur l'Aslib permettant la connexion aérienne entre les Alliés. En 1992, la région s'est séparée de l'oblast de Magadan, devenant un sujet de plein exercice.
En 2023, sa population s'élevait à , soit le deuxième district le moins peuplé derrière la Nénétsie, alors qu'il occupe la superficie de Russie. Le principal secteur économique est l'exploitation minière et d'hydrocarbures, avec du pétrole, du gaz naturel, du charbon, de l'or et du tungstène entre autres, tandis que la construction et le secteur public génèrent une part importante de l'économie. Toutefois, la région reste très bien préservée, tant les activités humaines sont faibles. L'île Wrangel est inscrite au patrimoine mondial de l'humanité, et elle possède le parc national de Béringie ainsi que le cratère Elguyguytguyne parmi d'autres en aires protégées.
Géographie Situation vignette|Carte topographique de la Tchoukotka. Couvrant une superficie de , le district autonome est une fois et demie plus grand que la France métropolitaine. Le district est un des sujets de la fédération de RussieNombre d'après les revendications russes. Il comprend l'annexion de la Crimée à la Russie à la suite du référendum de 2014, non reconnu par la majeure partie de la communauté internationale, ainsi que le rattachement à la Russie à la suite des référendums de 2022, eux aussi non reconnus par la majeure partie de la communauté internationale., et se situe en Extrême-Orient russe, dans la région arctique. Il compose 4,2 % du territoire de la Russie et 11,7 % du district fédéral d'Extrême-Orient. La Tchoukotka est la région la plus orientale de Russie. La province borde à l'ouest la république de Sakha et au sud-ouest l'oblast de Magadan et le kraï du Kamtchatka (Koriakie).
La région est baignée par la mer de Sibérie orientale, la mer des Tchouktches et la mer de Béring et est séparée du continent américain par le détroit de Béring. De l'autre côté du détroit, se trouve l'Alaska des États-Unis. Ainsi, elle se trouve à la convergence des océans Arctique et Pacifique.
La Tchoukotka a pour point le plus méridional le cap Rubicon, au parallèle nord, tandis que le point le plus septentrional est le cap Chelagski, au parallèle nord. Sur la rive gauche du cours inférieur du fleuve Omolon se trouve le point le plus occidental au méridien est. Le cap Dejnev est, au méridien ouest, la pointe la plus orientale de la Tchoukotka, de la Russie et de toute l'Eurasie. La majeure partie du territoire est située dans l'hémisphère oriental, et le reste dans l'hémisphère occidental. Environ la moitié de son territoire se situe au-delà du cercle polaire arctique.
Hydrographie Le lac d'El'gygytgyn est situé dans le centre de la Tchoukotka.
Climat vignette|Le cap Navarine.
Les températures varient de en janvier et de en juillet avec beaucoup de vent sur les côtes et peu de précipitations ( par an). La période végétative est courte, seulement . De nombreux records climatiques ont été enregistrés en Tchoukotka : heures d'ensoleillement minimales, bilan radiatif le plus bas pour ces latitudes, vitesse annuelle moyenne maximale du vent et fréquence des ouragans et des tempêtes en Russie (cap Navarine).
Urbanisme Voies de communication et transports vignette|Route dans le raïon de Bilibino.
Fin 2022, selon Rosstat, la longueur totale des voies publiques dans le district est de , dont de routes d'importance fédérale, de routes d'importance régionale et de routes d'importance locale. La longueur des routes à revêtement dur est de ( du total), tandis que la densité des voies publiques est de / dans l'oblast. Le district ne possède aucune voie ferrée.
Le plus grand projet dans le domaine du développement des infrastructures de transport est la construction de la route d'Anadyr, censée reliée à terme la R504 par Omsouktchan et Omolon à Anadyr, avec des auxiliaires vers Bilibino et Egvekinot. D'une longueur totale de et d'un coût estimé en 2018 de plus de 150 milliards de roubles, elle permettra, une fois achevée, de désenclaver la région, pour l'instant non-reliée au réseau routier russe.
Pour déplacer les ressources, les huit ports maritimes de Tchoukotka jouent un rôle essentiel. Ces ports sont ceux d'Anadyr, de Beringovski, d'Egvekinot, de Lavrentia, de Zeliony Mys, de Providenia, de Mys Shmidta et de Pevek. Ces ports sont situés sur la route maritime du Nord, et permettent d'exporter les ressources des mineurs de la région.
Répartition des terres La répartition des terres selon le rapport d'État du ministère des ressources naturelles et de l'environnement russe est, selon les catégories du code foncier russe, la suivante: +Répartition des terres selon les catégories du code foncier russe en 2022:Répartition2022 (km)2022 (%)Terres agricoles393 48554,5Terres des localités4630,1Terres d'industrie et autres fins spéciales1 8270,2Terres de territoires et des objets protégés7 9561,1Terres du fonds forestier276 20638,3Terres du fonds aquatique00,0Terres de réserve41 5475,8Total721 481 100
Histoire Âge de la pierre vignette|Pétroglyphes de Pegtymel. Les premiers habitants arrivent dans la Tchoukotka durant l'âge de la pierre en provenance d'Asie centrale et orientale. À cette époque, la mer n'a pas encore séparé l'Alaska de la Sibérie et une région aujourd'hui engloutie, la Béringie, unit les deux continentsUne analyse de dents bouscule une théorie répandue sur l'origine des Amérindiens. La mer la recouvre il y a environ . C'est à cette période que le climat commence à se réchauffer et que les habitants doivent passer de la chasse aux mammouths à l'élevage du renne et à la chasse aux mammifères marins. Les restes de nombreux anciens camps ont été retrouvés.
Avant l'arrivée des colons russes au début du , les Tchouktches et les Yupiks sibériens vivent sur les côtes, tandis que l'intérieur des terres est peuplé par les Youkaguirs et que les Koriaks habitent sur la côte sud-est. D'autres peuples vivent également dans la région.
La conquête russe
Premiers contacts et explorations
Au cours de la seconde moitié du , les Russes s'étendent vers l'est avec les campagnes d'Ermak Timofeïévitch. La colonisation continue au siècle suivant, les Russes atteignant la Léna en 1632, où ils fondent l'ostrog de Iakoutsk. Les Tchouktches sont pour la première fois mentionnés en 1641-1642, lorsqu'ils résistent aux collecteurs du iassak sur la rivière Alazéïa. Malgré les nombreuses tentatives de leur faire payer l'impôt, les Russes restent en échec. Contrairement aux autres peuples sibériens, les Tchouktches n'ont pas de zibelines, mais de l'ivoire de morse. Les Russes facilitent alors la levée du iassak en le transformant en une sorte de troc. En échange de tabac, tissus, objets en cuivre, les Tchouktches payent l'impôt, avec des défenses de morse ou des fourrures. Les collecteurs prennent aussi en otage des Tchouktches pour forcer le payement du iassak. Vers ce moment-là apparaît le fer en Tchoukotka, et par la suite, des foires sont organisées entre Tchouktches et Russes.vignette|L'Expédition de Semion Dejnev par Klavdi Lebedev, 1884. En 1644, les cosaques atteignent le fleuve Kolyma et Mikhaïl Stadoukhine, le chef de l'expédition, donne une description des Tchouktches. À la fin des années 1640, Simon Dejnev mène plusieurs expéditions à l'est de la Kolyma. La forteresse d'Anadyr, l'actuelle capitale de la Tchoukotka, est fondée en 1652 comme ostrog. La forteresse est menacée d'abandon jusqu'à la découverte du Kamtchatka, à la fin du siècle. Anadyr devient alors la base de départ des expéditions vers cette région.
Conflits militaires
En 1725, Pierre le Grand envoie Vitus Béring en exploration au Kamtchatka et, dans le même temps, envoie une expédition militaire pour soumettre les Tchouktches. Le , Afanassi Chestakov et son équipage, accompagné d'Evènes, Koriaks et Iakoutes, débarquent sur la côte après le naufrage de leur embarcation. Ils se heurtent alors à un détachement tchoutkche qui les anéantit lors de la bataille de l'IegatchYves Gauthier et Antoine Garcia, L'exploration de la Sibérie, Actes Sud, 1996, .
Les découpages administratifs avaient rattaché la Tchoukotka à Iakoutsk au . Mais au , elle est rattachée à Tobolsk, la capitale du gouvernement de Sibérie. Selon les époques, Irkoutsk, Okhotsk et le Kamtchatka servent de relais vers la Tchoutkotka. Les administrateurs locaux, éloignés des grandes villes, agissent sans aucune modération, devenant tout-puissant et abusant de leur autorité. Grigori Skoriakov-Pissarev, nommé chef d'Okhotsk en 1731 par le Sénat dirigeant, lève le iassak pour en garder une partie importante pour lui-même, en spoliant les populations. Le , un oukase impérial conseille de ne pas faire la guerre aux Tchoutkches et aux autres peuples de la région. vignette|Carte de l'Extrême-Orient, établie sur ordre de Chestakov (1732). Il faut attendre pour qu'un détachement de cosaques, accompagné de troupes auxiliaires de Koriaks et Youkaguirs, parvienne à vaincre la résistance tchouktche. Une partie de ces derniers accepte alors de payer le tribut à l'Empire russe. Pavloutski, qui dirige cette première campagne victorieuse, libère 42 prisonniers Koriaks et deux Russes, ainsi que les armes enlevées à Chestakov en 1730.
Le , toutefois, un détachement russe qui doit soumettre l'ensemble des Tchouktches est à nouveau battu lors de la bataille de la rivière Orlova. Ces deux dernières attaques ont été menées par l'ancien adjoint de Chestakov, le major Dmitri Pavloutski, qui est tué lors de la deuxième. Ce dernier avait eu le temps d'acquérir une réputation de grande cruauté parmi les Tchouktches.
Sous l'Empire russe
Annexion et accords Constatant les échecs de 1730 et de 1747, Saint-Pétersbourg décide de changer de tactique, en établissant des rapports de confiance avec les populations locales. C'est ainsi qu'au cours de l'hiver 1755, le commandant Chmalev rencontre deux envoyés tchouktches à Anadyrsk. Les Tchouktches acceptent lors de cette rencontre de devenir sujets du tsar, et ainsi de payer le iassak, à raison d'un renard roux par individu et par an. Dès ce moment, les relations s'améliorent, et l'ostrog d'Anadyr, qui perd de l'importance, est évacué et détruit en 1771.