« Lanceur de balles de défense » (LBD) est un terme de l'administration française désignant une « arme sublétale » utilisant un projectile conçu pour se déformer ou s'écraser à l’impact et limiter le risque de pénétration dans un corps vivant, mais avec une puissance d’arrêt suffisante pour dissuader ou arrêter un individu.
Ce type d'arme a été adopté par la Police nationale et des polices municipales, puis par la Gendarmerie nationale et l'administration pénitentiaire, comme armement intermédiaire entre la matraque et l'arme de poing. Le premier LBD fut celui fabriqué et commercialisé sous la marque Flash-Ball par le fabricant Verney-Carron.
Un lanceur de balles de défense est défini comme « arme de force intermédiaire » (AFI), au même titre que le « pistolet à impulsions électriques » (PIE) et la « grenade de désencerclement » (GMD/DBD/DMP). Il peut ainsi constituer « dans le respect des lois et des règlements, une réponse graduée et proportionnée à une situation de danger lorsque l’emploi légitime de la force s’avère nécessaire pour dissuader ou neutraliser une personne violente et/ou dangereuse. », avant utilisation de l’arme individuelle (pistolet 9 mm).
L'usage de LBD peut présenter à courte distance des effets traumatiques dont la sévérité peut entraîner des lésions graves pouvant être irréversibles voire mortellesChloé Leprince, Flashball : un policier en examen et un manque de formation, Rue89, nouvelobs.com, 30 septembre 2009. Dans le cadre de son utilisation par les forces de l'ordre, le LBD a causé des blessures : deux personnes sont décédées et vingt-trois autres ont perdu l'usage d'un œil en France entre 2004 et 2019, après avoir été touchées au visage par un tir de LBD« Flashball: une vingtaine de blessés graves depuis 2004 »; Mediapart, 4 décembre 2013..
Histoire
Les LBD sont apparus dans la décennie 1990.
À l'origine, ces armes étaient en France utilisées par des . Leur usage a ensuite été élargi aux Brigade anti-criminalité (BAC) à l'occasion d'émeutes en banlieues. L'usage s'est ensuite élargi aux policiers de proximité en 2000. Depuis, elle a été plus largement diffusée dans les unités de maintien de l'ordre..
ont été livrés de 2002 à 2005 à la police nationale dans le cadre de la loi d'orientation et de programmation pour la sécurité intérieure (LOPSI) de 2002, pour un coût de d'euros. En 2007, les policiers municipaux sont habilités à les utiliser à condition de suivre une formation spécifiqueArrêté du 3 aout 2007 relatif aux formations à l'armement des agents de police municipale. ; en , la durée de cette formation pratique est réduite de moitiéArrêté du 23 décembre 2020 portant dérogation temporaire au nombre de séances d'entrainement annuel au maniement des armes des agents de police municipale. JORF du 27 décembre 2020, texte n°41..
Le , le ministère de l'Intérieur a lancé un appel d'offres pour trois lots de LBD : un lot de 180 lanceurs multi-coups à six coups, un lot de 270 lanceurs multi-coups à quatre coups, enfin, un lot de 1280 lanceurs mono-coup. Ils seront destinés à la police et à la gendarmerie nationaleLe ministère de l'Intérieur se dote de nouveaux lanceurs de balles de défense, Le Parisien, 27 décembre 2018.. Entre le , et le , à Paris, selon le tribunal administratif, près de 1000 tirs de LBD ont été réalisés, occasionnant des blessures graves chez 33 personnes, dont 28 touchées à la tête., soit environ 3 %.
Entre le début du mouvement des Gilets jaunes en , et début , l'Agence France-Presse recense 23 personnes, , qui ont perdu un œil.
En Europe, seules la France, la Pologne et la Grèce (malgré une petite restriction) usent sans limite du LBD. En Allemagne, il est utilisé dans deux Landers allemands sur seize. En Espagne, hors Catalogne, il est utilisé seulement par la gendarmerie (Garde civile).. Les policiers portugais en sont équipés et s'en servent notamment dans un contexte de manifestations..
Typologie
Le Flash-Ball
thumb|Un homme équipé d'un lanceur de balles de défense de marque Flash-Ball en 2006.
thumb|Un lanceur de balles de défense de marque Flash-Ball en 2006.
Les premiers de ces lanceurs sont les Flash-Ball, fabriqués et commercialisés par le fabricant français Verney-Carron, qui étaient destinés à l'origine, aux particuliers. Le Flash-Ball apparait pour la première fois dans le catalogue général de Verney-Carron de 1990, alors que le modèle Super-Pro, destiné aux professionnels, ne sera commercialisé que plus tard en 2000 à la suite du feedback des forces de police équipées officiellement du modèle « Compact » depuis 1995. Les munitions spéciales de de diamètre (calibre 44/83 spécifique aux Flash-Ball) et d'une masse de 29 grammes, sont des sphères en caoutchouc souple dénuées de toute aspérité.
Les « historiques » utilisent des balles en caoutchouc rigide de petit diamètre, ce qui permet l’utilisation dans des fusils à pompe traditionnels ou dans des armes de poing spécifiques. Elles ont une forte probabilité de létalité à courte distance (jusqu'à au moins) et sont par conséquent destinées à des tirs de loin.
« Lanceurs Flash-Ball livrés et crédits exécutés par la police nationale au titre de l'équipement des fonctionnaires »Rapport relatif à l'exécution sur l'exercice 2005 de la loi d'orientation et de programmation pour la sécurité intérieure du 29 août 2002 (septembre 2006, n°IGA : 06-064-01 LOPSI, ) Nombre Dépenses (en M €) 20036800,61 20042200,2120053700,36 Total 2003-20051,18
Le LBD 40
vignette|Un homme prêt à tirer avec un LBD 40 (LL06) en 2009.
Depuis début 2009, les forces de l'ordre françaises sont également équipées d'un lanceur de balles de défense fabriqué par l'armurier suisse Brügger & Thomet, le B&T LL06, appelé LBD 40 en France, une version non létale du lance-grenades B&T GL06. Il s’agit d’un lanceur de munition de de diamètre qui utilise des projectiles non-sphériques afin d’assurer précision et puissance d’arrêt de 10 à Description du LBD40 sur maintiendelordre.fr. Son exportation est régie par la loi sur le contrôle des biens (LCB) et la loi fédérale sur le matériel de guerre (LFMG). En France, ce Lanceur de Balles de Défense est classé comme arme de « catégorie A » "Arme à feu fabriquée pour tirer une balle ou plusieurs projectiles non métalliques"
Le LBD 40 utilise des balles de , dont les projectiles sont stabilisés grâce à un effet gyroscopique entraîné par le canon rayé. Elle a ainsi une meilleure précision et une meilleure conservation de l'énergie cinétique, avec à contre environ 60 joules pour le Flash-Ball, soit l'énergie d'un objet d'une masse de 8,4 kilogrammes tombant à 1,02 mètre de hauteur.
Le lanceur polyvalent permettra ultérieurement de lancer des munitions à effet marquant ou irritant/lacrymogène, tout en conservant l'effet du choc lié à l'impact du projectile. Le viseur électronique du LBD 40 est réglé pour une distance de , et n'est pas prévu pour être modifié. À cette distance, et avec la munition française d'Alsetex, les tests du bureau de la police constatent un écart de entre deux tirs. La doctrine impose donc des tirs vers des zones situées à plus de de la tête, et la position de contact (tant que la décision de tirer n'est pas prise) doit être l'axe du canon sous l'horizontale et l'index ne doit pas être en contact avec la queue de détente mais sur le long du pontet. La distance de précision s'agrandit avec la distance, à , à .
Munitions
Le LBD 40 peut tirer différents types de balles : en caoutchouc, en mousse, assourdissantes, lacrymogènes ou fumigènes..
En France, les balles (appelées munitions de défense à courte portée (MDCP)) utilisées pour le LBD 40 sont produites par la société française Alsetex, leader européen des produits de maintien de l'ordre, installée à Précigné dans la Sarthe, Entreprise. Alsetex décroche un contrat de 5,5 millions d'euros, ouest-france.fr.. Ces munitions de défense à courte portée, conçues à l'origine pour le Flash-Ball, ont été adaptées pour le LBD 40. À ce titre Brügger & Thomet estime qu'ils ne peuvent « juger le danger potentiel des munitions utilisées en France » et que « les munitions utilisées exercent une influence substantielle sur les effets et la précision »..
En , Alsetex, obtient un marché (5,57 millions d'euros) portant sur la fabrication et la vente de munitions de défense à courte portée (MDCP) de calibre 40 mm pour la gendarmerie, la police et l'administration pénitentiaire, soit environ 115.000 munitions de ce type par an, LBD : les munitions made in France qui ont fait perdre un œil à un manifestant, nouvelobs.com..
Le lanceur multicoups
Des forces de l'ordre françaises sont également équipées d'un lanceur multicoups de , le Penn Arms PGL 65 fabriqué par l'armurier américain (CSI / CTS) et distribués par Rivolier son associé françaisLanceurs PennArms 40 mm, maintiendelordre.fr. Il s’agit d’un lanceur de munition multicoups de de diamètre pouvant tirer jusqu’à 6 cartouches en 4 secondes sur une distance de 150 mètres. Il est prévu pour être exclusivement utilisé avec des grenades fumigènes ou lacrymogènes, et non des munitions de défenseBalles de défense, lacrymogènes: de subtiles différences entre Police et Gendarmerie, 8 janvier 2019, lessor.org.. Au même titre que les lanceurs classiques « Cougar » et « Chouka » le tir doit être effectué en cloche, le tir tendu est donc proscrit. Il est en service au sein des CRS depuis 2013Ismaël Halissat, Armement : du lourd pour les CRS, 29 septembre 2016, liberation.fr.
Le , le ministère de l’Intérieur lance un appel d'offres pour l’acquisition de grenades de 40 mm adaptée à cette arme, les grenades fumigènes lacrymogène CM3. Il est remporté le par le fabricant français SAE Alsetex. Le , le gouvernement lance un appel d’offres pour l’acquisition de 180 lanceurs multi-coups 6 coups et de 270 lanceurs multi-coups 4 coupsAchat de Penn Arms : l’État français agrandit sa panoplie d’armes à éborgner des manifestant-es, 30 décembre 2018, desarmons.net..
Nouveaux lanceurs
Fin 2018, le ministère de l’Intérieur lance un appel d'offres pour la fourniture de lanceurs de balles de défense (LBD) et de lanceurs à cartouches de gaz lacrymogène. Le , deux PME françaises remportent le marché. Le groupe Rivolier, associé à un fabricant étrangerDenis Meynard Verney-Carron pas retenue pour la fourniture de LBD 40, 10 décembre 2019, L'Essor Loire., livrera 180 lanceurs à cartouches de gaz lacrymogène à six coups (PennArms 40 mm?) et leur équipement pour un montant de 727 450 euros. Le second marché, remporté par Alsetex, concerne la fourniture de 1280 lanceurs de balles de défense mono-coup (Alsetex Cougar 40) pour 1,638 million d’euros, ainsi que 270 lanceurs à quatre coups (Alsetex Cougar MS 40?)Détail de l'avis 19-33973, 6 mars 2019, boamp.fr.L’Etat commande de nouveaux LBD à deux PME françaises, 28 novembre 2019, nouvelobs.com..
En 2021 le groupe Rivolier remporte un marché de 500 500 euros pour fournir 1100 viseurs électroniques pour LBD 40 destinés à la Police Nationale, à la Gendarmerie et aux unités d'intervention de l'administration pénitentiaire Philippe Chapeleau, Rivolier va fournir des viseurs électroniques pour lanceurs de balles de défense, 9 juillet 2021, lignesdedefense.blogs.ouest-france.fr..
Utilisation
En 1995, certaines unités des forces de police sont officiellement dotées du lanceur de balles de défense Flash-Ball modèle « Compact ». Les unités qui choisissent de s'équiper de ce lanceur parient sur son aspect dissuasif, à la fois par son apparence imposante et par le volume sonore de sa détonation (équivalent à celle d'un fusil de chasse calibre 12).
Cette dotation vient en complément des balles de petit diamètre en caoutchouc rigide qui étaient déjà en dotation depuis de nombreuses années dans certaines unités.
En 2000, le premier appel d'offres pour des lanceurs de balles de défense est lancé par le ministère de l'Intérieur. Le Flash-Ball Super-Pro remporte cet appel d'offres.