thumb|Locuteurs des langues romanes orientales en Serbie (avec le Kosovo) : au nord les « Vlasses » (Власи, Vlasi), à l'est les « Vlaches » (Влаши, Vlashi)Official results of 2002 census in Serbia . : vignette|Carte figurant la minorité roumanophone des Portes de Fer en Serbie en 1930, en violet. Sur les cartes postérieures à 1945, elle n'est plus figurée. vignette|Les variétés des « Valaques timochènes » (timoceni) des Portes de Fer. Le mot français « Valaques » est polysémique et peut, entre autres, désigner les minorités de langue romane orientale de Serbie, formant les roumanophones de Serbie. L'une d'elles est celle des « Timochènes » (timoceni, personnes au recensement de 2022, mais plus de cent mille selon les estimations) vivant dans le pays Timochène aux Portes de Fer, à l'est de la Serbie. Ils sont l'objet de cet article.
Étymologie et sémantique « Valaque » est un mot d'origine germanique, utilisé à l'origine par les tribus germaniques pour désigner les Romains. Il sera plus tard adopté par l'Empire byzantin, l'Empire ottoman et pratiquement par tous les Slaves pour désigner les locuteurs de langues romanes dans les Balkans qu'ils ont trouvé, et souvent assimilé, après leur établissement au dans la région. Ces « Valaques », des Thraces romanisés, ne s'appelaient pas eux-mêmes « Valaques » (sauf tardivement), mais par des variantes du mot « Romain ». Aujourd'hui, il existe plusieurs populations qui sont encore officiellement appelés « Valaques » en Croatie, en Serbie et en Bulgarie où ce terme englobe tous les locuteurs de langues romanes orientales, qu'ils soient de langue roumaine ou aroumaine.
Les habitants romanophones de Serbie se partagent entre deux dialectes est-romans : l'aroumain et le roumain : les locuteurs du premier, nommés « Vlaches » (en serbe Влаши ou Vlaši, en aroumain armāńi) sont comptés comme « Valaques » tout court, tandis que les locuteurs du second, appelés « Vlasses » (en serbe Власи ou Vlasi, en roumain rumāńi) sont comptés en Voïvodine comme « minorité roumaine de Serbie » tandis que dans le « pays Timochène » (Timočka krajina, près des Portes de Fer en Serbie orientale) ils sont comptés comme « Serbes de langue valaque » ou comme « Valaques de Serbie » .. La plupart sont également locuteurs du torlakien qui leur permet de comprendre aussi bien le serbe standard que le bulgare, non sans garder des termes romans dans leur lexique localThierry Mudry Guerre de religions dans les Balkans éditions Ellipses 2005 , pages 110 et 111.. Le , sur les Serbes du « pays Timochène » autour des Portes de Fer, environ soit 58 % ont déclaré être d'origine roumaine (de ńjam rumāńesc)Reconnaissance des langues usuelles sur la base du recensement serbe de 2002 sur Official Results of Serbian Census 2002–Population by language, et Comunitatea Românilor din Serbia, Raport de activitate, Vršac, 28.02.2009.Mariana Stratulat, Un veac și jumătate de istorie a românilor timoceni (« Un siècle et demi d'histoire des Roumains Timochènes »), éd. Biblioteca Centrală Universitară « Eugen Todoran » n° 41-1, Timișoara 2023..
Avant la fusion de la Moldavie et de la Valachie en 1859, les Valaques « timochènes » (timoceni) des Portes de Fer étaient, dans les études ethnographiques du ou du début du , officiellement dénommés « Roumains » et leur région était, comme la Valachie, appelée Влашка / Vlaška en serbe et en bulgare. Après 1859 et la formation du premier État roumain moderne, les autorités serbes puis yougoslaves et bulgares, pour couper court à toute éventuelle revendication irrédentiste roumaine, voulurent nier l'appartenance de leurs minorités roumanophones aux Roumains, et préférèrent la dénomination de « Valaques » sans pour autant interdire celle de « Roumains ».
Après la guerre et depuis que la Yougoslavie est devenue communiste, les gouvernements yougoslaves puis serbes utilisent une nouvelle distinction non plus linguistique mais géographique : parmi les locuteurs du roumain, ceux de Voïvodine sont considérés comme une minorité roumaine, tandis que les Timochènes (timoceni vivant autour des Portes de Fer) sont considérés soit comme des , soit comme un groupe ethnique à part, bien qu'ils parlent roumain et s'autodésignent comme rumâńi (« roumains »)M. Stratulat, Op. cit. 2023..
Outre ces distinctions serbes, il en existe d'autres parmi les Timochènes eux-mêmes qui peuvent se reconnaître comme ungureni (parlant le même roumain septentrional transylvain qu'en Crichanie, au Banat et en Transylvanie, régions jadis austro-hongroises), comme țărani (« paysans » parlant le même roumain méridional olténien qu'en Valachie), comme munteni (« montagnards ») ou comme bufani (« bûcherons »).
Histoire Les Timochènes, qui conservent en privé une culture comportant des éléments archaïques dans des domaines tels que la langue ou les coutumes, affirment avoir toujours vécu dans le pays timochène comme le relate l'ethnologue Athanasie Popović : ils sont , décrivent leur pays comme une qui les , mais porte sur ses rives la Tabula Trajana commémorant l'arrivée des Romains en Dacie, et ils se réfèrent aussi au village préhistorique de “Vîrteju Teiului”, l’un des plus anciens d’Europe, . Mais cette légende est niée par des hypothèses visant à leur dénier ce statut autochtone. Ces thèses postulent des origines exogènes : pour l'historiographie hongroise moderne, ils sont venus des Balkans, migrant du Sud vers le Nord au pour envahir la Transylvanie et le sud-est de la Hongrie. ; pour l'historiographie serbe et bulgare, en revanche, ils sont venus des régions de la Roumanie actuelle en migrant du Nord vers le Sud au et pour envahir les BalkansAtlas yougoslave Školski istorijski atlas, Zavod za izdavanje udžbenika SR Srbije, Belgrade, 1970.. En fait, des migrations ont en effet été enregistrées entre 1718 et 1739 après la guerre austro-turque de 1716-1718 ; à cette époque, l'est de la Serbie faisait partie du Banat de Timiš et se sont poursuivies à plus petite échelle après cette période : les Valaques, avec leurs troupeaux, se réfugiant en général là où leurs congénères vivaient déjà auparavant et où, par conséquent, ils pouvaient se faire comprendre et accueillir, en Moldavie, en Valachie et dans le pays timochène.
Plus précisément, des migrations ont été enregistrées dans les périodes 1723-1725, 1733-1734, 1818 et 1834. Elles étaient dirigées vers les villages de Jošanica (Josanița), Krepoljin (Crepoleni), Laznica (Laznița), Osanica (Oșanița), Râbari, Suvideni, Vukovac (Lupeni) et Žagubica (Jagubița ou Jăgobița). Ces migrations ont augmenté le nombre de foyers dans les vallées et les piémonts des montagnes Homolje (serbe : Хомољске планине / Homoljske planine ; roumain : Munții Homolie ou Munții Homoliei), passés de 80 en 1718 à 155 en 1733. Les deux dernières vagues ont conduit à la fondation des villages de Bliznak (Brezeni), Breznica (Breznița), Izvarica (Izvorița), Jasikovo (Iașicău), Krupaja (Crupiștea), Milanovac (Milanovăț) et Sighea.
Après la conquête soviétique des Balkans, l'« internationalisme prolétarien » des pays communistes qui prévalut pendant trois ans, poussa le chef des partisans yougoslaves, Josip Broz Tito à offrir à la Roumanie devenue communiste, dirigée par Gheorghe Gheorghiu-Dej et Ana Pauker, le « pays Timochène » (Влашка / Vlaška), mais Blagoje Nešković, secrétaire du Comité central du Parti communiste yougoslave, s'opposa à cette propositionSelon un article d'Ivan Miladinović pour Večernje novosti (les « Nouvelles du Soir »), fin 1946.. Après la rupture Tito-Staline en 1948, cette idée devînt caduque et la Yougoslavie, la Bulgarie et la Roumanie communistes fermèrent leurs frontièresArchie Brown, The Rise and Fall of communism, Vintage Books, 2009, page 105.Jean-François Soulet, Histoire comparée des États communistes de 1945 à nos jours, Armand Colin, coll. « U », 1996, pages 11-42.Alexandre Zinoviev, Le Communisme comme réalité, Julliard, 1981, page 58. ; à nouveau en Yougoslavie et en Bulgarie les roumanophones locaux furent officiellement désignés comme « Valaques »Mathieu Lemoine, « Serbie : comment peut-on être valaque ? » in Le Courrier des Balkans du 1-er janvier 2013 - ..
Culture Langue vignette|droite|Les variétés régionales du roumain.
Les Valaques parlent un groupe de variétés roumaines archaïques connues sous le nom de « valaques » en Serbie. Jusqu'en 2012, la langue roumaine n'était pas enseignée ni utilisée dans l'administration locale, pas même dans les localités où les Valaques sont majoritaires, alors que selon la loi serbe, elle aurait dû être co-officielle partout où la minorité représente plus de 15 % de la population. Cela était principalement dû au manque d'enseignants. Depuis 2012, les autorités serbes s'efforcent de standardiser le « valaque » en alphabet cyrillique serbe, en le différencant le plus possible du roumain standard et l'enseignement du « valaque » a commencé dans les écoles primaires. Un « Conseil valaque de Serbie » (Влашки савет Србије) a été mis en place pour développer cette politique dite « valaquiste » (vlahismul, влахисмуљ, влашизмъ pour les Roumains et власизмъ pour les Aroumains). En 2006 il a promu l'utilisation du serbe comme langue officielle, administrative et éducative, et du « valaque » dans ses deux variantes власка vlaska roumaine et влашка vlashka aroumaine, comme langues littéraires. Cette proposition du conseil a été officialisée dans un document publié en 2010, approuvant aussi l'écriture du « valaque » en cyrilliqueOlivier Milošević, « Дан влашког језика први пут обележен у Србији » (« La journée de la langue valaque célébrée pour la première fois en Serbie ») in Politika du 29 jan. 2024 - ..
Selon le recensement serbe de 2011, parmi les personnes identifiées comme Valaques, ont déclaré parler le « valaque » et seulement 186 le « roumain ». Sur personnes ayant déclaré que leur langue maternelle était le « valaque », ont déclaré leur appartenance ethnique comme « valaque », comme serbe, 67 comme roumaine, 174 comme autre, n'ont rien déclaré et 266 ont donné des réponses non-enregistrées. Au recensement de 2011 en Serbie, dans le sud et l'est de la Serbie où était concentrée la population d'identité « valaque », il y avait personnes déclarant cette identité et personnes s'affirmant roumaines, phénomène analogue à ce qui se passait en Moldavie à l'époque de la gouvernance pro-russe (1994-2020), où la grande majorité des autochtones roumanophones préférait se déclarer « Moldaves » et non « Roumains » pour éviter les soucis avec les autoritésRecensement de 2014, Caracteristici demografice, naționale, lingvistice, culturale, tableaux 9 et 10..
Christianisme À part quelques exceptions catholiques ou évangéliques, les Valaques de Serbie sont dans leur grande majorité orthodoxes et se partagent entre le patriarcat de Belgrade (éparchie du Timok siégeant à Zăicear) et le patriarcat de Bucarest (éparchie de Felix Romuliana siégeant à Vârșeț) : le les deux patriarcats ont conclu un accord pour que le premier puisse exercer son autorité pastorale sur les Serbes de Roumanie, et le second sur les roumanophones de Serbie… qui le souhaitent. Ainsi l'église de Mălainița / Malajnica construite en 2004, est la première église du « pays Timochène » autorisée en 2009 à célébrer la messe et les sacrements en roumain (« valaque »).
Auparavant, la loi serbe de 2006 ne permettait à l'Église orthodoxe roumaine d'exercer son autorité pastorale qu'en Voïvodine dont la minorité roumaine a toujours été officiellement reconnue comme telle, mais pas dans le pays Timochène dont les habitants roumains étaient considérés comme des « Serbes de langue valaque ».
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