thumb|right|L'Empire romain tel qu'il existait à la mort de .
La période sombre de l’Empire byzantinCette période est généralement désignée en anglais comme « Byzantine Dark Ages »; nous avons adopté comme traduction l’expression « Période sombre » utilisée par Jean-Claude Cheynet; Louis Bréhier l’appelait « la transformation de l’empire » et Charles Diehl « la liquidation de l’Empire romain universel »; toutes trois décrivent adéquatement un aspect de cette période. désigne les deux siècles de crise qu’a dû affronter l’Empire byzantin entre la fin du règne d'Héraclius (641) et la période d’expansion () qui caractérisera par la suite la dynastie macédonienne (en gros le ).
Dans un premier temps, l’empire est sur la défensive après avoir perdu presque tous les territoires récupérés par l’empereur Justinien (). Il doit faire face à divers ennemis, tant en Europe (Lombards en Italie, Francs en Gaule, Avars dans les Balkans) qu’en Asie (Empire perse d’abord, puis expansion de l'islam). C’est également une période d’affaiblissement de ses propres institutions politiques, économiques et sociales. Dans un deuxième temps, ayant perdu foi en lui-même, l’empire cherche les causes de ses échecs et croit les avoir trouvées dans des déviations religieuses : ce sera les deux épisodes iconoclastes marquées toutes deux par le règne d’une impératrice, Irène (règne seule de 797 à 802) et Théodora (règne comme régente de 842 à 856), qui, en s’opposant à cette doctrine, tenteront de rétablir le culte des images.
Elle se terminera lorsque l’empereur (), ayant réussi à se débarrasser de la tutelle de sa mère, sera à son tour assassiné par son protégé, Basile le Macédonien (), et que commencera la période dite de « Renaissance macédonienne ».
Pauvreté des sources
L’étude de cette période présente de nombreux problèmes à l’historien : non seulement les sources sont peu nombreuses, mais dans bien des cas ont été écrites longtemps après la période décriteLouth (2008) .. Nous ne connaissons aucune source byzantine entre la dernière grande guerre byzantino-sassanide vers 630 et la fin du lorsque le patriarche écrivit sa « Brève Histoire », suivie une décennie plus tard par la « Chronique » de Théophane le ConfesseurLouth (2008) .. Les sources administratives et juridiques sont également rares si l’on excepte la « Loi agraire » et le « Droit de la mer de Rhodes », datant vraisemblablement des . On doit ainsi aller puiser les informations relatives à cette période chez des auteurs non byzantins qu’ils soient arabes (al-Tabari), arméniens (l'évêque Sébéos) ou syriaques (Elias bar Shinaya, Michel le Syrien), lesquels sont aussi pour la plupart postérieurs à cette période. Certes, pour celle de l’iconoclasme, les sources religieuses se font plus abondantes, comme la Chronique universelle de Georges le Moine, mais les écrits iconoclastes ayant été détruits, restent presque uniquement les écrits iconodules, fortement biaisées en faveur du culte des images et dépréciant les empereurs iconoclastes. De plus, le déclin de l’éducation à Byzance même a fait en sorte que de nombreux textes nous viennent non de Constantinople, mais de la périphérie de l’empire (« Actes » des Conciles) ou de régions contrôlées par le califatLouth (2008) Treadgold (1997) .Ostrogorsky (1983) ..
L’une des conséquences de la pauvreté des sources est que si nous savons que ces deux siècles ont vu de profondes transformations il est difficile de dater avec précision ces changementsLouth (2008) ..
Contexte historique
thumb|left|Justinien représenté sur une mosaïque dans la basilique Saint-Vital de Ravenne avec à sa gauche l'armée et les sénateurs, à sa droite le clergé.
La disparition de l’Empire romain d’Occident en 476 avait mis fin à cet Empire romain universel s’étendant autour de la Méditerranée, la « Mare Nostrum »Bréhier (1969) .. Certes, l’empereur Justinien () tentera de refaire l’unité de ce monde. Mais portant le gros de ses efforts sur la reconquête de l’Italie et de l’Afrique, il ne put protéger adéquatement le limes du Danube : Slaves, Avars, Huns vinrent alors piller les bords de l’Adriatique jusqu’à ConstantinopleBréhier (1969) .. Ses successeurs immédiats, (), () et Maurice () tenteront, mais en vain, de conserver les conquêtes à l’Ouest, tout en cherchant à s’imposer en Orient où ils sont en lutte constante contre l’Empire perse des SassanidesBréhier (1969) .
L’empire sur lequel règne l’empereur jusqu’au est un empire très décentralisé fait d’un réseau de cités quasi-autonomes. Fières de leur passé, ces cités sont dirigées par des « curiales » ou édiles formant une « curie » responsable de la levée des impôts transmis par la suite à l’État central, conservant les sommes nécessaires à l’entretien des bâtiments, des services publics (bains, écoles) et de l’assistance aux pauvres (orphelinats)Kaplan (2016) . Or, depuis le début du , le système des curies est en crise : les citoyens les plus riches tentent d’éviter les charges municipales, extrêmement onéreuses sur le plan personnel, pour aller se réfugier dans leurs domaines de campagne qui prennent alors l’allure de camps fortifiés, tentant tant bien que mal de résister aux invasions des Barbares qui dévastent les villesKaplan (2016) ..
Dans cet empire, l’Orient est un foyer d’agitation non seulement politique, mais également religieuse tout aussi dangereuse pour l’unité de l’empire. Justinien lui-même avait tenté de réconcilier les parties orientale et occidentale de l'Empire romain divisées par les décisions du concile de Chalcédoine (451) sur la nature du Christ, lesquelles avaient provoqué le schisme des Églises d’Alexandrie, d’Antioche et d’ArménieMurphy (2015) . Héraclius () tentera à son tour de se gagner les faveurs des monophysites, mais n’aura guère plus de succès que son prédécesseurLouth (2008) . Seule sa victoire en 628 sur l’Empire perse lui permettra de s’imposer, mais il s’agissait d’une victoire à la Pyrrhus : les deux empires étant épuisés, la disparition de Khosrô permettra aux Arabes de remplacer les Perses comme ennemis implacables des RomainsLouth (2008) .
L’empire envahi
Les Francs en Gaule
thumb|right|Les royaumes francs en 511
Dès 254 les Alamans avaient traversé le limes romain ravageant la Gaule Belgique pendant que les Francs pillaient la Germanie inférieure. Chargé par l’empereur Gallien de les repousser, Postumus, légat gaulois parfaitement romanisé, se proclama empereur d’un éphémère « Empire des Gaules » à Cologne (vers 260 - vers 269)Petit (1974) . Tout au long du les invasions continueront, repoussées par les armées romaines.
Le commence par une période d'accalmie entre les Romains et les Francs. Mais les hivers particulièrement rigoureux de 405 et 406 font geler le Rhin et le Danube : les Francs rhénans pillent une première fois Trêve alors que les Francs saliens protègent les provinces romaines de Belgique et de GermanieFeffer et Périn (1987), .
Progressivement, Les Francs saliens se regroupent en un seul royaume. Profitant du retrait des troupes romaines de Gaule, Clodion le Chevelu conduit son peuple vers le sud où il s'empare de Tournai et de sa région. Il est cependant arrêté et battu par Flavius Aetius, qui concède aux Francs un fœdus, en faisant ainsi des alliés du peuple romain avec permission de s’installer dans la région. Enrichies par leur service auprès de Rome, certaines grandes familles franques s’installent au pouvoir. L'une d'entre elles, celle de s’impose et fonde la première dynastie franque.
D’abord roi des Francs saliens, son fils Clovis accroît considérablement le territoire dont il hérite à la mort de son père et réussit à unifier une grande partie des royaumes francs dont il sera roi de 481 à 511Grégoire de Tours, Histoire des Francs, , 27.. Il promet de se convertir au christianisme si le dieu des chrétiens lui donne la victoire contre les Alamans à la bataille de Tolbiac (Zülpich près de Cologne); il choisira le christianisme nicéen alors que la plupart des autres chefs francs sont ariensGrégoire de Tour, Histoire des Francs, , 31. Ce baptême constitue le fondement d'une alliance entre l'aristocratie militaire franque et les évêques, généralement issus de l'aristocratie gallo-romaine. En 508, après sa victoire sur les Wisigoths, Clovis reçoit de l'empereur d'Orient le consulatMorrisson (2012) , ce qui marque le maintien des bonnes relations avec l'Empire romain dont Constantinople est dorénavant la seule capitale.
À la suite des conquêtes de Clovis (royaume de Syagrius, Aquitaine) et de ses fils (Bourgogne, Provence), les Mérovingiens règnent sur la plus grande partie de l'ancienne Gaule. Progressivement se fera une fusion entre Gallo-Romains et Francs qui sera complétée au Riché & Pénin (2013) .
Les Vandales en Afrique
thumb|left|Le Royaume des Vandales et des Alains vers 526.
En 429, environ VandalesChiffre avancé par Procope dans ses « Guerres » 3.5.18–19, cité dans Heather (2005) traversèrent d’Espagne vers l’Afrique du Nord sous la conduite de leur roi, GenséricCollins (2000), . Continuant leur progression vers l’est, ils conquirent les régions côtières de l’Algérie et de la Tunisie appartenant alors à l’Empire romain. En 435, l’empereur romain d’Occident réalisant que son armée ne pourrait défaire celle des Vandales leur donna la permission de s’installer dans les provinces de Numidie et de Maurétanie. Ils n’en continuèrent pas moins à attaquer les villes demeurées romaines. En 439, les Vandales capturèrent Carthage, la plus importante ville romaine d’Afrique du nordCollins (2000), . De là ils conquirent les iles voisines (Majorque, la Sicile, la Sardaigne et la Corse), portant un dur coup à l’économie de Rome qui dépendait de la production de grain de ses colonies pour se nourrir.
En 455, les Vandales étaient aux portes de Rome qui ne fut sauvée que par l’intervention du pape Léon le Grand (). Les Vandales s’abstinrent de meurtres et de pillage, mais repartirent en emportant un important butinHeather (2005) . Le sac de Rome ainsi que la piraterie à laquelle se livraient les Vandales en Méditerranée constituaient un grave danger aussi bien pour l’Empire romain d’Occident que pour l’Empire romain d’Orient. En 460, l’empereur Majorien () lança une grande expédition contre les Vandales qui fut défaite à la bataille de Carthagène. Huit ans plus tard, une autre expédition sous le commandement de Basiliscus, composée selon les sources de quelque soldats et de navires fut à nouveau défaiteProcope, De Bello vandalico ; III.6.1.Collins (2000), Ostrogorsky (1983) .
À partir des années 470, les Romains cessèrent leur guerre contre les Vandales et en 476, leur roi Genséric () put conclure une « paix perpétuelle » avec Constantinople, maintenant seule capitale de l’Empire romainConant 2012 . Cette paix devait durer jusqu’en 530 lorsqu’elle fut brisée par JustinienKulikowski (2019) . En 533, Bélisaire est envoyé avec une flotte de soldats à la rencontre de Gélimer. Cette fois, la bataille de Carthage favorise les Byzantins et, l’année suivante, Gélimer doit s’avouer vaincu. L’Afrique du Nord sera transformée en une préfecture byzantine englobant les territoires vandales depuis la Tripolitaine jusqu’aux Baléares, la Corse et la Sardaigne, la Numidie et une partie de la Maurétanie SitifienneMorrisson (2012) Ostrogorsky (1983) .
Les Ostrogoths et les Lombards en Italie
thumb|right|Le royaume lombard d'Aistulf en 756 à son expansion maximale (en gris) et l’Italie byzantine (orange).