La musique électronique est un groupe de genres musicaux dont la particularité est d'être générée essentiellement par des instruments électroniques de type synthétiseurs, claviers ou orgues électroniques, et dans laquelle le son tient une place prépondérante dans le processus de composition. Elle émerge dans les années 1950 lorsque les instruments électroniques se développent, dans le même temps que les techniques de studio pour l'enregistrement et le traitement du son. Avant de pouvoir être générée en temps réel (voire informatique musicale), la musique électronique fait appel aux techniques de studio et d'enregistrement sur bande magnétique, permettant aux compositeurs de manier et combiner les sons, par exemple en confectionnant des boucles répétitives superposées, etc. Des précurseurs ont pu ainsi bénéficier de studios spécialement équipés, comme Pierre Schaeffer pour sa « musique concrète », où la démarche de composition part du matériau sonore, traité et manipulé de façon créative, et non pas de notes écrites sur une partition destinée à être interprétée.
Terminologie Le terme de « musique électronique » est devenu au fil du temps trop large pour désigner un genre musical spécifique. Il part à l'origine des musiques électroacoustiques expérimentales et souvent élitistes de compositeurs ayant reçu une formation académique en conservatoires, universités ou centre de recherches. La démocratisation des instruments électroniques permet la connexion entre cette branche avant-gardiste et la musique populaire, et donc la popularisation d'une musique électronique plus accessible à l'aube des années 1970. Dans les années 1980, les instruments électroniques sont désormais abondamment utilisés dans les productions musicales de toutes catégories (variété, pop, rock, jazz, etc.), ce qui débouche inévitablement sur de nouveaux genres de musique électronique très typés, comme la techno par exemple.
Genres
La musique électronique, en particulier au cours des années 1990, donne naissance à tellement de genres et sous-genres et de styles différents qu'ils sont trop nombreux pour être cités ici. Même si on ne peut parler de frontières rigides ou clairement définies, on peut cependant sommairement identifier de manière non-extensive quelques familles : genres ou styles contemporains : électroacoustique ou acousmatique, musique pour bande, concrète et improvisée ; genres ou styles expérimentaux : krautrock, musique planante, nu jazz, rock progressif, new wave, cold wave, post-rock, industriel, electro, electronica, intelligent dance music et turntablism, witch house ; genres ou styles consacrés à la danse : nu-disco, house, deep house, Chicago house, acid house, techno, techno de Détroit, techno minimale, house progressive, acid techno, EBM, breakbeat, drum and bass, jungle, makina, hardstyle, hardcore, Tekno, Schranz, Hard bounce, Hard groove, Frenchcore, Acidcore, speedcore, hardtechno, tribe, terrorcore, trance, trance psychédélique, garage house, ghetto house, guetto techno, freestyle, new beat, dance, dream house, fidget house, dutch house, jumpstyle, future bass ; genres ou styles dit de chill-out : ambient, downtempo, dub, illbient, trip hop, chillstep.
Histoire Origines
L'idée de concevoir des instruments électriques et électroniques remonte au , elle germe dans l'esprit d'inventeurs désireux d'appliquer au domaine du son et de la musique les innovations technologiques permises par l'électricité. Les premiers instruments ont été le fruit de recherches souvent longues qui visaient à élargir l’instrumentarium orchestral, à créer de nouveaux timbres ou à imiter celui d'instruments existants. Citons pour mémoire : l'electromusical piano et la harpe électrique d’Elisha Gray et Alexander Graham Bell (1876), le de William Duddell (1899), le (ou dynamophone) de Thaddeus Cahill (1900), l’ ou thérémine de Léon Thérémine (1920), l’électrophon ou sphärophon de (1921), et le trautonium (1929). de Friedrich Trautwein et Oskar Sala. Ces instruments de la lutherie électronique naissante tiraient tous parti des tubes électroniques et étaient souvent très encombrants, limités dans leurs possibilités sonores et difficiles à jouer ou utiliser sans bien connaitre la machine, ce qui ne favorisait pas les perspectives commerciales.
Les musiciens les plus curieux se sont intéressés peu à peu à ces nouveaux instruments et les compositeurs se sont mis à écrire des parties spécifiques destinées à être interprétées par ceux-ci, notamment le thérémine dont la transportabilité et la sonorité chantante qui se mariait bien avec les instruments acoustiques classiques constituaient un atout. La compositrice germano-américaine Johanna Magdalena Beyer est considérée comme une pionnière de la musique électronique et synthétique, avec , une des premières compositions pour instruments acoustiques et électroniques en 1938Jean-Yves Leloup, À la découverte des pionnières électroniques, Tsugi magazine, 2009.
En 1939, Hammond crée le Novachord, considéré comme le premier synthétiseur polyphonique au monde.
Studios Au milieu du siècle, les premières recherches musicales expérimentales s'appuient sur le matériel des divers laboratoires de musique et les techniques d’enregistrement radiophoniques qui sont détournés de leur fonction première. C'est à cette époque que se sont constituées dans les studios d'enregistrement et dans les institutions musicales (notamment les radios) des entités spécialisées dirigées par des musiciens techniciens et consacrées à la recherche sonore et la musique électronique. En 1951, Herbert Eimert prend ainsi en charge le studio de musique électronique de la WDR à Cologne ; Pierre Schaeffer transporte son Club d’essai (devenu GRMC, Groupe de Recherche de Musique Concrète) et s’installera en 1958 à la Radiodiffusion-télévision française (R.T.F.) à Paris ; Luciano Berio et Bruno Maderna fondent ce qui, en 1955, deviendra le studio de phonologie de la Radiotelevisione Italiana (RAI) à Milan. Dans les radios européennes, à Stockholm, à Helsinki, à Copenhague et à la BBC à Londres, se mettent aussi sur pied des studios de ce type.
Le BBC Radiophonic Workshop est l’atelier de création sonore de la BBC, où travaillent les compositrices Delia Derbyshire (également directrice adjointe de la BBC) et Daphne Oram. Daphne Oram quittera l'atelier pour créer son propre studio en 1959 The pioneering women of electronic music - an interactive timeline, Amar Ediriwira, 2014, lire en ligne., Oramics Studios for Electronic Composition, où elle développe une machine, Oramics, permettant de générer des sons électroniques, retravaillés par la suite sur bande magnétique.
Aux États-Unis, Vladimir Ussachevsky et Otto Luening débutent également en 1951 les travaux de leur centre rattaché en 1955 à l’Université de Colombia, puis inauguré en 1959 sous le nom de Columbia Princeton Electronic Music Center (C.P.E.M.C.). Les subsides de l’université leur permettent d’acquérir des synthétiseurs RCA. En 1956, après avoir ouvert à New York un studio d'enregistrement sur bande magnétique très couru par les musiciens d'avant-garde, Bebe et Louis Barron produisent la première bande originale de film entièrement composée électroniquement : il s'agit de Planète interdite produit par la Metro-Goldwyn-Mayer (MGM). Des recherches sont également entreprises au studio de sonologie d’Utrecht à partir de 1961, et dans les années 1970 le studio de Stockholm (E.M.S.) réalise des recherches d’interfaces pour musicien (appelées « synthèse hybride »).
Le matériau musical récupéré par ces chercheurs est de plus en plus diversifié et sa maniabilité permet aux compositeurs de se libérer progressivement de son inertie propre. En conséquence, leurs exigences augmentent. Dès les premiers balbutiements de cette expression musicale, les compositeurs se prennent au jeu d’une écriture en conformité avec cette nouvelle technique, qui marierait le plus agréablement possible les critères physiques et les critères esthétiques du matériau sonore devenu musical. Libérée de l'exécution instrumentale en direct, la représentation peut s’attacher à l’effet plus que la source, pour composer en fonction de la phénoménologie du son. C’est pourquoi les compositeurs recherchent la possibilité d’extraire de la technologie une nouvelle liberté d’écriture, une nouvelle liberté de choix dans les éléments constitutifs de l’expression et une prise en compte des problèmes de composition et de leur résolution formelle.
La génération des années 1960 se dégage un peu des tendances de l’écriture musicale d’après-guerre et définit une nouvelle forme musicale liée aux nouveaux instruments pour permettre l’émergence de musiques nouvelles. La synthèse sonore sort également des laboratoires et séduit les institutions publiques et privées tournées vers l’expérimentation musicale. Les compositeurs de la génération des années 1970 seront aidés par le développement commercial et la démocratisation des synthétiseurs et autres instruments électroniques.
Musique électroacoustique
En 1952, Karlheinz Stockhausen compose Konkrete Étude au Club d’Essai de Pierre Schaefer. Mais c’est en 1953 et 1954 qu’il réalise les premières œuvres de musique de synthèse avec Elektronische Studie I et II. À la fin des années 1950, la musique électronique évolue vers un traitement conjoint de sons concrets (musique concrète) et de sons électroniques (musique électronique) pour donner ce qui se nomme dès lors la musique électroacoustique. C'est dans ce contexte que sera créée l'œuvre Gesang der Jünglinge, par Karlheinz Stockhausen, à Cologne le . Cette œuvre mêle des voix d’enfants démultipliées et des sons électroniques dispersés dans l’espace. Elle est conçue pour cinq groupes de haut-parleurs répartis géographiquement et permettant de construire une polyphonie spatialisée. Karlheinz Stockhausen peut-être considéré comme le premier grand compositeur de musique électronique. Il a exercé une grande influence sur les compositeurs des générations suivantes, et beaucoup de musiciens de pop music se réclament de lui.
Pierre Henry est un compositeur français de musique électroacoustique né le à Paris. Il est connu du grand public pour le morceau Psyché Rock de la suite de danses Messe pour le temps présent. Ce morceau, plus accessible au grand public du fait de sa partie instrumentale rock, n'est toutefois pas forcément représentatif de son œuvre musicale, ou de son approche musicale en général.
Des années 1950 aux années 1980 vignette|Moog Modular de 1964.
Les années 1954-1955 marquent une des premières étapes importantes vers un nouveau procédé de production musicale électronique : la commande directe en temps réel d’un équipement de synthèse sonore qui annonce les premiers véritables synthétiseurs () : le RCA suivi en 1958-1959 par le . Ces appareils sont imaginés et construits par Harry F. Olson et Herbert Belar. Ils équiperont par la suite le studio de l'C.P.E.M.C. où Milton Babbitt, qui avait obtenu des crédits élevés par l'Université, les adoptera pour créer et développer sa technique d’écriture complexe et mathématisée ( et pour soprano et sons de synthèse composés en 1961 et en 1964). D'autres projets entre chorégraphe et compositeur sont créés tels qu'en 1942 le ballet de Merce Cunningham sur la musique de John Cage. En 1960 à Stony Point, John Cage compose , une des premières œuvres de musique électronique jouée en direct. Des têtes de lecture de phonographes étaient utilisées comme transducteurs pendant la production de l’œuvre et non plus par l’intermédiaire de l’enregistrement sur bande.