La (dite aussi neurotica) est une première théorie de Sigmund Freud, que celui-ci a élaborée entre 1895 et 1897, dans les débuts de la psychanalyse. Elle aura surtout permis à Freud de faire l'hypothèse du refoulement dans l'inconscient, au contact notamment des personnes hystériques.

L'abandon par Freud de la théorie de la séduction en marque « la naissance de la psychanalyse » (comme on a pu dire), avec le passage à la théorie du fantasme et la reconnaissance de la réalité psychique, d'une autre facture que la réalité matérielle.

Psychonévroses, Études sur l'hystérie, « cas Emma »

La théorie de la séduction (dite aussi neurotica : d'après une note dans les Libres Cahiers pour la psychanalyse sur la lettre du 21 septembre 1897, où Freud confie à Fliess qu'il ne croit plus à sa / ses neurotica, .Sigmund Freud, « Lettre à Wilhelm Fliess »,Libres Cahiers pour la psychanalyse, 2002/2 (N°6), . DOI : 10.3917/lcpp.006.0011. ) est formulée en 1896, puis abandonnée en 1897 par FreudLes Grands dossiers des Sciences Humaines 21.. Elle apparaît dans les Études sur l'hystérie, ouvrage publié par Freud et Breuer en 1895, et concerne la genèse de cette affection, l'hystérie. thumb|left|upright=0.7|Sigmund Freud élabore la théorie de la séduction entre 1895 et 1897 thumb| upright=0.5|Études sur l'hystérie, 1895 La théorie freudienne de la séduction fut exposée publiquement pour la première fois le dans un article intitulé « L'Hérédité et l'étiologie des névroses », paru dans La Revue NeurologiqueSigmund Freud,« L'Hérédité et l'étiologie des névroses », in OCF.P volume III 1894-1899, Paris, PUF, 1989, , ., périodique français, en hommage à Charcot et à ses disciples. Les mots « psychanalyse » et « psychonévrose » y sont mentionnés pour la première fois.

Durant cette brève époque des années 1895-1897, où il professe la théorie de la séduction, Freud considère que la cause des psychonévroses (l'hystérie et la névrose obsessionnelle) est une séduction sexuelle dont la patiente ou le patient aurait été victime avant la pubertéYvon Brès, « Avant la sexualité infantile » dans : « Freud au ras des pâquerettes. Une psychanalyse psycho-neurologique ? », Psychanalyse à l'université , , 1994, . En intitulant son article « Freud au ras des pâquerettes », Yvon Brès se propose d'éclairer non pas toute l'œuvre de Freud, , à savoir la théorie des névroses actuelles plus négligée des psychanalystes et historiens de Freud, lesquels, selon lui, s'intéressent bien davantage aux psychonévroses de défense..

L'abus sexuel réel Quand il construit cette première théorie entre 1895 et 1897, Freud est d'avis que . Il s'appuie autant sur une réalité socialeDans son ouvrage critique de l'abandon par Freud de sa première théorie, intitulé dans sa réédition en 2012 Enquête aux archives Freud, des abus réels aux pseudo-fantasmes, Jeffrey Moussaieff Masson rapporte () que pendant son séjour à Paris et en suivant les cours de Jean-Martin Charcot sur l'hystérie, du au , Freud avait suivi les conférences et assisté aux autopsies de Brouardel à la morgue de Paris sur des cas de viol et d'assassinat d'enfants ou de violence sexuelle accompagnée de violence physique. que sur sa clinique : dans les familles, dans la rue parfois, des enfants peuvent être victimes de viols de la part des adultes, et le souvenir de ces traumatismes est si pénible qu'il est le plus souvent oublié, dénié ou refoulé.

L'hypothèse du refoulement Dans sa clinique, en écoutant des femmes hystériques, Freud est amené à cette époque à bâtir sa première hypothèse du refoulement et de la causalité sexuelle de l'hystérie sur la théorie d'une séduction ayant eu lieu de fait : c'est parce que ces femmes hystériques qui sont ses patientes ont été réellement séduites qu'elles sont atteintes de troubles névrotiques, pense-t-il. Il émet alors des doutes sur , le sien compris (Jacob Freud), et sur lui-même quant à des vis-à-vis de ses filles.

Le « cas Emma » et le traumatisme en deux temps : l'après-coup L'après-coup hystérique, révélé généralement par un événement plus anodin dans l'adolescence, montrait le retour traumatique d'une séduction de fait par un adulte, qui se trouvait ainsi sexualisée au moment de la puberté de la jeune fille au niveau de son refoulement dans le psychisme. L'exemple du cas d'« Emma » (exposé dans L'EsquisseLe « cas Emma » est consigné dans la deuxième partie de L'Esquisse (écrit en 1895) intitulée « Psychopathologie » où il est question de la « psychopathologie de l'hystérie » (dans La naissance de la psychanalyse).) est le plus illustratif de ce « traumatisme en deux temps » : Il va donner lieu pour Freud à un développement théorique sur le refoulement hystérique et à la notion de « proton pseudos » ou « premier mensonge hystérique »Freud, « Psychopathologie de l'hystérie », dans La naissance de la psychanalyse [titre de l'éditeur], Paris, P.U.F., 1956, éd. 1985, ..

Lettres à Wilhelm Fliess, L'Interprétation du rêve thumb|left|upright=0.6|Freud et Fliess, 1890

La relation avec Fliess La relation avec Wilhelm Fliess va progressivement se révéler déterminante dans la renonciation de Sigmund Freud à sa première théorie (la théorie de la séduction), et dans l'invention du fantasme qui accompagne cette renonciation. Freud empruntera à son ami ses thèses sur la bisexualité en les transformant, et la correspondance avec Fliess montre aussi, au travers de , comment il élabore ses premières hypothèses sur l'hystérie, la névrose et l'Œdipe.

Fliess, qui s'est spécialisé au cours de ses études de médecine en oto-rhino-laryngologie, est en effet l' : il met en relation la muqueuse nasale et les activités génitales et pense que ; il remarque par ailleurs .

Le rêve de l'injection faite à Irma

thumb|upright=0.6|Emma Eckstein Dans L'Interprétation du rêve, à travers l'interprétation du rêve de Freud « L'injection faite à Irma » Freud fait ce rêve en 1895, dans la nuit du 23 au , durant ses vacances et alors qu'il séjournait à la Villa Bellevue dans les environs de Vienne., où Emma Eckstein apparaîtrait en tant qu' « élément diurne » dans l'image composite du personnage d' Irma, revient le fait que Wilhelm Fliess avait avec cette patiente de Freud, . D'après Roger Perron, le rêve princeps de l'injection faite à Irma , où son ami Wilhelm Fliess, qui figure à l'arrière-plan du rêve, joue un rôle important.

L’abandon de la théorie de la séduction

C'est dans une lettre à Wilhelm FliessLettre 69 du 21 septembre 1897 de , appelée par Jean LaplancheAccuser réception, Dominique Scarfone, Libres cahiers pour la psychanalyse 2002/2 (n°6), , que Freud remet en question sa première théorie jugée invérifiable dans la réalité, en parlant de l'abandon de sa neurotica à son ami et correspondant. Il est habituel de considérer que cet abandon représente l'un des moments fondateurs de la construction de la théorie psychanalytique et de l'abandon du modèle neurologique, .

Cependant, . Il centre son attention par la suite sur la « scène primitive », c'est-à-dire sur l'observation réelle ou fantasmée par l'enfant des rapports sexuels entre les parents. Selon Roger Perron, continuera chez Freud de faire l'objet d'une interrogation constante.

L'abandon par Freud de sa neuroticaLettre à Wilhelm Fliess du 21 septembre 1897 : (in La naissance de la psychanalyse, Paris, PUF, 1956, ). a donné lieu à une abondante littérature. Le philosophe Yvon Brès distingue trois périodes : 1) Autour de 1970, un grand nombre de psychanalystes et de philosophes, le plus souvent français, ont fait de l'abandon de la théorie de la séduction, , c'est-à-dire et selon eux, . 2) La réaction se fait jour autour de 1980 et prend selon Brès : Freud est soupçonné d'avoir eu (Mary Balmary, L'homme aux statues, 1979 ; Marianne Krüll, Freud und sein Vater, Munich, 1979, trad. française Sigmund fils de Jacob, 1983 ; Jeffrey Moussaieff Masson, The Assault on Truth, New York, 1984, trad. franç. Le réel escamotéYvon Brès rapporte que page 142, et page 152 dans la traduction française chez Aubier, Masson suspecte Wilhelm Fliess d'avoir abusé de son propre fils.) ; 3) Dans une troisième période, poursuit Yvon Brès, : Freud n'aurait pas cessé de s'intéresser aux souvenirs traumatiques oubliés, il aurait . En 1994, Yvon Brès considère que .

Ferenczi et la réalité du traumatisme infantile thumb|upright=0.6|left|Sándor Ferenczi redonne au traumatisme infantile toute son importance. Alors que Freud a envisagé une troisième voie, entre réalité du trauma et fantasme, c'est-à-dire le refoulement de la représentation après-coup, Sándor Ferenczi propose quant à lui de redonner de l'importance au traumatisme infantile.

Dans « Confusion de langue entre les adultes et l’enfant. Le langage de la tendresse et de la passion » (1933), Ferenczi distingue radicalement entre chez certains adultes séducteurs, qui recherchent l'excitation génitale et la violence dominatrice.

Continuation de la théorie de la séduction

D'après Dominique Bourdin, Freud semble renoncer à cette théorie, mais continue de postuler l'idée de séduction« L’œuvre freudienne revient sans cesse, en même temps que sur les constructions fantasmatiques, sur l'idée d'une séduction traumatique, » in: La psychanalyse de Freud à aujourd'hui: histoire, concepts, pratiques, par Dominique Bourdin. 251, Éditions Bréal, 2007. comme origine des troubles psychiques ou névrotiques. Pour Yves-Hiram Haesevoets, il s'agirait ainsi d'une relégation, plus que d'un abandon«...Freud relègue sa théorie de la séduction traumatique au profit de celle de l'imaginaire œdipien...» in: L'enfant victime d'inceste: De la séduction traumatique à la violence sexuelle, par Yves-Hiram Haesevoets, De Boeck Supérieur, 2003, 31.

Peter Gay souligne que deux semaines après la lettre à Fliess où il déclare son abandon, Freud lui en écrivait une autre où il se déclare tout à fait prêt à croire au récit d'une patiente qui témoigne d'avoir été violée par son père à l'âge de deux ans ; trois mois plus tard, il lui écrit encore pour affirmer sa « confiance dans l'étiologie liée au père », en 1924, Freud insiste toujours sur la part de vérité de ses premiers travaux Peter Gay, 1988, Freud, une vie, Paris, Hachette, trad. Tina Jolas, p. 111-112.. Tabin Johanna Krout Tabin, "Freud's Shift From the Seduction Theory: Some Overlooked facts, Psychoanalytic Psychology, 1993, 10:291-297 , Lothane "Freud's Alleged Repudiation of the Seduction Theory Revisited: facts and Fallacies", Psychoanalytic Review, 2001, 88: 673-723 ou Lynn David J. Lynn, 1993, « L’analyse par Freud d’un homme psychotique, A.B., entre 1925 et 1930 », Filigrane, Québec, 2007, vol. 16, n° 1, pp. 110-123; Psychologie Clinique, Paris, 2008, n° 26, pp. 101-116, trad. Prado de Oliveira , sont du même avis que Peter Gay . Ainsi, Lynn affirme que Freud est très attentif à la séduction infantile dans sa conduction de l'analyse de son patient, A.B., ce qui porterait à relativiser la portée de l’idée généralement admise de sa "neurotica".

La théorie de la séduction généralisée (Jean Laplanche)

En 1987, dans Nouveaux fondements pour la psychanalyse. La séduction originaire, Jean Laplanche pose la théorie de la séduction généralisée, par laquelle il reformule la théorie de la séduction de Freud en lui donnant une plus grande ampleur . Dans la conclusion de son ouvrage sur l' Histoire secrète de la séduction sous le règne de Freud, la psychanalyste Jacqueline Lanouzière écrit qu' Jacqueline Lanouzière, Histoire secrète de la séduction sous le règne de Freud, Paris, P.U.F., 1991, ..

Notes et références

Notes

Références

Voir aussi Bibliographie

Textes de référence Sigmund Freud, « L'Hérédité et l'étiologie des névroses », in OCF.P volume III 1894-1899, Paris, PUF, 1989, , .