Le Festival de Pâques de Salzbourg (Salzburger Osterfestspiele)Festspiele est un pluriel, il est donc correct, si l'on emploie le nom allemand, de parler des Salzburger Osterfestspiele. est un festival d'opéra et de musique classique créé en 1967 par le chef d'orchestre autrichien Herbert von Karajan, et qui a lieu tous les ans au temps de Pâques à Salzbourg (Autriche).
Il est très intimement lié à l'Orchestre philharmonique de Berlin, qui en assure tous les concerts et ne se produit en fosse qu'à cette occasion, et est également associé au Festival de Salzbourg, dont il est indépendant mais avec qui il partage le Grand Palais des festivals et coproduit certains opéras.
Historique Origines Le Festival de Pâques de Salzbourg est né de la volonté du chef d'orchestre Herbert von Karajan d'établir un mode de production d'opéra grâce auquel il pourrait contrôler chaque aspect de la représentation. En désaccord artistique profond avec Wieland Wagner au Festival de Bayreuth, il renonce en 1952 à s'y produire, après deux saisons seulement. En 1957, il devient directeur de l'Opéra d'État de Vienne, où il montera plusieurs opéras de Richard Wagner (L'Anneau du Nibelung, Tannhäuser, Parsifal), mais la mauvaise organisation de l'Opéra (grèves, conflits internes, problèmes de coordination, etc.) perturbent ses activités et le poussent en 1964 à rejoindre la longue série des directeurs démissionnaires, étant tout de même resté en poste vingt jours de moins que Gustav Mahler, détenteur du record.
Il prend la décision de ne plus diriger de maison d'opéra traditionnelle, mais ne renonce pas à trouver un endroit susceptible de lui permettre de monter les grands opéras de son répertoire, et en premier lieu ceux de Wagner, dans les meilleures conditions possibles et avec le contrôle total de la production. Il songe d'abord au Grand Théâtre de Genève, mais en 1965, pendant une répétition de la scène de la révolution de Boris Godounov au Grand Palais des festivals de Salzbourg, il prend conscience face à la large scène que cette salle correspond aux besoins de son projet.
Karajan a à de nombreuses reprises raconté que le budget du premier festival a été établi dans un avion de Genève à Stockholm, en compagnie du directeur artistique de ses enregistrements, Michel Glotz, avec une marge d'erreur de cinq mille dollars seulementRien ne permet de vérifier l'exactitude de l'anecdote ; voir par exemple Herbert von Karajan, Histoire de ma vie, Carrère et Vertiges du Nord, Paris, 1988, p. 135-136. Une société est créée le ; elle ne doit recevoir aucune subvention et se financer par sa billetterie et par le mécénat, Karajan lui-même ne recevant aucun salaire. Voir la section Statut et financement.
La création du Festival de Pâques de Salzbourg est annoncée lors d'une conférence de presse pendant les Berliner Festwochen 1966. Le premier festival doit avoir lieu l'année suivante, avec une Walkyrie de Wagner qui marquera le début d'un Anneau du Nibelung sur quatre saisons.
L'ère Karajan Dès ses premières années, l'opération est un succès, et attire une élite internationale et habituée des grands festivals. Le festival s'ouvre la veille du dimanche des Rameaux avec une représentation de l'opéra, et se termine le lundi de Pâques. Il est organisé en deux cycles identiques, chaque cycle comprenant deux concerts symphoniques, une grande œuvre chorale, et une représentation de l'opéra. Une troisième représentation de l'opéra est parfois donnée hors cycle.
Le festival reste centré sur Herbert von Karajan. Karajan, dans sa ville natale, à proximité de laquelle il habite, dans une salle dont il a influencé la conception, avec l'orchestre dont il est directeur musical à vie, avec des chanteurs choisis par lui, dans sa propre mise en scène, dirige des productions d'opéra dont il contrôle chaque aspect. Son biographe Roger Vaughan rapport qu'il Roger Vaughan, Karajan, traduction par Guillaume Monsaingeon, Belfond, Paris, 1988, p. 39
Les opéras Le Ring de 1967–1970, enregistré par Deutsche Grammophon, se fait une bonne place dans les discographies ; on a qualifié de « tétralogie de chambre » ces enregistrements dans lesquels Karajan s'efforce d'alléger la masse orchestrale et de laisser respirer les chanteurs. Certaines voix ont fait date, d'autres ont été critiquées pour leur difficulté à remplir le rôle : Jon Vickers était Siegmund, Martti Talvela était Hunding, Gundula Janowitz Sieglinde et Gutrun, Thomas Stewart et Dietrich Fischer-Dieskau Wotan, Régine Crespin et Helga Dernesch Brünnhilde, Josephine Veasey Fricka, Gerhard Stolze Loge, Zoltán Kelemen Alberich, Karl Ridderbusch Fafner et Hagen, Jess Thomas et Helge Brilioth Siegfried.
La programmation de cette période est dominée par Wagner, dont tous les opéras seront montés – sauf Tannhäuser, faute d'un chanteur adéquat pour le rôle-titre : En 1972, Tristan et Isolde, avec Jon Vickers en Tristan, Helga Dernesch en Isolde, Karl Ridderbusch en Marke, Walter Berry en Kurwenal et Christa Ludwig en Brangäne. En 1974, Les Maîtres Chanteurs de Nuremberg, avec Karl Ridderbusch en Sachs, René Kollo en Walter, Peter Schreier en David et Gundula Janowitz en Eva. En 1976, Lohengrin, avec Karl Ridderbusch en Henri l'Oiseleur, René Kollo en Lohengrin, Anna Tomowa-Sintow en Elsa et Siegmund Nimsgern en Telramund. En 1980, Parsifal, avec Peter Hofmann en Parsifal, José van Dam en Amfortas, Kurt Moll en Gurnemanz et en Klingsor. En 1982, Le Vaisseau fantôme, avec José van Dam en Hollandais.
S'y joignent quelques Verdi et Puccini, ainsi que l'unique opéra de Beethoven : En 1971, Fidelio de Beethoven, avec Jon Vickers en Florestan, Helga Dernesch en Leonore, José van Dam en Fernando, Zoltán Kelemen en Don Pizarro, Karl Ridderbusch en Rocco et Edith Mathis en Marzelline. En 1975, La Bohème de Puccini, avec Luciano Pavarotti en Rodolfo et Mirella Freni en Mimi. En 1977, Le Trouvère de Verdi, avec Piero Cappuccilli en Luna, Leontyne Price en Leonore, Fiorenza Cossotto en Azucena et José van Dam en Ferrando. En 1979, Don Carlos de Verdi, avec José Carreras en Don Carlo, Nicolai Ghiaurov en Philippe II, Piero Cappuccilli en Rodrigue, José van Dam en Charles Quint, Mirella Freni en Élisabeth de Valois et Agnes Baltsa en Eboli.
Dans les dernières années sont montés des opéras populaires : En 1985, Carmen de Bizet, avec Agnes Baltsa en Carmen, José Carreras en José, José van Dam en Escamillo et le Ballet espagnol de Madrid. En 1987, Don Giovanni de Mozart, avec Samuel Ramey en Giovanni, Ferruccio Furlanetto en Leporello, Anna Tomowa-Sintow en Anna, Julia Varady en Elvira et Kathleen Battle en Zerlina. Eb 1988, Tosca de Puccini, avec Fiamma Izzo d'Amico en Tosca, Luis Lima en Cavaradossi et Franz Grundheber en Scarpia.
Jusqu'à sa mort en 1989, Karajan signe toutes les mises en scène – à l'exception de La Bohème de 1975, par Franco Zeffirelli, et du Don Giovanni de 1987, par . Les décors sont réalisés par son décorateur attitré, Günther Schneider-Siemssen, et les costumes par Georges Wakhevitch. Ses mises en scène sont généralement littérales, ou au mieux esthétisantes ; Karajan rejette toute réinterprétation ou tout radicalisme, qu'il considère comme une dénaturation de l'œuvre, et s'en tient aux indications du compositeur. Dans la querelle classique du monde lyrique sur le prédominance de la musique ou du théâtre, il tranche nettement en faveur de la musique, dont doit naître la mise en scène ; la direction d'acteurs est sobre, voire statique : Herbert von Karajan, Histoire de ma vie, Carrère et Vertiges du Nord, Paris, 1988, p. 140 Certains décors néoromantiques – le Ring, Parsifal – font un pas vers le dépouillement intemporel de Wieland Wagner à Bayreuth, dont Karajan est cependant très critique ; d'autres – Carmen, Les Maîtres Chanteurs – tentent de reconstituer avec réalisme le lieu historique de l'action.
Les concerts Les concerts symphoniques reflètent les programmes de la saison de l'Orchestre philharmonique de Berlin et reprennent les grandes œuvres du répertoire de Karajan, avec Bach, Mozart, Beethoven, Brahms, Dvořák, Tchaïkovski, Bruckner, Stauss, et jusqu'à Debussy, Ravel, Bartók ou Stravinsky. Lorsque Karajan fait entrer Mahler à son répertoire dans les années 1970, les symphonies répétées à l'automne et présentées à la Philharmonie de Berlin en janvier ou février sont reprises au Festival de Pâques.
L'œuvre chorale mise au programme chaque année est une grande œuvre populaire tirée des répertoires baroque, classique ou romantique, comme la Messe en si mineur (1974) ou la Passion selon Matthieu (1977) de Bach, La Création de Haydn (1969, 1981), la Missa solemnis (1967, 1979) ou la Neuvième Symphonie (1984) de Beethoven, Un Requiem allemand de Brahms (1968, 1978, 1983, 1988), le Requiem de Verdi (1976, 1989). Sa programmation est souvent l'occasion d'un enregistrement. Le chœur invité est la plupart du temps le Singverein der Gesellschaft der Musikfreunde in Wien.
Dans les années 1980, Karajan, malade et fatigué, partage les concerts avec un chef invité, Klaus Tennstedt en 1984, Riccardo Chailly en 1985, Carlo Maria Giulini en 1986 et 1987, Kurt Masur en 1988 et Georg Solti en 1989.
Mode de production Le travail pour chaque production afin de permettre aux chanteurs et aux musiciens de se préparer avec beaucoup d'avance et dans les meilleures conditions possibles. Les chanteurs se réunissent à Berlin en décembre et répètent l'opéra qu'ils chanteront à Pâques, les premières années à la Jesus-Christus-Kirche, plus tard à la Philharmonie de Berlin. Un enregistrement est réalisé dans la foulée, avec tout le soin que permet l'avance ; parfois il aura même été réalisé plus d'un an auparavant, la distribution étant reprise pour la production scénique.
Orchestre et chanteurs se retrouvent à Salzbourg peu de temps avant le début du Festival et répètent la mise en scène, tout en reprenant et en perfectionnant le travail purement musical fait quelques mois auparavant. Ils sont obligés par contrat de rester à Berlin pendant les répétitions musicales et à Salzbourg pendant les répétitions scéniques.
Ce système cumule plusieurs avantages : L'interprétation de Pâques bénéficie de la perfection d'un enregistrement en studio, rarement atteinte lors de la première soirée d'une production si l'enregistrement a lieu après la période des représentations. Karajan procédera de même à Berlin pour des œuvres orchestrales, qu'il enregistrait avant de les programmer en concert. La période de préparation plus longue permet au chanteur de retravailler leur rôle et se corriger. De plus, ils se concentrent en décembre sur la musique et au printemps sur leur jeu. Entretemps, ils peuvent se préparer en écoutant les bandes de l'enregistrement plutôt qu'avec un répétiteur au piano, facteur d'incertitude. L'enregistrement est monté dans les premières semaines de l'année et peut être mis en vente à Pâques, le coffret et le festival bénéficiant ainsi d'une publicité réciproque. Une partie des frais de répétition de la production est prise en charge par la maison de disques.
Certains opéras seront des coproductions, par exemple avec le Metropolitan Opera de New York pour La Walkyrie de 1967 et L'Or du Rhin de 1968.
Le renouvellement avec Abbado et Rattle Après la mort de Karajan en , s'ouvre un interrègne de quatre années. Kurt Masur dirige Fidelio en 1990, le Gewandhausorchester Leipzig remplaçant exceptionnellement les Philharmoniker, et Bernard Haitink Les Noces de Figaro en 1991. Georg Solti est brièvement directeur artistique de 1992 à 1993, et dirige La Femme sans ombre et Falstaff.