La tuerie de l'École polytechnique est une tuerie en milieu scolaire ayant eu lieu le à l'École polytechnique de Montréal, au Québec (Canada). Marc Lépine, âgé de , ouvre le feu sur vingt-huit personnes, tuant quatorze femmes et blessant quatorze autres personnes (dix femmes et quatre hommes), avant de se suicider. Cet assassinat est perpétré en moins de vingt minutes à l'aide d'une carabine obtenue légalement.

Il s'agit de la tuerie en milieu scolaire la plus meurtrière de l'histoire du Canada et d'une tuerie à caractère politique, puisque le tueur a déclaré à la fois à voix haute ainsi que dans les lettres retrouvées sur lui qu'il souhaitait tuer des féministes.

Déroulement Le , peu après , Marc Lépine arrive à l'École polytechnique de Montréal armé d'une carabine et d'un couteau. Il connait les lieux, il y est venu au moins sept fois la semaine précédant l’événement.

Lépine s'est assis plusieurs minutes dans le bureau d'enregistrement situé au deuxième étage. Il est aperçu fouillant dans un sac en plastique, ne parlant à personne, même lorsqu'un membre du personnel lui a offert son aide. Il quitte le bureau et est ensuite vu dans d'autres parties du bâtiment, avant d'entrer dans une classe d'ingénierie mécanique au deuxième étage. Cette classe est composée, vers , d'environ soixante étudiants. Après s'être approché de l'étudiant qui effectue une présentation, il demande à tout le monde d'arrêter ce qu'ils font. Puis, il ordonne aux hommes et aux femmes de se séparer en deux groupes distincts de chaque côté de la salle. Croyant à une blague, personne ne bouge sur le moment, jusqu'à ce que Lépine tire un coup de feu au plafond..

Il sépare alors les neuf femmes de la cinquantaine d'hommes présents et ordonne à ceux-ci de partir.. Il demande ensuite aux femmes restantes si elles savent ou non pourquoi elles sont là, et lorsqu'une d'elles répond , il réplique : L'étudiante Nathalie Provost répond :

Ce à quoi Lépine rétorque :

Il ouvre ensuite le feu sur les étudiantes de gauche à droite, en tuant six et en blessant trois, dont Nathalie Provost. Avant de quitter la salle, il écrit le mot deux fois sur le projet d'un étudiant.

Lépine continue son attaque dans le couloir du deuxième étage et blesse trois étudiants avant d'entrer dans une autre salle, où il tente, à deux reprises, de tuer une étudiante. Conscient qu'il est arrivé à court de munitions, il entre dans l'escalier de secours pour recharger son arme. Il retourne ensuite vers la salle qu'il a quittée, mais les étudiants ont déjà bloqué la porte. Ne parvenant pas à la déverrouiller malgré ses trois coups tirés sur celle-ci, il se déplace le long du couloir, tirant sur ceux qu'il croise. Il blesse une personne avant de se rendre vers le bureau du service financier, où il tue une femme d'une balle tirée à travers la vitre de la porte qu'elle vient juste de verrouiller.

Il se rend ensuite dans la cafétéria du premier étage, dans laquelle une centaine de personnes sont rassemblées. Les employés de la cafétéria ont fermé la grille des cuisines de sorte que la plupart des étudiants (certains n'étant même pas de Polytechnique) n'ont pas d'autre choix que de courir la longueur de la cafétéria vers les sorties, une ligne de visée parfaite pour Lépine. Une femme joue la morte sur le plancher et il tire sur la femme à côté de celle-ci.

La foule se disperse après que Lépine tue une femme se trouvant près de la cuisine et blesse un autre étudiant. Puis, en entrant dans une pièce de stockage, il tue deux femmes qui s'y sont réfugiées. Il ordonne par la suite à des étudiants cachés sous une table de se montrer. Ceux-ci acceptent et sont ainsi épargnés.

vignette|redresse=0.9|gauche|Extérieur de l'École polytechnique de Montréal. vignette|redresse=0.9|La salle de classe du troisième étage de l'École polytechnique où l'attaque se termina.

Lépine monte alors par un escalier mécanique au troisième étage, et dans le couloir, blesse une femme et deux hommes. Il entre ensuite dans une classe et demande aux trois étudiants effectuant une présentation de , tout en blessant Maryse Leclair qui se tient sur la petite estrade à l'avant de la classe. Il ouvre le feu sur la première rangée, tuant deux femmes tentant de s'échapper, tandis que les autres plongent sous leurs bureaux. Lépine tire par la suite vers quelques étudiantes se tenant là, blessant trois d'entre elles et en tuant une autre. Il recharge son arme et se rend, à nouveau, à l'avant de la classe, tirant par intermittence dans toutes les directions. À ce moment, Maryse Leclair, blessée, demande de l'aide. Lépine avance vers elle et, après avoir dégainé son couteau de chasse, la poignarde à trois reprises, l'achevant. Il enlève alors sa casquette, entoure son arme de son manteau, et s'exclame : , avant de se suicider d'une balle dans la tête, une vingtaine de minutes après avoir commencé son massacre.

Selon le rapport du légiste, il lui reste encore 60 cartouches dans la boîte qu'il a transportée. Lépine vient de tuer quatorze jeunes femmes, douze étudiantes en ingénierie, une étudiante infirmière et une employée de l'université, et de blesser quatorze autres personnes, dont dix femmesLe rapport de la coroner (section « 1.2 Circonstances ») détaille où se situaient les quatorze personnes au moment où elles ont été blessées...

Victimes droite|redresse=0.9|vignette|Nef pour quatorze reines de Rose-Marie E. Goulet, place du 6-Décembre-1989, mémorial marquant la tuerie de Polytechnique, situé dans le quartier Côte-des-Neiges/Notre-Dame-de-Grâce à Montréal.

Les quatorze femmes assassinées. :

Geneviève Bergeron (née en 1968, 21 ans), étudiante en génie mécanique ; Hélène Colgan (née en 1966, 23 ans), étudiante en génie mécanique ; Nathalie Croteau (née en 1966, 23 ans), étudiante en génie mécanique ; Barbara Daigneault (née en 1967, 22 ans), étudiante en génie mécanique ; Anne-Marie Edward (née en 1968, 21 ans), étudiante en génie chimique ; Maud Haviernick (née en 1960, 29 ans), étudiante en génie métallurgique ; Barbara Klucznik-Widajewicz (née en 1958, 31 ans), étudiante en sciences infirmières (Université de Montréal) ; Maryse Laganière (née en 1964, 25 ans), employée de Polytechnique, service des finances ; Maryse Leclair (née en 1966, 23 ans), étudiante en génie métallurgique ; Anne-Marie Lemay (née en 1967, 22 ans), étudiante en génie mécanique ; Sonia Pelletier (née en 1961, 28 ans), étudiante en génie mécanique ; Michèle Richard (née en 1968, 21 ans), étudiante en génie métallurgique ; Annie St-Arneault (née en 1966, 23 ans), étudiante en génie mécanique ; Annie Turcotte (née en 1969, 20 ans), étudiante en génie métallurgique.

En plus, quatorze personnes sont blessées.

Au moins quatre personnes se suicident à la suite de cet événement..

Tireur

Né d'une mère québécoise et d'un père algérien, Marc Lépine est victime de sévices physiques perpétrés par son père durant son enfance.

Armes du crime Lépine a acheté le une carabine dans un magasin de Montréal prétextant vouloir l’utiliser pour la chasse au petit gibier.... Le chargeur a une capacité de 30 balles ; la loi sera plus tard modifiée pour les carabines semi-automatiques afin d'interdire plus de cinq balles par chargeurhttps://www.rcmp-grc.gc.ca/fr/armes-a-feu/capacite-maximale-autorisee-des-chargeurs. Il possède aussi sur lui, le jour du drame, un couteau de chasse dont il fait usage.

Lettre d'adieu La poche interne de la veste de Marc Lépine contient sa lettre de suicide ainsi que deux autres lettres destinées à des amis, toutes datées du jour du massacre. Des détails concernant cette lettre sont révélés par la police deux jours après les événements, mais le texte complet n'est pas divulgué. Les médias essayent, en vertu d'une loi canadienne, de forcer la police à diffuser cette lettre, sans succès. Un an après le massacre, un communiqué de trois pages concernant Marc Lépine est divulgué à la journaliste et féministe Francine Pelletier. Il spécifie que la lettre de suicide de Lépine revendique des motifs politiques à ses actes et accuse les féministes d'avoir ruiné sa vie.. La lettre comprend une liste de dix-neuf femmes québécoises, considérées comme féministes, qu'il veut présumément tuer, mais n'aurait pas eu le temps. La liste inclut Francine Pelletier elle-même, tout comme une politicienne, une personnalité télévisuelle, une leader d'opinion et six autres policières qui attirent l'attention de Lépine en jouant dans la même équipe de volley-ball.

La lettre (sans la liste de femmes) est finalement publiée dans le journal La Presse, dans lequel Pelletier est alors éditorialiste. Lépine écrit qu'il se considère comme rationnel et qu'il tient les féministes responsables d'avoir ruiné sa vie. Il met en exergue les raisons de l'attaque, comme la colère envers les féministes qui cherchent à Il mentionne aussi Denis Lortie, membre des Forces armées canadiennes qui avait tué trois fonctionnaires et blessé treize autres dans une attaque à main armée à l'Assemblée nationale du Québec, le . Le texte de la lettre est depuis lors disponibleLettre de suicide de Lépine..

Intervention policière Dans les jours suivants, l’intervention policière est critiquée par des survivantes. , déclare Claude Hamel, un psychologue de l'Université de Montréal rencontrant plusieurs des étudiants en état de choc.

L'escouade d'intervention tactique, communément appelée le GTI (groupe tactique d'intervention), arrive à l'école environ une heure après que Lépine se suicideLa Presse canadienne, « La police a été lente, estiment des rescapés », La Presse, , p. A3..

Lysiane Gagnon, chroniqueuse à La Presse, critique le silence du service de police de la communauté urbaine de Montréal (SPCUM), aujourd'hui appelé service de police de la Ville de Montréal.

Le , Saint-Germain reconnait que plusieurs « lacunes » et « défaillances » ont marqué l'intervention policière le soir de la tuerie dans un rapport qu'il présente au comité exécutif de la Communauté urbaine de Montréal (CUM). , a dit Saint-Germain, en précisant que

Le rapport, qui contient les conclusions de l'enquête interne du SPCUM, indique que la fusillade a éclaté à , dans un local du deuxième étage de Polytechnique. Le premier appel au centre d'urgence de la police est reçu à . Trois minutes et demie plus tard, l'appel est transmis à deux auto-patrouilles, qui arrivent sur les lieux à . C'est à , soit cinq minutes après l'arrivée des policiers, que Lépine se suicide. Et c'est à , soit neuf minutes après que tout soit terminé, que la police et les ambulanciers entrent dans Polytechnique.

Le rapport indique donc qu'il se passe entre l'arrivée des policiers et la décision d'investir l'immeuble. Et que pendant les cinq minutes suivant l'arrivée de la police, Lépine continue à semer la mort dans les locaux de Poly. Saint-Germain est cependant d’avis qu’il est impossible pour la police d'intervenir assez vite pour sauver ne serait-ce qu'une vie. Le rapport révèle également que l'opération policière est mal coordonnée et qu'il y a plusieurs lacunes au plan de la communication, de la supervision et de la sécurité.

Ainsi, lorsque l'appel est transmis aux policiers, les lieux du drame sont mal localisés, même si la préposée à la répartition a la bonne adresse. Résultat : les deux premiers véhicules de police dépêchés vers Poly se sont d'abord rendus à la résidence des étudiantesAgnès Gruda, « La police reconnaît qu'elle a manqué de leadership lors de la tuerie à Poly », La Presse, , p. A1..

Dans son rapport d’investigation, la coroner Theresa Z. Sourour se montre, elle aussi, très critique envers l’intervention policière. La coroner écrit que Lépine a encore en sa possession quand il décide de se suicider plutôt que de faire d'autres victimes. , écrit la . À ce moment-là, , souligne-t-elle.