Un pommard (, « pomar ») est un vin français d'appellation d'origine contrôlée (AOC), produit sur une partie de la commune de Pommard, en Côte-d'Or. C'est uniquement un vin rouge, de cépage pinot noir.
Il s'agit d'une des appellations communales du vignoble de la côte de Beaune, située entre les aires de production du beaune au nord et du volnay au sud.
Étymologie Le nom de l'appellation est celui du village éponyme. Comme pour les autres villages, la graphie évolue durant les périodes médiévale et moderne : première mention en 885 dans la phrase in pago etiam Belnensi Polmarcum villam, puis en 1098-1100 c'est Pulmarchum, en 1098-1112 « Pulmar », en 1159 « Pomar », en 1164 « Polmart », en 1175 Pomalcum, en 1187 Pomarcum, en 1192 Pomarchum, en 1196 « Pomarz », en 1198 « Pomart » et Pommarcum, en 1207 « Pomaart », en 1240 « Pommart », en 1274 « Pomair », en 1294 « Pomarc », en 1324 « Ponmart », en 1518 « Pommar », en 1569 « Pommarc » et en 1574 Pommard, ..
Le nom Polmarcum de 885 est composé de deux mots de l'ancien français de sens proche : pol, « mare, bourbe, marais », et marcum, « marécage » : le bas de Pommard a nécessité des travaux de drainage pour le rendre cultivable.. Une autre étymologie serait Pomone, la déesse des fruits et des jardins, que ses premiers habitants vénéraient. Le nom du village serait dérivé du latin Pomarium qui veut dire « verger » ou du mot « pomme » auquel s'ajoute le suffixe -ard, formant un nom de lieu ou de métier, ce qui refléterait l’importance ancienne des cultures fruitières autour du village, d’autres relient Pommard à Pomare, terme médiéval désignant des pommiers, rappelant que la région mêlait vignes et vergers avant que le vin ne devienne central.
Histoire
Début du vignoble On attribue à la période romaine l'implantation de la viticulture dans l'actuelle Bourgogne ; plusieurs fouilles archéologiques la prouvent pour la fin du , notamment celle à Gevrey-Chambertin en 2008-2009 (au lieu-dit « Au-dessus de Bergis », interprétée comme étant les restes d'une vigne en pergolette sur plaine argileuse).. Ce vignoble de plaine se serait implanté sur le coteau seulement à partir du haut Moyen Âge, avec aménagement progressif d'un parcellaire délimité par des haies, des murs, des murgers et des chemins..
À partir du , l'implantation du christianisme favorise l'extension de la vigne par la création de domaines viticoles par les institutions ecclésiastiques.. En l'an 1395, Philippe le Hardi décida d'améliorer la qualité des vins et interdit la culture du gamay au profit du pinot noir sur ses terres. Cet ordre, renouvelé plusieurs fois ce qui fait douter de son efficacité, n'empêche pas le gamay et d'autres cépages d'être massivement cultivés, notamment en-dehors des meilleures parcelles du coteau, produisant des vins de consommation courante. À la mort de Charles le Téméraire, le vignoble de Bourgogne fut rattaché au royaume de France, sous le règne de Louis XI.
Période moderne vignette|redresse=0.7|gauche|Ronsard. Pierre de Ronsard se serait réjoui .. Henri IV aurait apprécié ce vin. À la révocation de l'édit de Nantes, certains habitants de Pommard, de religion protestante, furent obligés d'émigrer et ce sont eux qui importèrent le vin de leur pays et le firent connaître là où ils étaient. Louis XV aurait aimé le pommard. En 1700, l'intendant Ferrand rédigea un Mémoire de la Bourgogne pour l'instruction du dauphin Louis (qui avait le titre de duc de Bourgogne ; c'est le petit-fils de Louis XIV et le père de Louis XV), indiquant que dans le duché les vins les meilleurs provenaient des , et . Six exemplaires sont conservés à la bibliothèque municipale de Dijon, sous les cotes ms 724, 725, 726, 792, 1051 et 1064 ; il a été réédité et analysé : ..
En 1728, Claude Arnoux décrit le pommard comme un vin de primeur, cas de tous les vins de la côte de Beaune d'alors :
En 1778, Claude Courtépée et Edme Beguillet mentionnent dans leur ouvrage que , ..
En 1816, André Jullien indique : , ..
En 1826, le vignoble de Pommard comptait environ 700 hectares de vignes, mais comprenait aussi des surfaces produisant des vins ordinaires ; en 1831, le vignoble de la commune comprenait de gamay, complétés par de noiriens (l'ancien nom du pinot noir), .. Dans les décennies 1830 et 1840, la pyrale se multiplie et ses chenilles dévorent les feuilles de la vigne. Elle est suivie à partir de 1850 d'une maladie cryptogamique, l'oïdium., un champignon qui se développe sur les feuilles : les viticulteurs luttent contre lui depuis 1854 en aspergeant les vignes de soufre utilisé contre fongicide (soufrage). En 1855, l'ouvrage de Jean Lavalle, Émile Delarue et Joseph Garnier indique qu' .. Ils classent ensuite comme « première cuvée » les Arvelets, les Rugiens, la Refène, le Clos-de-la-Commareine, les Fremiers, Jarolières, les Epenots, les Petits-Epenots, les Charmots, En l'Argillère, Pézerolle, les Boucherottes, Clos-Migot, les Poutures, les Croix-Noires, les Chaponnières, les Rugiens Hauts, le Clos-Blanc, le Clos-de-Cîteaux et le clos Marey-Monge ; comme « deuxième cuvée » les Cras, les Platières, les Trois-Folles, les Chanlains, la Combotte, les Combes-Dessus, les Combes-Dessous, Es Noizons, les Petits-Noizons, Rue-ès-Porcs, les Tavannes, les Riottes, la Croix-Blanche et En Sauzille ; comme « troisième cuvée » la Lévrière, la Perrière, le Planet, la Croix-Planet, Maison-Dieu et la Taupe.
vignette|redresse=2|Le vignoble de Pommard selon le classement de 1861 : la première classe de vins est en rose, la deuxième classe en jaune, la troisième classe en vert. En 1861, le Comité d'agriculture de l'arrondissement de Beaune, préparant l'Exposition universelle de 1862, classe un total de de sur la commune de Pommard, dont en (les Arvelets, Es Charmots, les Charmots, les Argillières, les Pézerolles, les Sausilles, les Boucherottes, les Epenots, le Clos-Micot, les Fremiers, les Bertins, les Poutures, les Croix-Noires, les Chaponières, les Rugiens-Bas, les Jarollières et Clos Blanc en entier ; la Chanière, la Platière, les Petits-Epenots, les Combes-Dessus, les Chanlins-Bas, les Rugiens-Hauts, Derrière-Saint-Jean, Village de Pommard, Clos de la Commaraine et la Refène en partie), en (Es Noizous, les Perrières, les Lavières, les Riottes, les Tavannes, la Croix-Blanche, les Cras, la Combotte, En Moigelot et Trois-Follots en entier ; la Chanière, les Vignots, la Platière, les Petits-Noisons, le Bas-de-Sausilles, les Petits-Epenots, les Combes-Dessous, les Combes-Dessus, les Chanlins-Bas, les Rugiens-Hauts, Derrière-Saint-Jean, Village de Pommard, Clos de la Commaraine, la Refène et Rue aux Porcs en partie) et en (Plante-aux-Chèvres, les Bœufs, En Breseuil, la Croix Planet, le Poisot, les Chanlins-Hauts, les Lambots, les Vaumuriens-Hauts, les Vaumuriens-Bas, la Vache, En Mareau, En Chiveau, Clos Beaudes et En Chaffaud en entier ; la Chanière, les Vignots, les Petits-Noisons, le Bas-de-Sausilles, les Combes-Dessous, les Chanlins-Bas, les Rugiens-Hauts, Village de Pommard et Rue aux Porcs en partie), ..
vignette|redresse=0.7|Le phylloxéra, minuscule insecte qui a ravagé le vignoble à la fin du . Puis arrive le phylloxéra, un puceron venu d'Amérique du Nord, qui touche la Côte-d'Or à partir de 1878 (à Meursault), se répandant ensuite, entraînant à terme la mort de la totalité des vignes. La seule parade trouvée fut de replanter avec greffage sur des pieds américains, autorisé en Bourgogne à partir de 1887.. En 1878, une nouvelle maladie cryptogamique, le mildiou, est identifiée dans le Bordelais, venant elle aussi d'Amérique du Nord et contaminant rapidement tous les vignobles européens ; le traitement avec du sulfate de cuivre (la bouillie bordelaise) est proposé en 1885. Enfin, en 1886, c'est au tour du black rot (la pourriture noire) d'arriver ( de la Société française de phytopathologie, « Les Vendanges du Savoir » le 20 mai 2025 à Talence)., traité au fongicide. La crise phylloxérique transforme le vignoble : le provignage est abandonné, les plantations sont faites en rangs avec désormais un palissage sur fils de fer, et non plus en foule sur piquets., d'où une densité plus faible, et la possibilité d'y faire passer un cheval (pour traiter et labourer).
Le mildiou provoqua un désastre considérable en 1910. Henri Gouges avait rejoint au niveau national le combat mené par le sénateur Joseph Capus et le baron Pierre Le Roy de Boiseaumarié qui allait aboutir à la création des appellations d'origine contrôlée. Il devint le bras droit du baron à l'INAOConstant Bourquin, , 94.. L'AOC est reconnue par un des décrets du , publié au JORF du ...
À partir de 1970, les importants achats des États-Unis ont entraîné une augmentation très importante des prix. À la fin des années 1970, ce vignoble comptait 340 hectares de vignes. Les techniques en viticulture et œnologie ont bien évolué depuis 50 ans (vendange en vert, table de triage, cuve en inox, pressoir électrique puis pneumatique, enjambeur qui remplace le cheval dans les années 1960-1970...).
Avec la canicule de 2003, les vendanges débutèrent pour certains domaines cette année-là à la mi-août, soit avec un mois d'avance, des vendanges très précoces qui ne s'étaient pas vues depuis 1422 et 1865 d'après les archives.. Le cahier des charges de l'appellation a été modifié en , homologué par le décret du publié au JORF du ..
Vignoble vignette|Vue de Pommard. thumb|Vue d'une partie du vignoble de Pommard.
Aire d'appellation Le vignoble produisant le pommard se situe dans le département de la Côte-d'Or, dans le vignoble de la côte de Beaune, sur une partie de la commune de Pommard au sud de Beaune.
La surface totale classée dans l'aire d'appellation est de et , dont et en premier cru.. Selon le service des Douanes, la superficie déclarée en production en 2023 sous l'appellation est d'un total de (dont 117,784 en ).. En 2008, le vignoble en production s'étendait sur dont 115,82 classés en 28 premiers crus.
Lieux-dits
Le nom de l'appellation sur les déclarations comme sur l'étiquette peut être suivi du nom du climat (lieux-dits) sur lequel le vin a été produit. Plusieurs de ces climats sont classés comme premiers crus, à condition de respecter les critères spécifiques fixés par le cahier des charges pour l'ensemble de ces climats. Pour eux, l'étiquette peut porter juste après le nom de l'appellation la mention soit « premier cru », soit premier cru suivi du nom d'un de ces , en caractères de la même taille que ceux du nom de l'appellation :
D'autres lieux-dits cadastrés peuvent figurer sur l'étiquette, mais en caractères de taille moitié moindre que ceux du nom de l'appellation :
Géologie et orographie Dans la partie la moins élevée du vignoble, on trouve des alluvions anciennes. Au milieu des coteaux, les sols argilo-calcaire sont bien drainés grâce à un cailloutis de débris rocheux. En haut du vignoble, on trouve des marnes de l'Oxfordien (période du Jurassique), des sols bruns calciques et bruns calcaires.
Climatologie Le climat bourguignon est un climat tempéré océanique à légère tendance continentale. L'influence océanique se traduit par des pluies fréquentes en toutes saisons (avec néanmoins un maximum en automne et un minimum en été) et un temps changeant. L'influence semi-continentale se traduit par une amplitude thermique mensuelle plutôt élevée, se caractérisant par des hivers plus froids avec quelques chutes de neige, et des étés plus chauds que sur les littoraux, avec à l'occasion de violents orages. Les données climatiques de la station météo de Savigny-lès-Beaune (à 237 puis à d'altitude : jusqu'en 2011, puis ). ci-dessous en rendent compte.
En raison de l'actuel changement climatique, les vendanges sont souvent plus précoces de quelques jours (le débourrement, la floraison et la véraison de la vigne se faisant plus tôt)..
Encépagement