Le rituel , parfois orthographié , est une cérémonie religieuse polynésienne, spécifique à Tahiti et aux îles de la Société. Consistant en un , la cérémonie est centrée autour des représentations divines , tout particulièrement du dieu Oro. Elle ont lieu sur un pour divers événements importants, allant des consécrations aux prières. Décrite comme ou encore comme , elle est également la mieux documentée.

Définition

Étymologie et graphies Selon Babadzan, qui se fonde sur les dictionnaires du tahitien des Andrews et de Davies, se compose de deux mots : ou , l'enveloppe ou l'habillement, et , dieu(x). Combinés, ces deux mots désignent ainsi .

Plusieurs graphies du terme ont existé, évoluant avec les époques. Ainsi, en plus des formes et couramment admises, on trouve souvent l'omission de l'apostrophe en et . Pour les témoins du rituel, Jacques-Antoine Moerenhout parle de et William Ellis de ou .

Principe Il s'agit de la cérémonie la plus importante de consécration des dieux dans la région. Une figure centrale, le Dieu tutélaire, est invoquée afin de transmettre de sa puissance à de multiples dieux dits inférieurs. Les dieux, tutélaire et secondaires, sont sous la forme de , c'est-à-dire des représentations en diverses matières enveloppées dans une natte.

La cérémonie consiste pour sa partie principale à retirer les dieux de leur enveloppe, étape parfois qualifiée de déshabillage, afin de les exposer. Ainsi présenté, le dieu tutélaire peut transmettre de sa puissance aux autres dieux, notamment par l'échange d'amulettes ou plumes, cette phase est ainsi dénommée échange des dieux. Enfin les figures sont ré-enveloppés dans une nouvelle natte, c'est le rhabillage, afin notamment qu'ils puissent conserver cette puissance.

Ce climax de la cérémonie est précédé et suivi de multiples autres rituels, prières et chants. Une phase de préparation importante a lieu et les membres participant doivent se purifier. Les dieux doivent être appelés dans une procession nocturne en compagnie d'un autre type de figures, les . La cérémonie se conclue par des sacrifices d'animaux et d'autres prières afin de rétablir l'équilibre de l'univers. Un festin impliquant tout le monde s'ensuit.

Contexte

Lieux de culte alt=Marae international de Taputapuatea à Raiatea|vignette| de Taputapuātea à Raiatea où le avait lieu Le pa'iatua serait spécifique à Tahiti et aux îles Sous-le-Vent, tout du moins sa pratique dont des versions écrites nous sont parvenues.

Du fait de son importance, la cérémonie pouvait avoir lieu au de Taputapuātea à Raiatea ainsi que dans les les plus importants ailleurs. On parle alors de national, c'est-à-dire le le plus important d'un district (partie ou totalité d'une île selon sa taille), correspondant au lieu de culte d'un roi ou d'un chef. Il est néanmoins possible que des cérémonies similaires se soient simultanément produites sur des secondaires, sous l'égide de la cérémonie principale.

Au-delà de sa préparation, la cérémonie s'axe autour du et du . Les deux lieux, voisins l'un de l'autre, sont préparés pour la solennité et la sacralité de l'événement et ainsi fortement auréolés de , l'interdiction pour le non-sacré de s'approcher. Le est l'endroit où se déroule l'essentiel de la cérémonie avec la plupart des chants et des rites. Le est un édifice sacré orienté vers le où se trouvent le principal, les prêtres et les autres effigies. Le rituel inclue notamment des processions entre les deux lieux.

Temporalité La cérémonie peut alors lieu plusieurs fois par an, vraisemblablement tous les trois mois. Jacques-Antoine Moerenhout, témoin du rituel, évoque ainsi une périodicité correspondant aux saisons. Cette interprétation est néanmoins contestée, la version rapportée par Teuira Henry est jugée plus vraisemblable. Celle-ci indique que le a lieu pour .

Le rituel s'étale sur trois jours en excluant sa longue préparation et les festivités qui peuvent durer quelques jours ensuite. Pendant la période de la cérémonie principale, les rites ont lieu le jour comme la nuit, entrecoupés de courts intervalles de repos.

Divinités invoquées

To'o

La cérémonie s'articulait autour des figures de , des représentations généralement abstraites des dieux. Nombreux, ceux-ci pouvaient être de plusieurs ordres, claniques, corporatistes, créateurs ou autres. Il existait une hiérarchie entre eux qui guidait le rituel. Au premier plan on trouvait ainsi le Dieu tutélaire, le plus important, celui auquel le est dédié et qui occupait une place centrale dans la cérémonie. Après lui, les autres dieux étaient consacrés par ordre d'importance.

La divinité la plus souvent consacrée comme tutélaire, en particulier à l'époque où les témoignages ont été mis à l'écrit, était le dieu Oro. Un des plus grands du panthéon polynésien, son importance était telle que les ont souvent été mal interprétés comme des représentations de ce seul dieu.

Les avaient la particularité d'être des figures enveloppées. Il s'agissait le plus souvent d'une figure de bois dur allongée d'une longueur allant de quelques centimètres à deux mètres. La forme donnée à cette figure était généralement peu élaborée voire brute, incarnant ainsi le dieu dans l'abstraction. Ce corps était ensuite enveloppé dans des nattes faites de fibres de bourre de coco ou de couches de tapa, incluant des plumes de couleur diverses en son sein voire même en extérieur. C'est cette enveloppe qui sert l'action centrale du : .

Ti'i

La présence de , figures distinctes des , est également vraisemblable. Ces représentations se distinguent des pour de multiples raisons et notamment pour le caractère de dieux messager qui est mis en exergue dans le .

Néanmoins, lors du rite, ceux-ci sont déshabillés de la même façon que les . Or, ces figures ne sont pas connues pour porter d'enveloppe, cette caractéristique étant plus spécifique aux . Cela a ainsi suscité l'interrogation sur la nature réelle des impliqués ici. Mais la nature de messager, destiné à aller chercher les dieux, est spécifiquement dévolue aux . En outre, l'appellation réutilisée plusieurs fois par Henry dans sa retranscription du rite laissent effectivement penser que des étaient bel et bien enveloppés pour cette cérémonie, vraisemblablement dans des couches de tapa, de plumes et de cordelette sacrée.

Déroulement La description la plus détaillée de la cérémonie qui nous soit parvenue est celle de Teuira Henry, qui se base sur la description qui lui en aurait été faite par , Mahine et des prêtres. On en trouve également des mentions plus succinctes dans les écrits de Moerenhout, Ellis ou de Bovis.

Préparation alt=Tenue rituelle tahitienne|vignette|Tenue rituelle tahitienne. L'événement était annoncé à la population afin qu'elle s'y prépare : des restrictions sur l'usage du feu impliquait par exemple la préparation de nourriture en avance. Le battement d'un gros tambour au début du rite annonçait d'ailleurs la fin des activités ordinaires. Les prêtres s'isolaient et se prêtaient à un rituel spécifique lié à la solennité et au caractère hautement sacré de l'événement. Le grand chef et les prieurs se purifiaient également dans une moindre mesure.

Le rituel commençait par la préparation du lieu cérémoniel, le , dans une séquence préliminaire appelée . Le remplacement et la réparation des éléments s'y trouvant avaient lieu, notamment des pirogues ou des décorations du site. Surtout, le était désherbé et nettoyé de ses ornements anciens par le roi () et des personnes de haut rang. Les déchets étaient placés dans une fosse sacrée spécifique au site : .

Juste avant que les processions ne commencent, les prêtres et les gardiens des (les ) se retiraient dans le pour leur dernier repas et pour revêtir leurs habits sacerdotaux. Une première procession nocturne pouvait alors y commencer.

Cérémonie

Procession nocturne La cérémonie s'ouvrait à la tombée de la nuit par la marche du clergé vers le . Menée par le grand-prêtre, il était suivi d'autres prêtres porteurs de Dieux messagers, vraisemblablement des . Ceux-ci étaient ensuite disposés sur le pavage à côté de la première rangée des dalles de prière.

Une séquence de prières et de chants s'ouvrait alors. Étaient notamment récités la Bénédiction du et de l'autel de MauiRespectivement et en tahitien ainsi qu'une invocation préliminaireappelée . Les Dieux-messagers étaient ensuite déshabillés pendant qu'une injonction, l' en tahitien, adaptée au Dieu tutélaire invoqué lors de la cérémonie était chantée.

Cette phase d'injonction durait la majeure partie de la nuit. L'aurore était ensuite accueillie par un autre chant et marquait le début de la séquence principale.

Exposition des dieux alt=To'o de la divinité Oro dans son enveloppe|vignette| de la divinité Oro dans son enveloppe. Avec l'arrivée du jour, le grand-prêtre commandait à aller chercher les dieux dans le . Les prêtres s'y rendaient donc pour aller y retrouver l'ensemble des effigies qu'ils avaient rapportées ainsi que le Dieu tutélaire, le auquel le est consacré, placé dans son arche.

Une procession solennelle, ordonnée hiérarchiquement, avaient alors lieu vers le . Le grand-prêtre ouvrait le cortège, suivi du Dieu tutélaire dans son arche, portée au moyen de perches par quatre prêtres nommés en tahitien. Ceux-ci clamaient tout du long le , l'appel des Dieux. Derrière suivaient .

Arrivée au , l'arche était déposée dans la cour en tahitien tandis que le reste de la congrégation s'y ordonnait par rang. Le point culminant de la cérémonie pouvait alors s'accomplir ainsi que le relate Henry : . Ce chant avait pour but de contenir la puissance des dieux alors qu'ils étaient ainsi exposés.

Échange des dieux Commençait alors la phase du dite d'échange des dieux. Exposé et débarrassé de ses plumes rouges et jaunes, le Dieu tutélaire se voyait présenter chacun à leur tour les autres dieux par leurs propriétaires. Ces derniers faisaient alors des offrandes d'amulettes et de plumes au grand-prêtre qui leur échangeait contre les siennes, le grand Dieu conférant ainsi de sa puissance aux dieux inférieurs. Là aussi, un ordre de présentation était respectée, tenant compte des images nouvellement créées ou de celles dérobées à un ennemi. Les enveloppes des dieux étaient également échangées avec des nouvelles. Les anciennes étaient conservées dans les respectifs des divinités.

Clôture Après quelques prières et sacrifices, notamment d'un cochon, les dieux étaient enveloppés à nouveau et ramenés dans le . Le dieu tutélaire, ré-enveloppé également et replacé dans son arche, restait néanmoins sur le . Avec l'odeur de la viande sacrifiée et le battement de tambours, la vie ordinaire des habitants pouvaient reprendre mais la cérémonie n'était pas encore totalement terminée. Une dernière phase de prières et sacrifices était entamée, clairement délimitée notamment par des invocations d'ouverture en tahitien et de clôture ou en tahitien. Elle visait à congédier les dieux, leur faisant reprendre leur place dans leur univers, contrairement au mélange que le rituel avait induit.

La cérémonie se terminait au battement du tambour avec le son de conques annonçant une fête que la population avait préparée. Les prêtres ramenaient quant à eux l'arche du Dieu tutélaire au .

Fête de fin La population, à nouveau autorisée à rejoindre le , y rapportait divers artéfacts et victuailles destinés tant aux dieux qu'au clergé. La population quittait peu après le pour s'adonner au festin préparé. Le clergé restait quant à lui au .

Notes et références

Notes

Références

Voir aussi

Bibliographie

Ouvrages

Articles

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