Les langues germaniques sont une branche de la famille des langues indo-européennes. Elles descendent toutes du proto-germanique. L'étude de ces langues se nomme la germanistique. Elles furent d'abord parlées par les peuples germaniques, qui vivaient au voisinage des Baltes, des Celtes et des Italiques et entrèrent en contact avec l'Empire romain sur ses confins.

Ces langues partagent plusieurs traits définitoires, parmi lesquels d'importantes mutations consonantiques décrites par les lois de Grimm et de Verner (auxquelles on peut ajouter la seconde mutation consonantique pour le vieux haut-allemand), ainsi qu'un important lexique indo-européen.

Les langues germaniques les plus parlées actuellement sont celles de la branche occidentale à savoir l'anglais, l'allemand, et le néerlandais, ainsi que les langues scandinaves, principalement le suédois, le danois et le norvégien. L'afrikaans, langue issue du néerlandais, est aussi parlée par plusieurs millions de personnes en Afrique australe.

Liste et classification La classification suivante ne fait toutefois pas l’unanimité parmi les linguistes. Au , certains (J. Adeling, R. Rask, Jacob Grimm, August Schleicher) envisageaient une autre répartition. Conforté par l’archéologie de R. Hachmann, , Witold Mańczak a remplacé la division traditionnelle des langues germaniques en un groupe septentrional, un groupe occidental et un groupe oriental par une division en un groupe septentrional, un groupe central (allemand, néerlandais, frison et anglais) et un groupe méridional (gotique) et a donc entraîné une révision de la loi de Verner.

La liste complète des langues par famille dont cette liste est tirée est visible par ce lien.

thumb|L'usage de l'afrikaans en Afrique australe aujourd’hui. vignette|330x330px|Classification des langues germaniques.

branche nordique, septentrionale ou scandinave groupe nordique occidental vieux norrois † norne † islandais féroïen norvégien nynorsk (landsmål) groupe nordique oriental norvégien bokmål (riksmål) suédois danois gutnisk dalécarlien petuh (parler transitionnel liant mixte bas-allemand/danois à un substrat haut-allemand) branche occidentale sous-branche anglo-frison groupe anglais anglais scots scots d'Ulster Yola † fingalien † langues frisonnes frison occidental frison oriental frison septentrional sous-branche germano-néerlandaise sous-groupe bas francique vieux-francique † bas-francique occidental néerlandais flamand occidental flamand oriental zélandais hollandais brabançon afrikaans

limbourgeois thiois (ou dietsch) sous-groupe bas saxon néerlandais oriental bas-saxon septentrional westphalien ostphalien bas allemand oriental mecklembourgeois-poméranien

bas prussien

poméranien oriental groupe haut allemand allemand allemand de Pennsylvanie (pennsilfaanisch, allemand pennsylvanien) sous-groupe moyen allemand moyen allemand occidental moyen francique francique ripuaire francique mosellan luxembourgeois francique rhénan francique rhénan de Lorraine palatin hessois

moyen allemand oriental

silésien haut-prussien sous-groupe allemand supérieur francique oriental francique méridional alémanique souabe bas alémanique alsacien

haut alémanique alémanique supérieur bavarois

yiddish yédisch-Daïtsch (jéddischdaitsch) wilamowicien (wymysorys) branche orientale † gotique (éteint) burgonde (éteint et non attesté) vandale (éteint et pratiquement pas attesté)

Origines et développement

Le proto-germanique ou germanique commun vignette|Carte des cultures de l'âge de fer pré-romain. La zone en rouge correspond à l'ère culturelle de l'âge du bronze danois. La zone en rose correspond à la culture de Jastorf. Ces deux régions forment l'habitat primitif des premières cultures germaniques et du germanique commun. Tout comme le proto-indo-européen, le proto-germanique est une langue non attestée qui est reconstituée au moyen de la méthode comparative. Cependant, quelques inscriptions rédigées dans une écriture runique de Scandinavie, datant d'environ 200 de notre ère, représentent une étape du proto-norrois ou, selon Bernard Comrie, du germanique commun tardif, suivant immédiatement le stade du germanique commun.

Le fond lexical du germanique commun révèle un certain pourcentage de racines et de morphes qui ne s'expliquent pas par l'indo-européen (du moins en l'état actuel de la recherche). Certains linguistes avaient émis l'hypothèse que le proto-germanique pourrait être un créole obtenu à la suite d'un contact avec une autre langue indo-européenne du type satem ou une langue non-indo-européenne (sans doute ouralienne). La première mutation consonantique ou la relative simplification morphologique du germanique commun (voir infra) pourrait être, selon certains linguistes qui avancent cette hypothèse, le résultat de ce contact répété entre des populations de langues différentes. Le germanique n'étant pas une langue mixte et instable du type "créole", on interprète ses traits comme des archaïsmes à l'intérieur de l'indo-européen.

La part du lexique germanique qui ne s'explique pas par l'indo-européen ne s'explique pas par l'ouralien et fait donc postuler un substrat venant d'une langue nord-occidentale (non IE) disparue (et inconnue). Vladimir Ivanov Georgiev a montré comment des liens génétiques unissent les langues germaniques, baltes et slaves à l'intérieur d'un groupe IE du Nord, qu'on peut situer au Mésolithique.

Expansion géographique durant l'Antiquité Il est possible que des populations indo-européennes soient arrivées dans le sud de la Scandinavie vers le milieu du millénaire , développant par la suite la culture de l'âge du bronze danois au début du millénaire. On suppose que le sud de la Scandinavie est le foyer originel du proto-germanique primitif puisque c'est la seule région peuplée par des locuteurs germaniques qui ne conserve aucune trace de toponymes pré-germaniquesBell-Fialkoll (Editor), Andrew (2000). The Role of Migration in the History of the Eurasian Steppe: Sedentary Civilization v. "Barbarian" and Nomad. Palgrave Macmillan. p. 117.., mais il est probable que ce peuplement ne fut qu'un apport récent dans une région déjà indo-européenne au Néolithique.

Entre le , les locuteurs du germanique commun entrent en contact avec les Celtes continentaux. Un certain nombre d'emprunts aux langues celtiques datant de cette époque ont ainsi été identifiés. Vers le , l'aire d'expansion des peuples germaniques atteint le Danube et le Rhin supérieur. C'est à peu près à cette époque, à l'est de la Vistule, que des locuteurs germaniques entrent en contact avec les cultures slaves primitives, comme l'attestent quelques emprunts germaniques en proto-slave.

vignette|L'expansion des Germains à la fin de l'âge du bronze danois (à partir de -750) C'est à partir du et les Grandes Invasions que les langues germaniques connaîtront une période de large expansion géographique, en particulier en Europe de l'Ouest : Angles, Saxons et Jutes en Bretagne (l'actuelle Angleterre) ; Lombards et Ostrogoths en Italie ; Wisigoths et Suèves dans la péninsule ibérique ; Burgondes, Wisigoths, Alamans, Saxons et Francs en Gaule ; Vandales en Sicile et en Afrique du Nord. Dans la plupart de ces régions, malgré une période relativement longue de coexistence et de diglossie avec les langues des peuples conquis, les langues germaniques ne se maintiendront pas et disparaîtront mais laisseront derrière elles un superstrat non négligeable dans la plupart des langues romanes modernes, notamment dans le français. Ce fut particulièrement le cas de la Gaule, où le francique (langue westique non attestée), sera parlé durant plusieurs siècles non seulement par l'aristocratie mérovingienne et carolingienne, mais aussi par des populations du nord de la Gaule, et influençera de manière déterminante l’émergence de la langue d’oïl à partir du gallo-roman parlé par la population autochtoneFrançoise Nore, Introduction à l'étude des apports germaniques au francais (lire en ligne) .

Premières traces écrites vignette|Un exemplaire de la Bible de Wulfila, premier livre en langue gotique dont une copie se trouve à la bibliothèque d'Uppsala (Suède) : le Codex Argenteus.

L'alphabet gotique C'est aux premiers siècle de notre ère qu'apparaissent les premiers textes en langues germaniques. Le document le plus ancien est la Bible écrite en langue gotique au par l'évêque Wulfila, qui fut à la tête d'une communauté de Wisigoths chrétiens en Mésie (actuellement en Bulgarie). Wulfila est l'auteur d'une traduction de la Bible grecque de la Septante en langue gotique afin d'évangéliser le peuple. De cette traduction, il nous reste principalement les trois quarts du Nouveau Testament et quelques fragments de l'Ancien. Le meilleur manuscrit, le Codex Argenteus, date du . Conservé et transmis par des Ostrogoths d'Italie du Nord, il contient de larges passages des quatre évangiles. Le second parmi les principaux manuscrits est le Codex Ambrosianus, qui contient des passages plus épars du Nouveau Testament (dont des extraits des évangiles et des Épîtres), de l'Ancien Testament (Néhémie) et des commentaires nommés Skeireins.

Il est vraisemblable que le texte original ait été quelque peu modifié par les copistes. Le texte étant une traduction du grec, la langue attestée par le Codex Argenteus est émaillée d'hellénismes, ce qui se constate surtout dans la syntaxe, qui copie souvent celle de la langue de départ. Le gotique de Wulfila, de la Skeireins et de divers manuscrits est écrit au moyen d'un alphabet original, qui fut inventé vraisemblablement par Wulfila lui-même et est nommé « alphabet gotique ». Il n'a rien à voir avec ce qu'on appelle communément les « lettres gothiques », des lettres de l'alphabet latin telles qu'écrites en Occident dans les manuscrits du , devenues plus tard ce que l'on désigne en Allemagne sous le terme de Fraktur.

Les runes Certaines langues germaniques les plus anciennes utilisaient un alphabet runique ou futhark (terme formé à partir du nom des six premières lettres de cet alphabet). C'était dans cet alphabet qu'apparaissent les premières traces cohérentes, composées de phrases complètes), de proto-norrois (et donc en langue scandinave) vers le La première inscription en langue germanique westique serait l'inscription runique de Bergakker, découverte en 1996 et datant du .

L'origine des runes est mal connue, mais on s'accorde à dire que le futhark est un mélange d’alphabets italique nordique/alpin avec une influence latineFlorian Coulmas, The Blackwell Encyclopedia of Writing Systems, Oxford, Blackwell, 1996 , qui aurait été l'alphabet des Hérules, une tribu germanique vivant dans les Alpes. Quelques lettres ont une origine latine évidente, par exemple les runes pour /f/(ᚠ) et /r/(ᚱ). Cependant, d’autres rappellent, au moins au niveau du format, l’alphabet alpin, comme la rune /h/(ᚺ). Il y a aussi des symboles qui peuvent être aussi bien alpins que latins,comme la rune /i/(ᛁ). 

L'utilisation des runes (le mot vient d'une racine celtique et germanique qui signifie "secret" ou "chuchotement") est restée très limitée dans les langues westiques et sera vite remplacéee par l'alphabet latin lors de la christianisation. Elle est pratiquement inexistante dans les langues ostiques (on dénombre quelques inscriptions identifiées comme étant du gotique, mais cela reste débattu). Une forme spécifique de cet alphabet, le futhorc, fut par ailleurs utilisée en Angleterre (surtout sur la côte est) par les Anglo-Saxons et sur le continent par les Frisons à partir du . On dénombre environ 200 artefacts sur lesquels figurent des runes anglo-frisonnes. Les runes seront en revanche bien davantage utilisées dans leur forme scandinave (aussi appelée futhark récent), surtout entre le , avant d'être à leur tour remplacées par l'alphabet latin. Leur usage perdurera toutefois jusqu'à la fin du Moyen Âge et même aux dans la province de Dalécarlie (Suède).