Pourim est une fête juive d’origine biblique et d’institution rabbinique, qui commémore les événements relatés dans le Livre d’Esther : la délivrance miraculeuse d’un massacre de grande ampleur, planifié à l'encontre des Juifs par Haman dans l’Empire perse sous le règne de Xerxès Ier.
La fête est célébrée chaque année le 14 Adar (en février ou mars du calendrier grégorien). Quand le mois d'Adar est redoublé (années embolismiques), la célébration a lieu le 14 Adar II. Cette date correspond à la dernière Pleine Lune de l'hiver, une lune avant la première Pleine Lune du printemps, marquée par la fête de Pessah.
Aux pratiques traditionnelles, consignées dans le Livre d’Esther et ordonnancées par les Sages de la , se sont ajoutées diverses coutumes, notamment culinaires, avec les deblas et les oreilles d'Aman, ainsi que des manifestations joyeuses et carnavalesques, et l’usage de crécelles à l’évocation du nom de Haman.
Origines de la fête
Dans la Bible hébraïque
thumb|300 px|C’était du temps d’Assuérus, de cet Assuérus qui régnait depuis l’Inde jusqu’en Égypte sur cent vingt-sept provinces.La fête de Pourim commémore les événements décrits dans le Livre d’Esther, dernier Livre de la Bible hébraïque à avoir été canonisé, dont la rédaction peut être approximativement datée au , , Zondervan, 2002..
Selon ce récit, le roi Assuérus (Xerxes Ier, empereur de Perse) prend pour femme Esther bat Avihaïl, une belle jeune femme qui tient secrètes ses origines judéennes sur les conseils de son oncle (cousin) MardochéeEsther 2:8-17.. Celui-ci sauve le roi d'un complotEsther 2:21-23..gauche|vignette|Haman implorant le pardon d'Esther, Rembrand, v. 1635Peu après, Haman, fils de Hamedata l'agaggite, monte en faveur auprès du roi de PerseEsther 3:1.. Outré par le fait que Mardochée ne s'incline pas devant lui alors que le protocole établi par le roi l'y oblige, il fait publier au nom du souverain et avec son accord un décret d'extermination de tous les Juifs vivant dans les de l'empire achéménide (où vit la quasi-totalité de la population juive de l'époque .). La date d’application du décret est fixée au du douzième mois, c’est-à-dire le mois d’adarEsther 3:5-15. par tirage au sort (hébreu : , l'akkadien ), d’où vient l’origine du mot « Pourim ». En effet, Pourim est aussi connu sous le nom « la fête des Sorts »..
Sur l'insistance de Mardochée, Esther vient trouver l'empereur Xerxes Ier (au péril de sa vie)Esther 4:1-5:3.. Elle l'invite à un festin avec Haman sans dévoiler ses motifs où elle les convie à un second festinEsther 5:4-8.. Troublé, Assuérus (Xerxes Ier) se fait lire les annales royales pour occuper ses insomnies et prend connaissance de sa dette envers Mardochée. Il le récompense par des honneurs devant un Haman dépitéEsther 6:1-12.. Lors du second festin, Esther dévoile son identité juive et le complot qui vise les siensEsther 7:1-3.. Haman est pendu à la potence même qu'il réservait à MardochéeEsther 7:9-10. et les Juifs sont autorisés à se défendre contre leurs assaillantsEsther 8:1-11.. Après un jour de batailles (deux à Suse)Esther 9:16-17., les Juifs célèbrent dans l'allégresse ces retournements du sort et une fête est instituée pour les générations à venirEsther 9:18..
Les innovations de Mardochée, devenu grand vizir du roi, ont une nature davantage sociale que religieuse : en effet, le jour est marqué par religieuses () : la lecture rituelle du Livre d’Esther (), le repas festif (), l’envoi de portions () et le don aux pauvres ()Esther 9:22, ..
Dans la littérature rabbinique vignette|Costumes de Pourim, Heusden (Pays-Bas), 1657.La fête de Pourim n’est, selon la tradition rabbinique, observée dans un premier temps que par les Juifs de Suse avant d’être généralisée à l’ensemble des communautés juives, lorsque le Livre d’Esther est inclus après de nombreux débats dans le canon biblique par la Grande AssembléeT.B. Meguila 7a..
Son prestige ne cesse dès lors de croître au travers des nombreuses interprétations rabbiniques du Livre d’Esther compilées dans les Talmuds, le , le et la littérature médiévale. vignette|Pourim en Allemagne, 1718-1724 Outre de nombreux embellissements, il est rappelé avec insistance que l’histoire apparemment profane et décousue du Livre d’Esther est en réalité le plan d’un Dieu qui agit « en voilant sa face » (hébreu : ) et que le nom même de l’héroïne y fait allusion Houllin 139b, .. L’affrontement entre Mardochée et Haman réactualise la lutte perpétuelle que se livrent Israël et Amalek 3:4 & 31a., d’autant plus que l’ancêtre de Mardochée, Saül, a indûment épargné l’ancêtre de Haman, Agag, , & 4:13. ..
Rédemption La rédemption de Pourim fait aussi écho à celle qui se produit un mois plus tard, à Pessa'h et, pour cette raison, la fête de Pourim doit être célébrée au quatorzième jour du second et non du premier mois d’adar lors des années embolismiques 6b ; (édition Elfenbein, New York 1938), .. À de nombreux égards, les rédemptions de Pessa'h et Pourim sont opposées : les Hébreux d’Égypte sont un peuple sans droit, sauvé par l’intervention directe de Dieu qui les fait sortir d’Égypte, alors que les Juifs de Perse sont intégrés à leur nation et trouvent leur salut dans une intervention humaine qui renforce leur présence dans leur pays d’accueil. Cependant, leur conclusion est fortement analogue et Esther 9:27 (« les Juifs reconnurent et acceptèrent pour eux ») répond ou fait suite à Exode 24:7 (« [Moïse] prit le livre de l’Alliance, dont il fit entendre la lecture au peuple et ils dirent : « Tout ce qu’a dit H', nous l’exécuterons et nous l’écouterons » ») Chabbat 88a & Mordekhaï sur Baba Kamma ., ..
La fête de Pourim est, selon les kabbalistes, comparable à 57, ... Les rabbins avancent même qu’elle sera encore observée aux temps messianiques, alors même que les autres fêtes disparaîtrontT.J. 5a ; 3:18..
Ses ordonnances sont principalement abordées dans le traité , dixième de l’ordre Moëd qui couvre les lois relatives aux fêtes.
Lecture de la Meguila gauche|vignette|Meguila d'Esther (Jérusalem, 1900) La lecture du Livre d’Esther, qui se présente sous la forme d’une (« rouleau »), est érigée en pratique perpétuelle, le 14 adar pour les habitants des petites villes et villages et le 15 adar pour ceux des villes fortifiées à l’époque de Josué 1:1. (afin de ne pas diminuer le statut de Jérusalem, dont les murailles sont en ruine au temps d’Esther, par rapport à celui de Suse 3b, 688:1 & .).
Rabbi 4a. (ou 2:5.) rend la lecture de la obligatoire pour les femmes car c'est par une femme que le miracle est arrivé ; la lecture doit se faire non seulement la journée du 14 (ou du 15) adar mais aussi la veille de celui-ci. Selon Rabbi Meïr, elle doit être lue dans son entièreté tandis que selon Rabbi Yehouda, elle peut être commencée avec l’introduction de Mordekhaï (Esther 2:5) ou, selon Rabbi Yosse, avec celle de Haman (Esther 3:1) 2:3. - les codificateurs médiévaux ont retenu la première opinion 19a, 1:10 & 688:5.. Elle peut, théoriquement, être lue dans la langue comprise par le public mais les décisionnaires médiévaux s’opposent à cet usage et imposent l’hébreuT. B. 18a, , cités in .. La lecture se fait souvent à la synagogue, mais pas obligatoirement. thumb|Effacement du nom de Haman () du bois et de la pierre, selon la coutume des Tossafistes, à la synagogue d’Amsterdam, en 1701. Divers usages apparaissent afin de magnifier le cérémonial de la lecture : le Talmud prescrit notamment d’encadrer la lecture de bénédictions 21b. et de lire les noms des dix fils de HamanEsther 9:7-10 (Parchandata, Dalfôn, Aspata, Porata, Adalia, Aridata, Parmachta, Arissaï, Aridaï, Vaïzata) en un souffle afin de faire savoir qu’ils sont morts simultanément (ou, selon une interprétation plus récente, parce qu’il n’est pas agréable aux Juifs d’évoquer la mort, fût-ce de leurs ennemis) 16b ; & .. On prend l’habitude, dès l’époque des gueonim, de dérouler entièrement la avant sa lecture et de réciter deux, puis quatre versets dits « de rédemption » (Esther 2:5, 8:15-16 & 10:3) à voix haute afin de publiciser le miracle (édition Emmanuel, 1995), , au nom de , & , , & .. Quelques siècles plus tard, les Tossafistes de France et de Rhénanie instaurent la pratique de cogner des morceaux de bois sur lesquels est marqué le nom de Haman afin de se conformer au commandement d’effacer le nom d’Amalek, même du bois et de la pierre ; cette pratique évolue pour donner lieu à une cacophonie de sifflements, crécelles et autres manifestations bruyantes à la moindre mention du nom de Haman sur 490:17, citant le et cité par ..
En ce qui concerne la elle-même, le texte du rouleau d’Esther doit être écrit à la main, en hébreu, sur du parchemin. Selon la tradition, le texte est présenté en colonnes et peut être illustré, ce qui fait souvent des des objets de grande beauté..
La lecture de la est généralement suivie de chants prenant leur source dans les versets du Livre d’Esther et les passages des Talmuds relatifs à Pourim avec, notamment, , , et & ..
Festin et coutumes de joie thumb|right|234px|Annonce d'un bal masqué de Pourim donné à Paris en 1866Le Tintamarre, , , .. Le repas festif de Pourim constitue une obligation religieuse (). De façon symbolique, le festin renvoie aussi aux nombreux banquets dans l’histoire de la . La composition du repas varie selon les traditions culinaires, mais il est important de marquer la spécificité du festin de Pourim – qui doit se distinguer d’un repas habituel – par la présence de plats élaborés et souvent carnés. En Tunisie notamment, le festin de Pourim est constitué de viandes grillées (méchoui) accompagnées d'une salade fraîche d'herbes aromatiques et de galettes salées et anisées (zraderks) ou d'une poule farcie, suivies des gâteaux de Pourim dont des yoyos au miel. Par son aspect exceptionnel, le festin de Pourim est donc basé sur le modèle du repas sabbatique.. vignette|Pourim hassidique à Safed, . Les rabbins ayant remarqué que le (festin alcoolisé) figure de manière prééminente dans le Livre d’Esther, en concluent que « le miracle a eu lieu grâce au vin » ; par conséquent, les festins prescrits en fin de Livre doivent être alcoolisés. Rava déclare que « l’on doit « se parfumer » (s’enivrer) à Pourim jusqu’à ne plus pouvoir distinguer « maudit soit Haman ! » de « béni soit Mardochée ! » ».
Il est aussi à l’origine des premiers chefs-d’œuvre de la littérature parodique juive, dont la ; rédigé au par Kalonymos ben Kalonymos dans le style du Talmud, ce « traité de Pourim » prescrit de s’enivrer joyeusement et proscrit formellement l’eau... vignette|Pourim dans la communauté juive de Bitola (Monastir) en Macédoine, 1917. Cette veine extravagante et burlesque se poursuit pendant la journée : le Talmud évoque des « jeux de Pourim » parmi lesquels des sauts au-dessus du feuT.B. Sanhédrin 64b. et, dès le , il est de coutume de réaliser des processions solennelles au cours desquelles Haman est pendu ou brûlé en effigie. Certains voient dans cette coutume l’origine des pièces jouées à Pourim sur les bases desquelles le théâtre yiddish se développe au .. Connu aussi sous le nom Pourim Shpil dans la tradition ashkénaze, ces pièces de théâtre satiriques incorporent tous les arts du spectacle – théâtre, musique, danse, chants, mimes et déguisements.