L'Institut de cinématographie scientifique est une association sans but lucratif fondée en 1930 par Jean Painlevé avec l’appui de Jean Perrin, physicien, membre de l’Académie des sciences et créateur du Palais de la découverte, dans le but de promouvoir le cinéma scientifiqueRoxane Hamery, « Jean Painlevé et la promotion du cinéma scientifique en France dans les années trente », 1895. Mille huit cent quatre-vingt-quinze [En ligne], 47 | 2005, mis en ligne le , consulté le 10 février 2025. URL : http://journals.openedition.org/1895/328 ; DOI : https://doi.org/10.4000/1895.328. Elle est reconnue d’utilité publique par le décret du .
L’Institut de cinématographie scientifique a été créé dans un contexte de développement de la science en France et a participé à l’institutionnalisation du cinéma scientifique.
Recherche pour le cinéma, recherche par le cinéma Le but de l’association est de « faire connaître aux scientifiques l’intérêt du cinéma, de confronter les besoins du réalisateur scientifique et les possibilités du cinéaste technicien, afin d’améliorer la qualité des images, du son et de la présentation des films scientifiques, qu’ils soient de recherche ou de vulgarisation et de créer un mouvement en faveur du documentaire scientifique de qualité »Institut de cinématographie scientifique, "Introduction", Bulletin n°1, 38, avenue des Ternes Paris, 1961, 38 p., p. 3.
Selon Jean Painlevé, depuis l’invention du microscope, aucune autre invention n’a permis de progresser autant dans la recherche scientifique en offrant un tel outil de mesure et de captation que le cinéma, la science doit s'en emparerJean Painlevé au fil de ses films, Denis Derrien, France 1989, 240 min. https://www.film-documentaire.fr/4DACTION/w_liste_generique/S_43625_G. En effet, "la caméra permet de découvrir un monde de microbes, de végétaux, d'animaux marins, de cristaux en formation… un monde aux mouvements insoupçonnés"Florence Riou, “Jean Painlevé : de la science à la fiction scientifique”, Conserveries mémorielles [Online], #6 | 2009, Online since 26 December 2009, connection on 10 February 2025. URL: http://journals.openedition.org/cm/350. Le cinéma permet de capter l'infiniment petit, mais aussi de maîtriser le temps, de faire des ralentis (l'analyse du galop d’un cheval, une explosion), des accélérations (le développement d’une fleur), de capter des images aquatiques (la naissance d’un hippocampe)...
À l'époque, très peu de chercheurs scientifiques utilisent le cinéma. L’idée avec l'ICS est de créer un réseau d’échanges fructueux afin de faire émerger les bonnes pratiques et de nouvelles techniques. Au départ, Jean Painlevé cherche donc à “rassembler les scientifiques qui “bricolaient” isolément dans leur laboratoire pour essayer de filmer qui l’orientation de l'œuf d'oursin, qui des décharges électriques”Sophie Léonard, « Gros plans sur Jean Painlevé », Mémoire de recherche, 1990, p. 30, Archives ICS.
L’ICS devient un moyen de légitimation du cinéma auprès des scientifiques et notamment de l'Académie des sciences, où Jean Painlevé trouve des appuis. L'Institut se veut aussi un outil d'appropriation du cinéma par la science en aidant les scientifiques à utiliser ce nouvel outil dans leur recherche en apportant expertises techniques et savoir-faire cinématographiques. Enfin l'Institut sera un outil de diffusion de ce cinéma.
La lente adoption du cinéma par la science Le cinéma a été lent à s’imposer dans les milieux scientifiques. Les raisons sont nombreuses : une « réputation foraine » du cinéma, un coût de revient élevé, une absence de compétences dans les milieux scientifiques, une absence de matériels de prise de vue mais aussi de projection auprès des pairsInstitut de Cinématographie Scientifique, « "Le cinéma de recherche" », Bulletin de l'ICS, 1961.
Bien sûr, la technique est à l’époque coûteuse et difficile à manipuler et maîtriser. Pour donner un exemple, les scientifiques se heurtent tout simplement à la difficulté technique d’associer une caméra à un microscope.
Mais avant tout, pour beaucoup, le cinéma est considéré comme un « procédé fantaisiste »Institut de cinématographie scientifique, « "Le cinéma de recherche" », Bulletin de l'ICS, 1, 1961. Jean Painlevé lui-même fit les frais de cet état d'esprit. Il raconte que, lorsqu'il projeta en 1925 à l'Académie des Sciences son premier film, Développement de l'œuf d'épinoche de la fécondation à l'éclosion, un membre de ladite Académie se leva en disant : « Le cinéma, ce n'est pas sérieux ! »Roxane Hamery, « Jean Painlevé et la promotion du cinéma scientifique en France dans les années trente », 1895. Mille huit cent quatre-vingt-quinze, 47 | 2005, 78-95.. En 1925, Michel Coissac rappelait « [...] la vague d'ironie qui, en 1898, déferla sur Paris, quand on apprit qu'un jeune médecin, [...], le Docteur Doyen, s'était fait cinématographier pendant une de ses opérations. On cria au scandale [...] »G.-Michel Coissac, Histoire du cinématographe de ses origines à nos jours, Paris, Edition du Cineopse, 1925, 668 pages (lire en ligne). Mais le cinéma scientifique a des pionniers qui vont faire bouger les lignes : Lucien Bull ou Jean Comandon notamment.
Histoire
L'ICS 1930-1945 C'est dans l'intention de lier les efforts individuels de ces pionniers que Jean Painlevé fonda l'Institut avec comme devise : « Recherche pour le cinéma, recherche par le cinéma ». De 1930 à 1940, Jean Painlevé, directeur de l'Institut, donna des centaines de conférences accompagnées de projections pour démontrer l'utilité du film pour la recherche scientifique et pour la diffusion des résultats de cette rechercheAgathe Baudelot, "Une mémoire du cinéma scientifique", université Paris 7 - Denis-Diderot, Archives ICS.
Jean Painlevé se rapproche du milieu du cinéma pour trouver des appuis et participe ainsi au développement du cinéma en général. Georges Sadoul dans Le cinéma français 1890-1962 (Paris, Flammarion, 1962), parle de Jean Painlevé au chapitre des avant-gardistes : « [...] L'avant-garde française se muait donc en École documentaire... Auprès de Vigo et de Buñuel, des jeunes : Carné, Rouquier, Grémillion, Lacombe, se révélaient d'autres talents [...] Et dans le domaine scientifique, Jean Painlevé savait transformer en œuvre d'art ses études du monde aquatique. [...] Ces premiers films sont encore sous l'influence de l'avant-garde abstraite. Ils traduisent l'émerveillement devant la splendeur des découvertes dans une mare ou une goutte d'eau ». Jean Painlevé est si proche du cinéma qu'il sera le premier Directeur général du Cinéma français au sein du gouvernement provisoire en 1944 et président de la Fédération française des Ciné-Clubs (FFCC) en 1946.
De 1930 à 1940, Jean Painlevé et le Docteur Charles Claoué animent l’ICS. Pendant la seconde guerre mondiale, entre 1940 et 1945, « l’ICS a suspendu toute activité », comme cela est écrit de façon sibylline dans le 1er numéro du Bulletin de l’ICS (1961).
L’ICS après la guerre À partir de 1945, l’activité de l’ICS reprend grâce à une subvention annuelle du CNC. L’ICS travaille à son internationalisation, diversifie ses activités, mais est surtout connu pour ses séances de projection.
À l’origine de l’AICS/ISFA En 1947, l’ICS est à l’initiative de la création de l’AICS/ISFA sous le patronage de l'UNESCO : l'Association internationale pour le cinéma scientifique en français et l'International Scientific Film Association en anglais (le russe était la troisième langue officielle de l'AICS/IFSA). L’ICS bénéficie alors d’une subvention annuelle du ministère des Affaires étrangères permettant d’une délégation française de participer aux manifestations de l’AICS/ISFA. L’ICS participe activement aux activités de l’AICS/ISFA puis de son successeur, l’IAMS, de 1947 à nos jours.
Activités L’ICS a une activité de production de films scientifiques, essentiellement centrée sur les films de Jean Painlevé. L’ICS bénéficie d’aides matérielles pour la réalisation de films du centre de films du Conservatoire national des Arts et Métiers ainsi que des laboratoires de zoologie de Roscoff et Banyuls, de la Faculté des sciences et du CNRS. Le matériel de cinéma provient d’achats faits par l’ICS, des apports personnels de Jean Painlevé et de matériels confiés par le CNRS. En fait, Jean Painlevé en produisant ses films permet à l’ICS d'avoir une activité de production. Seul le film Cristaux liquides discotiques de MM. Olivier Réchou et Yves Bouligand sera une production ICS non signée par Jean Painlevé.
Les films réalisés constituent un fonds que l’association gère, loue et diffuse lors des séances de projection ou au Congrès annuel de l’AICS/IFSA. Par ailleurs, l’ICS adopte une mission de documentation en élargissant sa collection de films scientifiques : il constitue une cinémathèque et tient via des fiches un inventaire de films scientifiques pour les mettre à disposition d’utilisateurs. Il est donc capable de fournir « des informations sur les films réalisés sur un sujet particulier » et de conseiller « les utilisateurs sur les films les mieux adaptés à leurs besoins » selon le Bulletin de l'ICS de 1961Institut de Cinématographie Scientifique, « "Buts et activités de l'association" », Bulletin de l'ICS, no 1, 1961, p. 4. Néanmoins si « une secrétaire active [Suzanne Laclavère-Duval] peut généralement, de mémoire, y fournir d'innombrables et précieux renseignements », l'Institut, par manque de moyen, ne met à disposition des chercheurs et autres, « aucun catalogue, aucun fichier méthodique recensant les multiples films qui lui furent signalés ou prêtés à l'occasion des séances de projection qu'il organise régulièrement »Martine HAGUENAUER, « Les films scientifiques et techniques français : sources documentaires », Bulletin des bibliothèques de France (BBF), 1962, n° 4, p. 207-218. En ligne : https://bbf.enssib.fr/consulter/bbf-1962-04-0207-002 ISSN 1292-8399.. Pour remédier à ce manque, le Bulletin de l'ICS, publié à partir de 1961, propose des listes de films scientifiques de références.
Par ailleurs, l’ICS participe à la diffusion de la technique au service du cinéma scientifique. Dès 1934, un congrès annuel est organisé au Musée pédagogique, plus tard au Palais de la Découverte : les solutions techniques sont exposées, des films sont présentés et commentés afin de faire connaître les utilisations nouvelles du cinéma pour la recherche et la vulgarisation scientifique. Après-guerre, Jean Painlevé obtient la mise à disposition de la salle de projection de l’École nationale supérieure Louis-Lumière - ex École technique de photographie et de cinéma (ETPC), alias École Vaugirard - par son directeur, M. Philibert (1964-1965). Jean Painlevé y convie les fabricants de matériels cinématographiques qui viennent montrer leurs appareils, expliquer leur fonctionnement et préciser à quels travaux ils étaient les plus adaptésSophie Léonard, « "Gros plans sur Jean Painlevé" », Mémoire de recherche, 1990, Archives ICS. Le bulletin n°7 de l’ICS (1970)Institut de Cinématographie Scientifique, « "Le cinéma à grande vitesse" », Bulletin de l'ICS, no 7, 1970 est entièrement consacré au compte-rendu des premières séances des , et , consacré à « Le cinéma à grande vitesse » (mis au point par Lucien Bull, ancien président de l'ICS). Le bulletin inclut, outre le détail des appareils des fabricants, des tableaux comparatifs de tous les appareils. On retrouve ce genre de documents dans Science Film, publication de l’Association internationale AICS/IFSA à partir de 1972.