Mercure () est le dieu du commerce dans la mythologie romaine. Assimilé à l'Hermès grec, il devient également le dieu des voleurs, des voyages et le messager des autres dieux. Son nom est lié au mot latin merx « marchandise, commercer, salaire ». Accompagnateur des voyageurs, il est aussi un dieu psychopompe, qui conduit les âmes pour leur dernier voyage dans l'au-delà.

Ses attributs traditionnels sont la bourse, le plus souvent tenue à la main, le pétase, le caducée, des sandales ailées ainsi qu'un coq et/ou un bouc. Il était célébré le en particulier lors des Mercuralia.

Étymologie Son nom est lié aux mots latins merx « marchandise », mercari « commercer » et merces « salaire ».

Le latin merx est apparenté au grec ancien , « partager », ou , « recevoir sa part ».

Le mot « mercredi » dérive étymologiquement de « Mercure ».

Généalogie et famille Selon la reprise romaine de la légende grecque d'Hermès, Mercure est le fils de Jupiter et de la nymphe Maïa, fille d'Atlas.

Il a eu plusieurs relations avec des déesses comme avec Vénus ou Chioné, ou avec Hersé. La plupart de ses enfants ont des caractéristiques sexuelles particulières avec Hermaphrodite, Pan ou Cupidon dans les traditions plus tardives.

Culte Le culte de Mercure est ancien et la tradition le faisait remonter au lendemain de l'expulsion des TarquinsGeorges Dumézil, La religion romaine archaïque, revue et corrigée, Paris : éditions Payot, 1974, et suiv..

Le temple de Mercure a été construit en dans le Circus Maximus, entre les collines de l'Aventin et du Palatin. Le lieu était particulièrement adapté pour adorer un dieu du commerce connu pour sa rapidité, car c'était un centre majeur du commerce (on y trouvait un hippodrome). La situation du temple de Mercure placé entre l'Aventin tenu par la plèbe et le Palatin, centre politique des patriciens, souligne son rôle en tant que médiateur. Les circonstances de la fondation montrent que le culte de Mercure est dès lors lié au commerce et spécialement au ravitaillement.

Mercure n'appartenant pas au groupe des premières divinités romaines, il n'avait pas reçu de flamine (« prêtre »). On l'honorait cependant lors d'une fête importante, le , les Mercuralia, fête au cours de laquelle les marchands s’arrosaient la tête et leurs marchandises d'eau tirée de son puits sacré situé près de la Porta Capena. Comme le raconte Ovide, ceux-ci lui offraient alors de l'encens et le priaient de leur assurer des profits.

Assimilation à Hermès Mercure n’apparaît pas parmi les divinités di indigetes de la religion romaine archaïque. Au moment de son assimilation avec le dieu grec Hermès, commençant vers le avant l'ère commune, il réunit les fonctions des Dei Lucrii, ces anciennes divinités du commerce, de l'échange et du profit.

Cette fusion aurait eu lieu au cours du Dès le début, cette assimilation est facilitée par la proximité d'apparence des deux divinités : le port des chaussures Talaria, du chapeau ailé, et du caducée, ce bâton avec deux serpents entrelacés, don d'Apollon à Hermès. Mercure est souvent accompagné d'un coq, symbole de la nouvelle journée, d'un bélier ou d'une chèvre, symboles de la fertilité, ou encore d'une tortue, faisant référence à l'invention légendaire de la lyre avec une carapace de tortue.

Il est un messager des dieux et un dieu du commerce, en particulier du commerce des grains.

Enfin, Mercure est aussi un dieu « psychopompe », qui conduit les âmes récemment mortes dans l'au-delà.

Description vignette|Figurine en bronze de Mercure avec trois phallus, coq dans la main gauche, sac d'argent dans la main droite, vers 100-250, trouvée à Tongres (Belgique), environ . Tongres, musée gallo-romainExploratorium : Figurine de Mercure.. Ses attributs sont : les sandales ailées, le pétase, le caducée, et parfois la bourse (tenue le plus souvent à la main).

Animaux favoris le coq ; le bouc.

Noms et épithètes Mercure était connu à Rome sous le nom de Mercurius. On peut aussi trouver, dans des textes anciens, Merqurius, Mirqurios ou Mircurios. De nombreux épithètes le caractérisent, certains s'attachant à décrire l'un de ses rôles ou aspects, d'autres indiquant un syncrétisme local avec des divinités non romaines.

Rôles et aspects Mercurius Alipes : Mercure aux pieds ailés et magiques ; Mercurius Atlantiades : petit-fils d'Atlas ; Mercurius Caducifer : Mercure porteur de caducée ; Mercurius Fortunus : Mercure, dieu de la chance, de la bonne fortune ; Mercurius Interpres : Mercure médiateur ; Mercurius Mercator : Mercure, dieu des marchands ; Mercurius Pacifer : Mercure porteur de paix ; Mercurius Sobrius : Un aspect de Mercure honoré dans l'un des vici de la Rome augustéenne, lié à un dieu punique plus ancien. ; Mercurius Terminorum : Mercure, dieu des frontières (principalement invoqué lors de violations de frontières).

Syncrétisme Plusieurs divinités celtes ont été assimilées à Mercure.

Dans la région de Mogontiacum, en Germanie supérieure, il existe un Mercurius Cimbrianus, cité par sept inscriptions.

Le Mercure celte vignette|Stèle de Mercure au grand caducée (détail), époque gallo-romaine, Paris, musée Carnavalet. Le dieu romain a encore subi des métamorphoses, notamment en Gaule romaine. Bien que toujours dénommé et représenté de la même façon , il est intégré aux dieux celtiques majeurs ou aux divinités topiques en fonction des peuples gaulois ou des lieux.

César fait de lui la principale divinité du panthéon gaulois : « Le dieu qu'ils honorent le plus est Mercure. Il a un grand nombre de statues; ils le regardent comme l'inventeur de tous les arts, comme le guide des voyageurs, et comme présidant à toutes sortes de gains et de commerce. »De bello gallico, VI, 17

Toutefois, en Gaule romaine, ce n'était pas tout à fait au Mercure de Rome qu'on vouait un culte mais à des Mercure gaulois, divinité, entre autres, des artisans. Ce Lugus Mercurius assimile alors la plupart des aspects du dieu celtique Lugus.

Paul-Marie Duval fait observer que les scholiastes éprouvaient de l'embarras à identifier les dieux celtiques avec les dieux romains. Néanmoins, on trouve le surnom de Mercure 45 fois en GaulePaul-Marie Duval, « Grands dieux de la Gaule », Publications de l'École Française de Rome, Année 1989, , .. Après la conquête romaine, il est le dieu dont les effigies (notamment les statuettes de bronze) et les inscriptions sont les plus nombreuses. Les Arvernes lui ont consacré l'une des plus colossales statues antiques connues. Ainsi, il apparaît sous l'Empire comme le plus grand dieu des Gaulois.

Néanmoins, le dieu indigène, dieu de l'industrie, du commerce et des routes, ne ressemble au Mercure romain que pour une partie de ses attributions que sont la protection des commerçants et des voyageurs . Dans sa figure première d'inventeur de tous les arts, ce que n'ont jamais été ni Mercure ni Hermès, il est beaucoup plus proche du dieu celtique Lug. Il est ainsi représenté avec un marteau ou une pince à feu à la main qui sont à Rome des attributs de Vulcain.

vignette|temple de Mercure () au sommet du volcan puy de Dôme, vers 1900. Le Mercure gaulois est connu comme le dieu romain Mercurius associé à des épithètes gaulois. Les plus connus sont ceux associés à Lug/Lougous certes, mais il est aussi associé à d'autres dieux celtes : Mercurius Artaios, une assimilation du dieu Mercure avec le dieu celte Artaius, un dieu ours vénéré à Beaucroissant, France Miranda Aldhouse-Green, Dictionary of Celtic Myth and Legend, London, Thames and Hudson, 1992, . . ; Mercurius Arvernus, une assimilation du dieu Mercure avec le dieu celte Arvernus. Arvernus fut vénéré dans la vallée du Rhin en Allemagne, il est possible que ce fut le dieu tribal des Arvernes, bien que l'on n'ait trouvée aucune dédicace à Mercurius Arvernus en Auvergne ; Mercurius Cissonius, une assimilation du dieu Mercure avec le dieu celte Cissonius, que l'on peut retrouver dans une aire géographique allant de Cologne en Allemagne, à Saintes en France. C'est l'une des inscriptions les plus fréquentes (17)Nicole Jufer et Thierry Luginbühl. 2001. Les dieux gaulois : répertoire des noms de divinités celtiques connus par l'épigraphie, les textes antiques et la toponymie. Éditions Errance, Paris. ; Mercurius Esibraeus, une assimilation du dieu Mercure avec le dieu ibère Esibraeus. Esibraeus n'est mentionné que sur une inscription unique trouvé à Medelim, Portugal, et est probablement le même dieu que Banda Isibraiegus, invoqué par une inscription à Bemposta, un village proche Jorge de Alarcão, Roman Portugal, vol. I : Introduction, Warminster, Aris and Phillips, 1988, . ; Mercurius Gebrinius, une assimilation du dieu Mercure avec le dieu celte ou germanique Gebrinius, connu par une inscription sur un autel à Bonn, Allemagne entre autres (nom assez fréquent) ; Mercurius Moccus, une assimilation du dieu Mercure avec le dieu celte Moccus, inscriptions retrouvées à Langres. Le nom Moccus (« cochon ») en fait un dieu proche du sanglier ou de la chasse au sanglier ; Mercurius Visucius, une assimilation du dieu Mercure avec le dieu celte Visucius, attesté sur plusieurs inscriptions (env.10)Nicole Jufer & Thierry Luginbühl (2001). Les dieux gaulois : répertoire des noms de divinités celtiques connus par l'épigraphie, les textes antiques et la toponymie. Paris: Éditions Errance. dont une à Stuttgart, Allemagne. Visucius fut essentiellement vénéré sur la frontière de la Gaule romaine et la Germanie. Même s'il fut initialement associé à Mercure, Visucius était aussi associé au dieu romain Mars, car on trouve des dédicaces « Mars Visucius ». Visucia, parèdre de Visicius, a été trouvé en GauleÉmile Espérandieu, Recueil général des bas-reliefs, statues et bustes de la Germanie romaine, Paris et Bruxelles, Presses universitaires de France, 19311931..

En Gaule aussi bien qu'à Rome, bien que Mercure représente souvent la troisième fonction, la fonction artisanat/commerce dans le cadre des fonctions tripartites indo-européennes, son rôle ne se laisse donc pas toujours réduire au cadre dumézilien. La raison en est que le prototype du *Lugus celtique est le Dioscure immortalisé, une figure mineure mais très ancienne de la tradition indo-européenne, qui a été promu dans le cadre des expansions celtiques (et avant, dans le milieu "campaniforme") comme guide et sauveur des dieux et de hommes, ce qui est son office dans la mythologie irlandaise. Lugus, entité divine qui ramène les dieux et rétablit l'ordre diurne, s'est donc vu attribuer le patronage de diverses activités bénéfiques associées au renouveau du cycle temporel, cosmique et annuel, activités qui seront rangées plus tard dans la "troisième fonction sociale" des sociétés protohistoriques. "Avec Lugus (vieil-irlandais Lug, gallois Lleu), nous assistons au renouvellement d'une entité issue de la religion cosmique, qui trouve de nouveaux emplois dans la théologie et la doctrine politique. Comme tout ce qui touche aux Jumeaux divins au cours de leur très longue carrière mythologique (que représente l'Etoile du soir et du matin), il convient de périodiser les données pour reconstruire la préhistoire de Lugus." Le Mercure gallo-romain aux divers cognomina a hérité de certaines de ses attributions.

Dans les arts et la culture La figure de Mercure apparaît dans de nombreuses sculptures et peintures depuis l’Antiquité, notamment sous forme de petits ex-voto.

Le Mercure bicéphale est un des symboles de la ville française de Fréjus (Provence, Var).

Communication vignette|Attribué à Jules Romain, Mercure, 1518, Rome, villa Farnesina, Loggia de Psyché.