Jaume Pérez Montaner, né à L'Alfàs del Pi (province d'Alicante) en 1938, est un écrivain, traducteur et critique littéraire espagnol d'expression catalane.

Biographie Il fait la connaissance de Joan Fuster au cours de ses études secondaires à Alcoi.

En 1969, il entame des études en Philosophie et Lettres à l'université de Valence. Lors de sa seconde année universitaire, il est condamné pour son activité dans l'opposition au franquisme à 15 mois de prison, peine qu'il purge à Valence, à la prison de Carabanchel de Madrid puis à Cáceres (Estrémadure).

De retour à Valence, il poursuit ses activités antifranquistes dans les mouvements syndicaux clandestins de l'université.

Il obtient sa licence en 1967 mais ne parvient pas à trouver de travail en raison de sa condamnation, raison pour laquelle il s'exile aux États-Unis . Il travaille notamment comme lecteur d'espagnol dans diverses institutions d'enseignement supérieur dont le Queens College de l'université de la ville de New York puis le de Portland (Oregon).

Au début des années 1970, encore aux États-Unis, il rencontre le poète Vicent Andrés Estellés, qu'il contribue à faire connaître au public américain en publiant divers articles et traductions.

Il se fait connaître en tant qu'écrivain avec Adveniment del odi (« Avènement de la haine », 1976).

Il enseigne au département de philologie catalane de l'université de Valence entre 1981 et 1983.

En 1981, il réalise avec Marc Granell et Amadeu Viana l'édition de l'anthologie Brossa nova. Poetes valencians dels 80 (« Nouvelle lie. Poètes valenciens des années 80 »).

À partir de 1985, il dirige la revue Encontre d'Escriptors del Mediterrani, éditée par l'Ajuntament de Valence, qui offre une vue panoramique de la Méditerranée littéraire et multilingue avec des textes en français, catalan, italien, espagnol, grec ou serbe, entre autres.

Il préside l'Association des écrivains en langue catalane entre 1999 et 2007. vignette| Antoni Martí Monterde, Pérez Montaner et Dominic Keown en 2018. En tant qu'essayiste, il a écrit plusieurs études sur l'œuvre de Vicent Andrés Estellés, dont il est considéré comme l'un des plus grands spécialistes. Il a traduit des auteurs tels que Wallace Stevens, Anne Sexton, , Barbara Kingsolver, Edgar Allan Poe et Edoardo Sanguineti.

Une poésie de l'exil L'œuvre de Pérez Montaner est un exemple d'observation de la capacité distinctive du langage et de son engagement envers sa propre biographie. Pérez Montaner s'est rendu compte que les problèmes dus à son engagement politique et intellectuel, suite au processus judiciaire auquel il avait été soumis pour ses activités antifranquistes, ne s'arrêtaient pas avec sa sortie de prison, mais que son passé politico-judiciaire l'empêchait d'exercer sa profession et d'accéder à tout emploi dans le secteur public .

Son recueil de poèmes de 1976 Adveniment de l’odi (« Avènement de la haine ») peut être décrit comme la révolte d’un exilé, bien que sa situation ne soit pas celle d'un exil comme celui des républicains de 1939. Les difficultés du jeune universitaire s'est poursuivi jusqu'à ce que, progressivement, avec la fin du régime franquiste, il puisse rejoindre l'université de Valence. Son exil n’est pas un exil concret mais un exil déconcerté :

D’après les références toponymiques, les poèmes de ce premier recueil semblent avoir été écrits en grande partie aux États-Unis et peut-être aussi en Équateur. Cet éloignement géographique pourrait expliquer le manque d’allusions à « son Pays ». Thématiquement, le livre tourne autour de la conviction d’un avenir plus positif, d’une sorte d’utopie.Les symboles des « roses », des « poings » et de la couleur rouge sont significatifs de ce que le poète espère apporter à son pays d'origine, « si lointain » (). Dans un autre poème, il utilise les mêmes symboles comme corrélats d’autres.

Dans le poème «» (« Avènement de la haine »), incarnant la posture psychologique et idéologique de l'auteur il insiste sur la désolation de son pays, pensé depuis l'exil. Il y a deux moments pensés pour son pays d'origine : un avant, , et un maintenant, , quand il n'est possible que de rester , à l'affût du .

L'opuscule (« Dix poèmes », 1978) commence par un titre assez significatif «Vita nuova». Le poète revient d’exil et doit se resituer. Désormais, en plus de « déclassé » (), il change d'« empire » (). En fait, le recueil, publié en , est encore écrit sous les effets de la dictature, de « l'ordre du silence » () et du contrôle (, « automates »). Pérez Montaner est de retour d’exil et il doit se resituer, relire la ville : . Par la suite, dans les poèmes «» (« Lumières de la ville »), «» (« Itinéraire ») et «» (« Nuit dans la ville ») décrivent dans un ton onirique le panorama décevant qu'il découvre dans la ville de Valence où il s'installe. Il y retrouve de «» (« vieux sorciers ») qui « risquaient des décisions douteuses » () ; «» (« de faux visages / masques pour l'ennui quotidien / soumis au jour le jour aux dieux antiques ») ; «» (« des oiseaux aux ailes nuageuses ») qui «» (« dirigeaient le bal faisaient défaisaient / déguisaient de rose le saignement / arboraient des drapeaux d'abjection » ; «» (« la foule absente ») ; «» (« la misère qui s’agite sous les jambes / qui fuit vers les recoins du silence et de l’oubli ») ; «» (« la frayeur qui monte et emplit ton corps »). Cette soumission irrédentiste lui rappelle une réserve indienne de l’Oregon, Umantilla Valley, qui sert de titre au poème. L'exil se superpose avec l'arrivée à Valence.

(1980) donne d'emblée l’impression d’être un développement ordonné de l'opuscule. Dans la partie intitulée «» (« La vieille amie », c'est-à-dire la ville), il développe à travers la faune symbolique commune dans ses vers (loups, oiseaux, corbeaux, aigles, rats, cigales), un réseau allégorique pour caractériser la société dans laquelle il a vécu, sans oublier d'anciens symboles tels que la rose, les arbres, les poings, les rochers, la nuit, la lune... et les références à la haine, à la peur, à la colère, au silence, au cri, aux souvenirs... Dans la (« ville »), il n’y a que des (« cadavres solitaires ») qui suivent des (« chemins rendus uniformes ») ou (« vacillent insomnieux »). Le poète se reconnaît «» (« ivre de rage ») et «» (« témoin rebelle de mots éteints »). Mais personne n’échappe à la confusion : . Ce n'est que dans les derniers verss du livre qu'il évoque une sorte de salut : .

La transition démocratique se présente comme une période de défis pour ceux qui avaient lutté contre le franquisme. Le fustérianisme devient alors un horizon diffus de revendications et un substrat commun à toute la pensée progressiste, qui va au-delà du pur antifranquisme. Cependant, la Transition ne fut pas le changement simple et brillant que certains espéraient : la rupture démocratique attendue ne se produisit pas et la réforme fut pleine d’éclats, de fractures partielles qui, parfois, se retournèrent contre ceux qui avaient lutté contre le franquisme. Au fur et à mesure qu'avançait la Transition, le désenchantement de Joan Fuster et de certains de ses suiveurs devenait de plus en plus évident. Des articles journalistiques de Pérez Montaner publiés à l'époque en sont l'illustration. Cette situation conduit progressivement le mouvement à un isolement politique relatif, considérant ce qui était en train de se passer comme une trahison du bloc compact d'impulsions intellectuelles avec lesquelles l'imaginaire valencianiste antérieur avait envisagé le changement de régime. La question de la réconciliation devient l’axe central des discours, la recherche de « consensus », signifiant l'abandon de nombreuses revendications et espoirs. Pérez Montaner poète est déçu par les changements historiques auquel il assiste, et il tente de se réfugier en trouvant un lieu à l'écart des tumultes du monde extérieur :

La mirada ingènua (« Le regard ingénu », 1992) est une plaquette publiée par La Forest d'Arana, un groupe et tertulia poétique des années 1980 et 1990 apparu au pub Arana et plus tard transféré au café Lisboa de la rue dels Cavallers à Valence. Le titre offre une première clé d'interprétation, avançant que le lecteur trouvera dans le livre est ce que chacun peut voir d'un point de vue naïf. Pérez Montaner tente de récupérer son regard d'adolescent pour pouvoir à nouveau lire le monde qui l'entoure, dont il est désenchanté. Ce recueil de poèmes et ce moment comme peuvent être décrits comme une charnière, le passage d'un « nous » avec toute l'orientation sociale et militante de ce pronom collectif à un « je » qui, sans cesser de s'intéresser aux changements sociaux de la fin des années 1980 et du début des années 1990, veut récupérer le « moi » personnel. Dans cette tentative de réadaptation à la nouvelle réalité historique que vit le poète, sa mémoire opère des rejets sélectifs : ; . Plus rien ne sera comme avant. Il y a une énorme déception vis-à-vis de l’environnement et nous devons rechercher d’autres attitudes civiques et littéraires :

Il n’y a pas eu de révolution d'hiver mais «» (« une longue tempête »), avec «» (« des cris absurdes que nous ne comprenions pas »), et il n’y a pas eu d'autre sang versé que «» (« le sang des fraises »). Le poète vit une nouvelle réalité et avec elle exige un changement d’attitude, peut-être un changement de perspective, une nouvelle volonté d'éloignement, d’exil. La ville a expulsé un autre poète :

Œuvres Liste incomplète :

Poésie

Adveniment de l'odi. Valence, Tres i Quatre, 1976. Deu poemes. Valence, Septimomiau-Gallocrisis, 1978. Museu de cendres. Prologue de Vicent Escrivà. Valence, Diputació Provincial de València, 1981. Premi València 1980. L'heura del desig. Valence, Fernando Torres, 1985. Premi Roís de Corella de la Ciutat de València 1985. Prisma. Prologue de Jenaro Talens, traduction de José Luís Falcó. Alicante: Institut de Cultura Juan Gil-Albert, 1990 ; edition bilingue catalan-castillan. Antologia (1986-1991). Gandia, Aina, 1979. Màscares. València: Alfons el Magnànim, 1992; coll. «Poesia» 12, Premi de la Crítica dels Escriptors Valencians 1993. La mirada ingènua. Valence, La Forest d'Arana, 1992. Límits (1976-1993). Ciutadella: Publicacions de “Sa Nostra” Caixa de Balears, 1993. Fronteres. Alzira: Bromera, 1994. Premi Vicent Andrés Estellés 1993; Premi de la Crítica dels Escriptors Valencians 1994. Argúcies del desig, dans Rafael Armengol. Sèrie «Barres i Estrelles» (Popeie a Pompeia), Interarte, Ajuntaments de Requena, Alzira, Almansa, Torrent, Albacete et Villena, 1996, p. 47-71. L'oblit. Prologue de Dominic Keown. Barcelone, Edicions 62, 1996. Premi Ausiàs March 1995. Solatge. Catarroja, Perifèric, 2009. Premi Benvingut Oliver 2008; Premi de la Crítica dels Escriptors Valencians 2010. Geografies de l'oblit. Alzira, Germania, 2013. Anthologie personnelle. La casa buida. Alzira, Bromera, 2014. Premi Vicent Andrés Estellés 2013. Defensa d'una forma. Poesia completa 1967-2018. Prologue d'Antoni Martí Monterde ; épilogue de Dominic Keown ; illustrations de Miquel Pérez Robles et Elsa Pérez Robles, Valence: Institució Alfons el Magnànim, 2018. Abans del vers. Annotations d'Isabel Robles, La Pobla de Farnals, Edicions del Buc, 2024.

Essai

Brossa Nova. Poetes valencians dels vuitanta, avec Marc Granell et Amadeu Viana (Valence: Universitat de València, 1981). Una aproximació a Vicent Andrés Estellés, avec Vicent Salvador (Valence, Tres i Quatre, 1982). Subversions (Valence, Tres i Quatre, 1990). Poesia i record. A propòsit d'un poema del Llibre de meravelles. (Valence, La Forest d'Arana, 1994, col. «La Sibil·la d'Arana»). Vicent Andrés Estellés, 1924-1993. Deu anys després, avec Josep Ballester (Barcelone, Institució de les Lletres Catalanes, 2003). El mural com a fons. La poesia de Vicent Andrés Estellés (Catarroja, Perifèric, 2009).

Éditions critiques

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Traductions

E. E. Cummings : «Sis poemes». Avec Isabel Robles Gómez, dans Cairell, 2, .