Orion (en grec ancien ou ) est un chasseur géant de la mythologie grecque, réputé pour sa beauté et sa violence. Selon cette mythologie, il fut transformé en un amas d'étoiles par Zeus, donnant son nom à la constellation d'Orion.

Dans lIliade d'Homère, Orion est décrit comme une constellation et l'étoile Sirius est mentionnée comme son chien. Dans lOdyssée, Orion est essentiellement un chasseur et est aussi mentionné en tant que constellation. Dans Les Travaux et les Jours d'Hésiode, Orion est une constellation dont le lever et le coucher avec le soleil sont utilisés pour compter l'année.

Le mythe d'Orion a été transformé et popularisé par la littérature latine, notamment par Ovide, qui donne un rôle plus important à Artémis. Le mythe prend une coloration plus sensible et tragique, absente des versions archaïques.

Étymologie Le nom latin Orion vient du grec ancien ...

Pour Jean-Michel Renaud, il serait issu de l'indo-européen via un thème * issu de * désignant l'été. La forme la plus ancienne serait , dérivé en d'une forme à suffixe . Le lever héliaque de la constellation coïncide avec le solstice d'été...

Parmi les étymologies populaires, le poète romain Ovide semble avancer une étymologie reposant sur la ressemblance du nom Orion avec le mot grec ancien , « urine », et explique pourquoi dans son histoire (voir plus bas). Certains pensent que le liquide qui a humecté la peau de bœuf n'est pas de l'urine mais du sperme (grec ancien , « semence. »).. Le plus ancien sens du verbe est grec et signifie « uriner ». Le sens « répandre le liquide séminal » n'apparaît qu'à l'époque romaine..

Sources vignette|Lampe à huile en terre cuite représentant Orion aveuglé et Artémis, Staatliche Antikensammlungen, Munich. Le mythe d'Orion est particulièrement fragmenté. S'il est évoqué dans l'épopée homérique, on ne trouve guère de récits complets du mythe avant des mythographes tardifs. Ainsi les périodes archaïque, classique et même hellénistique ne présentent que des évocations plus ou moins détaillées de faits isolés du mythe. De plus, certains épisodes ne sont pas intégrés à celui-ciJean-Michel Renaud, Monde sauvage et monde civilisé dans le mythe : le cas d'Orion, Les espaces du sauvage dans le monde antique : approches et définitions. Actes du colloque (Besançon, 4-5 mai 2000), Institut des sciences et techniques de l'antiquité, 2004, 925, p. 279-290..

Le mythe d’Orion connaît une évolution très nette entre l’époque archaïque, l’époque classique et les périodes hellénistique et romaine. Le changement essentiel tient dans la place qui est donnée à Artémis : d’une relation marginale ou inexistante, on passe progressivement à une version plus dramatique et parfois romantiséeJean-Michel Renaud, Le mythe d’Orion : sa signification, sa place parmi les autres mythes grecs et son apport à la connaissance de la mentalité antique, Liège, C.I.P.L., 2004..

La constellation La constellation d'Orion apparaît pour la première fois dans lIliade d'Homère (18, 486 ; 22, 29).. Elle est également citée dans lOdyssée (5, 274).

Hésiode la mentionne dans Les Travaux et les Jours (596, 607, etc.), Aristote dans Des Météores (2, 5, 4) et Problèmes (26, 13).

Le chasseur Le chasseur mythique, amant d'Éos, est cité par Homère dans lOdyssée (5, 121, etc. ; 11, 310, 572, etc.). Ulysse aperçoit son ombre dans le monde souterrain..

À l'époque romaine impériale, la légende est reprise : entre 29 et 19 avant notre ère, par Virgile dans lÉnéide (1, 535 ; 4, 52 ; 10, 763) ; en l'an 15, par Ovide dans ses Fastes (5, 493-544). Orion est un chasseur changé par Diane en une constellation qui porte son nom. ; avant 17, par Hygin, ami d'Ovide, dans sa Fabula 195. ; Hygin relate aussi la légende d'Orion dans son traité sur l'astronomie : : § 34 (Orion). Le nom est par ailleurs mentionné dans les passages : introduction ; § 21 (Taurus), § 26 (Scorpio), § 33 (Lepus), § 35 (Canis), § 36 (Procyon).. Le nom de la constellation est aussi mentionné sept fois dans le et cinq fois dans le .

Le mythe d'Orion Durant toute l'Antiquité, le nom d'Orion est à la fois celui d'une constellation et celui d'un héros.

Naissance La légende la plus répandue raconte que le vieil Hyriée ne pouvait avoir d'enfants. Un jour, il accueille de manière très hospitalière Zeus et Poséidon. Pour le remercier, ceux-ci engendrent avec la Terre un fils qu'ils lui accordent.. Dans une autre version, Orion est le fils de Poséidon et d'une fille de Minos, Euryalè.

L'enfant est doté de qualités exceptionnelles. Il est fort, beau et d'une taille gigantesque. Il a reçu de Poséidon la capacité de se déplacer sur les flots.

Le héros frame|Cette illustration du « Cratère de Blacas », vase grec de la fin du , montre une interprétation mythologique du soleil levant Hélios et d'autres figures astronomiques — la grande paire à gauche est Céphale et Éos ; Céphale semble être sous la forme de la constellation d'Orion, et le chien à ses pieds peut représenter Sirius. Comme son père Hyriée, Orion est un héros primordial en Béotie, voyageur et bâtisseur.

Hésiode mentionne Orion comme un géant chasseur envoyé par Gaïa ou ayant une grande force, souvent lié aux animaux ou à la mer. Comme dans l'épopée homérique, Orion est avant tout une figure astronomique et héroïque. Dans Les Travaux et les Jours, le nom d'Orion apparaît uniquement comme constellation dont les mouvements permettent de fixer les travaux agricoles de l'année.

Au chant V de l'Odyssée, Orion est aimé d'Éos, déesse de l'Aurore. D'après Homère, la déesse enleva le héros et le conduisit à Ortygie, où il succomba sous les coups d'Artémis.

Dans les sources archaïques, dont Hygin, qui compile des traditions plus anciennes, Orion et Artémis sont liés symboliquement par la chasse, mais pas affectivement.

Pseudo-Apollodore raconte qu'Orion demande la main de Méropè, fille du roi Œnopion de Chios. Œnopion promet sa fille mais retarde le mariage. Orion, enivré, tente de la violer ou la séduit selon les versions, et Œnopion le fait aveugler pendant son sommeil. Orion recouvre ensuite la vue en se rendant à l’Orient, guidé par Cédalion, jusqu’au lever du Soleil (Hélios). L'auteur de la Bibliothèque évoque également une variante locale dans laquelle Orion épouse Sidé (« grenade »), qui est très belle et très fière. Elle est précipitée dans le Tartare par Héra, à qui elle a voulu se comparer. Elle donne à Orion deux filles : les Coronides, Ménippé et Métioché, qui grandissent en Aonie (Béotie), au pied du Mont Hélicon.

Versions littéraires tardives Le motif d'Orion aimé ou tué par Artémis est une évolution tardive d’un mythe qui était initialement astronomique et héroïque.

Version d'Ovide (avant l'an 17/18) Ovide résume le reste de la vie d'Orion en quelques lignes :

Version de Lucien de Samosate (vers 120 à après 180) Accueilli à la cour d'Œnopion qui régnait sur Chios, Orion tomba amoureux de Mérope, la fille du roi. Œnopion voulait se débarrasser de ce prétendant encombrant. Il décida donc de promettre la main de sa fille à Orion, à condition que celui-ci débarrassât Chios de tous les fauves qui s'attaquaient aux hommes et aux troupeaux. Le roi était persuadé qu'il n'y parviendrait pas, mais Orion, excellent chasseur, n'eut aucun mal à remplir ladite condition. Lorsqu'il revint demander la main de Mérope, Œnopion renia sa promesse, l'amoureux se fâcha et saccagea le palais. Il fut ligoté tant bien que mal par l'armée lancée par le roi.

Pour le punir, Œnopion l'aveugla et l'abandonna sur le rivage. Orion marcha alors droit devant lui à travers la mer jusqu'à l'île de Lemnos et fut attiré par les forges d'Héphaïstos, qui accepta de lui prêter Cédalion. Le géant rentra dans la mer et marcha vers le levant. Pendant sa marche, Orion recouvra miraculeusement la vue..

Mort d'Orion et son élévation au ciel Il existe plusieurs variantes de la mort d'Orion : tantôt Artémis, Héra ou la Terre (Gaïa) suscite un scorpion qui pique le héros et le tue, tantôt Éos, voulant se venger d'un outrage que lui a fait Orion, l'abat d'une flèche.

Dans tous les cas, Orion est transformé en constellation le plus souvent par Zeus.

Par la flèche d'Artémis vignette|Diane auprès du cadavre d'Orion, huile sur toile de Daniel Seiter. Il retourna à l'île de Chios pour se venger d'Œnopion, mais Artémis lui demanda d'oublier sa vengeance et lui proposa de chasser avec elle. Le frère d'Artémis, Apollon, qui avait quelques craintes pour sa sœur, envoya un monstrueux scorpion à sa poursuite. Orion tenta de le combattre mais il n'y parvint pas. Pour échapper au monstre, il s'enfonça dans la mer, qui formait une barricade naturelle. Alors Apollon désigna le géant et dit à Artémis de le tuer, le faisant passer pour un monstre. Comme le géant était trop loin, Artémis ne put le reconnaître et lui lança une flèche. Elle alla à la nage récupérer le cadavre, mais lorsqu'elle s'aperçut que c'était Orion, elle plaça son image parmi les étoiles (par catastérisation) en compagnie de ses chiens, Sirius et Procyon.

C'est pour cela que les constellations de Orion et du Grand Chien (qui compte l'étoile Sirius, l'astre le plus brillant du ciel de l'hémisphère nord en dehors des éléments du système solaire) sont proches l'une de l'autre, et que le Scorpion fut placé de l'autre côté sur la voûte céleste, le héros et le monstre se poursuivant sans cesse sans jamais se rattraper.

Par un scorpion Hygin raconte qu'Orion se vante qu’il peut tuer tous les animaux de la Terre. En punition de son hybris, la Terre (Gaïa) ou un scorpion envoyé par elle le pique. Orion meurt et est ensuite placé parmi les étoiles comme constellationHygin, Astronomica II, 34–35.. Apollodore reprend la tradition affirmant qu’Orion est tué par un scorpion envoyé par Gaïa. Il précise ainsi la fonction étiologique : Orion et le Scorpion ne se lèvent jamais ensemble dans le ciel, expliquant la disposition des constellationsPseudo-Apollodore, Bibliothèque II, 5, 5..

L'adaptation hellénistique ou romaine du récit cosmologique archaïque intègre la figure d’Artémis pour rendre le mythe plus dramatique. Le motif du scorpion devient ainsi une punition morale et narrative, intégrée dans la littérature romaine.

Dans cette version, Orion et Artémis avaient l'habitude de chasser ensemble. Un jour, Orion, qui était amoureux de la déesse, essaya de l'embrasser. Artémis, indignée, fit apparaître un scorpion et lui ordonna de piquer le géant. En le voyant mourir, Artémis, émue, transforma Orion en constellation, et réserva le même sort au scorpion qui l'avait fidèlement servieOvide, Métamorphoses, Livre II, vers 604–661..

Interprétations vignette|Mosaïque représentant la transformation d’Orion en constellation par la volonté de Zeus, découverte dans la Maison d'Orion en 2018 lors des travaux de restauration du Projet Pompéi.

Les études mythologiques ont noté que Orion et Aurore (Éos) de la tradition grecque sont comparables à et Prajāpati de la tradition indienne ancienne Michael Janda, « Warum Eos und Orion ein Liebespaar wurden », Acta Linguistica Petropolitana. 2022. Vol. 18.1. p. 126–139, .

Éos trouve une correspondance étymologique dans la déesse de l'aurore dans le panthéon védique, Uṣás ( aussi le latin Aurōra, l'avestique Ušah, tous issus de l’indo-européen *H₂áu̯sōs), et Rohiṇī est généralement interprétée comme faisant référence à une « aube rougeoyante ». Les intrigues des mythes grecs et indiens présentent des chevauchements frappants, tels qu'un motif de chasse et une histoire d'amour.