L'Union sportive carcassonnaise est un club français de rugby à XV situé à Carcassonne. Fondé en 1899, le club est notamment champion de France de en 1975.

L'équipe évolue en championnat de Nationale pour la saison 2026-2027.

Historique L'USC, premier club civil L’Union sportive carcassonnaise (USC), est le premier club civil du département à posséder une équipe de rugby. Cette société dépose ses statuts à la Préfecture de l’Aude, le . Le but de ce club omnisports est de procurer aux jeunes gens des distractions au point de vue intellectuel et physique. Ainsi ses membres peuvent s’adonner à la lecture (le club possède sa bibliothèque), à l’escrime, à l’équitation, à la gymnastique, au law-tennis et au rugby football qui obtient très vite un vif succès. À l’origine de la création de la section rugby, Émile Génie et Antoine Tallavignes. Ces jeunes gens, âgés d’une vingtaine d’années, sont tous deux issus de familles bourgeoises qui se sont enrichies avec le développement de la vigne à la fin du . Génie est le fils d’un des plus riches courtiers en vin installés à Carcassonne et Tallavignes est le fils d’un des plus gros propriétaires du Minervois. Selon leur rang, ils suivent leurs études secondaires au Lycée de Toulouse. C’est dans cet établissement qu’ils découvrent le rugby football. Ils le pratiquent dans les différentes équipes de jeunes. Comme beaucoup d’élèves, au sortir du lycée, ils veulent continuer à pratiquer leur sport favori. Émile Génie, président de l'USC, réunit quelques jeunes gens tentés par la constitution du club. Leur expérience rugbystique sera bénéfique aux nombreux néophytes séduits par l’aventure. Quelques clauses freinent cependant le recrutement. Sont refusés les individus de moins de vingt ans, les « étrangers » et seront exclues les personnes qui discuteront sur les questions politiques et religieuses. En outre, les sociétaires sont priés de verser une cotisation annuelle de 17 francs, laquelle limite la pratique du rugby aux seuls jeunes gens aisés, représentant une certaine élite.

La ville de Carcassonne participe activement à ce grand essor du sport en France. À tel point que le phénomène, désormais, devient un enjeu idéologique et un terrain convoité de luttes politiques ; le sport, en effet, est un moyen efficace de contrôle sur la jeunesse. De nombreux politiciens s’emparent du mouvement sportif. Le radical Jules Sauzède, maire de Carcassonne, est l’un des précurseurs en la matière. Par son goût prononcé du sport et son vif désir de la démocratiser – ce loisir est un domaine uniquement réservé aux classes sociales aisées – il contribue fortement, au tournant du siècle, au développement des sociétés sportives à Carcassonne. Son action porte essentiellement sur la gymnastique mais aussi sur le rugby pratiqué dans la ville dès 1896 par les lycéens du Stade Carcassonnais.

La question du sport en France s’est posée, très élargie, après la cuisante défaite de 1870. Tout le monde est d’accord pour doter la nation d’une jeunesse forte. De nombreuses sociétés sportives apparaissent donc dans le pays. Elles concernent des activités très variées, comme le rugby football ; sport d’équipe importé d’Angleterre qui connaît un vif succès d’abord dans les établissements scolaires parisiens puis dans les villes du Midi. Le département de l’Aude et son chef-lieu Carcassonne, participent activement à ce grand essor du sport en France. À tel point que le phénomène devient un enjeu politique. La politique de Jules Sauzède, engendre la création, en 1898, du premier club civil de la ville : l'USC. Certes, si de la politique confidentielle des premiers jours, à la pratique « populaire » prônée par Sauzède, il n’y a qu’un pas, les premières rencontres organisées par le club avec d’autres clubs civils (1904) annoncent que le rugby est sur la bonne voie : celle de l’engouement.

L’engouement pour le rugby à Carcassonne (1904-1914) À partir de 1904, le rugby atteint un nouveau seuil. Il cesse d’être un simple divertissement confidentiel pour devenir un sport organisé. Les années qui suivent sont donc caractérisées par la structuration du rugby et ceci à plusieurs niveaux. Progressivement de nombreuses sociétés voient le jour, une compétition est mise en place, un club émerge du lot et le rugby carcassonnais s’affirme. La loi du sur la liberté des associations, incite les sociétés déjà existantes à modifier leurs statuts et encourage les sociétés nouvelles à se constituer de manière régulière et si possible définitive. Cette loi, qui tombe à point, favorise l’éclosion de nombreuses sociétés du rugby dans la région. Le , l’Union sportive carcassonnaise devient la première société officielle – à partir de la nouvelle loi – de la ville. Par conséquent, plusieurs modifications de taille apparaissent au sein du club, comme la structuration du bureau directeur (membres honoraires et membres actifs), la recherche d’un terrain (qui sera finalement l’ Union Park), la définition d’un calendrier, la mise en place d’une comptabilité et la rédaction de la correspondance administrative et des procès-verbaux. Ainsi armée d’une équipe dirigeante efficace et d’un terrain qui lui appartient, l’USC peut se mesurer avec un concurrent sérieux qui, déjà, se dresse sur sa route : l’Étoile sportive carcassonnaise (ESC).

La création de l’Association sportive carcassonnaise (ASC)

À la fin de la saison 1905-1906 un gros problème émerge : le Championnat du Languedoc doit débuter en 1907 et il n’y a toujours pas de club phare à Carcassonne. Certes la ville possède deux bonnes équipes, l’USC et l’ESC, mais les forces ainsi sont dispersées. Comment dans ces conditions prétendre bien figurer dans une épreuve aussi relevée ?

Il n’y a pas de place à Carcassonne pour deux équipes de sensible valeur. Soit une des deux équipes émerge du lot, soit les formations rivales fondent leurs forces en une association unique. Si cette dernière éventualité paraît la plus séduisante, rien au départ ne la laisse présager, tant l’USC et l’ESC se morfondent dans une rivalité accrue. Rappelons que l’Étoile est née d’un désaccord au sein de l’Union, après que certains sociétaires lui aient reproché le montant trop élevé de sa cotisation. La réputation, depuis, est tenace. L’USC est considérée comme formation « bourgeoise » tandis que l’ESC est réputée être une équipe « d’enfants du peuple ». Outre sur l’aspect social, la rivalité s’exerce sur des critères purement sportifs. On l’a vu, l’émergence d’une des deux sociétés peut être la clé du problème initial. En même temps que la « chasse » aux bons résultats, la lutte au leadership est engagée. Cette rivalité prendra fin en , lorsque les deux sociétés, réunies au grand complet, se tendent la main au café du Helder. L’Association sportive carcassonnaise (ASC) est née. Les intéressés choisissent ses couleurs – jaune et noir – qui sont aussi celles de Carcassonne. Dès lors, le club devient la principale société de la ville. Elle adhère à l’U.S.F.S.A. en . La perspective d’une compétition exigeante oblige le nouveau club à se doter d’infrastructures adéquates. Surmonter les nécessités financières, organiser les premiers déplacements et disposer d’un terrain convenable, sont les conditions sine qua non au bon fonctionnement de la société. Ce sont aussi ses préoccupations premières.

En 1912, l’ASC incorpore le Championnat de France et s’installe en chef de file des clubs de la région. Un véritable exploit qui va refléter les progrès accomplis en cinq ans (1907-1912) par les formations languedociennes dont fait partie l’ASC. La visite de prestigieuses équipes au pied de la Cité, les victoires obtenues par le club à leurs dépens, l’émergence de bons joueurs autochtones attirent de plus en plus de Carcassonnais autour du stade. Indéniablement le rugby prend une autre dimension dans le chef-lieu. Il devient le sport-roi auquel s’identifie désormais la ville entière.

L’expression d’une identité locale À partir de 1913, le nombre croissant de spectateurs et la place de plus en plus grandissante qu’occupe le rugby dans les journaux locaux, témoignent du fort engouement pour ce sport à Carcassonne. Toutefois, en s’identifiant à « leur équipe », le public, mais aussi la presse, contribuent à l’émergence d’un fort chauvinisme local ; ce qui explique en partie la montée de la violence autour des stades. Le rugby, peu à peu, perd de sa signification purement sportive pour devenir un support de l’identité locale.

Il est évident que parmi ces supporters, tous ne sont pas des inconditionnels du rugby. On peut ainsi distinguer diverses strates de supporters : les fidèles, joueurs du club et dirigeants ; les spectateurs du dimanche qui participent régulièrement au spectacle sportif ; et les supporters occasionnels. Ces derniers, en général, connaissent peu ou pas du tout les règles complexes du rugby football. Ils les découvrent donc à l’occasion des grands matches. Des discrètes premières confrontations officielles de 1904 aux grandioses parties-spectacles de 1913-1914, le rugby carcassonnais aura parcouru du chemin. Pourtant la cause était loin d’être entendue au départ. Sa pratique confidentielle, son organisation improvisée et les incessantes rivalités divisant les différentes équipes de la ville laissaient présager pour le rugby un avenir plutôt incertain. Or, à partir de 1904, le rugby s’engage dans la voie structurée : les clubs s’organisent de façon plus cohérente (apparition des dirigeants, des commissions…) ; les instances fédérales et une compétition sérieuse (le Championnat du Languedoc) se mettent en place ; enfin, un club émerge du lot, l’Association sportive carcassonnaise. La situation se clarifie. Plus encore, elle s’oxygène car avec la multiplication des formations (dans les années 1910), le rugby s’étend à toutes les couches sociales de la population. Loin d’être confirmé dans les milieux aisés où il est né, le rugby devient populaire. Ce sont, plus que l’ESC encore, les équipes de quartiers qui illustrent cette tendance.

Le public et la presse locale se joignant au mouvement, une véritable osmose se créé entre les clubs et la population carcassonnaise. Le rugby devient le sport de la ville et surtout l’expression d’une identité locale. Ce qui n’est pas sans déclencher quelques remous de chauvinisme exacerbé, lesquels se transforment à l’occasion de derbys, parfois, en mouvements de violence. Ces derniers toutefois, ne sont pas (encore) compromettants pour l’évolution du rugby. Ce jeu, en effet, en 1914, est promis à un bel avenir. Hélas, le premier conflit mondial va stopper net cet engouement. Le temps est venu à d’autres mêlées dans lesquelles les nations jettent sauvagement leurs jeunes.

L’enracinement du rugby à Carcassonne (1914-1924) Même si les associations sportives disparurent faute de pratiquants, les longs mois de guerre n’ont pas totalement arrêté la progression du rugby. Étonnamment, on pratique ce sport « au pays » mais aussi au front. Et malgré le nombre très élevé de morts, le mouvement reprend avec vigueur dans les années 1920-1921. La ville de Carcassonne, où prolifèrent les équipes civiles, illustre à merveille cette explosion sportive. Ayant survécu aux quatre longues et douloureuses années de guerre, le rugby atteint un seuil supplémentaire dans son histoire. Les équipes de rugby, autant celles qui sont formées au front que celles de jeunes qui sont créées « au pays », marquent réellement l’enracinement de ce sport dans le Midi en général et à Carcassonne en particulier. Le rugby fait irrévocablement partie de la culture carcassonnaise.

L’essor du rugby à Carcassonne