Honoré Gabriel Riqueti, aussi orthographié Riquetti, « comte » de Mirabeau, plus communément appelé Mirabeau, né le dans le château de Bignon-Mirabeau, dans le Loiret, et mort le à Paris, est un écrivain, diplomate, journaliste et homme politique français, figure de la Révolution.

Après une jeunesse marquée par le libertinage, plusieurs années de prison, une liaison adultérine, et des pamphlets, il embrasse l'idée de réformer la société française dans son ensemble : il est l'un des pères fondateurs de la Révolution française, partisan d'une monarchie constitutionnelle.

Surnommé , et , il reste le premier symbole de l’éloquence parlementaire en France. Bien que membre de la noblesse, il se distingue en tant que député du tiers état aux États généraux après avoir été rejeté par l’ordre de la noblesse. Fort aimé par les révolutionnaires, son corps est transporté au Panthéon à sa mort, mais la découverte de ses relations secrètes avec la royauté retourne l'opinion, et sa dépouille est retirée du mausolée, dont il était le premier occupant.

Biographie Enfance Cinquième enfant et second filsUn premier fils du couple est mort en bas-âge. de Victor Riquetti de Mirabeau, économiste de renom, et de Marie-Geneviève de Vassan (1725-1795), Mirabeau est issu par son père d'une famille de la noblesse provençale et par sa mère, d'une lignée de financiers remontant à Jacques de Vassan. Il est le frère ainé d’André Boniface Louis Riquetti de Mirabeau et de Louise de Mirabeau, dernière marquise de Cabris.

Selon Victor Hugo, né onze ans après la mort de Mirabeau, ce dernier était d'une Victor Hugo, « Étude sur Mirabeau », 1834.. Il est né avec un pied tordu, deux grandes dents et surtout une tête énorme (ce qui a fait dire qu’il était hydrocéphale). Il a également la langue enchaînée par le filet. Avant de présenter l'enfant à son père, la nourrice le prévient : Guy Chaussinand-Nogaret, Mirabeau, Éditions du Seuil, Paris, 1982, .. Et l'accoucheur d'ajouter : André Lebois, « Comment parlait Mirabeau », dans Les Mirabeau et leur temps. Actes du Colloque d'Aix-en-Provence. 17 et 18 décembre 1966, Société des études robespierristes, Paris, 1966, .. Mirabeau admettra sa difformité, mais voudra en tirer sa force : , clamera-t-il..

À l'âge de trois ans, il est défiguré par une petite vérole mal soignée ; son visage au teint livide en garde de profondes cicatrices. Son enfance est marquée par la sévérité de son père qui n'a pas d'affection pour lui. En , son père écrit à son frère, le bailli de Mirabeau : . Il a également pour habitude de l'appeler ou . Il est placé par son père chez l'abbé Choquard à Paris.. Destiné à une carrière militaire, il accumule les dettes de jeu, si bien que son père le fait emprisonner sur l'île de Ré par lettre de cachet.

Débuts tumultueux vignette|gauche|redresse|Statue d'Honoré de Mirabeau. Palais de justice d'Aix-en-Provence. Mirabeau étudie à la faculté de droit de l'université d'Aix-en-Provence où il fréquente, notamment Jean-Étienne-Marie Portalis, futur rédacteur du Code civil.

En , il est incorporé à un régiment, mais contracte des dettes, ce qui provoque de nouveau la colère de son père. Il gagne une réputation de libertinage : ..

Il participe à la campagne de Corse en -, ce dont il se repentira. En , Mirabeau dénoncera les exactions qui ont accompagné la conquête de la Corse : ..

Il épouse le en l'église du Saint-Esprit d'Aix-en-Provence Émilie de Covet-Marignane., fille du puissant marquis de Marignane, qui avait refusé sa main au comte de Valbelle. Ils ont un fils, Victor, mort en bas âge en 1778Mirabeau et l'armoire de fer : Les Grandes Énigmes du temps jadis, place des éditeurs, 23 février 2012, 53 p..

vignette|gauche|Le fort de Joux où il fut emprisonné.

En 1774, son père demande son emprisonnement au château d'If, au large de Marseille, pour , emprisonnement qui durera près d'un an.. Pour le soustraire à ses créanciers, son père le fait plusieurs fois enfermer au donjon de Vincennes, et finalement exiler en 1775 au château de Joux, en Franche-Comté. Là, Mirabeau use de son charme auprès du gouverneur pour se rendre de nombreuses fois à Pontarlier : à l'occasion des fêtes organisées pour le sacre de , il y rencontre Sophie de Monnier, jeune femme mariée au marquis de Monnier, président de la chambre des comptes de Dole et près de cinq ans son aînée. Sophie devient la maîtresse de Mirabeau et ils s'enfuient tous deux aux Provinces-Unies, tandis qu'on les juge à Pontarlier par contumace (Sophie sera condamnée à l'enfermement à vie dans une maison de repentance pour crime d'adultère, Mirabeau à mort pour rapt et séduction)Charles Zorgbibe, Mirabeau, éditions de Fallois, 2008, 524 p., ..

Durant sa fuite, en , Mirabeau publie son Essai sur le despotisme, qui dénonce l’arbitraire du pouvoir royal : Les deux amants seront rattrapés à Amsterdam : Sophie arrêtée, Mirabeau se livrera. Après avoir mis au monde une fille, prénommée Gabrielle Sophie, elle est condamnée à être enfermée au couvent des Saintes-Claires, à Gien, où elle est effectivement conduite en 1778. Lui échappe au bourreau, mais retourne, à cause d'une autre lettre de cachet, au donjon de Vincennes, durant quarante-deux mois. Gabrielle Sophie sera confiée à une nourrice de Deuil et mourra en 1780 sans que son père ait jamais pu la connaître.

Mirabeau est donc emprisonné au donjon de Vincennes de à . Il y rencontre Sade, qui y est enfermé à la même époque. Il y écrit beaucoup : des lettres, notamment à Sophie de Monnier, publiées en 1792 sous le titre de Lettres à Sophie, chef-d’œuvre de la littérature passionnée, ainsi qu’un virulent libelle contre l’arbitraire de la justice de son temps, Des Lettres de cachet et des prisons d'État (1782), mais aussi que, sous couvert d'anonymat, deux œuvres érotiques à prétention philosophique, Erotika Biblion (1783), publié à Neuchâtel, et Ma conversion. Les décès coup sur coup de ses deux seuls petits-enfants, Victor et Gabrielle Sophie, adoucissent Mirabeau père, qui se refuse à l'idée que sa lignée s'éteigne. Il accepte de faire libérer son fils aîné, à condition de détenir une autre lettre de cachet qui pourrait le renvoyer en prison : Mirabeau fils accepte la condition, et doit lui-même écrire aux ministres pour appuyer la requête paternelle.

Il est donc libéré du donjon de Vincennes le , mais reste sous la tutelle vigilante de son père. Celui-ci le force notamment à demander une lettre de cachet contre , un de ses anciens amis, et surtout à le soutenir contre sa propre mère, en procès contre son mari au sujet de son héritage. En 1781, Mirabeau fuit Paris et ses créanciers ; il se rend à Gien, où il parvient à s'entretenir avec Sophie dans son couvent, mais repart bientôt et ne la reverra plus. Sophie, bien que libre en 1783, après le décès du marquis de Monnier, restera près du couvent de Gien, et se donnera la mort en 1789. Se réconciliant avec son père, qui commence à voir en lui la puissance politique et l'intelligence, Mirabeau se concentre désormais sur l'absolution de ses différentes condamnations. S'il ne purge pas sa peine avant , il devra de dommages et intérêts ; il se soumet donc aux autorités le à Pontarlier, et demande l'absolution aux juges. Sa défense est assez simple : une femme mariée ne peut être victime de rapt, et Sophie l'a suivi parfaitement librement, la séduction ne pouvant donc être retenue.

Dans la foulée, sa femme légitime, Émilie, demande la séparation de corps : elle est défendue par Portalis. Mirabeau défend sa propre cause dans ce procès qui défraie la chronique. Il le perd, après une joute oratoire assez hostile entre les deux orateurs. Elle obtient la séparation de corps en — l'intérêt ici, est de permettre à Émilie de ne pas être saisie sur les biens qu'elle possède de par son héritage, puisque restant mariée, elle est solidaire de la dette de son époux. Mirabeau ne montre pas de ressentiment à l'encontre de Portalis car, non seulement il reconnaît publiquement ses qualités oratoires et sa loyauté, mais, de surcroît, le consultera plus tard sur une affaire et demandera son appui lors de la campagne électorale de 1789 pour les États généraux, en Provence.

Débuts en politique vignette|redresse|Portrait de Mirabeau gravé par Fiesinger d'après un dessin de Guérin.Paris, BnF, département des estampes. En , Talleyrand, avec qui il est lié, lui obtient une mission secrète à Berlin, où il reste six mois pour le compte du Contrôleur général des finances de , Charles-Alexandre de Calonne. Il tente en vain d'être nommé à un vrai poste diplomatique. À son retour en , furieux de n'avoir rien obtenu, il publie un pamphlet Dénonciation de l'agiotage () qui entraîne une lettre de cachet et le contraint à fuir en Belgique (à Liège puis à Tongres).

Proche du philosophe juif alsacien Cerf Beer, Mirabeau fait paraître en 1787 Sur Moses Mendelssohn, sur la réforme politique des Juifs, inspiré du travail de l'auteur allemand Christian Wilhelm von Dohm qui publie Über die bürgerliche Verbesserung der Juden (De la réforme politique des juifs) en 1781 (puis traduit en 1782).

Il fait partie en , entre autres avec Brissot, Clavière et Condorcet, des fondateurs de la Société des amis des Noirs, créée pour l'abolition immédiate de la traite des Noirs et progressive de l'esclavage dans les colonies.

Un noble député du tiers état vignette|Mirabeau et Dreux-Brézéesquisse de Delacroix, 1830musée Eugène-Delacroix à Paris. Mirabeau se présente en Provence aux élections des États généraux de . Rejeté par la noblesse, cet aristocrate déclassé publie un discours véhément adressé aux nobles provençaux. Il est alors élu par le tiers état, à Aix et à Marseille, le ..

Le , États généraux, le journal que le nouveau député publie depuis le , est saisi.. Une interdiction de publier les comptes-rendus des séances des États généraux est édictée par le conseil d'État. Mirabeau n’en tient pas compte et continue à publier le compte-rendu des séances de l’Assemblée, ainsi que les analyses des questions politiques à l’ordre du jour, d’abord sous le titre Lettres du comte Mirabeau à ses commettants du au , puis sous le titre Courrier de ProvenceIl s'associe avec Étienne Mejan à la rédaction de son journal, Le Courier de Provence., qui paraît encore après la mort de son fondateur jusqu’au .

Lors de la séance royale du 23 juin 1789, Mirabeau fait une réponse à Henri-Évrard, marquis de Dreux-Brézé, grand maître des cérémonies, venu apporter l’ordre de dissolution de l’Assemblée constituante signé par le roi , que le MoniteurMoniteur Universel, 25 juin 1789, page 48. Mirabeau lui-même en donne dans sa treizième lettre à ses commettants une version presque identique : rapporte deux jours plus tard en ces termes :

La tradition la simplifie en .. Il ne tarde pas à devenir l’un des plus énergiques orateurs de l’Assemblée nationale et de la société des Jacobins.

Le surnom d’« Hercule de la liberté » lui est donné par l'abbé Sieyès. À la sortie de l'Assemblée nationale, alors que la foule l'applaudit vivement, ce dernier proclame, en désignant Mirabeau : . Montrant son ami en retour, Mirabeau répondit Étienne Méjan (préface), Collection complète des travaux de Mirabeau l’aîné à l’Assemblée nationale, t. 1, ..

Le , il rédige une adresse au roi pour lui demander de retirer les troupes étrangères massées autour de Paris. Il participe également à la rédaction de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen (dont il écrit le Préambule avec Mounier), ce qui le popularise auprès du peuple.

Le , son père, Victor Riquetti de Mirabeau, meurt à Argenteuil.