Le Petit Chaperon rouge est un conte de tradition orale d'origine française, classifié comme le conte-type 333 dans la classification Aarne-Thompson.

Il est surtout connu par le biais de deux versions collectées, retranscrites et interprétées par les moralistes Charles Perrault en France et les frères Grimm en Allemagne. Depuis le milieu du , il a fait l'objet de nombreux détournements, opérant notamment un retour aux sources de la tradition orale et populaire du conte.

Versions originelles du conte Le Petit Chaperon rouge est un conte de la tradition populaire française qui a connu de nombreuses versions au cours de l’histoire et selon les pays où il a été repris. On dénombre une centaine de variantes du conte, e78871..

Les paysans français racontaient l’histoire dès le . L'une des versions orales du conte est des plus sanglantes : le loup, arrivé chez la mère-grand, la dévore en gardant toutefois un peu de côté, et prend sa place. La petite fille arrive et, ne se doutant de rien, obéit à la fausse grand-mère lui disant de manger un peu de viande et de boire un peu de vin, en fait la chair et le sang de l'aïeule (la petite fille s'interrogerait même quant aux dents présentes dans la chair, question à laquelle le loup lui répondrait qu'il s'agit de haricots).

Une version de l'histoire du Petit Chaperon rouge est sculptée au palais Jacques-Cœur de Bourges (en France), palais du , ce qui atteste encore de l'ancienneté de ce conte populaire. alt= Figurines sculptées du palais Jacques Cœur à Bourges (France) ().|centré|cadre|Figurines sculptées du palais Jacques-Cœur à Bourges (France) ().

On retrouve trace de l’histoire d'un Petit Chaperon rouge dans la tradition orale de nombreux pays européens, sous différentes versions, antérieures au . La version écrite la plus ancienne remonte à un poème « De puella a lupellis servata » compris dans le recueil Fecunda ratis, rédigé au par l’écolâtre Egbert de Liège J.M. Ziolkowski, « A fairy tale from before fairy tales : Egbert of Liege’s “De puella a lupellis seruata” and the medieval background of “Little Red Riding Hood” », Speculum, 1992, , ., même si le lien entre les deux textes reste discuté.

L’anthropologue britannique Jamie Tehrani, de l’université de Durham, a ainsi mené une étude statistique sur 58 variantes du conte en se concentrant sur 72 variables (nombre et sexe des protagonistes, le type d'animal, la fin, les ruses utilisées, etc.) : cette étude présente cependant de nombreux problèmes. Dans certaines des versions les plus anciennes, le Petit Chaperon rouge est un jeune homme déguisé en fille et envoyé par Mère-Grand dans la forêt hostile entourant le village pour tuer le loup. Le conte porte d'abord sur le travestissement et la dissimulation. La couleur du Chaperon servant au travestissement est une référence symbolique au meurtre du Loup. Dans la version italienne, intitulée La Finta Nonna. (La Fausse Grand-mère), la petite fille l’emporte sur le Loup grâce à sa propre ruse, sans l’aide d’un homme ou d’une femme plus âgée. Dans cette version également, le conte insiste sur la dissimulation et la ruse.

Le conte du Petit Chaperon rouge est devenu l’un des plus populaires en Europe et dans le monde grâce à la grande versatilité de la situation triangulaire entre le Petit Chaperon rouge, le loup et mère-Grand. Il permettait aux conteurs de proposer différentes variantes en fonction de leur public et de l'objectif visé.

Le personnage du chasseur (ou d'un bûcheron, selon les versions), inexistant au départ, n'apparaîtra que dans une des versions les plus tardives du conte, celle des frères Grimm., reléguant le Petit Chaperon rouge, qu'il soit homme ou femme, dans un rôle plus passif.

Il existe un conte chinois semblable. Dans celui-ci, c'est la grand-mère qui se rend chez ses trois petites-filles. Elle rencontre le loup, qui, après l'avoir interrogée, la tue et prend son apparence dans le but de tromper et de manger les trois filles. Ces dernières, cependant, finissent par comprendre l'imposture et par tuer le loup par la ruse, même si la grand-mère est tuée. On peut aussi citer des contes coréens comparables, où l'agresseur est un tigre tandis que les victimes sont une mère et ses enfants, au moins un garçon et une fille.

Versions des moralistes Versions de Charles Perrault vignette|Gouache ornant un manuscrit des Contes de ma mère l'Oye de Charles Perrault, 1695. La plus ancienne version retranscrite et figée est celle de Charles Perrault, parue dans Histoires ou contes du temps passé, avec des moralités le .. Cette version est plus malheureuse et plus moralisatrice que celles qui suivront. L’héroïne en est une jeune fille bien élevée, la plus jolie du village, qui court à sa perte en donnant au loup qu’elle rencontre dans la forêt les indications nécessaires pour trouver la maison de sa grand-mère. Le loup mange la vieille dame en se cachant des bûcherons qui travaillent dans la forêt voisine. Il tend ensuite un piège au Petit Chaperon rouge et finit par la manger. L’histoire se termine ainsi, sur la victoire du loup.

Versions des frères Grimm Au , deux versions distinctes furent rapportées par Jacob et Wilhelm Grimm : la première par (1791–1860) et la seconde par Marie Hassenpflug (1788–1856). Les deux frères firent de la première version l’histoire principale et de la seconde une suite. L’histoire de Rotkäppchen (La Capuche rouge) parut dans la première édition de leur collection Kinder- und Hausmärchen (Contes de l'enfance et du foyer, 1812). Dans cette version, la fillette et sa grand-mère sont sauvées par un chasseur qui suivait la piste du Loup. La suite montre la fillette et sa grand-mère piégeant et tuant un autre loup, anticipant ses gestes grâce à l’expérience acquise au cours de la première histoire.

Les frères Grimm modifièrent l’histoire dans les éditions postérieures, jusqu’à atteindre la version la plus connue dans l’édition de 1857. Cette version édulcorée, largement répandue, raconte l’histoire d’une petite fille qui traverse la forêt pour apporter un morceau de galette et du beurre à sa grand-mère. En chemin, la fillette fait la rencontre d’un loup, qui la piège à la fin et la dévore elle et sa grand-mère. Un chasseur vient néanmoins pour les sauver en ouvrant le ventre du Loup. Le Petit Chaperon rouge et sa grand-mère en sortent saines et sauves.

Autres versions

Version d'Henry Cole En 1843, l'auteur britannique Henry Cole publie sous le nom de Felix Summerly une version différente intitulée Little Red Riding Hood (nom anglais du Petit Chaperon rouge), en collaboration avec John Callcott HorsleyLire en ligne sur Wikisource (en anglais).. Cette version est très riche en détails. L'histoire se situe en Angleterre, dans le Hampshire, plus précisément dans New Forest. L'auteur prend soin au début de présenter l'héroïne, âgée de huit ans, et les relations qu'elle entretient sa famille. Serviable, elle aide ses parents dans leurs tâches quotidiennes et rend régulièrement visite à sa grand-mère, qui lui offre le fameux chaperon rouge. Un automne, elle part apporter à cette dernière un pot de miel et du beurre. Dans cette version, elle sauve le loup en empêchant des fagotiers de le tuer. Puis, une fois qu'elle indique à l'animal où habite sa grand-mère, elle regrette d'en avoir trop dit, son défaut étant de parfois trop parler. Puis, une fois chez sa grand-mère, elle a des doutes, se demandant si elle a affaire au loup. Cela ne l'empêchera pas de se faire manger... du moins dans la première fin. En effet, l'auteur note que cette fin traditionnelle est douloureuse et que la plupart des enfants ne l'aiment pas. Il en fournit donc une seconde, plus heureuse, qu'il a entendu raconter. Cette fois, l'héroïne hurle alors que le loup la saisit. Alertés, son père et les fagotiers arrivent et tuent l'animal.

Version de Charles Marelles En 1888, l'auteur français champenois Charles Marelles publie ce qu'il présente comme la véritable version du conte dans La véritable histoire du Petit Chaperon d'Or (dans son recueil Affenschwanz et cetera: variantes orales de contes populaires français et étrangers, paru en 1888)Charles Marelles, Affenschwanz et cetera: variantes orales de contes populaires français et étrangers, 1888, p. 5 pour l'avertissement et 39 pour le début du conte (lire en ligne).. Dans l'avertissement, l'auteur explique que cette version lui fut dicté en 1880 par l'avocat maître Lucas, de Crésantignes, qui la tenait lui-même d'un maître d'école de Romigny.

De son vrai nom Blanchette, elle doit son surnom au capet couleur d'or et de feu qui la coiffe toujours. Ce petit chaperon est un cadeau de sa grand-mère, femme si ancienne qu'elle a oublié son âge, comme porte-bonheur, le disant fait d'un rayon de soleil. Et comme elle avait la réputation d'être une sorcière, tout le monde pensait l'objet ensorcelé ! Un samedi, la fille, étant autonome, reçoit de sa mère la consigne d'amener à son aïeule un morceau de galette pour qu'elle puisse se régaler le dimanche, avant de revenir immédiatement à la maison, sans parler aux inconnus en chemin. Comme chez Perrault, elle rencontre Compère le loup, à qui elle révèle où habite la dame. Il se rend donc rapidement chez elle mais, se rendant compte qu'elle est absente (elle est partie tôt vendre des herbes au village), il prend sa place dans son lit et enfile ses vêtements.

De son côté, la fille arrive enfin. Le loup ne lui parle pas de chevillette, ni de bobinette : il lui demande simplement de pousser le loquet pour entrer. Il l'invite alors à se glisser dans son lit pour se reposer ; elle obéit, mais garde son chaperon. Alors qu'il se précipite la gueule ouverte pour la manger, elle baisse la tête en appelant sa mère et il ne fait que croquer l'objet ! Il hurle alors de douleur à cause du capet magique qui lui brûle le gosier et tente de s'enfuir ! À ce moment-là, la grand-mère, qui est revenue, reste sur le seuil de sa porte et ouvre grand le sac, dans lequel l'animal s'engouffre sans s'en rendre compte. Le refermant, elle part le vider dans son puits et le loup se noie. Rassurant sa petite fille, elle l'invite à manger de la galette et boire du vin, puis la raccompagne chez sa mère.

Autres versions régionales françaises Diverses versions ont été rapportes de différentes régions françaises :

Paul Sébillot rapporte un conte similaire ses Contes populaires de la Haute-Bretagne (1880) : Le Rat et la RâtessePaul_Sébillot, Le Rat et la Râtesse, dans Contes populaires de la Haute-Bretagne (lire en ligne).. À la fin du conte, il explique :

Jean-François Bladé publie une version très répandue en Gascogne et en Agenais, Le Loup et l'Enfant, qu'il a entendue à Pergain-Taillac (Gers) et qu'il publie dans ses Contes populaires de la GascogneJean-François_Bladé, Peau-d’Âne, dans Contes populaires de la Gascogne, 3, p. 189 (lire en ligne, p. 201 sur le site). dans le troisième volume (1886).

La même année, Achille Millien a publié deux versions entendues dans la Nièvre : l'une entendue à Martin (canton de La Charité) et intitulée Conte de la Mère-Grand, l'autre à Montigny-aux-Amognes. Elles sont toutes deux publiées dans la revue folklorique Mélusine : revue de mythologie, littérature populaire, traditions et usagesAchille_Millien, Conte de la Mère-Grand, dans Mélusine : revue de mythologie, littérature populaire, traditions et usages, pp. 352 et 428 (lire en ligne ici et ici)., au milieu d'autres versions régionales.

Traductions notables Les versions de Perrault et de Marelles ont été traduites en anglais et figurent respectivement dans The Blue Fairy Book (1889) et The Red Fairy Book des époux Leonora et Andrew LangLittle Red Riding-hood, dans The Blue Fairy Book (lire en ligne en anglais) et The True History of Little Goldenhood, dans The Red Fairy Book (lire en ligne en anglais)..

Critique et interprétations Il s'agit d'un conte-type 333 selon la classification Aarne-ThompsonP. Delarue, sq..

Nature du chaperon