Emmerich Joseph de Dalberg (Emmerich Joseph Franz Heinrich Felix DismasOn trouve également Emèrick-Joseph-Wolfgand-Héribert Kämmererkämmerer signifiant « trésorier » en allemand. von Worms), de Dalberg, né le à Mayence, mort le au château d'Herrnsheim (près de Worms), est un diplomate allemand, devenu une personnalité politique française.
Biographie
Issu d'une famille illustre
Issu de l'illustre maison de Dalberg, Emmerich Joseph, était le neveu de Charles-Théodore de Dalberg, qui fut archichancelier du Saint-Empire romain germanique, prince-primat de la confédération du Rhin et grand-duc de Francfort.
180px|vignette|gauche|Wolfgang Heribert von Dalberg, père d'Emmerich Joseph. Ses parents, Wolfgang Heribert von Dalberg, et Maria Elisabeth Augusta, baronne d'Ullner von Diepurg, étaient tous deux les derniers descendants de cette branche des Dalberg qui possédait en fief immédiat du Saint-Empire la seigneurie d'Herrnsheim avec ses dépendances d'Abenheim, Heßloch et Gabsheim. Si ses revenus et sa puissance étaient peu considérables, l'illustration du nom de la maison de Dalberg était telle que les barons de Dalberg eussent cru déroger en acceptant un titre de comte.
La situation de la seigneurie d'Herrnsheim, dans le voisinage de l'électorat de Mayence, lui donnait un moyen d'influence dans son chapitre. Aussi depuis de longues années avait-il été habituel dans cette famille de conserver plusieurs de ses membres dans les dignités du chapitre. Au moment de la naissance d'Emmerick Dalberg, son oncle Charles-Théodore remplissait les fonctions de vicaire général de l'archevêché de Mayence, de statthalter d'Erfurt, et plusieurs autres de ses parents faisaient partie de son chapitre noble.
De formation universitaire
Destiné par sa famille à l'état ecclésiastique, Emmerich Joseph reçut lui-même, dès l'âge de sept ans, une prébende sous le titre de chanoine domicellaire, sorte de bénéfices réservés aux grandes familles, et auxquels renonçaient plus tard ceux qui, à l'âge canonique, ne voulaient pas embrasser l'état ecclésiastique. Le jeune bénéficiaire comprit de bonne heure son peu de vocation pour cet état, et il résilia sa prébende en 1787.
Avant de , il se prépara à de sérieuses études, en passant les années 1790 et 1791, avec son gouverneur Ockart, dans la ville de Zurich, renommée alors par le bon choix des professeurs et par la culture de la langue française. Dans l', il entreprit, avec le jeune Escher de Berg, la visite obligée des montagnes des Alpes. Sur le col de Balme, près de Martigny, un accident terrible interrompit son excursion. Escher tomba dans un précipice, et ce ne fut qu'après plusieurs jours de recherches qu'on parvint à retrouver ses restes inanimés. Dalberg rentra auprès de sa famille qui résidait à Mannheim, et, sur la fin de l'automne de cette même année, il se rendit à Erfurt pour se former aux travaux, administratifs sous le patronage de son oncle le coadjuteur. Là, il suivit les leçons de Lessing et de Buschenmayer, et travailla aux affaires dans le cabinet particulier du coadjuteur.
À la rentrée d'automne, ses parents le décidèrent à compléter son éducation par les travaux universitaires, et il se rendit, vers la fin de 1792, à l'université de Göttingen pour y suivre les cours de droit civil et de droit public sous les célèbres Pütter et Georg Friedrich von Martens.
Mais les agitations qui commençaient à ébranler l'Europe se faisaient ressentir jusque dans l'enceinte des universités. Au milieu de cette activité de toutes les imaginations, un esprit aussi impatient que celui de Dalberg ne se prêtait qu'avec peine à la calme régularité des études classiques. Ainsi que tous les jeunes gens, il prit son désir du moment pour une vocation arrêtée, et sollicita de ses parents la permission d'entrer au service militaire, qui ne convenait ni à ses goûts, ni à sa faible complexion. Une réponse pleine de sagesseCette lettre, du , mérite d'être conservée : . de son oncle dissipa cette ivresse temporaire : ces sages observations produisirent leur effet, et Dalberg continua ses études à Göttingen pendant les années 1793 et 1794.
On voit, dans la correspondance qu'il eut dans ces deux années avec son ancien précepteur Ockart, que le jeune homme avait entrepris une histoire de la famille Dalberg, et avait acquis sur l'histoire moderne des notions précises et claires.
Le diplomate
À la clôture de ses cours universitaires, il vint passer une année à Mannheim au sein de sa famille. Les événements de la guerre l'obligèrent bientôt à en sortir : les armées françaises y entrèrent le , et ne l'évacuèrent qu'au après un bombardement.
Le baron Dalberg se rendit à Ratisbonne où siégeait la diète germanique, afin d'y travailler dans la chancellerie impériale. Il fut attaché aux bureaux du baron Johann Aloys Josef von Hügel, ministre de l'empereur François II, et ne quitta celle ville que lorsque l'approche de l'armée française, commandée par Jean-Baptiste Jourdan, força la diète et la chancellerie impériale à l'évacuer.
Interrompu ainsi, après neuf mois, dans des travaux qui lui avaient mérité l'approbation du baron de Hügel, Dalberg consacra le reste de cette année à visiter quelques parents à Wurtzbourg, à , à Diesentheil, à Carlsbad ou à Prague, et il passa l'hiver à Vienne.
Thugut venait d'être nommé premier ministre, et il avait, pour conseiller et pour ami, l'ancien secrétaire de Mirabeau, Pellenc, avec lequel Dalberg s'était lié. Impatient d'activité et voulant sortir de la foule des spectateurs impassibles, Dalberg pria Pellenc de transmettre à Thugut une note dans laquelle il manifestait son désir de se frayer une voie honorable au service de l'empire, en suivant une des légations impériales ou même en travaillant dans les bureaux du ministre. Thugut lui donna du travail dans ses bureaux, et c'est là qu'il put s'initier à la politique autrichienne. Mais un des articles des préliminaires de Léoben, en , fut l'expulsion du ministre Thugut. Dalberg resta encore quelques mois à Vienne, et il allait accompagner au congrès de Rastadt le commissaire impérial, Lehrbach, un de ses oncles, lorsqu'une grave maladie le retint à Vienne. Son oncle le coadjuteur lui rendit les soins les plus empressés, et aussitôt sa convalescence il l'envoya à Mannheim, dans sa famille (son père l'appelait vivement près de lui).
Le , le receveur français établi à Worms (département Mont-Tonnerre) avait fait mettre le séquestre sur leurs propriétés de famille de ce côté du Rhin, par application des lois contre les émigrés. Bien qu'en vertu de son emploi de président des appels de la cour Palatine, Dalberg résidait depuis vingt-quatre ans à Mannheim. Une première fois, en 1795, à l'époque de la capitulation de cette ville, le séquestre avait été levé aussitôt sa pose. Mais l'abandon de la rive gauche du Rhin à la France venait d'être consenti par l'Autriche et la Prusse (second congrès de Rastadt), et la députation de l'Empire le sanctionna le .
Le fait qu'il importait beaucoup aux intérêts de la famille Dalberg de ne pas se compromettre avec le gouvernement français sous la domination duquel ses terres étaient placées ; et l'attitude de Charles-Théodore de Dalberg, qui avait pris le parti de la France, fermèrent la carrière de la diplomatie autrichienne à Emmerich Joseph qui dès lors resta à Manheim près de ses parents, occupé à la culture d'une terre que son père lui remit entre les mains.
Au moment où éclata la deuxième Coalition contre la France, il voulut du moins prouver la part qu'il prenait aux affaires allemandes et écrivit des Considérations sur le projet d'une alliance entre l'Autriche et la Suisse. Il venait de publier la même année à Hambourg une brochure en faveur du droit d'asile dû aux émigrés français avec cette épigraphe : Res est sacra miser.
Ce fut seulement sur la fin de cette année (1799), qu'il entra définitivement dans la pratique des affaires publiques. À la mort de Charles Théodore de Bavière, le , le duc Maximilien des Deux-Ponts avait été mis en possession des électorats de Bavière et du Palatinat. Il chercha aussitôt à réparer le désordre introduit par son trop magnifique prédécesseur dans toutes les branches du gouvernement, et voulut à la fois réformer les finances, le clergé, la justice et l'administration. Un commissariat-général, le collège suprême d'administration à Mannheim (que présidait le baron de Dalberg, son père), fut formé, et Dalberg y entra le en qualité de conseiller. Malgré les ménagements dus aux intérêts de sa famille dont la plupart des propriétés situées sur la rive gauche restèrent sous le séquestre jusqu'au , Dalberg ne négligeait aucune occasion de manifester ses affections pour l'Allemagne, sa patrie.
Au mois de , après la signature de la paix de Lunéville, voyant que cette paix n'était qu'un armistice et que le Saint-Empire ne tarderait pas à reprendre les armes, Dalberg adressait alors à l'archiduc Charles, un Mémoire sur la situation de la monarchie autrichienne qui renfermait le germe des idées dont quatorze ans plus tard les conseils des puissances alliées offrirent le développement. L'article VII de la paix de Lunéville, qui portait que les princes héréditaires dépossédés par la France seraient indemnisés par l'Empire, commençait à mettre en mouvement toutes les ambitions et toutes les rivalités. Une diète extraordinaire, composée de quatre électeurs, ceux de Mayence, de Bohême, de Saxe et de Brandebourg, de trois princes, ceux de Bavière, de Wurtemberg, de Hesse-Cassel, et de l'archiduc Charles, comme grand maître de l'ordre Teutonique, sous la direction du commissaire impérial au nom de l'Empereur, s'était constituée le , pour la répartition des indemnités. La France et la Russie y furent les grandes dispensatrices des faveurs, et, grâce à leur appui commun, les souverains de Bade, Wurtemberg et Bavière reçurent une bonne part des pays sécularisés, des villes désaffranchies et des seigneuries médiatisées. Plusieurs mois déjà avant l'acte final de recès de l'Empire du , le bruit des diverses mutations de territoire qui devaient s'opérer était connu des parties intéressées. On savait que le Palatinat du Rhin serait cédé par la Bavière au pays de Bade. La ville de Mannheim, qui craignait cette cession, chercha à réclamer. L'électorat palatin regrettait, après plusieurs siècles d'illustration, de passer par lambeaux dans des mains de souverains d'une importance historique bien inférieure à la sienne. Ce fut alors que la ville de Mannheim députa MM. de Dalberg, de Schmidt et Ruprecht à Munich auprès de l'électeur bavaro-palatin, pour le prier de conserver le Palatinat, ou si cela ne lui était pas possible, pour qu'il recommandait, particulièrement la ville de Mannheim au nouveau souverain. La Bavière recevait de trop amples dédommagements de la perte du Palatinat situé loin de son territoire, pour élever quelques difficultés à cet égard. Tout ce qu'obtint la députation fut un accueil amical de la part de l'électeur, qui donna en particulier à Dalberg de nombreux témoignages de son affection pour lui et sa famille, mais sans vouloir ni pouvoir rien changer aux dispositions prises relativement à Mannheim et au Palatinat.