(traduisible en français par : ) est un rapport sur le changement climatique publié en par le département de l'Énergie des États-Unis (DOE), rédigé par cinq chercheurs climato-dénialistes à la demande du secrétaire à l'Énergie américain Chris Wright.
Le rapport, qui conclut que l'ampleur et les conséquences du changement climatique ont été exagérées et sème le doute sur son origine humaine, est vivement dénoncé par la communauté scientifique compétente pour de graves manquements à l'éthique scientifique, dont une sélection arbitraire des données généralisée, de nombreuses erreurs et le travestissement de plusieurs travaux académiques cités. Il est largement analysé comme étant un rapport politique et non scientifique.
Sa publication sert en effet ouvertement d'argument pour soutenir la volonté de l'administration Trump d'abroger lEndangerment Finding, une décision de l'Agence de protection de l'environnement de 2009 qui sert de fondement juridique aux restrictions d'émissions de gaz à effet de serre (responsables du changement climatique) aux États-Unis. Le rapport s'insère plus largement dans une vaste offensive du président américain, lui-même climato-dénialiste, contre les sciences du climat.
Contexte historique Depuis le début du second mandat de Donald Trump à la tête des États-Unis, son administration mène une campagne hostile aux sciences du climat et favorable à l'exploitation des énergies fossiles, qui se traduit entre autres par le licenciement massif des fonctionnaires chargés de préparer le sixième , des restrictions budgétaires dans la recherche, la censure des informations relatives au climat et un affaiblissement des réglementations climatiques.....
Élaboration et publication
Le secrétaire à l'Énergie des États-Unis Chris Wright, qui a mené carrière dans l'industrie fossile, démarche personnellement en cinq personnalités climato-dénialistes : les climatologues américains Judith Curry, Roy Spencer et , le physicien théoricien Steven E. Koonin et l'économiste canadien Ross McKitrick. Tous sont connus pour leur négation de l'origine humaine du changement climatique ou de son ampleur et de ses impacts présents et futurs ; plusieurs d'entre eux sont liés à des groupes conservateurs (notamment l'Heritage Foundation, l'Institut Heartland et, au Canada, l'institut Fraser) et Steven Koonin est issu de l'industrie pétrolière.....
Il les recrute en secret pour constituer un groupe de travail sur le climat avec pour mission de rédiger le rapport A Critical Review of Impacts of Greenhouse Gas Emissions on the U.S. Climate (traduisible en français par : ), ce qu'ils font de mars à mai, après quoi le document fait l'objet d'une relecture interne au département de l'Énergie (DOE). Daté du , il est rendu public par le DOE, que Chris Wright dirige, le ...
La publication du rapport intervient, précise un communiqué, , annoncée quelques heures auparavant. Le « constat de mise en danger », en anglais lEndangerment Finding, est une décision de l'EPA prise en 2009 dans le cadre du Clean Air Act qui classe les gaz à effet de serre (GES), responsables du changement climatique, comme polluants et sert de socle juridique aux réglementations des émissions de GES aux États-Unis. En annonçant sa volonté d'abroger l, l'administration Trump entend abandonner les politiques d'atténuation du changement climatique, alors que les États-Unis sont le second émetteur de gaz à effet de serre au monde, et le premier en émissions cumulées. ; le directeur de l'EPA Lee Zeldin vante d'ailleurs .. The New York Times analyse cette volonté comme un basculement, de la part de l'administration Trump, d'une minimisation du changement climatique vers un déni pur et simple de celui-ci.
Le rapport A Critical Review of Impacts of Greenhouse Gas Emissions on the U.S. Climate est cité à seize reprises dans le document de l'EPA proposant l'abrogation de l, deux fois plus que le sixième rapport d'évaluation du GIEC n'est cité.. Quatre des auteurs du rapport s'étaient d'ailleurs exprimés par le passé pour l'abrogation de l de 2009, relève le site d'information E&E News..
Conclusions du rapport
La préface du rapport indique qu'il . Dans l'avant-propos, le secrétaire à l'Énergie Chris Wright, explique ainsi sa démarche :
Il affirme également que .
Le rapport, long de , conclut dans son résumé que les modèles climatiques surestiment le réchauffement à venir et que les émissions de dioxyde de carbone (), l'un des principaux gaz à effet de serre, ont pour effets bénéfiques d'aider les végétaux à pousser et d'accroître la productivité agricole. Le résumé indique aussi que le réchauffement .
Les auteurs écrivent aussi qu'une partie du changement climatique attribué aux gaz à effet de serre pourrait en réalité être attribuable à la variabilité naturelle du climat et aux cycles solaires..
Une autre conclusion du rapport est que les effets attendus des mesures de régulation des émissions de gaz à effet de serre sur le changement climatique à l'échelle mondiale sont faibles.
Réception critique Analyse générale Le rapport a, dès sa publication, fait l'objet de très nombreuses et très vives critiques au sein de la communauté scientifique américaine (et étrangère) qui en a massivement critiqué les méthodes. De nombreux chercheurs estiment qu'il ne s'agit pas d'un rapport de nature scientifique mais politique... Le climatologue , qui a coordonné un examen critique du rapport , juge ainsi que la démarche des cinq auteurs n'est pas de nature scientifique et s'apparente à un . Il dresse également un parallèle avec la tentative de l'industrie du tabac de semer le doute sur la dangerosité de la cigarette, documentée dans Les Marchands de doute.. L'une de ses autrices, Naomi Oreskes, juge d'ailleurs, comme divers chercheurs et journalistes, que le rapport a pour seul but de justifier la dérégulation des énergies fossiles.
Les principaux reproches faits au rapport par les chercheurs sont l'usage généralisé du cherry picking et le travestissement de plusieurs travaux de recherche cités par les cinq auteurs ; le climatologue Michael E. Mann affirme ainsi qu'. Le cherry picking se matérialise dans le rapport par la sélection orientée de travaux scientifiques ou de faits pour soutenir une thèse climato-dénialiste, en lieu et place d'une synthèse fidèle des connaissances scientifiques ; il en découle d'importants manques, le rapport ignorant des pans entiers de la littérature scientifique sur le changement climatique.... Sur le second point, les climatologues Zeke Hausfather, Michael E. Mann et Benjamin D. Santer, les économiste Richard Tol et Francois Bareille ou encore les épidémiologistes Kristie Ebi et Antonio Gasparrini rapportent que leurs propres travaux ont été incorrectement cités, parfois jusqu'à leur faire dire l'inverse de leurs conclusions, y compris sur des points majeurs tels que la capacité des modèles climatiques à simuler le réchauffement observé.
En outre, la qualité des références citées dans le rapport est critiquée : au moins une référence renvoie à un article académique fictif, ce qui fait suspecter l'usage d'une IA générative, et certains liens renvoient vers d'autres articles que ceux indiqués., un certain nombre de références dirigent vers des publications climato-dénialistes promues par l'industrie fossile ou publiées par des organisations conservatrices américaines, et environ 10 % des références sont des publications des cinq auteurs du rapport..
Plusieurs journalistes et scientifiques soulignent par ailleurs que la qualité d'un rapport rédigé par cinq personnes, choisies arbitrairement pour leurs opinions climato-dénialistes, en quelques mois et sans évaluation par les pairs, ne peut pas être comparée à celle du sixième rapport d'évaluation du GIEC, écrit par des centaines de chercheurs, citant une littérature scientifique bien plus fournie, et dont chaque volet a fait l'objet de dizaines de milliers de commentaires avant publication.
Quelques personnalités ont accueilli positivement le rapport, dont sept chercheurs ou experts sur les soixante-quatre qui ont répondu à l'Associated Press, à l'image de l'économiste James Davidson dont une publication allant à l'encontre du consensus sur l'origine anthropique du réchauffement est citée dans le rapport, ou de l'océanographe , directeur de la NOAA durant le premier mandat présidentiel de Donald Trump.
Réaction des institutions scientifiques L'American Meteorological Society (AMS) publie fin une déclaration qui dénonce dans le rapport du DOE : le manque de pluridisciplinarité et celui d'expertises approfondies, consubstantiels au faible nombre d'auteurs ; le choix d'un échantillon biaisé d'experts ; le cherry picking ; et les extrapolations à partir de données incomplètes. Elle réaffirme aussi la réalité du changement climatique, son origine humaine et sa nocivité pour l'humanité. L'AMS soumet cette déclaration lors de la phase de commentaires publics du DOE..
Les Académies nationales des sciences, d'ingénierie et de médecine publient en un rapport, dont l'objet est d'analyser l'évolution du consensus scientifique depuis lEndangerment Finding de 2009, qui réaffirme la dangerosité pour les Américains du changement climatique d'origine anthropique et consacre la pertinence de l ; le rapport apparaît ainsi comme une réfutation indirecte de celui du DOE et suscite des critiques de la part de certains parlementaires républicains....
Réfutations De nombreux passages du rapport du DOE ont fait l'objet de réfutations éparses de la part de chercheurs et plusieurs réfutations plus systématiques ont été organisées des chercheurs ou par la presse scientifique..
Le média spécialisé britannique Carbon Brief a sollicité de nombreux chercheurs et experts, dont ceux dont les travaux ont été cités en référence dans le rapport, pour vérifier l'exactitude ce dernier, et a publié le résultat de cette revue critique mi-, distinguant les propos trompeurs des affirmations erronées.
Le même mois, deux chercheurs, et Robert E. Kopp, ont organisé une analyse critique du rapport à laquelle ont contribué ; une première version a été publiée début sous la forme d'une réfutation de plus de ...
thumb|redresse=1.45|alt=Trois courbes de températures, la noire et la rouge montrant un réchauffement sur la période, la verte n'indiquant pas de changement de température significatif.|Ce graphique tiré du sixième rapport d'évaluation du GIEC indique que le réchauffement climatique contemporain est dû aux émissions de gaz à effet de serre et non à des facteurs naturels. Les cinq auteurs du rapport publié par le DOE affirment que le rôle du Soleil dans le réchauffement climatique est , que ne refléteraient pas les rapports d'évaluation du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC), et insistent sur les incertitudes scientifiques qui entoureraient les causes du changement climatique. Le rapport omet en réalité d'évoquer de nombreuses preuves du rôle des gaz à effet de serre dans le changement climatique contemporain, s'appuie sur les travaux déjà réfutés du chercheur Willie Soon (qui a été financé par l'industrie fossile) prétendant attribuer au Soleil ledit réchauffement, et surestime artificiellement les incertitudes scientifiques à ce sujet.
Parmi les affirmations réfutées figure aussi celle, mise en avant par le rapport, selon laquelle les émissions de dioxyde de carbone (), favorables à la croissance des végétaux, permettraient une hausse de la productivité agricole : si un accroissement de la concentration en de l'atmosphère améliore bien la croissance des végétaux (notamment par le biais d'une photosynthèse accrue), les effets néfastes de la hausse des températures sur l'agriculture, dont la hausse de la fréquence et de l'intensité des événements météorologiques extrêmes (sécheresses), font plus que contrebalancer cet effet..