vignette|Frances Haugen (ici en 2024), la lanceuse d'alerte qui a divulgué les facebook leaks en 2021.
Les Facebook Leaks de 2021 sont une fuite de documents internes, issue de l'entreprise Facebook (depuis renommée Meta Platforms, ou Meta). Ces documents révèlent que l'entreprise connaissait les effets néfastes de ses plateformes sur la démocratie, les discours haineux en ligne, et sur la santé mentale des utilisateurs (jeunes notamment) ; mais persistait néanmoins à privilégier via son algorithme les profits pécuniaires au détriment de ces effets adverses.
La fuite est détectée par la lanceuse d'alerte Frances Haugen. Elle est médiatisée en premier lieu dans le Wall Street Journal en , sous le titre « Facebook Files ». Une publication des « Facebook Papers » est faite le mois suivant par un consortium de médias.
L'enquête a principalement révélé que, d'après des études internes, Facebook était pleinement consciente des effets néfastes d'Instagram sur les utilisateurs adolescents, ainsi que de faits graves de violence propagée via Facebook notamment dans les pays en développement.
Les fuites ont aussi montré que l'entreprise avait pleinement conscience de l'impact des plateformes de l'entreprise sur la diffusion de fausses informations, et qu'elle a néanmoins sciemment utilisé des algorithmes mettant en avant les publications clivantes et « incendiaires ». Et, Facebook, par ses études internes, savait pertinemment que certains des contenus préjudiciables mis en avant par ses algorithmes et atteignaient particulièrement les jeunes utilisateurs. Parmi ces contenus figuraient des flots de publications faisant l'apologie de l'anorexie mentale et d'autres troubles des conduites alimentaires et des photos et conseils d'automutilation.
En , l'ONG Whistleblower Aid a déposé huit plaintes anonymes auprès de la Securities and Exchange Commission, au nom de la lanceuse d'alerte Frances Haugen, affirmant que Facebook avait connaissance de l'utilisation de sa plateforme pour promouvoir la traite d'êtres humains et l'exploitation domestique, mais n'avait pas pris de mesures suffisantes pour y remédier. Des documents internes montraient en effet que des signalements répétés de contenus liés à ces pratiques avaient été ignorés ou traités de manière inadéquate par Facebook. Haugen accusait donc Facebook de fraude boursière, au motif que la société avait induit en erreur ses investisseurs en minimisant publiquement les risques liés à ces activités illicites. Ces révélations ont contribué à intensifier les critiques sur la gestion des contenus dangereux par Facebook, notamment dans les pays en développement, et ont ensuite alimenté les appels à une régulation plus stricte des plateformes numériques....
Après avoir révélé publiquement son identité dans l'émission 60 Minutes.. Haugen a témoigné devant la sous-commission du commerce du Sénat américain chargée de la protection des consommateurs, de la sécurité des produits et de la sécurité des données, en expliquant le contenu des documents divulgués et les plaintes.. Après que l'entreprise se soit renommée Meta Platforms. Whistleblower Aid a déposé deux plaintes supplémentaires pour fraude boursière auprès de la SEC contre l'entreprise au nom de Haugen en ..
À la mi-, le Wall Street Journal a commencé à publier une série d'articles sur Facebook, basés sur des documents internes alors d'origine anonyme. Parmi les révélations figuraient des informations sur des autorisations spéciales accordées aux publications d'utilisateurs influents (« XCheck »), un manque de réponses fortes aux signalements d'informations concernant des trafiquants d'êtres humains et des cartels de la drogue, une action en justice intentée par des actionnaires concernant le coût de la protection de la responsabilité personnelle du PDG de Facebook (désormais Meta), Mark Zuckerberg, dans le cadre du règlement du scandale des données de Cambridge Analytica, une initiative visant à accroître la présence d'actualités favorables à Facebook dans les fils d'actualité des utilisateurs, et des informations internes montrant comment Instagram a exacerbé l'image négative de soi chez les adolescentes interrogées..
Siva Vaidhyanathan a écrit dans The Guardian que les documents provenaient d'une équipe de Facebook « dédiée aux sciences sociales et à l'analyse des données, destinée à aider les dirigeants de l'entreprise à comprendre les conséquences de leurs politiques et de leurs conceptions technologiques »..
Casey Newton, dans The Verge, a écrit qu'il s'agissait du plus grand défi auquel l'entreprise ait été confrontée depuis le scandale des données de Cambridge Analytica..
Les documents divulgués comprennent une étude interne de Facebook portant sur l'impact d'Instagram sur la santé mentale des adolescents.. Alors que Facebook avait affirmé que ses règles s'appliquaient à tous les utilisateurs de la plateforme de manière égale, des documents internes partagés avec le Wall Street Journal faisaient état d'exceptions spécifiques réservées aux utilisateurs VIP, notamment les célébrités et les personnalités politiques.. À la suite de ces révélations, le conseil de surveillance de Facebook a annoncé qu'il examinerait le système...
Le , Frances Haugen, l'ancienne employée de Facebook à l'origine de la fuite, a révélé son identité lors d'une interview à l'émission 60 Minutes (une émission d'information télévisée américaine emblématique, diffusée sur CBS depuis 1968, reconnue pour ses enquêtes approfondies, ses interviews exclusives et un journalisme d'investigation rigoureux). Elle y a détaillé les préjudices que Facebook a sciemment tolérés sur sa plateforme. et expliqué que c'est le fait qu'une amie ait été victime de propagande en ligne qui l'a poussée à dénoncer publiquement les agissements de Facebook..
Les enquêtes À partir du , plusieurs médias commencent à publier des enquêtes et articles basés sur des documents fournis par les avocats de Haugen, issus d'un fonds baptisé « Facebook Papers ». Ces articles détaillent des pratiques de la part de Facebook...
Élections américaines de 2020 et attaque du Capitole américain le 6 janvier En 2019, le New York Times fait état de discussions internes à l'entreprise où des employés s'inquiétaient de la diffusion par Facebook de contenus relatifs à la théorie du complot « QAnon » plus d'un an avant les élections américaines de 2020. Après l'élection, un data scientist de l'entreprise signale, dans une note interne, que 10 % des messages à contenus politiques aux États-Unis concernaient des publications affirmant que l'élection avait été frauduleuse.. Parmi les dix plaintes anonymes déposées auprès de la SEC par Whistleblower Aid au nom de F. Haugen, l'une alléguait que Facebook avait induit en erreur ses investisseurs et le grand public quant à son rôle dans la propagation de la désinformation relative aux élections de 2020 et à l'extrémisme politique ayant conduit à l'attentat du Capitole le 6 janvier.
F. Haugen est employé chez Facebook de à , au sein de l'équipe Intégrité civique de l'entreprise (Civic Integrity Team), créée en 2018 pour prévenir les manipulations électorales, la diffusion de fausses informations et les abus politiques et idéologiques sur Facebook... en réponse directe au récent scandale Facebook-Cambridge Analytica / AggregateIQ. Mais cette équipe est dissoute en (peu après l'élection présidentielle américaine). Cette équipe devait identifier et résoudre les problèmes liés aux élections mondiales sur la plateforme, afin que Facebook cesse de diffuser de la désinformation et de la mésinformation politiques, et d'inciter à la violence et d'être détournée par des entités ou gouvernements malveillants...
Au même moment (dans les semaines qui ont suivi l'élection présidentielle américaine de 2020), Facebook recommence à assouplir les mesures de modération de contenu mises en place pendant la campagne électorale, et ce, en dépit de données internes montrant explicitement une augmentation des contenus enfreignant ces règles sur la plateforme, alors même que le compte Facebook de Donald Trump figurait sur la liste blanche du programme XCheck de l'entreprise..
Une autre plainte déposée par Haugen auprès de la SEC, en tant que lanceuse d'alerte, alléguait que l'entreprise avait aussi induit en erreur les investisseurs, et le grand public quant à l'application de ses conditions d'utilisation, en raison de cette inscription sur la liste blanche du programme XCheck. Haugen est interrogée (en visioconférence) en par la commission spéciale de la Chambre des représentants américaine chargée d'enquêter sur l'attaque du . Elle rapporte son expérience chez Facebook, réexplique ce que contenaient les documents de l'entreprise fournis au Congrès, la structure de l'entreprise et son témoignage devant le Congrès fait le mois précédent. Cependant, aucune des informations fournies à la commission n'est incluse dans son rapport final...
Les effets d'Instagram sur les adolescents Les documents révèlent que Facebook (désormais Meta) menait depuis 2018 une étude interne sur l'impact d'Instagram sur les jeunes utilisateurs. Si les résultats indiquent qu'Instagram est néfaste pour une grande partie d'entre eux, les adolescentes sont parmi les plus touchées. Des chercheurs internes ont rapporté qu'« Instagram aggrave les problèmes d'image corporelle chez une adolescente sur trois ». Par ailleurs, une étude interne a également révélé que les adolescents de sexe masculin étaient affectés par la comparaison sociale négative, touchant 14 % des garçons américains en 2019.. Il a été conclu qu'Instagram contribuait à des problèmes plus spécifiques à son utilisation, comme la comparaison sociale chez les adolescents.. Le , Facebook publie une partie de son étude interne, affirmant que ces rapports dénaturaient l'objectif et les résultats de ses recherches 28 (Musil, Steven (September 30, 2021). . CNET. Archived from the original on July 22, 2022. Retrieved July 22, 2022.).
Étude de Facebook sur les préadolescents Les Facebook leaks révèlent aussi que Facebook avait constitué une équipe chargée spécialement d'étudier les préadolescents, avec un objectif fixé à trois ans pour créer davantage de produits destinés à cette tranche d'âge. Elle devait produire des recherches et études stratégiques sur les perspectives commerciales à long terme liées à l'attraction des préadolescents. Parmi ces recherches figurent des études sur l'utilisation des applications de médias sociaux par les préadolescents et sur les inquiétudes et réactions des parents. Bien que les lois fédérales américaines sur la protection de la vie privée limitent la collecte de données sur tous les enfants de moins de 13 ans, des documents internes (d') font état de projets de création d'applications ciblant les enfants de 6 à 17 ans. En septembre, le responsable d'Instagram annonce l'arrêt du développement de ces applications..
Un document de Facebook daté de 2020 pose la question : « Pourquoi nous intéressons nous aux préadolescents ? » et il y répond en affirmant qu'« ils représentent un public précieux mais encore inexploité »..
Violence dans les pays en développement Une note interne étudiée par le Washington Post, montre que Facebook était conscient des discours haineux, y compris des appels à la violence contre des groupes comme les musulmans et les Cachemiris.. D'autres documents ont montré que Facebook avait réagi à ces incidents en supprimant les publications qui enfreignaient clairement son règlement, mais sans déployer aucun effort substantiel pour empêcher la récidive.
Alors que 90 % des utilisateurs mensuels de Facebook se trouvent désormais hors des États-Unis et du Canada, Facebook affirme que les barrières linguistiques constituent un obstacle à une réforme d'envergure.
Promotion de publications incitant à la colère (2015)