Louisa Briggs, née Strugnell le ou 1836 et morte le 6 ou le est une militante aborigène australienne pour les droits des Aborigènes, responsable de dortoir, sage-femme et infirmière. Elle est officiellement reconnue par le gouvernement de l'État de Victoria et le Conseil du patrimoine aborigène de Victoria comme l'une des cinq ancêtres primordiales à partir desquelles la descendance Bunurong est établie.

Les récits concernant les origines de Louisa varient. Selon ses propres dires, elle est la fille d'une femme originaire de la région de la baie de Port Phillip et d'un chasseur de phoques anglais, John Strugnell. Dans une interview, elle affirme que sa mère est métisse et que sa grand-mère, Marjorie (Margery), est une femme aborigène de sang pur, originaire de la région de Melbourne. Louisa serait née dans l'État de Victoria, mais d'autres sources indiquent qu'elle serait probablement née sur l'île Preservation, en Tasmanie. Elle et son mari, John Briggs, ont neuf enfants. Ils participent à la ruée vers l'or australienne des années 1850 et, entre deux prospections, vivent à la station privée d'Eurambeen, où ils travaillent comme ouvriers agricoles et bergers. Lorsque l'économie florissante de l'or ralentit, ils ne trouvent pas de travail et, en 1871, s'installent à la station aborigène de Coranderrk, une réserve créée par le gouvernement pour réinstaller les peuples Boonwurrung et Woiwurrung.

À Coranderrk, Louisa travaille comme infirmière et sage-femme. En 1876, elle remplace une employée européenne au poste de surveillante rémunérée du dortoir. La même année, elle participe à une enquête sur la mauvaise gestion de la station. Après son expulsion de Coranderrk avec ses jeunes enfants en 1878, elle s'installa à la mission Ebenezer, où elle est embauchée comme infirmière et blanchisseuse. Elle proteste contre le traitement réservé aux Aborigènes dans les réserves gouvernementales, envoyant régulièrement des lettres concernant le manque de rations et les bas salaires. Son militantisme entraine la décision des autorités de maintenir sa famille séparée entre les deux stations jusqu'en 1882, mais permet finalement l'harmonisation des rations et des salaires dans les deux réserves. Lorsqu'elle et ses enfants sont autorisés à retourner à Coranderrk, Louisa reprend ses fonctions de surveillante du dortoir. Les administrateurs, désireux de vendre les terres des stations, mettent en œuvre une politique d'assimilation des personnes métisses. Le fils de Louisa, Jack, s'installe à la mission de Maloga et elle le rejoint là-bas en 1885. Lorsque la femme de Jack meurt et que Louisa prend en charge ses enfants, elle cherche à retourner à Coranderrk, mais sa demande est refusée.

En 1889, Louisa et sa famille s'installent dans la réserve de Cummeragunja, mais elle continua de demander, en vain, à retourner à Coranderrk. La politique d'exclusion des personnes métisses des stations gouvernementales est étendue à Cummeragunja en 1895, et la famille doit se réfugier dans un campement de fortune près de Barmah. Bien qu'une demande de rations lui soit refusée en 1903, elle est finalement autorisée à retourner à Cummeragunja, où elle réside en 1923. Elle y meurt et y est inhumée en 1925. Une plaque de bronze commémorative est apposée en son honneur au Jardin commémoratif des femmes pionnières de Melbourne et sur le site 31 du sentier côtier autochtone de Bayside, dans l'État de Victoria. Deux pièces de théâtre retracent sa vie.

Biographie

Contexte et historiographie De multiples facteurs ont entraîné des variations dans l'historiographie de Louisa Strugnell Briggs.

L'intérêt anthropologique et historique pour les biographies des Aborigènes commence dans la seconde moitié du , lorsque l'anthropologue Diane Barwick commence à étudier leurs vies. Barwick signale en 1985 que l'Australie ne s'intéresse encore pas suffisamment à l'histoire aborigène, malgré le travail pionnier de William Edward Hanley Stanner dans les années 1960. La politique gouvernementale ne laissait pas aux Aborigènes le choix de se définir eux-mêmes, dictant leur identité et leur statut. De ce fait, les relations familiales étaient souvent ignorées et une politique officielle d'assimilation forcée était appliquée dans la gestion de la vie quotidienne des Aborigènes. Les délais de publication des rapports, la rareté des archives officielles, la mauvaise interprétation des récits oraux, le manque d'alphabétisation et de connaissances des langues aborigènes chez les Aborigènes, ainsi que les préjugés des enquêteurs, ont contribué à la distorsion des documents subsistants, compliquant la collecte et l'interprétation des sources. La coutume, dans certaines cultures autochtones, d’omettre le nom des personnes récemment décédées et de donner aux Aborigènes des noms européens compliquent également l’identification des sujets.

Biographie selon la version du Dictionnaire australien Laura Barwick, auteure de la notice biographique du Dictionnaire australien, indique que Louisa Strugnell est née le à Preservation Island, en Tasmanie, de Mary « Polly » (née Munro) et de John Strugnell. Selon cette version, John est un chasseur de phoques en 1818. Mary est la fille d'une femme Woiwurrung, Doog-by-er-um-bor-oke (connue sous le nom de Margery Munro), enlevée à Port Phillip (Victoria) et qui a épousé le chasseur de phoques . L'historienne Marie Hansen Fels, a contesté que Doog-by-er-um-bor-oke soit Margery Munro, car le rapport de 1837 du fonctionnaire colonial George Augustus Robinson au Secrétaire colonial indique qu'après l'enlèvement de 1833, Doog-by-er-um-bor-oke vit à Melbourne et se lamente encore à propos de ses deux filles kidnappées. La femme vivant avec John Munro sur l'île Preservation avait bien deux filles, mais selon Fels, il ne pouvait s'agir des enfants de Doog-by-er-um-bor-oke, car elle était séparée d'elles. Ce récit est également contredit par qui a témoigné d'une rencontre avec Louisa à la station de Coranderrk au cours de laquelle elle lui a raconté que sa mère et elle ont été enlevées par Munro à et transportées sur son bateau jusqu'à l'île Preservation, où elle a grandi. Diane Barwick a indiqué que son certificat de décès postule que Louisa est née à Launceston, en Tasmanie, tout en précisant que les informations fournies par des proches en détresse ont pu être peu fiables.

D'autres sources indiquent que Louisa Esmai Strugnell est née à Point Nepean, dans l'État de Victoria, de Truganini, une femme aborigène de l'île Bruny en Tasmanie, et de John Strugnell. Des primes étant offertes pour la capture d'Aborigènes, Truganini cacha Louisa chez des membres de la nation Kulin, avant son enlèvement et son exil. L'enfant grandit parmi les Kulin et épouse John Briggs dans l'État de Victoria, en Australie. À l'époque du décès de Louisa, les journaux ont largement rapporté qu'elle était née vers 1818 en Tasmanie, fille de la « Reine Truganini » et du « Roi Jean », et qu'elle avait déménagé au Victoria après son mariage. Pourtant, deux ans auparavant, ils avaient annoncé sa naissance en 1823. Diane Barwick a réfuté tout lien avec Truganini, se fondant sur des rapports indiquant que cette dernière n'avait pas d'enfant, selon une étude menée en 1974 par des historiens impliqués dans une action en justice intentée par le Service juridique aborigène de Victoria. Elle a également affirmé qu'en raison de la croyance répandue selon laquelle les Aborigènes de Tasmanie étaient éteints et du fait que Truganini était l'une des rares Tasmaniennes nommées et largement connues, les médias associaient fréquemment Louisa à cette figure.

Biographie selon la version de Carolyn Briggs, descendante de Louisa Briggs Selon une autre version des origines de Louisa, Carolyn Briggs, aînée de la tribu Bunurong et fondatrice de l'association de préservation culturelle Boon Wurrung Foundation, raconte que son grand-père, William Briggs, est le fils de Louisa, née à Melbourne, terre ancestrale du peuple Bunurong. L'histoire familiale rapporte que Louisa, sa mère Woretemoeteryenner, ainsi que la sœur et la mère de sa mère, ont été enlevées dans la baie de Port Phillip et transportées par des chasseurs de phoques jusqu'aux îles Furneaux, dans le détroit de Bass. Là-bas elles auraient chassé le phoque, et servi en tant qu'esclaves domestiques, voire même sexuelles. En Tasmanie, Louisa rencontre John Briggs, qu'elle épouse avant de retourner auprès de son peuple en 1858. John était un Tasmanien autochtone et le fils du chef Mannalargenna. Diane Barwick conclut que Louisa est probablement l'enfant de trois semaines qui vivait avec John Strugnell en 1837 sur l'île Preservation et dont l'acte de décès indiquait une naissance à Launceston. Barwick a également déclaré que Louisa et John participaient à des fouilles aurifères en 1853 ou 1854. Les chercheuses autochtones Maggie Walter et Louise Daniels affirment que John Briggs est le petit-fils de Mannalargenna.

Analyse historique Fels a analysé les différentes versions de l'histoire de Louisa et a relevé des incohérences entre les rapports publiés et les études universitaires antérieures. Par exemple, selon une version de la vie de Briggs, elle serait retournée à Melbourne à l'âge de dix-huit ans, alors qu'il n'y avait que trois maisons. Or après l'arrivée des Européens en 1835, treize maisons avaient été construites en 1836. Louisa Briggs serait donc sans doute arrivée à Melbourne avant 1836 selon cette version, mais cette configuration est incompatible avec l'année de naissance qui lui est attribuée, 1836. Fels a consulté les notes de Diane Barwick relatives à un entretien avec Louisa datant de 1924. Ces notes indiquent que Louisa a témoigné être retournée à Melbourne après son mariage, alors que la ville était plus petite que la réserve de Cummeragunja, mais comptait plus de trois maisons – et non trois, ce qui ne prouve pas son retour en 1836.

En examinant les enlèvements, Fels conclut qu'entre mars et huit femmes et un garçon nommé Yankee Yankee (ou Yaunki Younker) sont enlevés à et emmenés sur les îles du détroit de Bass. Parmi les femmes figurent les épouses des chefs Betbenjee, Big Benbow, Budgery Tom et , une autre femme qui parvient à s'échapper, et au moins deux ou trois jeunes filles. Yankee Yankee identifie en 1841 la femme qui s'est échappée à Wilsons Promontory comme étant Toutkuningrook. Une enquête est ouverte en 1836 par les autorités, qui élaborent un plan pour identifier et secourir les femmes. Une femme aborigène de Tasmanie connue sous le nom de Matilda (également Maria, ou May-te-pue-min-ner) informe Robinson qu'elle a aidé George Meredith Jr., fils de , un riche colon, et des chasseurs de phoques à bord de sa goélette Defiance à attirer des femmes qui chassaient des kangourous, lesquelles étaient ensuite kidnappées et emmenées aux îles Furneaux. alt=map of Victoria and the Tasmanian islands|vignette|Le détroit de Bass et la baie de Port Phillip détaillent les lieux où la famille de Briggs aurait vécu.