Le Studio-Théâtre de Vitry est un théâtre situé à Vitry-sur-Seine, dans le Val-de-Marne. Né en 1964 d'ateliers de théâtre dispensés par Jacques Lassalle, il prend son nom actuel en 1966 et devient une association en 1967. Son lieu de création en 1983, sous la direction d'Alain Ollivier, est inauguré en 1986.
Il est dirigé depuis le Janvier 2024 par Adrien Béal, metteur en scène et directeur artistique de la compagnie Théâtre Déplié. Histoire
Jacques Lassalle (1964-1983) En 1964, Jacques Lassalle monte un atelier de théâtre dans une cité de Vitry-sur-Seine. Il devient en 1966 le « Studio-Théâtre », et mène un travail de création et d’animation dans la ville.
Les débuts : un atelier pour former des spectateurs de théâtre En 1964, Jacques Lassalle (1936-2018) vient habiter à Vitry-sur-Seine. Il est agrégé de lettres modernes, et formé comme comédien au Conservatoire national supérieur d’art dramatique et fréquente l’Institut d’études théâtrales de la Sorbonne. Quelque temps après son arrivée, deux habitants lui proposent de monter un atelier de théâtreEntretien de Jacques Lassalle avec Ertel Evelyne pour l'INA et le Ministère de la Culture, « Mémoires du Théâtre, Jacques Lassalle : Studio-Théâtre de Vitry, L’expérience de Vitry », INA, 2012.
Il investit, à partir de , une cave de la Cité, et y anime un atelier de théâtre pour quelques adolescents. Tous les samedis après-midi, ont lieu des lectures, des rencontres-débats, des sorties-spectacles, et des initiations au jeu d’acteurMemorandum Studio-théâtre de Vitry, Centre de Création Dramatique, Dossier préparatoire à la réunion de la Commission municipale de la Culture, Janvier 1974. Dans l'esprit de Vilar, il veut faire du théâtre un art populaireEntretien de Jacques Lassalle avec Ertel Evelyne pour l'INA et le Ministère de la Culture, « Mémoires du Théâtre, Jacques Lassalle : Studio-Théâtre de Vitry, Marivaux Goldoni et Molière », INA, 2012 : Audebert Maurice, "Théâtre et Société : le Studio-théâtre à Vitry", Raison présente, n°12, oct/nov/déc 1969.
Son activité est modeste, informelle, bénévoleEntretien de Jacques Lassalle avec Ertel Evelyne pour l'INA et le Ministère de la Culture, « Mémoires du Théâtre, Jacques Lassalle : Studio-Théâtre de Vitry, L’expérience de Vitry”, INA, 2012. En 1965, Marcel Rosette (PCF) est élu à la Mairie de Vitry. Le nouveau maire, avec Jean Collet son adjoint, initie une politique culturelle : Jacques Lassalle transforme son atelier en une entreprise de création et d’animation théâtraleEntretien de Jacques Lassalle avec Ertel Evelyne pour l'INA et le Ministère de la Culture, « Mémoires du Théâtre, Jacques Lassalle : Studio-Théâtre de Vitry, Marcel Rosette », INA, 2012.
La politique culturelle d’une mairie communiste Vitry-sur-Seine est alors une « ville ouvrière, ville dortoir, ville communiste ». Elle abrite des zones industrielles modernes, de grands ensembles, des zones pavillonnaires modestes et connaît une forte croissance démographique.
La politique culturelle initiée dans la deuxième moitié des années 1960 par Marcel Rosette et les autres élus de banlieue rouge s’inscrit dans ce cadreIls jugent en effet que la difficulté d’accès de tous à la culture excède largement le secteur culturel. Le problème trouve son origine dans le système politique et économique. Il convient donc d’opérer une transformation radicale de la société pour garantir à la population un véritable accès à la culture (Entretien de Jacques Lassalle avec Ertel Evelyne pour l'INA et le Ministère de la Culture, « Mémoires du Théâtre, Jacques Lassalle, : Studio-Théâtre de Vitry, Marivaux Goldoni et Molière », INA, 2012)
Ainsi, dans la « contre-société » que constitue le Vitry-sur-Seine des années 1960, Marcel Rosette veut instaurer une politique volontariste de soutien à la culture et à la liberté de création pour promouvoir la contre-culture communiste. La municipalité de Vitry-sur-Seine consacre alors 1,64 % de son budget au secteur culturel et un service consacré à la culture est créé, fort de cinq conseillers, dont Jacques Lassalle pour le théâtre.
L’objectif est d’ancrer, du fait de la logique de proximité, la culture dans la vie des vitriots. Dans ce cadre, Jacques Lassalle et son atelier doivent s’implanter dans un de ces centres culturels. Mais leur ambition s’avère rapidement être une utopie. Les centres créés ne sont pas assez fréquentés, pas assez dynamiques et malgré le travail de celles et ceux qui les animent, ils n’ont pas réussi à se faire réellement une place dans les quartiers de Vitry-sur-Seine, notamment en raison des logiques préexistantes de contrôle du territoire (particulièrement liées à la délinquance).
De ce fait, la municipalité de Vitry-sur-Seine renonce à ce projet. Elle adopte alors une autre stratégie pour fixer les équipes de création sur le territoire. Cette nouvelle logique se rapproche de celle de nombreuses autres villes de la banlieue rouge : elle consiste à se doter d’un grand théâtre. La construction de ce théâtre, d’architecture moderne confiée à Bernard Guillaumot et Pierre Braslavsky, permet de visibiliser l’ambition de la municipalité en termes de politique culturelle. Ce faste s’inscrit dans la volonté des municipalités communistes de concurrencer le modèle dominant français et parisien et d’attirer de nouvelles couches sociales. La culture figure désormais parmi les symboles de réussite des municipalités. En témoignent la construction ou rénovation de nombreux bâtiments destinés à la culture en banlieue parisienne : la rénovation du Théâtre Gérard Philipe à Saint-Denis, la construction du Théâtre de la Commune à Aubervilliers, la construction du Théâtre 71 à Malakoff, etc…)..
La construction du théâtre Jean-Vilar de Vitry est inauguré le Astor Gérard et Fumet Rosalie, Théâtre Jean Vilar, 40 ans de flirt avec l'utopie, Dominique Carré Editeur, 2013. L’atelier de Jacques Lassalle poursuit son activité, avec davantage de moyens, et en étendant son champ d’action à l’ensemble de la ville de VitryEntretien de Jacques Lassalle avec Ertel Evelyne pour l'INA et le Ministère de la Culture, « Mémoires du Théâtre, Jacques Lassalle, : Studio-Théâtre de Vitry, Marcel Rosette », INA, 2012.
L’atelier devient le Studio-Théâtre
Nouveaux moyens L’atelier se tient dans un centre culturel, mis à disposition par la municipalité. En 1966, il devient « Le Studio-Théâtre », référence à Stanislavski et au studio annexé au Théâtre d’Art de Moscou qu’il fonde au début du XXème siècle, et où il développe un théâtre expérimental .
En 1967, le Studio-Théâtre de Vitry se constitue en association indépendante et touche sa première subvention venant de la municipalité. L’entreprise est modeste, mais a un statut et poursuit son implantation du théâtre dans la vie des vitriots.
Un terrain d’expérimentation Cette démarche reste empirique et expérimentale. Devenu directeur du Théâtre National de Strasbourg et administrateur général de la Comédie Française, Jacques Lassalle restera marqué par l’expérience du Studio-Théâtre de Vitry.
Ses premières années sont une période de politisation : Entretien de Jacques Lassalle avec Ertel Evelyne pour l'INA et le Ministère de la Culture, « Mémoires du Théâtre, Jacques Lassalle, : Studio-Théâtre de Vitry, Marcel Rosette », INA, 2012.. Il suit des cours à l’Institut d’Etudes Théâtrales de la Sorbonne et rencontre Bernard Dort. Ce dernier l’initie à la fonction du théâtre dans la société. Jacques Lassalle politise sa vision du théâtre. Ainsi, le Studio-Théâtre de Vitry devient une mission de service public.
Le travail de création et d’animation Autour de Jacques Lassalle, un groupe de fidèles s’est formé : de Maurice Audebert (professeur de philosophie), Jean-Pierre Jatteau (étudiant, qui se fera appeler plus tard Jean-Pierre Thibaudat), Jean-Pierre Sarrazac (que Jacques Lassalle rencontre à l’Institut d’Etudes Théâtrales de la Sorbonne), Bernard Guillaumot (scénographe), Daniel Girard (metteur en scène), Gérard Astor (dramaturge), Lucien Marchal (comédien), etc... À leurs côtés, des lycéens, des étudiants, des professeurs en exercice, un routier, un garagiste, etc...
La dimension pédagogique se double d’un travail de création. Le le Studio-Théâtre de Vitry présente sa première pièce : La Seconde surprise de l’amour de Marivaux“Marivaux”, Cahier du Studio, n°1, 1967., mise en scène par Roger Planchon avec Jacques Lassalle et Bernard Guillaumot (scénographe), au Gymnase Henri Wallon de Vitry-sur-Seine.
Les comédiens ne sont pas des professionnels. L’expérimentation de nouvelles formes théâtrales est présente. La mise en scène est classique, la scénographie se veut innovante. Dans un gymnase, Bernard Guillaumot et Jacques Lassalle transforment le rapport scène-sallentretien de Jacques Lassalle avec Ertel Evelyne pour l'INA et le Ministère de la Culture, « Mémoires du Théâtre, Jacques Lassalle, : Studio-Théâtre de Vitry, Marivaux, Goldoni et Molière », INA, 2012.. Le succès de la pièce les convainc de continuerEntretien de Jacques Lassalle avec Ertel Evelyne pour l'INA et le Ministère de la Culture, « Mémoires du Théâtre, Jacques Lassalle, : Studio-Théâtre de Vitry, Marivaux, Goldoni et Molière », INA, 2012.. Les représentations ont lieu dans un ancien cinéma (Cinéma Le Central), qui sera converti par la Mairie en salle de spectacle : la Salle Robespierre.
La dimension pédagogique s'étend à l’ensemble de la population. L'équipe du Studio-Théâtre de Vitry mène un travail important pour attirer du public : la représentation La Seconde surprise de l’amour a lieu devant près de 700 spectateurs, grâce à un travail de porte à porte. Dans le même esprit, l’équipe du Studio-Théâtre de Vitry, au début des années 1970, constitue un groupe d’adhérents : ils seront les relais entre le Studio-Théâtre et la population.
Un premier numéro des Cahiers du Studio est publié ; la revue qui a pour vocation de partager à tous le travail de création et d’animation mené par le Studio-Théâtre. Entre 1967 et 1979, seize numéros sont publiés, chacun sur une création particulière. Ils contiennent des analyses dramaturgiques et de mises en scène, des textes de théâtre, ainsi que des écrits de nature philosophique et politique, rédigés par Jacques Lassalle, les proches du Studio-Théâtre, des représentants politiques, des dramaturges, des metteurs en scène, etcLes Cahiers du Studio, 1967-1979 .
Le Studio-Théâtre crée des petites formes théâtrales, en lien avec la création en cours ou avec l’actualitéLassalle Jacques, “Une précarité opiniâtre”, Cahier du Studio n°4/5 Ruzante, 1969. Comme les Cahiers du Studio, l’objectif est de faire vivre le Théâtre auprès du public en dehors de la seule représentationLassalle Jacques, “Une précarité opiniâtre”, Cahier du Studio, n°4/5, 1967.