Le Khaganat khazar ou Empire khazar est un khaganat fondé par les Khazars, un peuple turcique, au qui s'impose comme une des principales puissances politiques et militaire d'Eurasie avant de disparaitre à la fin du . À son apogée, il exerce son autorité sur un territoire qui s'étend dans sa partie centrale entre la mer Caspienne et la mer Noire, les steppes pontiques, le Caucase, la Transcaucasie, les régions du Don et de la Volga.
Issu de la dissolution du Khaganat turc occidental au , il s'impose sur l'Ancienne Grande Bulgarie et joue rapidement un rôle important dans les équilibres géopolitiques qui opposent l'Empire byzantin au monde musulman. Allié des Byzantins, il affronte les Omeyyades pour le contrôle de la Transcaucasie lors des guerres arabo-khazares. Après cette période de confrontation, il domine un vaste espace et établit un contrôle des principales voies commerciales des Varègues et de la Volga, concentrant les axes vers sa capitale Itil.
Entre le , les élites dirigeantes adoptent progressivement le judaïsme tout en appliquant une politique de tolérance religieuse. Cette situation contribue à faire du Khaganat khazar un espace marqué par une forte diversité ethnique et religieuse.
Confronté durant les à des tensions internes et externes avec les Kabars, les Petchénègues puis la Rus' de Kiev, le Khaganat khazar s'affaiblit progressivement. Les campagnes menées par Sviatoslav Ier entraînent sa chute. S'ensuivent des déplacements de populations, rythmés par les invasions successives des Rus', des Coumans et probablement de la Horde d'or mongole.
Historiographie L'historiographie du Khaganat khazar est étroitement liée à celle des Khazars. Son étude repose sur plusieurs sources contemporaines. Dans certains cas, l'authenticité des documents reste encore débattue, comme c'est le cas de la correspondance khazare dite judéo-khazare. Une autre source problématique est la Chronique de Gazi-Baradj, relatant l'histoire des proto-Bulgares, étroitement liés aux Khazars, mais composée tardivement et sans certitude dans la première moitié du . L'essentiel des sources historiques provient dès lors des documents byzantins, arabes, iraniens, caucasiens, syriaques et slaves orientaux. L'une des problématiques principales de l'historiographie est que les sources contemporaines sont malgré tout parcellaires et maigres compte tenu du caractère majeur de cet empire sur le plan eurasien.
De par son statut d'empire converti au judaïsme, l'historiographie du Khaganat khazar est également controversée et comporte des implications politiques modernes dans lesquelles certaines théories, décrites comme des mythes par plusieurs auteurs, parasitent l'étude du sujet. Les données archéologiques, linguistiques et génétiques viennent compléter l'étude et permettent de mieux identifier la culture ethnique khazare et les sites correspondant à leur domination politique.
À la fin du , le mythe khazar émerge et suppose que le noyau des Juifs ashkénazes modernes descend d'une hypothétique diaspora juive khazare. Les études linguistiques et génétiques n'ont pas confirmé cette théorie et, malgré quelques rares appuis, la plupart des chercheurs la considèrent avec un scepticisme considérable. Cette théorie est parfois associée à l'antisémitisme.
Plusieurs courants ou écoles historiographiques se distinguent dans l'étude des Khazars au . L'école hongroise se concentre sur l'étude linguistique. Le courant de l'historiographie russe adopte une approche plus historique visant à mettre en lumière les origines de l'État russe et de la Rus de Kiev. Au , plusieurs publications majeures se concentrent sur l'étude des Khazars et de leur khaganat. Le premier ouvrage, publié en 1936 par Mikhaïl Artamonov, se concentre sur les origines des Khazars. Abraham Polak publie en 1942 plusieurs travaux ainsi qu'une monographie importante qui se trouve au cœur du débat sur l'origine des Ashkénazes. Ananiasz Zajaczkowski entame des travaux offrant un éclairage sur les relations linguistiques entre les Khazars, les Coumans et les Karaïmes. L'ouvrage The history of the Jewish Khazars de est souvent considéré comme le véritable commencement de l'étude moderne des Khazars reposant sur un matériel pluridisciplinaire.
Histoire
Contexte et origine Le couloir des steppes reliant le nord de la Chine à l'Est de l'Europe est actif depuis des millénaires et soutient plusieurs civilisations nomades et pastorales successives (Scythes, Sarmates, Xiongnu, Huns). L'écroulement de l'empire hunnique provoque de nombreuses vagues migratoires dans les territoires de la steppe pontique, repoussées depuis l'est par les Sabires, eux-mêmes repoussés par les Rourans.
L'évolution migratoire du est particulièrement confuse avec l'émergence des Göktürk. L'effondrement du Premier Khaganat turc dans la première moitié du permet l'émergence de l'Ancienne Grande Bulgarie, fondée par Koubrat, ainsi que l'apparition des Khazars en tant que confédération. La période à laquelle apparaissent les Khazars en tant qu'entité politique coïncide avec la dislocation de l'Empire göktürk, laissant supposer qu'il s'agit probablement d'une branche dynastique liée au Khaganat turc occidental.
La date de la fondation d'une entité politique khazare est fortement discutée. Les hypothèses qui considèrent les Akatzir comme des (*Aq Qazar) font remonter l'origine d'un groupe politique aux ; cependant, la plupart des turcologues sont sceptiques, car ce groupe n'est pas situé à l'emplacement du foyer oriental des Khazars. Certaines sources établissent une chronologie anachronique, faisant remonter l'occupation du territoire au , ou le premier khagan avant 531, ou encore, dans la correspondance khazare, à une conversion au judaïsme en 610 à l'initiative du khagan. Ces données sont généralement considérées comme peu fiables.
Formation du Khaganat khazar (626-700) droite|vignette|Carte de la steppe pontique aux environs de l'an 650. Le caractère significatif du Khaganat khazar est attesté par sa participation, en 626, au . Le khagan du Khaganat turc occidental, ou son fils, envoie soldats à l'empereur byzantin Héraclius pour l'aider dans sa lutte contre les Sassanides. Une tradition historiographique remontant au établit dès lors la fondation indépendante du Khaganat khazar en 626. Cependant, cette datation est peu probable, car le souverain khazar est toujours sujet du Khaganat turc occidental. La constitution du khaganat est probablement plus tardive, fruit de la dissolution du Khaganat turc occidental, et s'affirme durant le . Le constitue un tournant puisque la culture archéologique caractéristique des Khazars n'est identifiée qu'à partir de ce siècle. Selon Peter Golden, , potentiel fondateur du Khaganat khazar vers 651, pourrait être , khagan turc occidental déchu en 651, scindant le territoire en deux.
Quelques années après le début de la conquête musulmane de la Perse, dirige son armée vers le Caucase et se confronte au Khaganat khazar en 650 à . Il déclenche la première guerre arabo-khazare contre l'avis du calife Othmân ibn Affân. Son armée est prise en tenaille et il meurt. La ville fait alors office de capitale khazare et cette victoire les aide à s'affirmer. La grande discorde réduit également la domination arabo-musulmane sur le sud du Caucase et permet aux Khazars d'étendre leur territoire par-delà la chaîne montagneuse. Ils mènent également campagne contre la Grande Bulgarie qui s'effondre en 670 et dont les Khazars contrôlent ensuite les territoires.
Du milieu du jusqu'en 685, le Khaganat multiplie les raids visant à soumettre les souverains de Transcaucasie. En 662, leur première offensive contre l'Albanie du Caucase est repoussée. Dans les années 670, le Khaganat khazar profite de la mort de Koubrat pour vassaliser ou refouler les Bulgares, établissant leur autorité sur les steppes au nord de la mer Noire. Vers 682, ils vassalisent et absorbent le dernier royaume Huns du Caucase et établissent leur souveraineté sur l'ensemble du territoire. En conséquence, une expédition de grande envergure s'engage en 685 par-delà le Caucase et tue plusieurs souverains : Grigor Ier Mamikonian (prince d'Arménie), Adarnassé II de Kakhétie (prince-primat d'Ibérie) ainsi qu'un prince albanien. Le roi d'Albanie paie en retour le tribut.
Domination khazare
Guerres arabo-khazares (700-740)
droite|vignette|Carte du Caucase vers 740. Dès lors que les Khazars deviennent une force incontournable, les Byzantins s'allient avec eux. En 695, l'empereur est déposé et choisit de s'exiler à Cherson, en Crimée byzantine, à proximité directe des terres des Khazars, qui l'accueillent. Ainsi, il semble s'être réfugié chez eux vers 704 ou 705 et reçoit comme épouse la sœur du khagan , Théodora de Khazarie. Cet événement marque le début de l'alliance khazaro-byzantine ainsi que de leur participation indirecte à l'intronisation de nouveaux empereurs. Le khagan répond favorablement à la demande de Tibère III Apsimar d'assassiner Justinien II, mais échoue. Puis, en 711, il porte assistance à Philippicos et aide ce dernier à accéder au trône. Les relations avec les Byzantins sont par ailleurs renforcées par l'opposition à un ennemi commun arabo-musulman. Sous (717-741), une alliance est formellement nouée contre les Arabes. L'empereur envoie un ambassadeur auprès du khan Bihar et marie son fils, le futur (741-775), à la fille de , nommée Tzitzak.
Les guerres arabo-khazares reprennent avec des tensions sur l'Arménie en 705 puis, en 713 ou 714, le général Maslama ben Abd al-Malik s'empare de Derbent et pénètre en profondeur chez les Khazars. Ces derniers répliquent par des raids dans l'Albanie du Caucase et en Azerbaïdjan, jusqu'aux confins de l'Iran, avant d'être repoussés par Hassan Ibn Numan. En 722, le conflit gagne en intensité avec une force d'invasion de qui attaque l'Arménie avec succès. Le calife Yazīd II réplique en envoyant qui parviennent à repousser l'envahisseur et à reprendre Derbent, poussant jusqu'à Balanjar. Là, les Arabes brisent les défenses des Khazars et pillent la ville, dont les habitants sont tués ou réduits en esclavage. En dépit de ces succès, les Arabes ne peuvent tenir le terrain et se retirent vers le sud. En 724, Al-Jarrah al-Hakami, écrase les Khazars lors d'une longue bataille entre les fleuves Cyrus et Araxe et s'empare de Tiflis. L'Ibérie du Caucase est alors intégrée au califat. Les Khazars réagissent deux ans plus tard avec le Khagan , qui envahit l'Albanie et l'Azerbaïdjan. En 729, les Arabes perdent le contrôle du nord-est de la Transcaucasie et sont de nouveau sur la défensive. En 730, Barjik envahit l'Azerbaïdjan iranien et remporte un succès à la bataille d'Ardabil, tuant le général Al-Jarrah al-Hakami et occupant brièvement la ville. Il est tué dès l'année suivante à Mossoul, lors d'une campagne dans laquelle il se sert de la tête tranchée d'Al-Jarrah comme sorte d'étendard. En 737, Marwan ibn Mohammed pénètre à son tour en Khazarie, dans l'intention supposée de conclure une trêve. Mais il lance en réalité une attaque surprise, obligeant le khagan à fuir vers le nord, sans parvenir à tenir le terrain. Néanmoins, le khagan accepte de se convertir à l'islam et de reconnaître la suzeraineté du califat. Finalement, l'instabilité au sein des Omeyyades et le soutien byzantin permettent aux Khazars de reprendre rapidement leur indépendance et marque la fin des guerres arabo-khazares. La conversion au Judaïsme daterait d'environ 740, soit après cette reprise d'indépendance, et pourrait en être la conséquence.
Réduction des conflits et Pax Khazarica (740-800)