Michel Bénézech, né le à Agen et décédé le à Bordeaux est un médecin psychiatre et docteur en droit français, professeur à l'université de Bordeaux. Il est considéré comme une référence internationale dans le domaine de la criminologie clinique et médico-légale. Il a consacré l'essentiel de sa carrière à promouvoir une approche de la criminologie et de la psychiatrie légale fondée sur des méthodes scientifiques et multidisciplinaires, et à défendre les droits et la mémoire des personnes concernées par des troubles psychiatriques.
Biographie Michel Bénézech est né le à Agen (Lot-et-Garonne) et est décédé le à Bordeaux (Gironde). Il est le fils de René Bénézech, opticien, issu d'une famille protestante, et de Marguerite Charles, qui l’élève dans la religion catholique. Il effectue sa scolarité dans des écoles religieuses, et prépare son baccalauréat au Lycée Saint Genès à Bordeaux. Son parcours scolaire est marqué par de nombreuses sanctions disciplinaires et renvois, motivés par son « esprit frondeur, indiscipliné, voire provocateur, et son aversion pour l'injustice ».
Formation Michel Bénézech a une triple formation initiale en médecine, droit et criminologie, ce qui est exceptionnel pour les psychiatres de sa génération. Suivant les directives de sa mère, il débute ses études à la faculté de médecine de Bordeaux. Il est externe des Hôpitaux de Bordeaux de 1964 à 1968, dont il préside l'association professionnelle. Il est l'élève du Jean-Didier Vincent, alors maître de conférences agrégé de physiologie et exploration fonctionnelle. En 1969, il soutient sa thèse pour le doctorat en médecine sur l’atrophodermie folliculaire, une pathologie dermatologique rare d'origine génétique. La même année, il passe avec succès les épreuves nationales du certificat d'études spécialisées (CES) de médecine légale, qui était une des voie d'accès à une spécialisation médicale avant la réforme des études médicales du Ministère de la santé, Direction générale de la santé, Sous-direction des professions de santé : législation et réglementation des études médicales (1941-1993); https://francearchives.gouv.fr/findingaid/b52bf8072b6d4c98f5422bd52645c2a4f534b4ed. Son mémoire porte sur Le devenir des décérébrés traumatiques. En 1970, il est reçu aux épreuves du CES de médecine du travail, avec un mémoire portant sur Le travail des malades mentaux et ses nuisances dans le service de sûreté de l’hôpital psychiatrique de Cadillac. Il est titulaire du CES de psychiatrie en 1973 et est qualifié en médecine générale en 1993.
Il s'inscrit, en parallèle à ses études médicales, à des études de psychologie, d'anthropologie et de droit. Il soutient en 1973 une thèse sur La responsabilité pénale des sujets porteurs d'une anomalie du chromosome Y, pour l'obtention du doctorat en droit et sciences criminelles de la faculté de droit de Bordeaux. Il est titulaire d'une Habilitation à Diriger les Recherches en 1992.
Carrière à l'hôpital de Cadillac-sur-Garonne Michel Bénézech a effectué toute sa carrière hospitalière dans les hôpitaux psychiatriques publics de la Gironde. À partir de 1969, il est interne au centre hospitalier de Cadillac-sur-Garonne, d'abord en tant qu'interne non titulaire, puis après avoir été reçu au concours de l'internat, en tant qu'interne des hôpitaux psychiatriques. Dernier interne recruté, il prend le seul poste vacant de l'hôpital, dans le Service Spécial des Malades Difficiles (SSMD) dénommé Boissonnet du nom de son lieu d'implantation. Ce « service de sûreté » de huit pavillons a été ouvert en 1963. Il accueille dans des conditions sécurisées des personnes hospitalisées en placement d'office et présentant des troubles psychiatriques associés à une dangerosité marquée. Le SSMD correspond à l'actuelle Unité pour Malades Difficiles (UMD) de Cadillac-sur-Garonne.
Du fait de son profil de médecin « physicien » et de sa qualification de médecin légiste, Michel Bénézech s'intègre rapidement dans ce service peu apprécié des autres internes. Il assure initialement des tâches principalement médicales et chirurgicales à Boissonnet et sur l'ensemble des services de l'hôpital de Cadillac, avant de se spécialiser en psychiatrie. Après son internat, il reste assistant à Boissonnet jusqu'en 1979.
Carrière au Service Médico-Psychologique Régional (SMPR) de Bordeaux-Gradignan Après avoir réussi le concours de psychiatre des hôpitaux en 1979, Michel Bénézech quitte Boissonnet pour prendre le poste de chef de service du Service Médico-Psychologique Régional (SMPR) du centre pénitentiaire de Bordeaux-Gradignan, qu'il occupera jusqu'à la fin de sa carrière.
Dans le cadre de ses fonctions de responsable du SMPR, Michel Bénézech est lanceur d'alerte en 1985 sur les collectes de sang dans les prisons au début de l'épidémie de syndrome d'immunodéficience acquise (SIDA). Dès 1984, il prend connaissance dans la presse internationale de la forte prévalence de séropositivité au virus de l'immunodéficience humaine (VIH) chez les personnes détenues dans les prisons aux USA. En accord avec les autorités sanitaires, il met en place début 1985 un dépistage systématique du VIH pour les personnes présentant une addiction par voie intraveineuse lors de leur entrée à la maison d'arrêt. Lors d'une collecte de sang à la maison d'arrêt en juillet 1985, ce dépistage permet d'identifier que six des quatorze donneurs sont séropositifs. Plusieurs médias régionaux et nationaux diffusent cette information sur la fréquence importante de la contamination au VIH en prison, entrainant d'importantes réactions au sein du personnel pénitentiaire et de l'administration. Des pressions visant à interrompre le dépistage sont exercées par la préfecture et la direction nationale de l'administration pénitentiaire. Michel Bénézech résiste à ces pressions, auxquelles il oppose des données épidémiologiques montrant que 54 % des détenus de la maison d'arrêt de Bordeaux-Gradignan utilisant l’héroïne par voie intraveineuse sont séropositifs au VIH. Il poursuit les études sur l'infection au VIH chez les détenus, et met en place des collaborations avec les médecins internistes spécialistes du SIDA.
Malgré cette alerte, les collectes de sang se poursuivront jusqu'en 1991 dans les prisons françaises. Le courrier dénonçant la décision de dépistage prise par Michel Bénézech, envoyé le par le préfet de la Gironde aux ministères de la Justice et des Affaires Sociales, se trouve dans l' du rapport d'enquête sur les collectes de sang en milieu pénitentiaire de .
Dans le cadre de ses fonctions de chef de service du SMPR, un autre épisode, que Michel Bénézech désigne sous le terme « d'ivresse administrative », l'oppose en 2001 à l'administration pénitentiaire. Un homicide est commis le au sein de la maison d'arrêt de Bordeaux Gradignan, par un détenu présentant un trouble psychotique sur son co-détenu, avec un important retentissement médiatique. Dans un contexte de relations préalablement tendues entre le SMPR et l'administration pénitentiaire, une décision administrative de retrait d’habilitation à exercer en milieu carcéral est prise à l'encontre de Michel Bénézech le . Cette décision de suspension est annulée le par le tribunal administratif de Bordeaux.
Carrière universitaire Tout au long de sa carrière, Michel Bénézech a eu une double valence académique avec des fonctions d'enseignant et de chercheur en médecine et en droit. Dans le cadre de la faculté de médecine de Bordeaux, il est attaché-assistant de sciences fondamentales en médecine du travail et médecine légale dans le service du Lazarini (1971-1974), puis attaché de recherche sur les maladies mentales au service de pédiatrie et au laboratoire de cytogénétique de l’Hôpital des Enfants de Bordeaux (1974-1978). Il est directeur de stage et de recherche à l’Unité Collégiale Universitaire de Psychiatrie d’Aquitaine (1974-1985), puis professeur associé en médecine légale à la faculté de médecine de Bordeaux (1989-1992). Il est maître de conférences à l’École Nationale de la Magistrature de Bordeaux (1970-1985) où il enseigne la criminologie clinique, puis professeur associé de droit privé à l’Université de Bordeaux IV (1997-2003).
Expertise judiciaire et activité de conseil en criminologie Michel Bénézech est un des plus éminents experts français de sa génération concernant l'évaluation des auteurs d’homicides, de la dangerosité liée à des troubles psychiatriques, et de la responsabilité pénale des personnes concernées par ces troubles. Il est expert judiciaire près la Cour d’appel de Bordeaux de 1974 à 2001. Il est conseiller en sciences psychiatriques et criminologiques pour la brigade criminelle, direction de la police judiciaire de la Préfecture de police (paris) (1996), puis pour le département des sciences du comportement de la Gendarmerie Nationale (2007), où il aide à construire les méthodes du premier groupe de travail d'analyse comportementale.
Œuvre et travaux Michel Bénézech est l'auteur d'une œuvre considérable, incluant plus de dans des revues scientifiques francophones et internationales, et une cinquantaine de livres dont il est auteur ou co-auteur. Il a été rédacteur en chef du Journal de la Médecine Légale, Droit Médical. Sa production scientifique et littéraire a toujours été mise au service des nombreux combats dans lesquels il s'est engagé au cours de sa carrière, pour promouvoir une pratique scientifique de la criminologie médicale, ou pour défendre les droits et la mémoire des personnes concernées par des troubles psychiatriques.
Travaux sur les liens entre anomalies chromosomiques et dangerosité psychiatrique Dès les années 1970, Michel Bénézech acquiert une notoriété nationale et internationale pour ses travaux de recherche sur les anomalies chromosomiques chez les personnes concernées par des troubles psychiatriques. Ces recherches visent à explorer les liens entre syndrome 47, XYY (chromosome Y surnuméraire) et comportement violent. Alors qu'il commence son internat, le Ginette Robert, chef du Service Spécial des Malades Difficiles de l'hôpital de Cadillac, lui confie l'organisation d'une étude sur les anomalies chromosomiques chez les patients hospitalisés dans ce service. Cette étude est réalisée en collaboration avec le laboratoire de cytogénétique du Centre de Transfusion Sanguine de Chambéry. Michel Bénézech est initialement en charge des aspects logistiques : expédition rapide des prélèvements sanguins permettant de réaliser un caryotype, réalisation d'examens complémentaires en cas de découverte d'un syndrome 47, XYY (mesure des testicules, dosage des hormones sexuelles, spermogramme, biopsie testiculaire). gauche|vignette|202x202px|Caryotype du syndrome 47, XYY À partir des données collectées sur cette cohorte, Michel Bénézech réalise de nombreuses études publiées dans la presse scientifique nationale et internationale. Ces recherches sont synthétisées dans un livre et dans un film pédagogique, qui obtient un diplôme d'honneur au 36° congrès de l'Association Internationale du Cinéma Scientifique en 1983Bénézech M, Noël B. Les hommes 47, XYY. Approche génétique et médicosociale. Film et video d’enseignement de 41 minutes, 1979. CNRS audiovisuel : catalogue des films sciences; 1965–1994; p. 196. Ces travaux montrent que l'hypothèse dite du « chromosome du crime » n'est pas fondée : même si la fréquence du syndrome 47, XYY est un peu plus élevée dans une population de personnes ayant commis des actes violents, la très grande majorité des personnes avec un chromosome Y surnuméraire n'ont jamais affaire à la justice. Ces résultats indiquent que la recherche systématique d'une telle anomalie chromosomique n'est pas justifiée dans le cadre d'une procédure judiciaire.
Criminologie clinique et médico-légale