L’Académie des Jeux floraux (occitan, ) est une société littéraire, reconnue comme académie royale en 1694 par , qui a pris la suite du Consistori del Gay Saber fondé en 1323 à Toulouse par sept troubadours, avec la protection des capitouls.
Elle doit son nom aux Jeux floraux, fêtes célébrées à Rome en l'honneur de la déesse Flore, et aux cinq fleurs d'or ou d'argent : la violette, l'églantine, le souci, l'amarante et le lys qui récompensent chaque les auteurs des meilleures poésies en français et en occitan. Celui qui reçoit trois de ces fleurs porte le titre de « maître des Jeux », tandis que les membres de l'Académie sont appelés « mainteneurs ».
Elle a été reconnue d'utilité publique par décret du . Les jeux floraux de Toulouse et leur fête des fleurs, que l'Académie organise, sont classés à l'inventaire du patrimoine culturel immatériel en France depuis 2022.
Histoire Origines thumb|Dame Clémence Isaure par Jules Lefebvre. thumb|Statue de Clémence Isaure par Auguste Préault dans la série Reines de France et Femmes illustres du jardin du Luxembourg.
L'institution fut fondée en 1323 par plusieurs poètes qui se réunirent pour former ce qu'on appela le Consistori del Gay Saber ou Consistoire du Gai Savoir ou de la Gaie Science. Soucieux de rétablir un certain lyrisme après la croisade contre les albigeois au , de riches bourgeois toulousains organisèrent un concours littéraire en langue d'oc, récompensant chaque année un troubadour d'une violette dorée à l'or fin. Elle est tenue pour la plus ancienne société littéraire d'Europe..
Le premier concours de poésie eut lieu le . Se déroulant tout d'abord au verger des Augustines, cette compétition devint peu après une fête locale financée par les capitoulsM. de Ponsan, Histoire de l' Académie des Jeux floraux (Toulouse, 1764), ..
Le Consistoire entend maintenir et codifier les règles de la poésie en langue d'oc. La rédaction des Leys d'Amors, traité de grammaire, de rhétorique et d'art poétique occitan, est confiée à son chancelier Guilhem Molinier ; l'ouvrage connaît plusieurs rédactions avant d'être achevé en 1356.
Après plusieurs tentatives, les jeux furent également instaurés à Barcelone en 1393 à l'initiative du roi Jean d'Aragon et furent maintenus sous les auspices des monarques d'Aragon jusqu'à la fin du .
En 1513, des différends éclatent entre le Consistoire du Gai Savoir et les Capitouls. Les membres du Consistoire décidèrent alors de prendre leur indépendance : ils changèrent le nom de la société en « Collège de rhétoriqueActes et délibérations du Collège de rhétorique : 1513-1641. [Joseph Anglade; François Galabert; François de Gélis; Académie des jeux floraux (Toulouse). » et réclamèrent à la municipalité le financement de leur manifestation. Pour appuyer leur demande, ils créèrent le personnage de Clémence Isaure, dont ils racontèrent qu'elle avait légué tous ses biens à la ville à condition que les Jeux floraux y soient organisés chaque annéeRemarque : Dans « Les Avatars biographiques et iconographiques de Clémence Isaure », Guy Desazars de Montgailhard donne une interprétation différente de ce différend. Les Capitouls finançant les prix des Jeux floraux depuis l'origine des Jeux ont essayé de prendre le contrôle des jeux et du Consistori del Gay Saber. Le chancelier et les mainteneurs du consistoire demandent aux Capitouls de présenter le testament de Dame Clémence pour justifier leurs prétentions. Les Capitouls sont accusés par le parlement de Toulouse de détournement de biens. Pierre Salamon, greffier des Capitouls justifie ces "pilleries" en prétendant que les biens n'appartienaient pas à la ville mais faisaient partie des biens donnés par Dame Clémence pour les Jeux floraux. Il crée le mythe de Dame Clémence Isaure en l'attachant à une dame inhumée dans l'église de la Daurade qui est en fait Bertrande Ysalguier. Les troubles des guerres de religion permettent aux Capitouls de prendre le contrôle du consistoire transformé en collège de Rhétorique car le chancelier et la plupart des mainteneurs, protestants et membres du parlement, ne peuvent plus résider dans Toulouse et sont remplacés par des catholiques proches de la Ligue..
Afin de convaincre les magistrats, ils utilisèrent la sépulture de Bertrande Ysalguier, dont la statue expose dans ses mains jointes un iris symbolisant les fleurs du Gai Savoir. Parallèlement, ils lui inventèrent un passé, créant des archives de toutes pièces. Cette statue sera modifiée un siècle plus tard afin de coller à la légende : la tête est remplacée, des fleurs sont substituées au chapelet dans la main droite, la charte des Jeux floraux est placée dans la main gauche, et le lion est supprimé.
Parallèlement, c'est en 1513 que les Jeux floraux se font dorénavant en langue française.
L'un des premiers textes à contester l'existence de Clémence Isaure fut le Discours contenant l'histoire des Jeux floraux et celle de Dame Clémence. publié en 1774 par Charles Laganne, procureur du roi et de la sénéchaussée de Toulouse. Au milieu du , l’existence de Clémence Isaure est encore sujette à des textes passionnés, comme celui de l'abbé Salvan : Clémence d'Isaure, bienfaitrice des Jeux floraux : Etude historique en 1853..
Au , les Jeux floraux constituent l'un des lieux de sociabilité littéraire des élites toulousaines. La pratique de la poésie, en français comme en occitan, participe à la fois à l'affirmation d'une identité urbaine et à l'intégration culturelle croissante de Toulouse dans l'espace monarchique français.
En 1694, sous l'impulsion de Simon de La Loubère, la Compagnie des Jeux floraux devint l'Académie des Jeux floraux, nom qu'elle a gardé jusqu'à aujourd'hui. Louis XIV édicta les statuts de l'Académie, qui seront modifiés plusieurs fois par la suite. La langue des poèmes soumis à concours devint le français.
Par lettres patentes du mois de , le nombre des mainteneurs est porté de trente-six à quarante. De nouvelles lettres patentes datées du permettent la délivrance de lettres de maîtrise aux religieux qui obtiennent trois prix lors des quatre concours annuels. Cette organisation est en partie remaniée par un édit de 1773. Le , Monsieur, frère du roi Louis XVI et futur roi Louis XVIII, assiste à une séance de l'Académie et entend la lecture de trois odes de Géraud Valet de Reganhac, maître ès jeux depuis 1759. À partir de 1791, la période révolutionnaire entraîna la dispersion des membres de l'Académie et la suspension de ses activités.
thumb|His idem semper honos (Par ces fleurs toujours la même beauté).
Rétablie officiellement en 1806, l'Académie des Jeux floraux continua tout au long du à être régie par les statuts de 1694, malgré quelques changements mineurs à son règlement.
Après son rétablissement, l'Académie connaît un regain d'activité et de prestige sous la Restauration. Plusieurs futurs représentants du romantisme participent alors à ses concours. En 1819, Victor Hugo, âgé de dix-sept ans, remporte, face à Alphonse de Lamartine, le Lys d'or, prix extraordinaire décerné pour son Ode sur le rétablissement de la statue de Henri IV, ainsi qu'une Amarante d'or pour Les Vierges de Verdun. Une seconde Amarante obtenue en 1820 pour Moïse sur le Nil lui permet de devenir maître ès Jeux. Hugo conserve par la suite des liens avec l'Académie : en 1821, il remet lui-même à Chateaubriand ses lettres de maîtrise et lui consacre l'année suivante une Ode à l'Académie des Jeux floraux.
Depuis 1894, elle se réunit à l'hôtel d'Assézat, où se trouve la fameuse statue de Clémence Isaure, et elle continue d'attribuer des prix littéraires. Chaque , dans la salle des illustres du Capitole, on fait l'éloge de l'inspiratrice et bienfaitrice des poètes. Le même jour a lieu dans la basilique de la Daurade une messe où sont bénies les fleurs du concours avant d'être présentées à la cérémonie de remise de prix.
En 1895, l'occitan est rétabli dans les concours, au côté du français..
En 1859, elle inspira l'instauration de nouveaux Jeux floraux à Barcelone puis à Valence.
thumb|Jeux floraux de 1819. Ces jeux, organisés à Toulouse, mettaient en compétition des poètes et des musiciens sous l'égide de la nymphe Flore. En 1819, l'un des lauréats fut Victor Hugo, alors âgé de . Ce jeton peut donc être de cette émission, n'ayant pas de poinçon.
vignette|Vainqueurs des Jeux floraux en 1961.
Au , l'Académie des Jeux floraux a poursuivi sa mission pluri centenaire au service de la poésie et de la littérature en langues française et occitane.
La diversité de ses Mainteneurs et de ses Maîtres-ès-Jeux lui a permis de traverser les aléas et les vicissitudes du siècle en toute indépendance.
Les recueils de l'Académie montrent qu'elle a ainsi compté de très nombreuses personnalités parmi ses membres : trois prix Nobel : Paul Sabatier et Jean Dausset, rejoints récemment par Jean Tirole ; quatre cardinaux : Désiré-Joseph Mercier, Jules Saliège, Gabriel-Marie Garrone et Jean Guyot ; cinq secrétaires perpétuels de l'Académie française : Étienne Lamy, René Doumic, Georges Lecomte, Maurice Genevoix et Jean Mistler ; de nombreux académiciens français : le maréchal Joseph Joffre, le maréchal Ferdinand Foch, le général Édouard de Castelnau, Edmond Rostand, François Coppée, Henri Bornier, Ferdinand Brunetière, René Bazin, Charles Maurras, Émile Henriot, Henry Bordeaux, Pierre de Nolhac, duc de Lévis-Mirepoix, Joseph de Pesquidoux, Émile Mâle, André Chamson, Pierre Benoit, le duc de Castries, José Cabanis ; deux chefs d'État : Gaston Doumergue (président sous la République) et Léopold Sédar Senghor ; des grandes figures de la Résistance : le cardinal Jules Saliège (Compagnon de la Libération et Juste parmi les nations), monseigneur Bruno de Solages (recteur de l'Institut catholique de Toulouse), le père Aimé-Georges Martimort, et le marquis Charles d'Aragon, chef du mouvement Combat dans le Tarn ; huit Majoraux du Félibrige : Prosper Estieu, Antonin Perbosc, Frédéric Cayrou, Simin Palay, Charles Grando, Paul-Louis Grenier, Henri Mouly, et Christian Mathieu ; des artistes comme Jean-Paul Laurens (peintre), Georges Prêtre et Pablo Casals (musiciens), des personnalités des médias comme Dominique Baudis et Évelyne-Jean Baylet, et des personnalités étrangères comme Carmen Sylva (reine de Roumanie) et Puig y Cadafalch (architecte de l'Art nouveau).
Les concours vont couronner des poètes et des écrivains dont la diversité illustre ce siècle. Citons par exemple : le poète Armand Praviel gagne la Primevère en 1901, puis l'Églantine d'argent en 1902, Marie-Louise Dromart, Laurier de Vermeil en 1931, Pompeu Fabra, républicain espagnol réfugié en France et auteur reconnu de la Grammaire catalane, est lauréat de l'Académie en 1942, Laurent Tailhade poète et anarchiste, Maurice Magre, homme de lettres et ardent défenseur de l'Occitanie, Marcelle Maurette, petite fille d'Ingres et auteure dramatique à succès avec Anastasia, ou la poétesse et écrivaine Louise de Vilmorin.
Expansion française La tradition des Jeux Floraux s'est largement répandue en France. Sans intervention de l'Académie éponyme de Toulouse, sans lien particulier de dépendance, plusieurs territoires perpétuent des concours de poésie sous un titre analogue. Citons par exemple : les Jeux floraux d'Anjou, animés par la Plume Angevine les "Jocs Florals" organisés par la Compagnie Littéraire du Genêt d'Or à Perpignan le Jasmin d'argent d'Agen, en mémoire du poète Jacques Jasmin, créé en1920. les Jeux floraux du Béarn, de Picardie, de la Principauté d'Orange, du Pays basque, de Bretagne (créés par Auguste Bergot), Méditerranéens et Alpins, regroupés au sein de l'association l'Etrave-Poètes sans frontières.
Précédemment, il y eut les Jeux floraux d'Aquitaine et les Petits Jeux floraux de Marseille, fortement inspirés par Frédéric Mistral.
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