Le piémontais (autonyme : piemontèis, ) est une langue.Giuliano Gasca Queirazza e Renzo Gandolfo in Il patrimonio linguistico del Piemonte, Torino, 2001. parlée dans le nord-ouest de l'Italie, principalement au Piémont. Le piémontais fait partie de l'ensemble linguistique gallo-italique (avec le lombard, l'émilien, le romagnol, le ligure, et le gallo-italique de Basilicate et de Sicile) et se rattache au groupe occidental des langues romanes, comme le français, l'occitan, l'arpitan et le catalan.

Le piémontais est une langue qui possède des caractéristiques lexicales, phonétiques et morpho-syntaxiques particulières, qui la distinguent avec une certaine intensité dans le continuum, et la différencient clairement de l'italienCensin Pich, Guiu Sobiela-Caanitz, La lingua piemontese. et du français, langues auxquelles il est souvent associé en raison de l'histoire linguistique et la position géo-historique du Piémont.

Bien qu'il ne soit officiellement réglementé par aucune institution, le piémontais est un sujet de recherche du ( - ), fondé à Turin par Renzo Gandolfo en 1969, qui mène des recherches sur la langue, la littérature et ses variétés, et organise des avec des universitaires de différents pays pour étudier la langue.

Le piémontais était la langue maternelle des émigrés qui ont quitté le Piémont, au cours de la période 1850-1950, pour s'établir en France, en Argentine et en Uruguay.

Origines et littérature

Les premiers documents en langue piémontaise, les sermones subalpini, datent du , alors que la langue était encore très proche des langues d'oc. Le piémontais littéraire s'est développé aux et s. Le piémontais n'a pas eu le succès littéraire du français ou de l'italien, autres langues utilisées au Piémont. Cependant, la littérature en piémontais n'a jamais connu d'interruption : elle comprend plusieurs genres : poésie, théâtre, roman et œuvres scientifiques.

Situation actuelle vignette|gauche|Carte linguistique du Piémont, avec en bleu la zone de locution du piémontais. vignette|Carte linguistique du piémontaisEn rouge plus clair, les zones où le piémontais est parlé avec l'occitan et l'arpitan, et les zones de transition avec le ligure et le lombard. Comme ailleurs en Italie, l'italien, choisi comme langue officielle par les États de Savoie dès 1563, domine aujourd'hui dans la communication quotidienne ; il est parlé par la population bien plus que le piémontais. L'usage de la langue piémontaise a été découragé tout d'abord par le royaume d'Italie.

En 2004, le piémontais a été reconnu comme langue régionale du Piémont par le Conseil régional (assemblée législative régionale élue), mais il ne bénéficie d'aucune reconnaissance de la part du gouvernement central italien. En principe, le piémontais peut être enseigné aux enfants à l'école, mais dans la pratique cela est peu fréquent.

Au cours de la dernière décennie, l'on a publié du matériel pédagogique ainsi que des revues destinées au grand public. Des cours pour les adultes déjà sortis du système scolaire ont été organisés pour rattraper le temps perdu. Malgré ces progrès, la situation actuelle du piémontais reste préoccupante ; selon une enquête récenteConnaissance et usage de la langue piémontaise dans la ville et la province de Turin: une enquête conduite par Euromarket, une société de recherches de Turin pour le parti politique Riformisti per l'Ulivo au sein du Parlement régional piémontais en 2003 (en italien)., au cours des 150 dernières années, le pourcentage de personnes capables d'écrire en piémontais a diminué et n'est plus désormais que de 2 % de la population. En revanche, la même enquête a montré que le piémontais est toujours parlé par plus de la moitié de la population, à côté de l'italien. Ce résultat est confirmé par des sources, qui évaluent le nombre de locuteurs entre 2 (AssimilAssimil, F.RUBAT BOREL, M.TOSCO, V. BERTOLINO, Il Piemontese in Tasca, cours élémentaire et guide de conversation en langue piémontaise publié par Assimil Italia, 2006, ..) et 3 millions (Ethnologue.com) sur une population totale de 4,2 millions d'habitants. Les efforts entrepris pour obtenir la reconnaissance du piémontais comme l'une des langues officielles des Jeux olympiques d'hiver 2006 de Turin ont échoué.

Caractéristiques

Parmi les caractéristiques les plus remarquables de la langue piémontaise, on peut citer notamment : La présence de pronoms verbaux, qui donnent à la phrase piémontaise la forme suivante : (sujet) + pronom verbal + verbe, comme en mi i von (« moi, je vais »). Les pronoms verbaux sont absents uniquement à l'impératif. La forme agglutinante des pronoms verbaux, qui peuvent se lier aux particules datives et locatives (a-i é [il y a], i-j diso [je lui dis]) La diphtongue latine évolue vers comme dans les langues française, occitane, romanche et les autres langues gallo-italiques. Comme en français, la voyelle en latin évolue en et le graphème représente le phonème . La forme interrogative, qui utilise l'inversion du sujet et du verbe : « Veux-tu ? ». L'absence de nombres ordinaux, à partir du chiffre sept : pour « septième » on dit « Celui qui fait sept ». La présence simultanée de trois interjections affirmatives, c'est-à-dire de trois façons pour dire « oui » : Si, sè (de la forme latine , comme en italien) ; (du latin ; (du , comme en occitan, ou peut-être , comme en francoprovençal et en français. La présence du groupe consonantique , noté (V étant une voyelle). La présence de la voyelle moyenne centrale , notée à l'aide du graphème . L'absence de consonnes géminées comme en italien. L'ajout d'un schwa () prosthétique, qui est intercalé quand deux consonnes se rencontrent pour faciliter la prononciation : (« étoile ») devient (« sept étoiles »).

Le piémontais possède divers dialectes, lesquels peuvent différer assez fortement de la forme standard régionale. Ces variations concernent non seulement la grammaire mais se traduisent aussi par une grande variété lexicale, certaines régions ayant conservé des mots d'origine germanique hérités des langues parlées par les Francs et les Lombards. On trouve aussi des apports lexicaux de plusieurs autres langues, y compris des langues maghrébines, mais la plupart des emprunts les plus récents proviennent de France.

Alphabet

Le piémontais est écrit avec une variété de l'alphabet latin. Les lettres et leurs équivalents IPA sont présentés dans le tableau suivant.

Les lettres K, W, X et Y ne se trouvent que dans les mots d’emprunt.

Graphèmes Phonèmes Prononciation en français A, a /a/ /ɑ/ (a, â) B, b /b/ (b) C, c /k/ /t͡ʃ/ devant (a, o, u) comme en français, devant (e, i) (tch), pour former le phonème (tch) devant (a, o), ajoutez un (i). CH, ch /k/ le graphème (ch) est utilisé devant (e, i) pour former le phonème /k/ prononcé (que), (qui) en français. D, d /d/ (d) E, e /e/ (é, æ, œ) È, è /ɛ/ (è, ê, ei) Ë, ë /ə/ (e) EU, eu /ø/ (eu, œu) F, f /f/ (f, ph) G, g /g/ /ʒ/ comme en français devant (a, o, u) /g/, ge, gi devant (e, i) GH, gh /g/ le graphème (gh) est utilisé devant (e, i) pour former le phonème /g/ devant (e, i) prononcé en français (gue, gui). GN, gn /ɲ/ (gn) GLI, gli /ʎ/ Ce phonème n’existe plus en français mais correspond au (l) mouillé, ou au (gli) en italien H, h — comme en français la lettre (h) n'est pas prononcée. I, i /i/ (i) J, j /j/ comme (y) en français ou aussi (il). L, l /l/ (l) M, m /m/ (m) N, n /n/ /ŋ/ (n) (ng) O, o /u/ /ʊ/ /w/ comme le (ou) en français. Ò, ò /ɔ/ (o, ô) P, p /p/ (p) Q, q /k/ (q) R, r /r/ /ɺ/ Ces phonèmes n'existent pas en français mais ils se prononcent comme le (r) en anglais ou le (rr) en espagnol. S, s /s/ /z/ (s) S-C, s-c /s-t͡ʃ/ (stch) T, t /t/ (t) U, u /y/ comme le (u) en français. V, v /v/ /w/ (v) dans certains cas, est prononcé (ou). Z, z /z/ (z)

Nombres en piémontais

Nombre Piémontais Nombre Piémontais 1 un 30 tranta 2 doi 40 quaranta 3 trei 50 sinquanta 4 quatr 60 sesanta 5 sinch 70 stanta 6 ses 80 otanta 7 set 90 novanta 8 eut 100 sent 9 neuv 101 sent e un 10 des 200 dosent 11 óndes 300 tërsent 12 dódes 400 quatsent 13 tërdes 500 sinchsent 14 quatòrdes 600 sessent 15 quìndes 700 setsent 16 sëddes 800 eutsent 17 disset 900 neuvsent 18 disdeut 1000 mila 19 disneuv 1007 mila e set 20 vint

Comparaison

Piémontais Italien Français Catalan Arpitan ORB Nissart (graphie mistralienne/classique) cadrega sedia chaise cadira sèla, cheyére cadièra pijé prendere prendre prendre prendre piha/pilhar seurte uscire sortir sortir sortir sourti/sortir travajé lavorare travailler treballar travalyér travaia/travalhar droché/casché/tombé cadere tomber caure chêre, tombar toumba/tombar ratavolòira pipistrello chauve-souris ratapenyada rata-volage ratapignata/ratapinhata meison casa maison casa mêson, hotâl maioun/maion (oustau/ostau) brass braccio bras braç brès bras/braç nùmer numero nombre nombre nombro noumbre/nombre pom mela pomme poma poma pouma/poma scòla scuola école escola ècoula escola/escòla bòsch legno bois llenya bouesc bouosc/bòsc monsù signore monsieur senyor monsior moussù/mossur madama signora madame senyora madama dona istà estate été estiu (istiu dans certaines régions) chôd-temps, étif estieu/estiu ancheuj oggi aujourd'hui avui enqu'houé ancuèi/encuèi adman domani demain demà deman deman jer ieri hier ahir hièr, a-nuèt ièr lùnes lunedì lundi dilluns delon dilun ou lun/diluns màrtes martedì mardi dimarts demârs dimars ou mars/dimarts mèrcol/merco mercoledì mercredi dimecres demécro dimècres/dimecres giòbia giovedì jeudi dijous dejô dijòus vënner venerdì vendredi divendres devendro divèndres/divendres saba sabato samedi dissabte dessando dissata ou sata/dissabta dumìnica domenica dimanche diumenge demenge diménegue genè gennaio janvier gener janviér genoui fërvè febbraio février febrer fevriér febri mars marzo mars març mârs mars avril aprile avril abril avril abrieu maj maggio mai maig mê mai giugn giugno juin juny jouen jun luj luglio juillet juliol julyèt julhet òst agosto août agost oût aoust stèmber settembre septembre setembre septembro setembre otòber ottobre octobre octubre octobro utoubre novèmber novembre novembre novembre novembro nouvembre dzèmber dicembre décembre desembre dècembro decembre

Ressemblances entre le piémontais et le français et ses différences avec l’italien

Le Piémontais, contrairement à l’italien standard, partage un grand nombre de mots avec le français et, dans une moindre mesure, avec les autres langues gallo-italiques qui le rendent très différent du premier. Nombre de ces mots étaient des emprunts linguistiques ou des mots qui ont évolué dans la même position que le français.